L’eusses-tu cru ?

Il n’y a pas si longtemps, à peu près jusqu’à la fin des années 60, le vie était extrêmement simple, bien qu’un peu oppressante. Si vous aviez besoin d’une boîte de nouilles, vous vous rendiez à l’épicerie du village faire l’emplette d’une boîte de nouilles et pour le même prix, vous étiez informé des dernières nouvelles locales et des derniers ragots. Malheur à vous si votre fille aînée avait été vue, à la tombée de la nuit avec le garçon-boucher, beau gosse, il est vrai. Vous y appreniez également que Mademoiselle Lepic ne va plus à la messe et ça laisse songeur… Vous rentriez chez vous et cuisiez vos nouilles dans une grande quantité d’eau bouillante salée, ainsi qu’on le fait chez vous depuis toujours.

Pour un achat plus important, vous vous rendiez en voiture à la ville, trouviez aisément à vous garer, écoutiez les conseils d’un vendeur à votre service, commandiez un congélateur dont vous saviez qu’il vous survivrait et regagniez vos pénates en attendant la livraison dudit congélateur.

Actuellement, pour acquérir une boîte de nouilles, vous devez vous rendre dans une grande surface, dénicher une place dans le parking, sillonner des allées, trouver le rayons « féculents » et vous vous trouvez alors devant un mur de boîtes de nouilles ! Tout le monde se fout des amours de votre fille et vous le premier. Là, maintenant, vous avez un problème autrement plus épineux à résoudre : quelle boîte de nouilles constituera le meilleur achat ? Cuisson express ? Cuisson en 7 minutes ? En 9 minutes ? Avec ou sans gluten ? Avec ou sans sucres ajoutés ? Aux œufs frais ? Les moins chères ? Celles en promotion ? Longues ou courtes, les nouilles ? Fraîches ou sèches ? En sachet ou en boîte ? Ou alors celles qui offrent en prime un petit ravier de sauce aux 4 fromages ? Vous tentez de vous raccrocher par la pensée à une ultime bouée de sauvetage : qu’est-ce qu’elle choisissait comme nouilles, ma mère ? Mais la bouée se dégonfle aussi vite et vous vous souvenez que vous avez rompu avec les idées toutes faites de votre mère. Dieu ! Ce qu’elle a pu vous agacer ! Proust au petit pied, il vous revient en mémoire, en plein rayon « féculents et adjuvants culinaires » ces vérités majeures de Madame Mère : « Chez nous, on amidonne les serviettes, point ! » Et vous, enfant, lasse d’essuyer vos lèvres dans du carton, vous aviez eu l’outrecuidance d’asséner que chez votre copine Martine, on n’amidonnait pas les serviettes, et même, parfois, on utilisait des serviettes en papier. Votre mère ne répliqua pas, mais le regard entendu qu’elle échangea avec votre père en disait long sur la piètre estime dans laquelle elle tenait la maman de Martine ! Intérieurement, vous balanciez entre le rire et la colère et c’est à ce moment que vous fîtes en secret le serment que, plus tard, chez vous, ce sera « serviettes en papier » et rien d’autre !

Liberté, choix, solitude et pâtes au beurre

Vous avez envoyé aux pelotes les conseils de maman, qui elle-même les tenait de sa mère et de sa grand-mère, et bien, maintenant, démerdez-vous avec votre mur de nouilles ! Vous finissez par embarquer les mêmes que celles qu’une autre dame vient de choisir, et, vous dirigeant vers les caisses, vous emplissez votre chariot de condiments, lessive, café sans oublier les serviettes en papier !

Vous patientez, payez, remplissez vos cabas ou vos sacs bio, n’oubliez pas de réclamer un jeton pour le parking, rangez le tout dans le coffre de la voiture, remisez le chariot à sa place en échange de quoi il vous rend votre pièce d’1 euro, retournez à votre véhicule, quittez le parking, rentrez chez vous en évitant les allées des bus et les sens uniques avec la vague impression d’avoir perdu votre temps et vous vous promettez d’aller dimanche prochain au marché, tellement plus cool. Mais en votre for intérieur, vous savez déjà que vous renoncerez au marché, effrayé à l’idée de tournicoter 40 minutes pour trouver à garer et retrouver un papillon sur votre pare-brise.

De toute façon, ce WE, une tâche gigantesque vous attend. Il faudra vous rendre, dans la cohue, chez MegaTruc, acheter un nouveau congélateur. Le vôtre est prêt à rendre l’âme et, de toute façon, il ne correspond plus aux normes en vigueur. Votre congélo est énergivore et c’est très moche, ça ! Surtout pour les ours polaires. Le cauchemar se précise et en pensée, vous voyez la foule, le stress, l’impossibilité de se garer à proximité, les difficultés à trouver enfin un vendeur revêche qui veuille bien se pencher sur votre cas, l’incroyable choix entre les congélateurs, pire encore que les boîtes de nouilles ! Les 300 critères à intégrer pour trouver le bon, les négociations oiseuses quant la livraison et le calvaire pour se débarrasser de l’ancien.

Vous oubliez juste une chose : vous êtes libre. Vous n’avez de comptes à rendre à personne, que ce soit sur le choix de vos serviettes ou sur les amours de votre progéniture (ou les vôtres). Et la liberté, ça a un prix. Celui d’assumer ses choix. Ce n’est pas si difficile. Vous avez décidé souverainement de ne plus aller à la messe, d’épouser qui bon vous semblait, d’avoir ou non des enfants. Vous n’allez pas trembler pour une boîte de nouilles ? Mais c’est vrai que c’est plus facile d’envoyer balader le Saint-Sacrement.

Le rayon « nouilles », ça vous laisse tout seul…

Image: Suat Eman / FreeDigitalPhotos.net

28 Commentaires

  1. impat1

    Superbe, Sophie, très drôle et presque très juste. Et je ne dis pas ça parce que je suis bonne pâte…
    Le « presque » figure ci-dessus parce que le choix exposé en matière de magasins n’est pas complet, il y en a un 3ème. Et c’est le meilleur: faire défiler chez soi le mur de nouilles, choisir le paquet chez soi , le faire livrer chez soi , et laisser sa voiture dans son garage </b<. Vive la Toile. Et on peut même, chez soi, recueillir des confidences sur les amours de sa fille.

  2. Sophie

    Ouaip! Et sur la toile, on trouve même des cockies!

  3. Pirate

    Je me suis retrouvé devant ce choix cornelien ce soir même. Devant des patates. Les patates ont connu en 10 ans une augmentation de 2000%. Ainsi les patates à rissoler étaient à 2.85 euros, alors que les patates au four était à 1.80. Il y avait une troisième gamme de patate, à je ne sais plus quoi celle là et à 2 euros et des poussières. Je me suis demandé la différence exact. Certes, en tant que cuisinier je sais qu’il existe des variétés différentes de patates, des qualités différentes. Les cuisiniers font attention à ces choses là. Monsieur tout le monde moins. La grenaille c’est souvent trop petit et décoratif pour lui, et la binje est rose. la patate douce promet de l’exotisme, mais elle si difficile à eplucher qu’elle jure des emmerdes surtout… alors voilà, monsieur tout le monde se retrouve devant des patates à rissoler, des patates au four, des patates à je sais pas quoi… les plus chers, sont à rissoler évidemment. Sa purée, monsieur tout le monde il la prend en paillette. Il va pas passer deux heures à écraser ses patates, surtout s’il a pas le mixeur, et il sait généralement pas les faire cuire. Je suis resté une minute dubitatif devant ce choix incroyable. et puis je me suis rappelé que justement j’étais cuisinier. Et c’était pour moi, et non les clients… alors j’ai prit les moins cher… je ne sais pas ce que c’est que des patates pour le four, d’ailleurs je n’ai pas de four, je sais juste que ce n’est pas dans les moeurs de faire des patates au four, donc c’est les moins chers… et puis donc je suis cuisinier, je sais comment les cuires mes patates pour qu’elles soit universelles dans mon assiette. Départ eau froide, une fois qu’elle sont prêtes, je les sort de l’eau bouillante et j’arrête leur cuisson à l’eau froide. elles seront fermes, pleine de leur vitamine et sel minéraux… ça s’appel une cuisson à l’anglaise. Désormais je cuit tous les légumes ainsi, sauf que pour les autres légumes c’est départ eau à ébullition… et toujours on les refroidis. Mes carottes, mes courgettes, tous mes légumes gardent leur bel éclat publicitaire, mais sans ajout de publicité, ou de colorant. Et ils sont excellent d’un point de vue santé. Je pourrais les rissoler, en faire de la purée ou même une soupe si j’aimais ça, je paie moins cher. Seulement cette liberté, je ne l’ai que parce que je suis cuisinier donc. Assumer ses choix certes ça a un prix, ici 2,85 euros… parce qu’on a la trouille de se tromper (c’est fait pour l’étiquette) 2000% d’augmentation… je ne suis pas certain que ça soit ça la liberté.

  4. Souris donc

    La zone commerciale et ses hypers est admirablement assortie à la cité de banlieue, même époque, même vision du progrès, même esthétique, même fréquentation, vigiles de la diversité. Tout colle.
    On ne m’ôtera pas de l’idée que les horribles zones commerciales sont sorties de terre comme les champignons pour alimenter la corruption municipale. On a sacrifié le commerce de centre-ville contre des valises de billets extorquées à la grande distribution. Et maintenant tout le monde en a assez. Et les distributeurs repartent à la conquête des centres-ville.

  5. Marie

    Je déteste faire le marché , on se fait marcher sur les pieds , on se cogne dans ceux qui bavardent avec une rencontre, il faut faire tous les étals car les prix sont plus que variables, pour moi les courses sont délja une corvée sans en plus en rajouter. Alors oui j’aime le supermarché, sauf le jour des enfants et celui des retraités. Mes pâtes j’achète la m^me marque depuis un certain temps , les pommes de terre les lambdas , et pour le plaisir ence moment des rattes et des vitelottes à 1euros 70 le kilo. Je pense à mon père et j’achète les produits de saison. Comme nous sommes à Gourdon la caissière à le temps d’être aimable et échanger trois mots et j’ai la latitude d’aller au magasin en face ou au magasin de mon producteur selon mes besoins et l’état de mes finances.

  6. Kacyj

    Faites comme moi. N’achetez pas de nouilles mais la pasta en fonction de la sauce que vous allez préparer. Cela réduit les choix possibles et exclut la marque titre !
    Mais le sens de votre propos retrouve toute sa vigueur dans un super italien. Là tu meurs tant il y en a …

  7. Expat

    kacyj, j’aime bien ton avatar ! une chose, dois-je utiliser le ‘vous’ avec tout le monde ? Puis je demander une dispensation pour cause de statut d’étranger qui ne maitrise pas la langue ?

  8. Sophie

    Le mieux,quand on en a le temps et l’envie, ce sont les pâtes fraîches maison. A peine séchées. Une minute dans l’eau bouillante. Et beaucoup d’amour, parce que ça met des heures à préparer (et à renetoyer la cuisine) et c’est avalé en 10 minutes. Mais quand on aime, on ne compte pas.

  9. Tout de même le surgelé c’est formidable, pour les nouilles : prendre le premier paquet et lire la notice, pour le pinard invitez-moi je vous montrerai comment ouvrir les bouteilles et aussi comment les vider, pour les pâtes fraiches ce fut mon arme fatale pour séduire ma chère et tendre : je ne fais pas ça tous les quatre matins.

  10. Moi, je préfère les pâtes à gong !

  11. Sophie

    D’accord avec Skarda, les pâtes fraîches, c’est une arme de séduction massive!

  12. Désolé, Pirate, ais au bout de quelques minutes dans l’eau bouillante il n’ a plus de vitamines : les protéines sont détruites à la chaleur. En outre, les vitamines dans les pommes de terre sont en proportion à peine epsilonesque.
    Restent quand même les sels minéraux. Et le goût…

  13. Expat

    Vous êtes trop ! Les pâtes fraiches je n’en ai pas faites depuis des années. Bon pour Pirate, j’ai raté mon dernier fois gras au micro onde là, je vais tenter le procédure classique la prochaine fois (surement pour l’arrivée de mes fils le 24 janvier, Yes !)

  14. Souris donc

    Les Italiens ne sont plus ce qu’ils étaient, si eux aussi achètent leur pâtes au supermarché. Je pensais que la mamma se devait de faire ses pâtes à la maison.
    Les clichés ont la vie dure.

  15. turbo22

    Houla, chère Souris, quelle vindicte!
    La création des hypermarchés puis des Centres commerciaux est d’abord la résultante de la transformation de la société qui est devenue « automobile » et si cela a en effet entrainé des abus et autres prévarications c’est beaucoup plus le fait de certaines lois cherchant à contrer ce phénomène.(Loi Royer) pour essayer de protéger les commerces de centre ville. Comme quoi ces lois qui semblaient généreuses peuvent conduire à des résultats désastreux.
    Je vous assure qu’il y aurait énormément à dire sur ce sujet.
    Cela dit, je suis comme la pluspart d’entre vous, malgré ma dernière profession. Je préfèrerai faire mes achats à l’ancienne.

  16. impat1

    Eh bien je préfère, pour ma part, faire mes achats « à la moderne ». C’est tellement plus commode de tout trouver au même endroit après avoir à coup sûr trouvé une place de parking.
    Sa
    Cependant cela s’applique aux achats courants. Pour des achats exceptionnels, en vue d’une réception par exemple, le commerce de détail apporte un avantage.

  17. impat1

    Ce qui a sauté:
    …sans compter qu’on n’a pas à subir les sourires commerciaux des vendeurs/vendeuses et leur insistance pour placer les produits de leur choix.

  18. Souris donc

    Alternance !
    L’hyper :
    Sourcils froncés, liste à la main, caddie en avant. Torché en 30 mn chrono. Et 30 mn de voiture. Stress maximal à cause de la musique d’ambiance euphorisante pour la carte Visa.
    C’est la dernière fois, on ne m’y reprendra plus. Désormais, commerces du centre.

    Commerces du centre :
    Tailler la bavette, considérations météorologiques, amabilités, trois heures, ruinée. Cher payé le sourire de la crémière.
    C’est la dernière fois, on ne m’y reprendra plus. Désormais, l’hyper.

    Et vice versa.

  19. impat1

    Souris, comme Sophie vous limitez l’alternance à 2 solutions. Or il y en a 3, et la 3ème ne comporte aucun des problèmes que vous citez: pas de vice ni de versa.
    Cette 3ème solution, c’est la commande en ligne et la livraison à domicile.
    Tout dans un fauteuil !

  20. Souris donc

    Mais non, Impat, vous ne nous comprenez pas. Nous avons besoin de tâter les fruits et le camembert, d’évaluer la fraîcheur de la salade, de la viande, de voir l’oeil et de soulever l’ouie du poisson, de lire les dates de péremption et la composition. De tailler la bavette. pas vrai, Sophie ?

  21. Sophie

    Tout à fait, Souris! D’ailleurs les Souris n’achètent un chat dans un sac. Le seul avantage de l’e-commerce, c’est le livreur, mais là aussi, on aimerait tâter la fraîcheur du produit avant de le retrouver dans notre cuisine.

  22. rackam

    Et soulever l’oeil de la caissière, tâter la machine à carte, évaluer la fraîcheur de son disponible, avant de lire l’air goguenard du vigile noir de 120 kilos, plus un talkie-walkie (expat that one is for you)… Grisant.

  23. Sophie

    Chacun ses fantasmes, mon cher Rackam, je ne dirai rien des vôtres.

  24. Souris donc

    Le fantasme est bien de tâter, en tous cas d’exercer ses sens, une approche sensorielle. Fruits, légumes, fromages, viande et poissons.
    Les produits frais. Vigile et livreur exclus.
    Le e-commerce : pour réserver des billets, acheter ses CD…Visualiser le théâtre, la voiture SNCF, lire les critiques Amazon…

  25. Sophie

    Aller sur Meetic…

  26. Souris donc

    Et encore, y a que des escrocs à la carte bleue

  27. Sophie

    Bon, ben s’ils ont une carte bleue…. ca pourra aller!

  28. Souris donc

    http://www.inter-mariage.com/fr/phtm/antiarnaque.php

    Cette dame a mis en ligne un guide anti-arnaques pour les ingénus.

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