Olof Palme, un mythe qui venait du froid

Olof Palme est l’homme qui reste pour beaucoup de Français, LE politique suédois, celui qui vint en France soutenir en tant que Président de l’Internationale socialiste le candidat Mitterrand en 1981. Il fut le premier politique suédois qui au travers de son action a mis la Suède en avant, mais il est pour ses compatriotes, à cause de sa mort, une blessure qui ne s’est pas encore refermée. Dans ce royaume qui depuis 200 ans n’avait pas vu d’assassinats politiques ce soir du 28 février 1986 fut un choc, ressenti par chacun comme une perte personnelle.

De son meurtre, on ne sait pas toute la vérité, peut-être un peu comme pour celui de JFK. Des politiques suédois ont dit qu’il valait mieux ne pas savoir qui, et pourquoi…

Serait-ce parce que 20 ans après on peut penser que cet humaniste n’était pas le socialiste que l’on imaginait, le réformiste révolutionnaire, le défenseur du tiers-monde, mais un être plus complexe ?

Olof Palme est né le 30 janvier 1927 à Stockholm d’une mère balte et d’un père suédois, qui meurt alors qu’il n’avait que cinq ans. Il grandit dans une famille riche d’un milieu très à droite et fait ses études dans un établissement équivalent d’Eton. Il parle déjà le français grâce à sa gouvernante, l’allemand qui est langue maternelle et son année d’étude aux US en 1947 48, lui permet de parler aussi l’anglais couramment.

Après des études juridiques, il se lancera dans le sillage du grand socialiste suédois Tage Erlander. Nommé à de nombreux postes dans la haute administration, « il est une sorte de Nicolas Sarkozy » écrira un consul. Il déclenche la discorde américano-suédoise à propos de la guerre du Vietnam, traitant Nixon de meurtrier et citant les villages martyrs de Guernica et Oradour sur Glane entre autres.

Le socialisme pour Palme c’est l’égalité des chances pour tous, l’égalité sociale, c’est une solidarité, un humanisme, qui doit progresser sans dogmatisme. Il dit aussi que la gauche a besoin d’utopies autrement la vie serait trop dure. Le socialisme suédois se singularise par le refus de la notion d’élite issue du léninisme qui parle toujours de l’avant-garde du prolétariat et distribue ainsi des privilèges à cette avant-garde. Palme se refuse à une nationalisation complète, il veut laisser la place à l’autogestion. Il crée pour cela les fonds salariaux, outils devant permettre le rachat du capital des entreprises privées, renforce les droits des salariés et les lois du travail, renforce le pouvoir des syndicats. En plus de souhaiter un plus grand pouvoir des salariés, il veut décentraliser la société. Il réforme l’Éducation-Nationale (modèle que reprend Bayrou en 2012!) et généralise les prêts étudiants.

Mais en 1973, la Suède qui était le troisième pays le plus riche de la planète va subir de plein fouet le premier choc pétrolier, période de très forte imposition qui va sonner le glas de trois décennies de croissance. Auparavant l’argent qui affluait avait servi à construire le modèle social le plus ambitieux du monde. Dans les années 80 l’État commence à desserrer son emprise sur les marchés. Les opposants de Palme disent qu’ il a augmenté le statut social des Suédois en empruntant beaucoup d’ argent d’où les problèmes du budget de l’État. La crise de la dette avant l’heure?

La « droite » qui revient au pouvoir de 1976 à 1982 remettra en questions une partie de ces réformes. Palme reprend son poste de Premier Ministre en 1982, mais son gouvernement est déstabilisé par le problème des fonds d’investissement des salariés et par celle de l’énergie nucléaire. Il est démis de ses fonctions le 12 mars 1986.
Cela c’est la face connue d’Olof Palme.

L’homme secret

Le romancier criminologue suédois Leif Persson nous propose une autre lecture de la carrière de Palme.

À la fin de la guerre, il est très marqué par le nazisme, car il a soigné des rescapés des camps, l’été 1945, comme bénévole de la Croix Rouge suédoise. Doublement marqué même, car la famille de sa mère est impliquée dans le nazisme et en particulier son oncle qui sera jugé à Nuremberg pour avoir été le directeur de l’usine de production du Ziclon B. puis acquitté.
Il bascule à gauche pendant ses études supérieures, devient secrétaire du SFS, le syndicat suédois des étudiants, à son retour de son année d’études aux USA. On sait aujourd’hui que ce syndicat « non communiste » était financé par la CIA [1]. Palme est au mieux un agent d’influence des USA.

Ce qui semble étonnant de nos jours l’était peu ou pas du tout pendant la guerre froide. Toute la gauche non communiste européenne a été aidée par les Etats-Unis tout comme le syndicat F.O entièrement crée sur des fonds américains [2].

Palme a aussi aidé activement les services de renseignements militaires suédois en les informant après ses voyages derrière le rideau de fer en tant que leader étudiant. Il a également participé à l’édification d’un mouvement secret de résistance suédois qui pouvait être activé en cas d’une invasion soviétique. [3] C’est à cette période qu’il aurait été approché par Erlander et chargé des affaires délicates telles que l’armement, l’OTAN et les services secrets.

Il change de « peau politique » dans les années soixante et devient le leader de la gauche antiaméricaine et tiers-mondiste, changement qui doit autant aux convictions qu’à l’opportunisme.

Il en aurait trop fait en remettant en cause des intérêts stratégiques occidentaux et des pouvoirs très puissants. Le tueur pouvait venir de tous les pouvoirs qu’Olof Palme avait gênés par ses prises de décisions, sur les ventes d’armes ou autres Il était à la veille de rencontrer Mickael Gorbatchev…

 

[1] Culture et guerre froide J.F. Sirinelli p 115.

[2] La CIA et le syndicalisme…

[3] Sweden News in English 13/1/2008 et Dagens Nyheter, CIA ville värva den unge Olof Palme du 12/01/2008. Ce que l’on sait sur les relations de la CIA avec Palme a été trouvé dans les dossiers déclassés de la CIA.

Photo: Oiving

20 Commentaires

  1. Cet homme semble avoir jonglé, toute sa vie, d’une conviction à une autre. Par sincérité à chaque fois, par opportunisme quelquefois ? Nul ne peut le savoir. Il en va de même pour tous les dirigeants, et il en sera de même tant qu’on n’aura pas inventé la machine à sonder les cœurs.

  2. Marie

    Impat, la machine à sonder les coeurs, peut être que ce serait dangereux !Imaginer en camapgne lectoral une telle machine , je ne suis pas sûre que notre choix soit facilité!

  3. Marie

    campagne électoral!

  4. Je ne savais pas qu’il était un stay-behind, je connaissais le réseau Gladio en Italie mais Olaf Palme, c’est assez fou effectivement.

  5. Marie, moi je m’en fous, je sais les sonder -:)

  6. rackam

    Avez-vous vu le film « Ghost Writer », de l’affreux Polanski? Il y a des ressemblances avec O.P.
    Et c’est un excellent film, magnifiquement joué, notamment par la divine Olivia Williams.
    Ça ne vaut pas un match de rugby, mais j’en connais qui l’aplatiraient volontiers dans l’en-but.
    Je sors, l’aquavit me monte au cervelet.

  7. Sophie

    « moi je m’en fous, je sais les sonder  »

    Oh, mais nous n’en doutons pas! 😉

  8. Ah bon ? Je croyais que seul « L’Eternel sonde les coeurs » !
    😉

  9. Marie

    Impat vous me donnerez la recette? 🙂

  10. Loaseaubleu

    Les cœurs et les reins

  11. …ça se lit au fond d’un verre de grand Médoc.

  12. Marie

    je n’ai pas ça en cave:)

  13. Sophie

    Vous pensez qu’Olof Palme était un grand amateur de Médoc? C’est curieux, je ne le voyais pas du tout comme ça!

  14. Mais si, tout l’article le dit. Un homme de goût, ouvert à toutes choses brillantes, clairvoyant et doué.

  15. Souris donc

    Dans le genre curiosité de la Guerre Froide, nous avons également Willy Brandt :
    Maire socialiste de Berlin-Ouest ( Kennedy : Ich bin ein Berliner), Chancelier Fédéral en 1969, prix Nobel de la Paix en 71.

    Le Chancelier socialiste Willy Brandt doit démissionner avec pertes et fracas en 74 :

    Son conseiller personnel, Günter Guillaume, démasqué comme espion de la Stasi, n’est arrêté qu’un an après. Or il a eu accès aux documents secrets et était présent aux conversations et négociations du Chancelier.
    Cela n’empêche pas Willy Brandt de devenir parlementaire européen pratiquement jusqu’à sa mort.
    Quant à Günter Guillaume, condamné pour trahison, il est échangé contre d’autres agents, revient triomphalement en RDA où il a droit à tous les honneurs comme « artisan de la paix ».

  16. Marie

    @souris
    Il semble que Willy Brandt était aussi du côté de la CIA.

  17. Addis

    Moi aussi, à la lecture de l’article de Kaplan, j’ai pensé immédiatement au film de Polanski. Le livre dont il est tiré s’inspire peut-être autant d’Olof Palme que de Blair, ces deux hommes politiques n’étant pourtant pas exactement de la même génération.

  18. pirate

    La situation suédoise est un peu particulière vis à vis du voisin soviétique, et plus encore pour les voisins finlandais ou norvégien. Cela dit, le parcours de Palme explique facilement la construction du roman Millenium et notamment les ambiguités nazi.

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