La grenouille et le boeuf

Une grenouille vit un boeuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un oeuf,

Envieuse, s’étend, et s’enfle et se travaille,

Pour égaler l’animal en grosseur,

…………………………….

La chétive pécore

S’enfla si bien qu’elle creva.

………………….

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.

…………………………..

Avez-vous un jour demandé à un parent, à un ami, à quelqu’un qui exerce une responsabilité de « chef » dans une entreprise ou un organisme quelconque, de vous décrire son job ?

Essayez, je vous fais le pari qu’il vous placera rapidement l’effectif de son service. « J’ai x personnes sous mes ordres »…

Et si par hasard un autre le reprend en citant ses propres responsabilités, « moi j’en ai y en plus », ne penserez-vous pas in petto : ah, le second est un homme plus important ?

Mesdames, ne protestez pas, l’homme ci-dessus peut être une femme. Encore que…une femme se vanterait moins ! Mais là n’est pas le propos de ce billet qui veut s’attacher aux méfaits de notre amour du nombre, du gros nombre.

Ces mêmes chefs, lorsqu’ils se comparent à d’autres, mettent en regard, mentalement, les nombres de subordonnés avant de penser à l’impact de leur gestion sur la marche de leur entreprise ou de leur administration. Il en va de même bien souvent dans la manière dont les chefs de ces chefs décident les promotions et les augmentations salariales. Celui-là, c’est quelqu’un, il a deux cents personnes à manager !

Vient-il à l’idée d’un chef de service, vis-à-vis de lui-même, ou de son entourage, de mettre en avant ses succès en matière…de réduction de son effectif à mission égale ? Et pourtant, c’est cela qui compte, et c’est à cela que s’attachent leurs supérieurs quand ils sont eux-mêmes des gens responsables : remplir son cahier des charges avec le minimum de moyens, donc de personnel. En général on est loin du compte…

D’où vient ce réflexe contraire ? Contraire à l’efficacité, contraire au succès ? Peut-être du passé militaire de toute l’humanité, du temps où l’issue d’une bataille dépendait directement du nombre de soldats engagés aux points sensibles ? Napoléon disait à ses généraux de toujours faire en sorte d’attaquer là où l’ennemi alignait deux fois moins de régiments que les troupes de l’Empereur.

L’explication est insuffisante, car si nous sommes trop habitués à réagir en fonction des quantités, ce travers ne porte pas seulement sur la quantité de personnes. Il porte sur l’impact psychique de ce qui est gros, sur la force apparente du gros sur le petit. La presse, qui n’en rate jamais une, se fait complice du phénomène à propos du gouvernement. Quand trouve-t-elle matière à s’enthousiasmer pour l’action d’un ministre ? Rarement, me direz-vous. Certes, mais encore ? Eh bien relisez vos journaux : un bon ministre, c’est un ministre qui a réussi à obtenir une augmentation de son budget.

Vous pourrez chercher longtemps pour découvrir un article élogieux sur un ministre qui mettrait en avant un bilan de réussite de sa mission en diminuant le budget de son ministère ! Il est vrai que de tels ministres ne se trouvent pas sous les pas d’un cheval. Et pourtant, si nous en avions eu, peut-être aujourd’hui souffririons-nous un peu moins d’une dette démesurée.

Sur ce plan, comme sur de nombreux autres, l’entreprise pourrait servir de modèle. Une bonne entreprise sait, quand il le faut, réduire ses effectifs. Elle sait aussi, quand c’est nécessaire, supprimer des services entiers devenus inutiles. Elle en a l’idée, et elle en a le courage. Oui, on sait, un Etat ne se gère pas comme une entreprise. Mais sur certains points, il gagnerait à s’en inspirer, non ?

…………………

Tout petit prince a des ambassadeurs,

Tout marquis veut avoir des pages.

Illustration : François Chauveau (1613-1676)

21 Commentaires

  1. Marie

    A propos d’entreprise et du système de Peter: depuis vendredi matin nous sommes privés d’eau. deux appels au service d’urgence le vendredi en vain, on nous a vendu votre compteur est gelé (cave à 7 °) puis il faut attendre le dégel. samedi un fontaineire vient démonter le compteur et une partie de la tuyauterie pour finir par reconnaitre que oui c’est gelé dans la rue et qu’il reviendrait l’après midi . Bien sûr personne,lundi on appelle le service Saur Midipyrénées, autre discours nos services sont débordéés et on a 48 heures pour intervenir. Mardi deux fontainiers pointent leurs nez tournent en rond et déclarent on fera un branchement provisoire car la DDT interdit qu’on perce la voirie! L’après midi personne , sauf un voisin qui lui aussi a été confronté aux m^mes discours…La colère nous monte au nez , j’appelle la DDT qui me dit n’avoir pas été interrogé par la Saur et que bien évidement ils peuvent ouvrir. Mon mari et le voisin se rendent aux services techniques à 1 km, pas une ame qui vive et la mini pelle au chaud dans un hangar. Le maire interpellé n’a pas eu plus de chances que nous, les chefs se dégageant les uns sur les autres. Ce matin le fontainier de samedi , la mine noire est venue nous faire un branchement de fortune , notre voisin attend encore car dans les locaux techniques ils n’ont pas assez de tuyaux et il faut aller les chercher à 80 km!Voilà ou on est en réduit dans des grosses boites comme la Saur, qui se fiche du client et de la fierté du service rendu! On nous bassine avec le service public mais ces boites e,n ont pris le pli c’est pas moi c’est l’autre, par contre le panneau chef est astiqué s’en soucie! On vit une époque formidable!

  2. La SAUR est, je crois, de droit privé mais appartient à l’Etat: 50 % Etat, 50 % Caisse des dépôts.
    Votre histoire montre en tout cas à n’en pas douter que cet organisme est de culture d’Etat…

  3. Florence

    Très bien vu !
    Il n’y a pas que dans le public, dans certaines grosses stuctures privées, c’est la même chose, surtout dans le domaine adminisratif.
    Et pour occuper toutes ces troupes, on monte des usines à gaz.
    Résultat : ça coûte très cher et on perd toute efficacité.
    Bon courage à Marie !

  4. quadpater

    Alors ce n’est pas small, c’est few qui est beautiful ?

    On devrait enseigner les paradoxes du management dans les écoles ! Le classique Peter, mais aussi le fait qu’on a toujours tendance à surcharger de travail le plus efficace de l’équipe, etc.

    Je ne connaissais pas celui-là… Une fois exposé il est évident. Bien vu, Impat !

  5. Quadpater,
    Votre résumé me plaît beaucoup: oui, c’est few qui est beautiful. Quand on regarde de près les services on constate toujours, presque toujours, qu’il y a trop de monde.
    Sur cette formule qui fait flores « small is beautiful », les modes vont et viennent. Je crois qu’on est plus efficace dans l’action quand on est petit mais que la grosse taille est impérative pour pouvoir investir. Malheureusement c’est contradictoire.
    Il existe quand même une solution de principe. Constituer un gros groupe permettant les investissements lourds, mais scinder l’entreprise en petites unités très autonomes.
    Les Japonais, au temps de leur splendeur économique, avaient appelé cette solution: Bunsha qui je crois signifie littéralement « éclater l’ensemble ».

  6. quadpater

    L’autonomie a ses limites. La difficulté de l’éclatement est de faire en sorte que toutes les petites cellules conservent la conscience d’appartenir à un même organisme… J’ai vu des cas où la direction a mis en place une concurrence totale entre ses unités, y compris un système de facturation interne strictement identique à l’externe. Des baronnies, des rivalités hargneuses et des mini-monopoles sont apparus fort rapidement et si l’ensemble a bien éclaté, c’est hélas au sens propre du terme.

    Je crois que tout en restant au fait de ces limites, un patron de PME devrait systématiquement creuser la question que vous posez. Au moins avant d’atteindre la taille XXL qui fait que la boîte devient un mammouth qui survit plus grâce à ses investissements que sur sa production.

  7. Saul

    la SAUR est une sociét de droit privé, fondée par une boite privée (Bouygues je crois) dont les actionnaires sont…privés.
    seul actionnaire public, la caisse des depots et consignations, mais il n’est pas majoritaire….

  8. quadpater

    Avec 13000 collaborateurs le degré de mammouthisme de la SAUR doit frôler les 100%. Quelqu’un a le mail du patron que je lui envoie une brochure « Découvrez Antidoxe et sauvez votre entreprise » ?

  9. Hello Saul bienvenue ! Je travaille dans une énorme multinationale, même si bien sûr ce n’est pas la RATP, cet état d’esprit règne et tue tout. Dans mon propre service qui est en fait une PME hyper-dynamique qui a été rachetée, les effets pervers que décrit Impat commencent à se faire sentir et les ingénieurs les plus brillants et les plus jeunes commencent à se carapater.

  10. Bonjour et bienvenue, Saul.
    Je ne suis certainement pas assez savant en matière d’actionnariat de Saur pour discuter de ce point, mais je viens de regarder le site du groupe (http://www.saur.fr/index.php/le-groupe-saur/actionnariat), il indique 51 % Caisse des dépôts, 49 % Etat.
    Il est vrai qu’avec ces salauds d’entrepreneurs on ne sait jamais, ils sont bien capables de donner de fausses informations sur leur propre site, rien que pour tromper le client !

  11. Contrairement à vous, j’ai eu la chance de diriger pendant 20 ans une petite entreprise de 10 salariés. Il est vrai qu’il ne s’agissait pas d’industrie mais de santé.Nous n’étions qu’un confetti comparé aux grands groupes médicaux et concentrations de cliniques. Pensez : 21 lits ! Ce n’était pas le bon moyen de faire fortune.
    Mais en privilégiant la qualité des soins, en embauchant de façon judicieuse, en respectant le narcissisme de chaque collaborateur, nous avions élevé cette minuscule structure de soin à un niveau plus que satisfaisant. Notre recrutement était national et notre liste d’attente était de six mois, garantissant un remplissage à 100 %. Fait notable, notre taux d’absentéisme parmi les salariés fut quasi nul…

  12. Saul

    Bonjour Impat.
    en fait si vous regardez bien, ces 51% de la CDC et 49% de l’Etat ne correspondent que pour un des actionnaires de SAUR, le FSI.
    en fait FSI, détenu à 51% par la CDC et 49% par l’Etat, est actionnaire pour seulement 38% de SAUR.
    les autres actionnaires (Seche, Axa etc) sont privés

  13. Souris donc

    Fonction publique : Il semble qu’il y ait un frémissement sur les pratiques mafieuses des syndicats, leur opacité financière, leurs privilèges, leur goinfrerie aux frais du contribuable, leur non-représentativité : pourvu qu’enfin TOUT soit déballé sur la place publique.

    A titre d’avertissement, pour avoir fait une réflexion à quelqu’un qui trouvait le moyen d’aller bosser dans un salle de gym sur son temps de travail, j’ai eu droit aux tags dans le couloir, aux articles dans le bulletin syndical, et à deux séquestrations.
    (Aux séquestrés, un conseil : menacer de sauter par la fenêtre, ils deviennent soudain tout pusillanimes, «la chétive pécore est bien capable», pensez donc, si elle a fait une réflexion à un clampin bossant dans une salle de gym sur son temps de travail, elle est capable de tout !)

  14. Souris, j’espère que ce n’était pas un gratte-ciel, quand même !

  15. Souris donc

    Non, juste au 5ème.
    Dans la fonction publique, vous êtes ligoté par les grilles contraignantes d’avancement, de salaire, les dispositions statutaires, les règlements et procédures, le flicage syndical. Et la mentalité PDV (Pas de vagues).
    Les problèmes essentiels que j’ai rencontrés dans mon travail :
    Absentéisme et incompétence mais protégés par le statut. Mutation ? Envoyer en formation continue contre leur gré ? Syndicats vent debout.
    J’aurais bien pu virer une cinquantaine d’incompétents, surtout les délégués syndicaux bénéficiant d’une décharge. En clair : payés à rien foutre. Mais comment ?

  16. Souris donc

    Impat : « l’entreprise pourrait servir de modèle. Une bonne entreprise sait, quand il le faut, réduire ses effectifs ».
    Séduisant, mais peut-on comparer la comptabilité d’un entreprise avec celle d’une nation ? Les contraintes budgétaires (et les facilités, hélas) ne sont pas les mêmes.
    Prenons l’exemple du service à la personne. Qu’on voit dans le film « Intouchable ». On comprend pourquoi le gouvernement a fait une telle promotion à ces métiers du service à la personne : ils génèrent de l’emploi, peu qualifié souvent.
    Mais en fait, le problème est que les services à la personne ne génèrent que peu de croissance. Contrairement à la recherche scientifique. Le candidat qui en fait une promotion claire aura ma voix. Même Bayrou, l’incolore, inodore et sans saveur. Enfin non, pas Bayrou.

  17. … »peut-on comparer la comptabilité d’un entreprise avec celle d’une nation »…
    Mais oui on peut. En faisant naturellement la part des choses, mais on peut. Dans toutes les organisations, 2 + 2 =4. Dans toutes les organisations, quand il y a du monde en trop, ça coûte très cher. Dans toutes les organisations, si on emprunte, il faut un jour rembourser. D’une manière ou d’une autre.

  18. quadpater

    Impat,

    LA différence, c’est l’évaluation de « il y a du monde en trop ».

  19. Saul

    Bonjour Tibor (désolé je n’avais pas vu votre réponse)
    je ne conteste pas ce que décrit Impat, je suis même d’accord avec lui sur le fait que ce réflexe trouve son origine dans l’esprit militaire.
    je le vois moi même dans mon boulot : je suis à la tête d’un centre qui était déja en sous effectifs, et l’année dernière j’ai encore perdu 3 agents (départs en retraite, mutations, non remplacés), alors que l’activité du quartier que j’ai en charge est en pleine augmentation (population et nombre d’usagers en augmentation, constructions etc).
    et pourtant parmi mes collègues, ce si petit nombre d’agents est interprété comme le fait que ce secteur est un secteur « tranquille », qu’il n’y a pas beaucoup de boulot, et donc que ce centre est moins « prestigieux »
    par contre je reste en désaccord sur le fait que cet état d’esprit est propre au public, je l’ai vu aussi dans le privé, et vous même démontrez qu’il y est présent.

  20. Souris donc

    Oui, et si on suit le raisonnement d’Impat, le meilleur candidat à la Présidence serait alors Christophe de Margerie ?

  21. Bel article, quoiqu’un peu squatté par les bordelais….

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