Comment peut-on être démocrate ?

« Ah ! Ah ! Monsieur est persan ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être persan ? » entendait Montesquieu, lorsqu’habillé en persan, il baguenaudait dans Paris.

De nos jours, il vaut probablement mieux être persan à Paris, qu’à Ispahan, Tabriz ou Téhéran. Là-bas, malgré tout l’attirail formel d’une démocratie, dont les sacro-saintes élections, les droits de tout un chacun sont de l’ordre d’un acarien sur un tapis de prières. Quoi donc, il ne suffirait pas du suffrage universel pour que démocratie il y ait ?

Il semblerait que non.

Au moment où l’occident, berceau fécond de la démocratie, se félicite d’avoir contribué à instaurer des régimes espérés dans quelques pays de bord de mer, lui-même est sujet à caution quant aux vertus de ce qu’il promeut.

Où ça, demandera-t-on ? Partout, bien sûr.

Grisés de leur découverte, les peuples du nord, éclairés par leurs penseurs et les animaux de bât que ceux-ci utilisent pour acheminer leurs pensées au plus grand nombre, j’ai nommé les journalistes, étendent les ravages de la démocratie jusqu’aux extrémités de la dictature. Frémissons rien que d’y penser.

Car voilà que, non seulement, le suffrage, la séparation des pouvoirs, les recours possibles et autres colifichets sont devenus preuves de démocratie avancée, mais leur cortège se renforce d’un attirail de devoirs et interdits, déguisés en droits. Ce qui est plus alléchant.

Et ces droits, qu’un vain peuple croit avoir gagnés, se muent en devoirs astreignants, pour ne pas dire en obligations dont on est tenu de s’acquitter, comme un impôt moral, aussi douloureux que l’autre…

Or, voici qu’un pays certifié démocrate se dote d’une constitution, dûment estampillée par le parlement qui écorne quelques arpents des conquêtes récentes de la démocratie moderne.

Non, dit la Hongrie, car c’est d’elle qu’il s’agit, les « nouveaux droits » ne sont pas obligatoires, ni preuve d’une pureté qui garantirait le bien-être du peuple. Ni euthanasie, ni avortement, ni manipulations génétiques, ni expériences sur les embryons, ni reconnaissance de n’importe quelle secte qui aurait « droit » à subvention, ni mariage entre mêmes sexes, ni adoption d’enfants par des couples du même tonneau ne sont des ingrédients nécessaires. On peut très bien conduire un peuple heureux, épanoui, entreprenant et joyeux sans broder toute cette bimbeloterie sur le costume national. Du moins peut-on essayer, si les urnes vous y ont autorisé.

Faut-il réinventer la démocratie ?

Eh bien, non, on ne peut pas. Le destin d’un peuple n’est pas entre ses mains, mais sous la plume de quelques personnages qui les ignorent, mais savent mieux que quiconque ce qui est bon pour eux. Et, par conséquent, mauvais.

Or, ces tyranneaux de salles de rédaction sont souvent de vieux bébés, qui ont épuisé les charmes des formules qui fonctionnent et n’ont plus que le sexe et la mort pour atteindre aux sommets de pouvoir auxquels ils se sentent appelés.

C’est la maladie sénile de nos démocraties que de dénier aux autres (et à soi-même) les droits qu’on a tout fait pour acquérir.

Se sentir contraint de voter bien c’est perdre une bonne part du droit de vote, pour ne pas dire la totalité.

Si la démocratie devient hargneuse et bute contre son camp, peut-être est-il temps, sinon de s’en débarrasser, du moins de l’amender, la réinventer, la restaurer. En tout cas de cesser de la propager, dans l’état où elle se trouve, il en va d’une pandémie aux effets dévastateurs.

Il se peut même, mais mon cas devient ici désespéré, que certains peuples ne soient pas aptes, à tout instant, à vivre une démocratie totale. La comptine qu’on nous susurre à propos d’un islam modéré en est un avatar joli.

Comment peut-on être démocrate ?

Image: Satansgoalie / Deviantart.com

30 Commentaires

  1. Pour l’instant je me retiens de répondre et de commenter cet article très intéressant.

    Mais cela viendra…

  2. Expat

    Déjà faut que je sorte mon dico, je ne comprends pas la moitié des mots, c’est bien, je fais progresser mon français !

  3. rackam

    Atttends, expat, je vais sortir un article sur les républicains. Il y en aura pour tout le monde.

  4. Expat

    Voilà : « baguenaudait », « les animaux de bât », « colifichets », « arpents » ça c’est juste pour commencer !

  5. rackam

    Sorry, expat, j’ai fait Sciences-Po avant qu’on supprime l’épreuve de culture générale, du coup, je ne peux aller vers l’autre…

  6. Sophie

    De fait, la démocratie n’a aucun rapport avec le mariage homo et les cellules souches. Ces exigences participent de la tyrannie d’un groupe (fort bien organisé, très doué pour la com) sur la collectivité, soit le contraire de la démocratie.

  7. Expat

    Sciences Po, Scienses Po, quelle idée !

  8. Expat

    Excellent l’illustration !

  9. Souris donc

    Que les lobbys poussent leur pion, c’est dans leur rôle, que les ânes bâtés de salles de rédaction leur emboitent le pas de peur de louper un train, on a l’habitude.
    Mais que les magistrats du Syndicat de la Magistrature publient des questions demandant aux candidats à l’élection présidentielle leur position sur :
    Le mariage homosexuel,
    L’homoparentalité,
    L’euthanasie
    Les mères porteuses,
    Je trouve cela inquiétant pour la Justice. Et pour la démocratie.

    http://syndicat-magistrature.org/IMG/pdf/Questionnaire_SM.pdf

  10. impat1

    Expat a raison, l’illustration est une vraie trouvaille.
    Qui choisit les illustrations d’article ???

  11. rackam

    Cet article est attribué à Georges Kaplan en haut de cette page, je tiens à rassurer son fan club, il n’est pour rien dans sa rédaction. Mais pour beaucoup dans sa mise en ligne.

  12. Sophie

    C’est l’indispensable Kaplan qui sélectionne les illu.

    Chapeau!

  13. Je n’ai pas les illustrations !!!! Je vais gnaquer !

  14. Marie

    Moi aussi Rotil! Bravo Rackam!

  15. Marie,

    C’est parce qu’on clique sur « nouveau commentaire ».

    En fait, on les a si on passe par l’accueil, ainsi: http://antidoxe.eu/

    Et là, Ô miracle, on les a !

  16. Cher Rackam, ce n’est pas parce que les imbéciles s’émeuvent de ce qui se passe en Hongrie que ce qui s’y passe soit anodin. Ce n’est pas à vous que je vais expliquer que la subversion de la démocratie libérale se fait par les moyens qu’elle met en place. Je n’ai pour ma part jamais trop aimé les serments au drapeau par des gus en uniforme, surtout quand on sait certaines délicieuses traditions de ce pays. La démocratie des rangers et des manches de pioche : Nein Danke !

  17. Sophie

    Ca dépend des uniformes…

  18. Sophie

    « le suffrage, la séparation des pouvoirs, les recours possibles et autres colifichets sont devenus preuves de démocratie avancée »

    Suffrage et séparation des pouvoirs sont de simples colifichets de la démocratie? Vous pourriez développer?

  19. Je suis perplexe, car quand je compare la démocratie en Israël et la démocratie en France, je me dis qu’il n’est pas très sain de disposer d’une majorité absolue.

    D’un autre côté, j’ai appris par l’Histoire que la 4ème République était ingouvernable en raison de l’absence de majorité absolue.

    Je ne sais donc que penser.

  20. Sophie

    Aucune majorité absolue en Belgique depuis la dernière guerre mondiale, que des coalitions, la chienlit à tous les étages, le concessus mou, bref, un pays mort d’excès ou d’absence de démocratie, c’est selon.

  21. Sophie

    Et je repose ma question à rackam :

    Suffrage et séparation des pouvoirs sont de simples colifichets de la démocratie? Vous pourriez développer?

  22. rackam

    Sophie,
    si je veux.
    Au premier degré, non, ce ne sont pas des « colifichets ».
    Au degré que je veux: quand j’écris « et autres colifichets » cela ne signifie pas que ce qui précède était déjà de l’ordre du colifichet.
    Au méta-degré: peut-être que oui, car le suffrage est-il respecté, impératif? Et la séparation des pouvoirs, sous la Vème, est très relative. Mais il y aurait là matière à un second article…

  23. Souris donc

    Entretien du Grand Rabbin de France dans le Figaro de ce jour, rubrique « débats&opinions » :

    Judaïsme, islam : ce qui nous rapproche, ce qui nous distingue.
    (Mal titré car il inclut le christianisme dans son analyse).

    Subtil sans aucun pathos, Gilles Bernheim se place dans une perspective historique, religieuse, politique et sociétale :
    « …La démocratie n’est pas qu’une façon d’accéder au pouvoir par le suffrage universel. Elle nécessite la possibilité de l’alternance, la séparation des pouvoirs, le droit d’expression des minorités, ainsi que le respect des libertés fondamentales, et notamment celles des femmes.
    Il n’y aura pas en Terre d’islam de paix civile durable, ni de société démocratique, si l’emportent la « sacralisation du politique » ou la « politisation du sacré », qui mènent à la volonté de purification de la société, et finalement à la destruction de tout lien social. »

    A lire. Très intéressant.

  24. Souris donc,

    Je n’ai pas lu l’article de Gilles Bernheim. Mais l’idée de « ce qui nous rapproche, ce qui nous distingue… » me semble stupide.
    Il y a certes une origine commune – bien malheureusement – de l’Islam et du Judaïsme, mais celui-là est un dévoiement de celui-ci.
    Il ne faut rien chercher de bon dans l’Islam, car c’est du temps perdu. C’est une secte satanique, qui aime le sang, le meurtre, ce genre de choses.
    Je sais que Pirate va me voler dans les plumes, mais c’est comme ça.

    Où il y a chez nous compassion, il y a en face obligation de tuer l’insoumis.

    Où il y a chez nous l’obligation de réfléchir, il y a en face celle d’être soumis à leur loi, et quelle loi !

    Gilles Bernheim a tort, il a tort parce qu’il veut absolument trouver du bien où il n’y a que de la m..de.

    C’est triste !

  25. lisa

    Cher Rotil, j’ai connu un catho un peu allumé qui pensait que l’islam était satanique, il approchait du vrai ?

  26. Sophie

    Un cathodique?

  27. Souris donc

    Rotil, il faut lire avant de vous énerver, G. Bernheim dit la même chose que vous (origine commune, dévoiement, modèles de société antagonistes…), et explique pourquoi, mais en termes plus…choisis.

  28. lisa, catholique ou cathodique, allumé ou éteint, sur ce point je suis de son avis.

  29. Fleur d'Anchois

    Je ne suis plus démocrate dans l’âme ni ailleurs, pourtant je l’ai été à une époque lointaine, quand je n’avais pas le souci de me poser la question à chaque instant de savoir si je pouvais aimer ou détester quelqu’un ou quelque chose sans risquer de poursuites pénales en encourir l’opprobre générale. J’étais encore démocrate à l’époque où je pouvais honnir BHL et aimer mon copain Illouz sans risquer d’avoir à porter l’étiquette de schizophrène et que ma famille et mes voisins se voient dans la foulée pris en charge par une cellule psychologique. Alors je ne saurais répondre à votre question.

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