Israël, la mauvaise conscience de l’occident… [2/4]

Le second motif de mon désaccord avec la thèse de Gérard Haddad, c’est que cette haine, aussi curieux que cela puisse paraître, n’est, malgré tout ce qui précède, pas très répandue.

Et je suis bien placé pour le savoir parce que, quand les kassams tombent sur Ashkelon, je me retrouve à discuter dehors, avec les voisins. J’habite un quartier très populaire, avec une population pauvre et peu cultivée selon les critères locaux, c’est-à-dire quand même beaucoup plus que son équivalente en France.

Et quand, en octobre dernier, sous les attaques de kassams, je discutais avec eux, je n’entendais pas le moindre propos haineux. Plutôt de la lassitude et de la perplexité. Mais pas de haine. J’en ai été moi-même estomaqué.

Je ne sais donc pas sur quoi se base Gérard Haddad, je le soupçonne d’avoir pris ses renseignements auprès des rédacteurs d’Haaretz, mais n’ayant pas lu le livre, je n’ai aucune certitude.

Cette phrase m’a aussi fait bondir, car j’ai bien souvenance de ces vendredi après-midi, du temps que j’étais sous les drapeaux, quand un colonel des parachutistes, auréolé du prestige de son corps d’armée et de son grade, venait nous briefer en nous vantant les beautés de la civilisation arabe et finissait son exposé par un vigoureux « aujourd’hui ce sont nos adversaires, demain ils seront nos partenaires. » Était-ce de l’hostilité caractérisée ? C’était en 1969.

Je n’étais pas sur place, mais à Paris, scotché à la télévision, quand le président égyptien Anouar El Sadate est venu en Israël dans une démarche de paix. Combien y avait-il d’israéliens dans la rue pour l’accueillir ? Un million si je me souviens bien. A l’échelle de la France, cela aurait fait 20 millions de gens enthousiastes. De l’hostilité caractérisée, ou bien un espoir immense de vivre enfin en bonne intelligence ?

Il me semble donc plutôt, à moi, tout à fait remarquable qu’après 63 ans d’hostilité permanente, jalonnés d’épisodes guerriers dont nous aurions aimé faire l’économie, dont trois guerres majeures que nous avons dû mener pour éviter des tentatives d’anéantissement (1948, 1967, 1973), il me semble tout à fait remarquable qu’après tout cela nous gardions l’espoir d’une cohabitation pacifique.

Et cela, malgré ce qu’on appelle encore le processus de paix. Il faut ici saluer la mémoire de George Orwell, car en fait de processus de paix, il s’agit d’une nouvelle stratégie de guerre.

En effet : l’OLP, s’apercevant qu’elle ne pourrait pas gagner sur le plan militaire, à déplacé la guerre sur les plans psychologique, médiatique et diplomatique. C’est la guerre d’Oslo. D’un côté on signe des accords – lesquels restent lettre morte; dans le même temps, on provoque deux intifadas.

Résultat: 2000 morts et environ 5 fois plus de blessés.

Rapportés à la population française, on approcherait les 20 000 morts et les 100 000 blessés; à la population américaine, 90 000 morts et 450 000 blessés.

Nous aurions, il me semble, quelques raisons d’avoir la haine, et cela, de façon absolument indépendante de la Shoah.

Et cependant…

Je ne crois pas que c’est en vertu d’une hostilité appliquée aux palestiniens que nous avons construit ou aidé à construire pour eux des universités dans les territoires disputés qui n’existaient pas à l’état de projet sous la juridiction jordanienne.

Je ne crois pas que c’est en vertu de cette hostilité que les Gazaouis bénéficient de permis de séjour en Israël, pour venir se faire soigner gratuitement dans nos hôpitaux.
Sur quels éléments donc s’appuie M. Haddad pour bâtir sa thèse ?

Il est vrai que de tout cela, qui pourrait facilement être complété, on ne parle pas dans les médias européens.

Non, on épouse les thèses de l’Autorité palestinienne. Tout récemment, M. Glavany a remis un rapport qui nous épingle sur le partage de l’eau. On croirait à une plaisanterie, si la question n’était si grave [1].

Monsieur Glavany, au moins, n’est pas juif, il est simplement socialiste. Il drague un électorat, d’une façon qui n’est pas morale, mais c’est son problème.

Je pourrais m’étonner du fait que la doxa occidentale refoule à ce point la modération israélienne, face à l’hostilité et aux actes de haine des Arabes. Et si l’on veut utiliser la psychanalyse à tenter d’en saisir les ressorts, on cherchera du côté d’une culpabilité occidentale en relation avec la Shoah. Cela n’est d’ailleurs pas une démarche bien originale, cette explication a souvent été proposée: pour fuir un sentiment de culpabilité vis-à-vis des juifs, on les transforme en bourreaux, et on met à leur place de persécutés de nouvelles victimes, les Palestiniens…



[1] Ce rapport est totalement mensonger, on trouvera la réponse qu’il mérite ici.

Photo : MathKnight et Zachi Evenor.

À propos de Yaakov Rotil

J'habite Ashkelon, une ville très agréable de la côte d'Israël, sise environ 60 kms au sud de Tel-Aviv.

20 Commentaires

  1. Souris donc

    Glavany a été ministre de l’agriculture sous Jospin, je crois, ce qui confère hélas du poids à son rapport sur la répartition de l’eau. Je n’en avais jamais entendu parler : a-t-il été relayé par les médias ?

    Copieux et factuel contre-rapport, je l’ai survolé, il mérité d’être lu avec attention, je vais le faire. Merci Rotil.

  2. En tous les cas, ici on en a parlé et pas en bien…

  3. Rectificatif

    Il m’est fait remarquer que la première intifada est antérieure aux accords d’Oslo. Ceux-ci ne nous ont donc valu « que » la seconde intifada.

    Je remercie la personne qui m’a signalé cette erreur, laquelle se reconnaîtra.

  4. Rôtil
    Merci pour ce plaidoyer dans lequel je retrouve l âme même du juif et qui m à fait venir les larmes aux yeux
    Je suis effarée de constater qu il n y a pas pire ennemi pour les juifs que certains de leurs coreligionnaires

  5. Guenièvre

    @ Bibi,

    Vraiment très intéressante cette analyse de Shmuel Trigano !

    @ Rotil,
    A propos de la vision partisane de la situation au Moyen – Orient …
    J’ai vu l’autre jour sur la chaîne parlementaire le film ‘ Paradise now » de Hany Abu-Assad, je ne sais si vous le connaissez :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradise_Now

    Dans le débat qui a suivi ( avec Jean-Claude Lefort, Didier Mathus, Jacques Tarnéro, Jean-Paul Chagnollaud) le film a été unanimement loué , chacun saluant le fait qu’il évitait tout manichéisme et qu’il posait le problème de la violence « dans les deux camps ». Personne n’a remis en question l’à-priori de base qui était que « l’occupation des territoires était la raison de tous les maux ». Un seul intervenant, Jacques Tarnéro, que vous connaissez peut être, a essayé de montrer que l’usage du vocabulaire comme dans l’expression « attentat suicide » n’était pas neutre. Mais il a eu beaucoup de mal à obtenir et garder la parole.

  6. J’ai lu quelque chose sur ce débat et sur la difficulté de Jacques Tarnéro à s’exprimer. Je n’ai pas eu accès à ce débat, ce que j’en ai entendu dire est qu’il fut déséquilibré.

    Quoiqu’il en soit, à ma connaissance, Jacques Tarnéro n’est pas israélien.

    Pour ma part, j’ai plusieurs motifs de penser que l’idée que « l’occupation des territoires était la raison de tous les maux » est effectivement de l’a-priori, qui d’ailleurs est une construction intellectuelle a-posteriori.

    Déjà pour la raison que ces territoires, si l’on considère que ce sont les israéliens qui les « occupent » – ce qui est déjà éminemment discutable – ne sont « occupés » que depuis 1967, et que des maux, il y a en a eu bien avant cette date.

  7. Guenièvre

    Quand j’écris  » que vous connaissez peut être à propos de Jacques Tarnéro,  » cela dire :  » dont vous avez peut-être entendu parler » ou  » dont vous avez peut-être lu le livre » ( que je n’ai pas lu moi-même mais qui a été signalé rapidement et de façon assez énigmatique – du genre  » tous le monde verra de quoi il s’agit !  » , j’ai compris vaguement qu’il fallait comprendre que c’était un livre polémique) .
    http://www.bbfrance.org/Compte-rendu-du-livre-de-Jacques-Tarnero-Le-Nom-de-trop-par-Max-Kohn_a88.html

  8. Guenièvre

    Cela veut dire…

  9. Bibi

    @ Guenièvre,

    Je connais Jacques Tarnero. Et conçois sa difficulté à garder la parole sur une chaîne française.
    Je ne sais pas si vous avez vu les films de Pierre Rehov – certainement pas sur une chaine TV française (à la rigueur sur internet). Ce genre de documentaires n’est pas jugé adéquat pour le téléspectateur français, qui doit se contenter de propagande recyclée du genre « un œil sur la planète » qui passe un bidonnage d’une ONG anti-juive en guise de reportage.

    Selon les médias « de rêve-errance » français, les temps sont pour rendre justice aux jébuséens. Enfin, à leurs descendants « légitimes », les « indigènes » de la « Palestine historique » – entité mythique et mystique qui n’a toujours pas été circonscrite dans le temps et l’espace, mais qu’importe! Face au Juif, dont les tares sont bien connues grâce aux Protocoles des Sages de Sion et au Der Stürmer, ainsi que les livres scolaires et le médias sous « Autorité Palestinienne », grassement subventionnés par l’UE, le doute n’est plus permis.

    http://www.nouveau-reac.org/docs/LA/Laferr%E8re_commentaire104.pdf

  10. Pour ceux que cela intéresse, je conseille le livre de Pierre André Taguieff : « la Nouvelle Propagande antijuive », extrêmement précis et documenté.
    C’est à mon sens l’intellectuel français le plus pointu sur la question. Nul ne s’étonnera donc qu’il soit ostracisé et haï, notamment pour avoir remis l’indigné sélectif à sa place, mais surtout pour démonter les ressorts de l’antisionisme tant chez les Arabes que chez les bonnes âmes occidentales.
    Et bien sûr le livre de Millière et Horowitz : « Comment le peuple palestinien fut inventé ».

  11. Souris donc

    Je le commande. L’antisionisme chez les Arabes, on peut comprendre : c’est le seul ciment qui les lie, sinon ils se taperaient tous dessus. Chez les bonnes âmes occidentales, je ne peux comprendre l’antisionisme que comme pro-immigrationnisme. Ce dernier, résultant de l’incapacité à contenir le flux, donc « faisons semblant de l’organiser ». Ou collusion avec les ubus du pétrole. Ou libéralisme économique aveugle sur l’assistanat. Si je peux affiner cette conclusion, je ne demande pas mieux.

  12. Souris, je crois que ça n’a pas grand-chose à voir avec les flux migratoires, sinon pour la pêche aux voix chez les hommes politiques. Pour ce qui concerne les bonnes âmes, c’est beaucoup plus compliqué : mélange de vieil antisémitisme traditionnel , de mauvaise conscience post-colonialiste, de bien-pensance universaliste [à l’exclusion des Israéliens], etc..
    Le livre de Taguieff est exceptionnellement démonstratif et documenté.

  13. Souris donc

    Kravi, oui, compliqué, je suis très mal à l’aise avec les bonnes âmes de la gauche antiraciste qui censure ses détracteurs en utilisant des termes renvoyant à la Shoah : bête immonde, heures les plus sombres, nauséabond…

  14. Bibi

    Souris – et d’autres,

    Taguieff a publié en juin 2011 « Israël et la question Juive ». C’est plus long que le pamphlet d’Indignator (qui a droit à un chapitre qui commence, quel hasard, page 67), et – surprise! – plus instructif.

  15. Bibi

    La nazification d’Israël y est décortiquée.

  16. Bibi

    Il y a 3 documentaires de Pierre Rehov sur le net, dont « otages de la haine » (52 min.) – en anglais.

  17. On trouvera des liens ici: http://www.pierrerehov.com/language.htm

    Bibi en a peut-être d’autres en français ?

  18. Bibi

    Désolé Rotil, sur le net il n’y a que les versions en anglais. Pour les VF il y a les DVD.

  19. Bibi

    La Fontaine aurait fait une fable de cette histoire de bébé-chamelle et de la chèvre sioniste.

    Il y a une semaine, un bédouin a emmené la petite bébé-chamelle rejetée par sa mère, au relais d’un israélien. La jeunette fut nommée Chélègue – Neige – parce qu’arrivée le jour où la neige est tombée dur le Mt. Hermon.
    Au départ, on l’a nourrie avec de la nourriture pour bébés-animaux mais, face aux pleurs et au manque maternel de la petite, les gens du relais ont eu l’idée de la mettre en compagnie de leurs chèvres.
    C’est à ce moment que Déborah’le, une chèvre dont les petits ont récemment été sevrés, s’est approché de la petite Chélègue, qui s’est mise à téter.
    Pour parer à la différence de hauteur, le proprio du relais, a installé une table et une rampe, pour que Déborah’le puisse s’installer et que Chélègue puisse téter convenablement. A la joie de la mère et de sa fille adoptée.

    Article en hébreu (que j’ai résumé ci-dessus) et film + photos:
    http://www.ynet.co.il/articles/0,7340,L-4186485,00.html

    Est-ce un pas vers la cohabitation prophétique du loup et de l’agneau?

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