Les lendemains qui déchantent des chants grégoriens

Durant plusieurs siècles, la chrétienté promit à ses ouailles le paradis, à l’issue du jugement dernier. Moyennant un passage terrestre honorable, empreint de charité, de dévouement et de dévotion, ou l’achat tardif d’indulgences plénières pour les plus étourdis, l’ouaille en question se retrouvait assise à la droite du bon dieu pour une interminable éternité. Ce qui vaut autrement mieux que d’aller rôtir en enfer !

Ce céleste horizon fut toutefois bousculé, comme bien d’autres choses, par la révolution industrielle qui emboîta le pas à la Révolution tout court et fit certainement autant de dégâts. On n’y guillotinait pas le quidam, certes, ce qui part plutôt d’un bon sentiment, mais on effaça le paradis annoncé et définitivement perdu, pour le remplacer par une nouvelle terre promise : Le grand soir !

Contrairement à l’Eden, souvent dépeint, et avec quelle ferveur !, on dispose de très peu de documents écrits décrivant ce fameux grand soir. Y verra-t-on Henri Krasucki danser une langoureuse java avec Arlette Laguillier ? Tonton rouler une pelle à Martine Aubry, une saucisse Zwann à la main ? Bérégovoy expliquer les finesses du CAC 40 à une Ségolène givrée au gros rouge ? Le tout sous les flons-flons joyeusement prolétaires de la guinguette à Gégène, à Joinville-le-Pont ? (Pon !Pon !).

Nous ne le saurons jamais car il semblerait qu’il faille renoncer.

La nouvelle promesse de nos nouveaux messies en vue d’un monde meilleur tient en trois mots : la société multiculturelle. Annoncée depuis des décennies par des prophètes rouges à pois verts, elle tarde toutefois à s’incarner.

Pensez ! Plusieurs vagues d’immigrations se sont succédé et n’ont rien trouvé de mieux à faire que de s’intégrer et, le plus souvent, faire souche. Venus de l’est, du sud ou de l’ouest [1], ils n’avaient qu’une idée en tête, s’assimiler, bande de nigauds ! Comment voulez-vous construire une multiculturalité avec des gens qui s’assimilent ? Faudrait tout de même pas perdre de vue l’objectif !

Heureusement (Je n’ai pas dit : « Grâce au ciel ! »), est advenu, tel le rédempteur, un nouveau mouvement migratoire. Solidement épaulés par les modernes gourous las de s’être fait avoir par les Italiens, les Espagnols, les Polonais, les Portugais et autres Tchèques, ces nouveaux migrants se virent assigner la tache de refuser le modèle européen et de cultiver leur différence. Aucune revendication, même les plus sottes ou les plus abjectes, ne pût échapper au crible des accommodements raisonnables. On accepta tout et n’importe quoi pour atteindre enfin à ce Nirvana où coulent le vin et le miel que constitue la multiculturalité.

Hélas, créer un paradis est une œuvre difficile, épuisante et ingrate, tous les dieux vous le diront ! En fait de multiculturalité, ces nouveaux invités investirent des lieux où ils implantèrent, de gré ou de force, leurs coutumes et habitudes, que l’on renomma aussitôt « leur culture ». Le but était-il atteint ? Ce quartier oublié, peuplé de quelques vieilles gens, et soudainement habité par une fougueuse immigration allait-il être le creuset de la multiculturalité tant espérée ? Non, que du contraire ! Un paysage uniforme et monochrome, pour tout exotique qu’il soit, s’empara des environs, chassant avec succès tout ce qui arborait une jupe trop courte, un menton trop glabre, une peau trop pâle. Allait-on au moins assister à un brassage des langues, sous l’égide de l’éducation nationale ? Que nenni ! Une et une seule langue domina et exclut toutes les autres, celle d’un chamelier mort depuis 8 siècles. Les grands frères y ont remplacé les forces de l’ordre, la loi du plus fort celle de l’équité, le métissage espéré se transforme en dangereuse consanguinité.

Pourtant elle existe, cette multiculturalité, sous une forme détestée par les prélats bobos et leur moderne évangile. Elle prend ses quartiers à Bruxelles, du côté de la Communauté Européenne ou du siège de l’OTAN, voisin. Frappée au coin du savoir-vivre, elle parle courtoisement la langue du voisin, découvre les mets locaux, sans imposer les siens, visite les musées, assiste aux concerts, tisse des liens d’amitié. Consciente de ses racines, elle respecte celles des autres. Et avant de vous parler des runes ossianiques, elle vous écoutera lui raconter Molière et s’en délectera.

Mais cette multiculturalité-là n’a pas bonne presse, car elle n’est pas celle escomptée. Insuffisamment fauchée, elle n’est demanderesse de rien et on ne le lui pardonnera pas aisément. A tout pêché, miséricorde ? C’était un autre évangile qui prônait cela, un évangile oublié.



[1] Pour une raison non élucidée, il semblerait que les Esquimaux ne soient pas fébrilement empressés à l’idée de venir se joindre à nous. Il est vraisemblable qu’ils penchent de temps à autre une tête vers le sud en attendant que le phoque morde à l’hameçon, se frappent la tempe en nous regardant et partent d’un grand éclat de rire joliment souligné par leurs yeux bridés.

41 Commentaires

  1. Patrick

    Plusieurs vagues d’immigrations se sont succédées
    Désolée Sophie, c’est plus fort que moi !

  2. Sophie

    Accord des participes passés dans leur emploi pronominal!

    Désolée, C’est plus fort que moi!

  3. Patrick

    Désolé, pas désolée… Du coup, c’est moi qui…

  4. Patrick

    Autant pour moi…, vraiment désolé !

  5. Kacyj

    ce Nirvana où coulent le vin et le miel que constitue la multiculturalité

    Le vin, voilà l’obstacle. Il eusse fallu promettre le chichon.

  6. L’orthographe est multiculturelle, ici.

  7. Yaakov Rotil

    C’est bien de vin du Golan qu’il s’agit ?

    OK, je sors !

  8. Kacyj

    Chapeau bas, Miss Sophie
    Je viens d’apprendre quelque chose. Mon collègue qui se ballade avec son Grevisse dans sa sacoche confirme votre accord.

  9. Patrick

    Bon, ça me rassure. Je ne suis pas le seul a avoir oublié cette règle.

  10. Kacyj

    Evidemment Patrick que vous n’êtes pas le seul. Et votre intervention a finalement des vertus pédagogiques.

  11. Sophie

    Miel et chicon, Kacij? Je vais essayer!

  12. Kacyj

    A propos de pédago, Patrick, pourriez vous me dire pourquoi le texte qui n’est pas entre balises apparaît également en italiques?

  13. Souris donc

    « Pourtant elle existe, cette multiculturalité, sous une forme détestée par les prélats bobos et leur moderne évangile. Elle prend ses quartiers à Bruxelles, du côté de la Communauté Européenne ou du siège de l’OTAN, voisin. Frappée au coin du savoir-vivre, elle parle courtoisement la langue du voisin, découvre les mets locaux, sans imposer les siens, visite les musées, assiste aux concerts, tisse des liens d’amitié. Consciente de ses racines, elle respecte celles des autres. »

    On trouve aussi à l’étranger des communautés d’expatriés français qui cultivent l’entre soi et n’ont aucune curiosité pour le pays d’accueil. Ce n’est donc pas une question de niveau social.

  14. Sophie

    Les expats cultivent parfois l’entre soi, certes, mais je n’en connais pas qui exigent des modifications des lois du pays d’accueil.

  15. Souris donc

    C’est pour une question d’accroissement numérique que l’intransigeance culturelle a pu se constituer. Il est frappant de constater que les immigrés africains des banlieues, même nés ici, sont moins intégrés que leurs parents.
    Intransigeance culturelle que l’idéologie multiculturelle ne fait que renforcer en nous inhibant. Les salamalecs et tournage autour du pot ci-dessus : Les uns ont le droit de s’affirmer, les autres tournent autour du pot. CQFD.

  16. Souris donc

    Je comprends maintenant pourquoi les étrangers bruxellois ont des loisirs pour cultiver la courtoisie mutuelle
    (et que personne ne prétende que ces gens sont payés à rien foutre)

    http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/11/1216&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=fr

    Commission européenne – Communiqué de presse
    Titre :
    Bien-être animal: la Commission exhorte les États membres à appliquer l’interdiction des cages à poules non aménagées sous peine de poursuites

    1. Contexte (crise du logement)
    2. Efforts déployés pour accélérer l’application (la France, ainsi que d’autres est sommée, sous peine de poursuites, de doter ses poulaillers de perchoirs, grattoirs et d’un nid)
    3. Quel est l’enjeu ? (relever le COS des poulaillers dans le sens du bien-être animal)

  17. Je crois que le mimétisme avec les États-Unis joue à fond aussi : « We gonna be burnin’ and a-lootin’ tonight! »

  18. hathorique

    Pour participer à la discussion sur l’article fort bien fait de Sophie, un lien sur celui d’Edgar Morin dans le Monde, qui entonne plutôt le chant des muezzins que le cantique des cantiques grégoriens.

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/02/07/vive-la-symbiose-des-cultures_1639966_3232.html

    Il nous ressert la même cantilène sur l’ignominie des chrétiens et la tolérance des musulmans oubliant qu’ils réduisirent à l’esclavage des milliers d’européens, que cerise sur le gâteux, Monsieur Morin passe sous silence ignorant sans doute la réalité de l’esclavage des européens et oublieux du génocide des arméniens qui étaient chrétiens.

     » l’éradication des musulmans des territoires chrétiens, alors qu’historiquement chrétiens et juifs ont été tolérés dans les contrées islamiques, notamment par l’Empire ottoman  » dit il

    Comment peut il écrire cette contre vérité historique oubliant la conversion par la force et la violence du Djihad des populations allant de la péninsule arabique jusqu’en Espagne et même au delà des Pyrénées.

    « Le nombre d’Européens enlevés aux 16e, 17e, 18e et 19e siècles par les Etats barbaresques (Maroc, Algérie, Tunisie et Libye) est estimé à plus d’1 million. La plupart des Barbaresques étaient des corsaires, au service des sultans Ottomans.
    « Pendant plus de trois siècles (de 15e au 18e environ), les marins chrétiens n’étaient pas sans ignorer le risque encouru lorsqu’ils partaient en mer : celui d’être capturés et de devenir esclave en Afrique du Nord. Plus d’un million d’entre eux seront ainsi enlevés par des pirates musulmans en Méditerranée et dans l’Atlantique. La menace la plus importante émanait de la côte barbaresque du nord de l’Afrique. Ceux que l’on nommait les Barbaresques vendaient les hommes qu’ils capturaient sur les marchés aux esclaves d’Alger, de Tunis ou encore de Tripoli ».
    Les esclaves étaient enfermés dans un bagno (l’origine du mot bagne vient de l’italien bagno, qui était le nom d’anciens bains publics à Constantinople, reconvertis en prison d’esclaves).
    En 1508, lors d’importants raids turcs en Slovénie, 200 000 prisonniers auraient été emmenés ou vendus en esclavage ».

  19. Sophie

    Hathorique, je doute que n’analyse factuelle, même quantifiée, remplace le « ressenti ». Pour que le monde soit lisible sans trop se fatiguer, il faut des bons et des méchants. L’Occident a choisi d’endosser la cape des méchants. Quand on parle de colonisation, on pense tout de suite – et ce « on » contient les Européens – à l’Algérie ou au Congo. Très rarement au califat . Les faits semblent de plus en plus oubliables, face à une émotion intelligemment construite et entretenue.

  20. kacyj

    Pourquoi gâcher ce début de week end avec un texte de Nahum, chère Hathorique. Oui, Morin est un nom d’emprunt pour éliminer sans doute une hérédité si difficile à porter.
    En revanche, j’ai lu les commentaires (du Monde) et suis ravi de constater que plus de la moitié n’acceptent plus la doxa des idiots qui veulent salir notre âme.

  21. hathorique

    Nahum c’est donc son nom de famille ????

    je l’ignorais totalement donc j’avais raison pour  » la cerise sur le gâteux  » c’est bien un amnésique :=)

    « Si tu ne sais pas d’où tu viens, jamais tu ne sauras où tu vas. »
    Imam Ali

  22. L'Ours

    Le multiculturalisme intelligent en France, c’est de pouvoir acheter du riz cantonais. Mais si on veut que le riz cantonnais remplace le steak frites ou prenne simplement une place trop grande dans les rayons et qu’on me dit en plus: « tu dois l’aimer », alors là je rezip mon porte monnaie, rentre chez moi et ferme la porte. Et j’estime qu’on ne pourrait me le reprocher que si je voulais qu’on interdise le riz cantonnais à canton, même si je le trouve immangeable!

  23. Merci Kacyj pour vos encouragements.
    Quant aux balises, je ne sais pas ce que vous avez fait, mais en regardant le code source de la page (clic droit, « code source de la page ») on trouve bien les balises d’italiques <i> entourant votre texte ce Nirvana où coulent le vin et le miel…

  24. kacyj

    Il eusse fallu que je susse !
    Je venais de rencontrer cette phrase dans un texte et me suis laissé influencer.
    Vous avez raison Kravi. Eusse ne s’emploie pas à la troisième personne du singulier. La forme correcte serait plutôt :
    « il eût fallu », avec l’assent

  25. Guenièvre

    Sa fille a fait un travail remarquable sur  » Le viol comme arme de purification ethnique en ex Yougoslavie »
    http://www2.cnrs.fr/presse/thema/225.htm

  26. Sophie

    C’est au nom du multiculturalisme, en effet, que l’on accepte l’envahissement par une seule culture, particulièrement peu tolérante pour le us et coutumes des autres.

  27. Souris donc

    Courbettes crispées :

    « Trouver des excuses foireuses aux musulmans qui réclament de plus en plus d’aménagements législatifs ou coutumiers, piétiner allègrement la Loi de 1905 pour acheter la paix sociale, céder des terrains aux mosquées en faisant des prix d’amis et des courbettes crispées, donner systématiquement une façade sociale aux récurrentes problématiques ethnico-religieuses, oublier soudainement ses convictions féministes ou positivistes pour ne pas être accusé d’offenser les usages de la Diversité, s’écraser comme des merdes devant les Houria Bouteldja, les Liès Hebbadj et autres Rachid Bouchareb qui insultent ouvertement la France, etc.

    Si tout cela ne ressemble pas à de la véritable trouille devant la Différence©, c’est à dire littéralement de la xéno-phobie, je ne sais pas ce que c’est. »

    http://fromageplus.wordpress.com/2010/12/21/la-gauche-dans-ta-face/

  28. Sophie

    Il a l’air très bien ce fromageplus!

  29. Courbettes crispées c’est excellent !

  30. Souris donc

    Moi, je l’aime d’amour, Fromage+.
    Son faux communiqué de la halde sur la disparition des monuments aux morts programmée pour cause de trop d’identité et pas assez de représentativité de la diversité est un grand moment de la réacosphère. L’information a été reprise et propagée, si bien que la halde a dû publier un démenti…:
    http://fromageplus.wordpress.com/2009/03/17/la-disparition-programmee-des-monuments-aux-morts/

  31. Normal, les souris aiment le fromage !
    😉

  32. kravi

    Pardonnez ma cuistrerie, Kacyj, mais il me semble que l’assent n’existe, à la troisième personne du singulier, qu’à l’imparfait du subjonctif.

  33. kacyj

    Voilà. Après on tire à vue sur Eva alors que la pauvre femme était sous l’influence de la désinformation

  34. kacyj

    « Guenièvre 11 février 2012 à 10:28
    Sa fille a fait un travail remarquable sur ” Le viol comme arme de purification ethnique en ex Yougoslavie”

    Merci de l’information Guenièvre.
    Elle me conduit à ranger mon ironie au placard en me documentant plus sérieusement et à reconnaître une erreur de jugement. « Morin », est un pseudonyme et non un changement de nom comme je l’indiquais, pseudonyme hérité apparemment du passage dans la résistance. Il ne s’agit donc pas d’une négation de son identité.

    Incluons donc Morin dans le sac des universitaires/chercheurs qui expriment leurs convictions politiques ou idéologiques en présentant comme caution leur savoir scientifique (je crois que c’est Souris qui notait cette incongruité de notre société médiatique). Françoise Héritier, soutien de Martine Aubry, entre également dans cette catégorie, dans un récent entretien, bien que son domaine de compétence soit plus proche des propose de Guéant.

  35. Lisa

    Nahum c’est quelle origine ?

  36. Lisa

    Il n’existe plus.

  37. kacyj

    Nahum est un petit prophète ayant vécu aux abords de Ninive (Mésopotamie, Irak actuel) vers 600 avant JC

  38. kacyj

    Cuistrerie ? que non ! opportunité d’apprendre ou de se corriger pour l’un et/ou pour l’autre (pour moi, c’est sûr).
    – sans accent, passé antérieur
    – avec accent, conditionnel passé seconde forme et plus que parfait du subjonctif (l’imparfait étant qu’il fallût)

    Bon là, j’ai sorti l’artillerie lourde : Bescherelle
    Reste à déterminer quel temps je souhaitais employer. Il y avait une idée de conditionnel bien que mon esprit attaqué par le tabac (selon certaine étude britannique qui me semble un peu fumeuse, d’autant qu’elle portait sur des civil servants) n’ait pas explicitement pensé au conditionnel passé seconde forme.

    Bon, heureusement il ne sera plus exigé de telles subtilités de nos enfants et petits enfants. Mais comme je suis un vieux con réactionnaire, j’essaie néanmoins de les inculquer aux miens avec la collaboration de la super équipe d’enseignants de mon école de quartier (oui, il en reste quelques exemplaires).

  39. Lisa

    Après vérification il existe encore, mais son auteur avait annoncé son arrêt.

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