Poulets aux navets

Les oiseaux sont des cons, surtout les poulets bio quand ils ont des parcours herbeux extérieurs.

Le poulet m’interpelle. Je me pose des questions sur la certification bio de la volaille.

Le poulet n’a jamais vécu à l’état sauvage. Le poulet est une création de l’Homme, depuis qu’il a trouvé plus simple d’avoir les animaux à proximité plutôt que d’avoir à les chasser. Le poulet remonte ainsi à la plus haute Antiquité.
Lorsqu’il a domestiqué les animaux, l’Homme a créé les races.

Prenons le chien. Selon que l’Homme a voulu développer la compétence chasse, ou garde, ou sauvetage, ou flair, ou affection, ou beauté, il a sélectionné et croisé des individus qui possédaient ces compétences. C’est ainsi que, de nos jours, nous avons : le fox terrier qui traque le renard jusque dans son terrier, le berger qui garde les moutons, le labrador qui sauve de la noyade, le beagle qui détecte la drogue, le yorkshire portable qui se niche dans le creux du coude, le lévrier qui remporte les concours.

Les races sont l’équivalent des cultivars en botanique.

Pour le poulet, pareil. L’Homme a sélectionné le poulet à pattes noires et le poulet à pattes jaunes, le poulet de Loué, de Saint-Sever et le poulet de Bresse et le poulet de basse-cour du fermier. Puis, pour démocratiser le poulet aux populations urbaines, il a créé le poulet aux hormones.

Les associations de consommateurs s’en sont émues.

Les hormones furent interdites. D’ailleurs, sauf aux cantines scolaires, le poulet aux hormones se vendait mal car il était blême.

Alors l’Homme a créé le poulet de batterie. Qu’il a perfectionné sans cesse : comment le tasser pour en avoir plus au mètre-carré, le percher pour qu’il ne macère pas dans sa fiente, lui éviter des contagions en le bourrant d’antibiotiques, le faire grossir plus vite en le bourrant de divers facteurs de croissance.

Le bobo et les droits de la poule

Les associations de consommateurs s’en sont émues derechef !

Là-dessus arrive le bobo écolo. Le bobo écolo décrète du haut de son vélib. Il règne par la peur. Il a tous les journalistes dans sa poche.

Le bobo écolo a voulu du poulet bio. Alors, la filière avicole a répondu à la demande. Tu veux du poulet bio ? En voilà ! De là sont nées les certifications bio.

Car le Législateur est intervenu. Avant, le poulet était décoré de labels fantaisie ou d’aire d’appellation. Et de rubans et médailles du concours agricole. Le bobo, lui, attire l’attention sur les droits de l’animal. Le Législateur a donc créé des standards, des normes et des certifications. Un organisme de contrôle punit les tricheurs. Le Législateur a établi un cahier des charges. Le label bio est délivré si l’aviculteur satisfait à des exigences compliquées, parmi lesquelles le carré de l’hypoténuse.
Le poulet hallal n’est pas moins contrôlé, le sacrificateur doit être, en effet, réputé pour sa piété.

Le poulet bio doit disposer de vastes plaines et de « parcours herbeux extérieurs ». Comme le bison des westerns et le caniche des villes. Il ne faut pas lui donner n’importe quoi. Il faut qu’il puisse courir. Comme à l’état sauvage. Sauf que le poulet, comme démontré plus haut, est une création de l’Homme qui n’a jamais vécu à l’état sauvage. Son environnement naturel est le poulailler grillagée 5×5, avec ce qu’on appelle du grillage à poule, triple torsion, 1 € le mètre. Et le coq au milieu !

Admettons que vous disposiez de vastes plaines. Vous y mettez un ou plusieurs milliers de poussins dans l’espoir de faire fortune dans le bio.

Ceux qui n’auront pas été dévorés par le prédateur, que font-ils ?

Au lieu de s’égayer sur les « parcours herbeux extérieurs » et les vastes plaines, ils vont bêtement s’agglutiner collé-serré devant la trémie d’où sort, à intervalles réguliers, la nourriture. Le poulet bio ne manque pas totalement de jugeote, il sait où se trouve la gamelle et il attend que ça tombe.

Les oiseaux sont des cons, Chaval l’avait observé. Au lieu de s’ébattre, les poulets bio préfèrent se serrer comme des poulets de batterie.

Image: Tom Curtis / FreeDigitalPhotos.net

27 Commentaires

  1. Kacyj

    Excepté quelques spécimens, je me demande si on ne pourrait remplacer « poulet » par « homme ».
    Non, ce n’est pas correct. Probablement l’effet désastreux d’un passage aux Halles (Paris) le samedi après-midi et du souvenir des plages de la côte d’azur.

  2. Sophie

    Le problème, ce n’est pas tant que les bobos veulent bouffer du poulet con mais bio, c’est qu’ils tentent de culpabiliser ceux qui ne font pas comme eux!

  3. Expat

    Bol d’air frais Souris ! Moi, c’est Chapon de la ferme ! (avec du cognac et du miel, une délice)

  4. Souris donc

    On légifère. On pond. Des directives sur le poulet, sur le foie gras, sur le fromage au lait cru. Pas une semaine sans qu’on légifère sur notre façon de vivre. On nous infantilise à coup de directives.

    Kaplan, expliquez-nous pourquoi d’un côté cet enthousiasme à légiférer sur les menus plaisirs de la vie, et pourquoi on n’entend pas la Commission sur le problème de la dette, sur le problème de l’Euro ? Pourquoi Sarko et Merkel ? Van Rompuy sert à quoi ? Jean-Claude Juncker sert à quoi ? Tous ces coûteux parasites servent à quoi quand arrivent les problèmes majeurs ?

    Kacyj, les poulettes en batterie sur les plages publiques et les poules de luxe sur les matelas du Martinez ?

  5. Pirate

    En effet le poulet est une création de l’homme. Mais il y a encore plus con que le poulet, il y a son créateur. Qui ne respecte rien. Le poulet n’est plus qu’un bout de viande vivant, pas pour très longtemps. Bourré de cacheton, de graisse mauvaise, son assiette est désastreuse. Le fanatisme moderne des uns a coincé les autres dans un fanatisme pas moins moderne, celui de tout relativisé à l’aune de sa certitude que tout se vaut finalement. Pas de juste milieu bien entendu, pas d’équilibre, c’est un mot interdit, sacré pour les uns, et ici qui n’a aucun sens. La vie n’en a peut-être pas un, mais respecté le vivant en a, si. C’est commencé par se respecter soi que de ne pas considérer ceux dont nous nous nourrisons que comme des usines à bénéfices. La qualité de la viande, de la façon de la nourrir, la tuer sans souffrance inutile, sans provoquer la terreur, ça a des conséquences, comme de la réduire à un objet d’usinage en a. Sur le plan alimentaire, psychologique, sur le simple rapport qu’on entretient avec notre biotope, et avec les autres. Bien entendu c’est complètement ridicule et hilarant pour l’anti bobo de se dire que le respect d’autrui commence par le respect du poulet, du navet, et de tout ce qui est vivant. Et pourtant, quand tout se relativise qu’à une lutte aveugle et aveuglé entre deux extrêmes, il ne peut y avoir de respect pour rien. Juste des effets de manche, et une assiette démoralisante, sans saveur, sans apports nutritifs, on mange et puis c’est tout, comme on chie. Le foie gras est aujourd’hui bulgare, essentiellement. Produit en masse, foie de canard exclusivement, il est propre, il n’a pas d’hématome, il est lisse, le consommateur le veut ainsi, sans rien de pénible, sans rien qui accroche, sans surprise, le luxe à la portée de tous, ou presque. Le saumon est forcément rose, rose saumon d’ailleurs, il est gras bien entendu, et donc toujours d’élevage. Il y a des saumons blancs, rouges, gris… mais non la norme du consommateur le veut rose fluo. Le tarama est rose aussi, un jour on y a ajouté un colorant, rose, et maintenant c’est la norme, le beige ? Il a disparu, et pourtant il l’a toujours été. Le Reich n’a pas duré mille ans, le IVème s’installe dans nos assiettes, et c’est tellement inutile de remettre ça en question…

  6. Souris donc

    Les éleveurs (Bresse, Saint-Sever, Loué…) ont joué l’excellence. Le Concours Agricole distingue les meilleurs produits en les examinant et en les goûtant. J’aurais tendance à leur faire davantage confiance pour remonter la qualité qu’aux bobos écolos et aux fonctionnaires bruxellois.

    Quant à la souffrance animale, on nous sort régulièrement des photos avec les blessures que s’infligent les poulets « devenus fous par les conditions de détention ».
    Anthropocentrisme !
    Un poulet est un « adolescent prépubère », jeune poule ou jeune coq. Indifféremment. Il se trouve que ce sont des animaux sociaux à harem, comme le lion. Dès qu’ils atteignent quelques semaines, deux coqs ensemble vont automatiquement se battre à mort pour rester le seul mâle et éliminer tous les autres. Même dans les vastes plaines.
    C’est cet atavisme qui est utilisé pour les combats de coqs.

    Le stress est mauvais pour la viande. De là à « humaniser » l’animal et imposer des normes spatiales inutiles…

  7. Marie

    J’ai souvenir de mes enfants et leurs cousins a qui on avait mis dans l’assiette est vrai poulet fermier, mais c’est dur! Et oui dans une ferme on les laisse gambader le jour ce qui leur fait des mollets d’athlète! Ils se nourrissent en plus du grain de vers etc… mais ne le dites pas aux bobos le poulet n’est pas végétarien!

  8. Marie

    @pirate
    Et oui le tarama est rose tout comme le pâté de t^te! Mes enfants ont fait la tête le jour ou je leur ai pmis sur la table celui que j’ai fait , quoi mais c’est rose au magasin! Tout comme le Livarot quand il n’est pas produit industriellement , qui vous a selon les saisons des couleurs qui tirent parfois vers le vert! Pouah , non c’est excellent mais le consommateur a de ces dégouts…

  9. impat1

    Marie,… » c’est excellent »…
    C’est normal, il a cinq galons.

  10. Souris donc

    Je signale un inlassable traqueur de l’imposture des écolos :
    Anton Suwalki, un ami de Kaplan que celui-ci devrait nous attirer sur Antidoxe.

    http://imposteurs.over-blog.com/

    Il a dédié son blog à l’environnement et à la « défense de la science contre tous les charlatanismes et les impostures intellectuelles »
    Je crois que le ciel lui est tombé sur la tête le jour de la thèse de doctorat en sociologie d’Elisabeth Tessier, astrologue.
    Et voilà que l’agriculture bio, justement, se targue d’en revenir à l’almanach lunaire. Ce qui donne des choses comme « enterrer de la peau de mulot à scorpion ascendant » pour fertiliser.
    Suwalki est pointu, incroyable ce qu’il arrive à découvrir et mettre en évidence, preuves à l’appui.

  11. rackam

    Deux coqs vivaient en paix, une poule survint
    Et voilà la guerre allumée
    Amour, tu perdis Troie; et c’est de toi que vint
    Cette querelle envenimée.
    La Fontaine

  12. Expat

    et puis je dois dire qu’un des trucs que j’adore avec la France c’est des volailles ! le chapon, le coq, le poulet de bresse, les poulets jaunes, les poulets noirs (à cause de leurs pâtes) et je ne sais pas quoi d’autre. jamais du poulet ‘bio’, quel intérêt ? Oh oui, payer plus cher le kilo, non merci !

  13. impat1

    J’entends autour de moi des caquètements de protestation, dont je distingue « et moi, et moi…… » et j’aperçois canards, dindes, oies, pigeons, cailles, autruches, qui veulent se faire plumer.

  14. Sophie

    Impat, revenons sur terre, deux coqs ne vivent jamais en paix.

    Par contre, puisque tu entends explorer la volaille, n’oublie pas :

    « 2 pigeons s’aimaient d’amour tendre
    L’un d’eux s’ennuyait au logis. »

    La conclusion est dans l’intro! Très fort, La Fontaine!

  15. Chez nous on dit : du poulet bio tu veux ? Du poulet bio tu auras !

  16. Sophie

    Chez nous on dit : « Range ta chambre et t’auras à manger! »

  17. Chez nous – dans ma famille – on a donné dans la facilité, en dénommant systématiquement le poulet « flic ».

    Mais au fil du temps, nous avons développé la chose, soignant l’expression.

    Le volatile est donc devenu le policier, puis le gardien de la paix. Finalement, on s’est même amusés à donner des grades, en fonction de la grosseur du poulet… Cela donnait des dialogues amusants.

  18. Souris donc

    Vous êtes un progressiste, Rotil, vous faites la promotion du poulet de proximité, comme le PS.

  19. Expat

    Ah Souris ! excellent.

  20. Sophie

    Et le poulet de proximité rejoint la racaille dans son habitat naturel, un terrain de basket, grillagée 5×5, avec ce qu’on appelle du grillage à poule, triple torsion, 1 € le mètre.

  21. Souris donc

    Triple torsion, c’est quand la racaille se sent offensée parce que le poulet de proximité lui a manqué de respect.

  22. L'Ours

    Après un tel billet chère Souris, je vous écrirais bien un poulet, mais ma femme lit par dessus mon épaule!

  23. Sophie

    Bon, L’Ours, vous nous pondez le prochain poulet?

  24. QuadPater

    Je me demande pourquoi on n’a pas créé un poulet cubique pour en tasser un maximum. Ou nourri avec du curry et du lait de coco pour pré-parfumer la chair.
    Ça ne me dérange pas de manger un animal qui est reconnu comme le plus con du monde.

  25. Souris donc

    C’est fait, le poulet cubique ! Ils ont créé (les Américains, rassurez-vous) un chicken à grosses cuisses, un monstre obèse qui ne peut en aucun cas courir sur les « parcours extérieurs herbeux ».
    Ce qui me dérange, moi, c’est que le fonctionnaire européen mette son nez dans mon assiette.
    Si la souffrance animale du canard gavé me tire des larmes, si je vois l’adorable poussin dans chaque poulet à l’étal, c’est pas compliqué : il me suffit de ne pas en acheter.
    Je n’ai pas besoin du nez du fonctionnaire européen dans mon assiette. Je n’ai pas besoin du nez du bobo écolo dans mon assiette. C’est ça que je trouve con.

  26. rackam

    Le footballeur aussi court sur des terrains herbeux extérieurs, ça doit être pour ça que…

  27. Sophie

    Oui, mais le fouteux, c’est la poule aux oeufs d’or!

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