Un bon bouquin.

Qu’emmènerions-nous sur une île déserte? Régulièrement la question se pose. Chaque fois que le monde nous désole, que le niveau des mers monte, que nous prenons le bateau. Adieu smartphone, playstation, blender, machine à café et autres indispensables électrivores. Bonjour, options contradictoires, interrogations minantes (Y va-t-on volontairement? Cette île se trouve-t-elle près du cercle polaire? Serons-nous vraiment seuls, même le vendredi?…)

Passé le premier émoi, on se ressaisit. On série les problèmes, on élague, on se concentre sur l’essentiel. Et la question devient alors: quel livre emporterions-nous sur cet atoll? C’est vrai, quoi de plus détendant que de lire, paisiblement vautré au pied d’un cocotier débonnaire qui offre son ombre pour protéger du soleil, ses fruits pour boire et grignoter, son tronc large pour se soulager à l’abri des regards indiscrets ?

Quel livre emporter dans cet exil, volontaire ou non, probablement long et souvent pénible? Un livre qui fait du bien, qui réconforte et distrait, un ouvrage suffisamment roboratif pour nourrir son lecteur pendant les longues soirées d’été…

Or, la vie moderne nous conduit souvent à vivre comme sur une île déserte. L’homme est seul, noyé dans la foule, son individualisme ravageur le confine à sa propre superficie. Les autres sont souvent perçus comme des prédateurs dont les nageoires dorsales croisent autour de lui. Pour oublier les squales, quoi de plus isolant et protecteur qu’un livre, un bon livre ?

Mais qu’est-ce qu’un bon livre ?

Chacun en a sa définition, selon l’humeur, le moment, l’âge, le lieu. Roman, essai, livre de cuisine, bande dessinée, notice de montage d’un composteur, anthologie de poèmes, dictionnaire latin-grec, catalogue de la Redoute…

On ne saurait trop recommander de choisir un roman. La part de rêve et de fantaisie qui s’en dégage est propice à l’évasion, sentiment idoine pour naufragé. Resserrons donc la question: qu’est-ce qu’un « bon roman » ?

Là encore, il est ardu de donner une définition qui convienne à tout le monde, à toute île. Mais on peut dégager quelques lignes de force susceptibles de remporter l’adhésion du plus grand nombre. Individualiste et grégaire, tel est l’homme contemporain.

Il y a les évidences: bien écrit, doté d’un univers captivant, présentant des caractères attachants, faisant écho à des situations originales ou appréciées, et bien d’autres composantes flatteuses pour le lecteur. Par antithèse, il convient de se garder des romans mal écrits, sans originalité, plats et ternes dans les ambiances décrites, agrémentés de personnages falots, abjects ou incompréhensibles.

Or, tout cela n’est pas mentionné sur la quatrième de couverture, celle qui est supposée donner l’envie d’acquérir l’ouvrage ou de l’emprunter à la bibliothèque municipale. Reste à se fier à la recommandation d’un lecteur précédent. Mais on bute alors sur la subjectivité, et toutes les considérations, vues plus haut, de moment, de lieu, d’ambiance. Tel livre dévoré goulûment il y a dix ans semble parfois au lecteur, jadis enchanté, banal, léger, ennuyeux. Même les critiques littéraires sont suspects. Auteurs eux-mêmes, la plupart du temps, ils s’emploient à dire du bien des oeuvres de ceux qui pourraient, par un retour d’affection, vanter les leurs. Le copinage n’est pas le plus rare carburant des pages littéraires des media. D’ailleurs, l’éreintement y est rare, la mise en garde exceptionnelle.

Comment tomber sur « le bon roman » ? Celui qui vous laissera avec un soupir de contentement mélangé de tristesse une fois refermée la dernière page. Celui dont l’un ou l’autre des personnages vous accompagnera longtemps après l’avoir quitté. Celui dont on brûlera de lire, à voix haute, un passage afin de faire partager son enthousiasme à nos proches, avec la certitude, mille fois vérifiée, qu’ils émettront un «ah» poli qui ne présage en rien de leur volonté de lire ce qui nous a tiré larmes, émois, rires, …

Faut-il privilégier les classiques, les incontournables, les récents, les inconnus, le roman de gare, de science-fiction, l’eau de roses, l’aventure, le drame social, l’histoire romancée, l’autobiographique, le sidéral, le polar, le roman de femme, la pochade ?

Peu importe, au fond, car ce qui compte c’est la trace durable que laissent les oeuvres, en nous. Le livre à emporter sur notre île est en nous. Pour toujours.

Image: Paul / FreeDigitalPhotos.net

52 Commentaires

  1. Si je dois partir pour l’île déserte, ou peuplée ma non troppo, je préconise une recette qui m’a souvent été bénéfique.
    Avant le départ, lire les quinze premières lignes. Si j’ai envie de poursuivre j’emporte le livre. Sinon, retour à l’étagère et au suivant !

  2. quadpater

    Comment tomber sur « le bon roman » ?

    Je n’ai pas plus de réponse qu’à la question « comment rencontrer la femme de sa vie ? ».

    Qu’est-ce qui me fait prendre conscience que je viens de faire une Rencontre Majuscule quand je ferme un bouquin ?

    Souvent l’envie de le rouvrir immédiatement pour demander à l’auteur « redis-moi ça encore une fois, tu m’as touché, tu m’as ouvert les yeux, tu m’as fait rire aux éclats… ».

    Beaucoup moins souvent – mais ce sont mes plus belles rencontres, les plus intimes – un regret : celui de ne pas avoir inventé moi-même l’histoire. Et la certitude que je l’aurais racontée de la même façon.

  3. Pour moi, le choix serait vite fait : c’est la Bible.

  4. The transition to chaos de Linda Reichl, je l’ai acheté il y a un moment déjà, elle y parle de la distance de Melnikov, de tore de Kolmogorov-Arnold-Mauser, elle a connu Ilya Prigogine et a été directrice du centre qui porte son nom à Austin, un bouquin sur lequel on peut plancher des années…

  5. Je n’irais pas sur une île déserte avec vous, skarda, nous ne pourrions pas échanger nos livres…

  6. Souris donc

    Dans une bibliothèque associative, des statistiques sont établies tous les ans pour orienter les achats :
    A part Christian Jacq, les romans français sortent peu.
    La littérature étrangère un peu plus (D. Kennedy, les Millenium, Connelly, H. Coben, Grisham, K. Follett…)
    Le champion toutes catégories est l’ouvrage de développement personnel (Cyrulnik et sa résilience, mais aussi gourous de tout poil, comment maigrir, aimer, réussir, se défaire de sa timidité, de son acné…)
    Talonné par les biographies. Puis les essais politiques et l’histoire.
    Il y a un vrai problème avec le roman français.

    Personnellement, un livre sur la musique, les animaux, ou un Vialatte, et c’est le bonheur sur mon ile.

  7. Lisa

    La Bible, plus le Talmud, il y en a pour des années et pour des générations…..

  8. Lisa, Patrick, c’est quoi ce laxisme ? Vous ne la connaissez pas encore par coeur la Bible ? Bande de mécréants !

  9. Tibor :
    La Bible contient une richesse telle qu’on en découvre à chaque fois qu’on la lit.
    Mieux : certains la lisent en entier une fois par an, les lectures étant étalées sur l’année. Et à chaque fois ils disent y découvrir des richesses.

  10. Vous êtes sûr que c’est bien livres que vous vouliez écrire et pas vivres, vous disant que vu mon embonpoint…

  11. Et yzont pas Linda ? Merdre alors!

  12. Guenièvre

    Un bon livre c’est un livre que j’ai envie de relire au bout de quelques années ou que je reprends souvent pour revoir certains passages dont je ne me lasse pas. En général ce sont des classiques : « l’Education sentimentale », « les illusions perdues », « le Petit prince » , Bérénice de Racine ou « La Nuit des Rois  » de Shakespeare. L’un de ces cinq là me suffirait amplement.
    S’il me fallait prendre des contemporains je choisirais Philippe Claudel ( le Rapport de Brodeck, vraiment très fort ) et certains poèmes de C.Bobin.

  13. quadpater

    La Bible ??? Le Talmud ??? allez, le Coran pour d’autres ??? Arghl… j’imagine l’ambiance sur vos îles ! 🙂

  14. Loaseaubleu

    Le problème avec la Bible : en dehors la VO point de salut. Et cela vaut autant pour la Torah que pour la Vulgate
    Pour le Talmud il faudrait etre deux: le Maitre et l’eleve donc faut choisir ses passagers
    Autrement soyons pratiques.
    Un manuel de bricolage ou
    Tout Jules Vernes dans l’espoir d’y trouver une idée pour s’échapper ou Arthur C. Clarke avec le même espoir enfin
    Victor Hugo -oui je sais hélas – mais quel souffle et quelle variété

    Pas valorisant mais permet d’essayer de survivre

  15. rackam

    Guenièvre,
    Brodeck oui, mais pas sur une île. Christian Bobin pourquoi pas. Mais c’est court. Pour une journée aux îles soit. Mais pour l’éternité… J’ai d’autres idées. Je trie, je feuillette. Je reviens.

  16. Souris donc

    Oui, Blue Bird, un manuel de bricolage, comment évider le tronc d’un cocotier pour se fabriquer une pirogue, afin de se tirer de là au plus vite.

  17. Expat

    Robinson Crusoe ! Non sérieusement c’est difficile. Avoir aucun accès à des livres que je n’ai pas encore lus serait un stress intenable pour moi. Donc ce serait : ‘Comment s’échapper d’un ile désert’.

  18. Souris donc

    Expat : emporter le manuel des castors juniors.

  19. Expat

    @souris : :)))

  20. QuadPater

    Souris,

    emporter le manuel des castors juniors.

    Eh bien c’est presque ce qui m’est arrivé à plusieurs reprises… Entre 92 et 96, je vivais à Mayotte, et nous partions parfois en pirogue passer la journée sur l’îlot de Sazilé.
    J’emportais souvent un Mickey pour le lire à mes 2 marmailles.

  21. QuadPater

    Zut ça ne pointe pas sur la photo… attends…

    et là ?

  22. Souris donc

    Oh, magique, c’est l’ile au trésor !

  23. QuadPater

    Un naufragé seulement muni d’un livre qui s’échouerait là ne survivrait pas longtemps. Peut-être un peu plus avec une BD dont la plus grande surface le protègerait un peu mieux du soleil ?
    En tout cas le MCJ (je dois avoir quelque part le premier, celui de 1970) ne lui serait d’aucun secours. Ni utilitaire, ni moral. 🙂

  24. Expat

    Merveilleux. Besoin de vacances moi

  25. Sophie

    Sur une île, j’emporte un vieux dico Larousse, du temps où l’on y trouvait de délicieuses gravures imprimées en guise d’illustrations. Avec les noms communs, les noms propres et les pages roses. Comme ça je suis sûre de ne pas être trop dépaysée et de ne pas m’embêter une seconde jusqu’au passage du rafiot salvateur.

  26. l'oiseau bleu

    Le Larousse en 10 volumes 1958 ???
    avec A-CARL, CARM-D etc….

  27. Sophie

    Non, l’oiseau, c’est pour le lire, pas pour construire un radeau!

  28. Souris donc

    Ah mais si ! La Babouchka de Kravi n’avait pas hésité, elle !

  29. Lisa

    Je suis s^re que Patrick, en bon protestant, la connaît bien…

  30. Marie

    Choisir un bon livre que c’est difficile , combien de déceptions avant de trouver celui que vous ne pouvez lâcher. Le moment qui me semble le plus difficile pour faire des choix c’est quand la bibliothèque départementale de prêt vient pour notre petite bibliothèque. des rangées de livres des auteurs inconnus des titre ronflants dérangeants des minces des épais des lourds, pff que c’est difficile de savoir que choisir pour vous Et pour les autres! Alors oui on se rabat sur les best sellers pas si bons que ça et on se choisit quelques livres qu’on sait ne plaire qu’à certains.
    Alors dans mes derniers coups de coeurs un polar « La maison en pain d’épices » un roman  » le mec de la tombe d’à côté » et un poids lourds « Les lettres de la Princesse Palatine » celui ci sur une ile déserte peu convenir sans conteste

  31. Lisa

    Oh oui les lettres de cette princesse folle de Louis XIV, qui ecrit merveilleusement bien de sa prison dorée tout en s’excusant de mal écrire le français….

  32. Souris donc

    Très difficile de conseiller un livre. Sur Contrepoints.org, ils ont fait une promotion à peine croyable de La Grève, je me force, je me force, je suis à la page 278/1200, mais alors, on peut dire que ça me coûte. Tous les soirs je m’y mets, au bout d’une page, dodo.
    Donnez-moi un livre sur le système respiratoire des émeus, je vous descends ça en 1 jour. Va comprendre.

  33. Souris donc

    Très difficile de conseiller un livre.
    Sur Contrepoints.org, ils ont fait une promotion à peine croyable de La Grève. Je me force, je me force, je suis à la page 278/1200, mais alors, on peut dire que ça me coûte. Tous les soirs je m’y mets, au bout d’une page, dodo.
    Donnez-moi un livre sur le système respiratoire des émeus, je vous descends ça en 1 jour.
    Va comprendre.

  34. Souris donc

    « Choisir un bon livre que c’est difficile , combien de déceptions avant de trouver celui que vous ne pouvez lâcher. »
    Oh oui, Marie !

  35. Souris donc

    J’ai mis un post où j’ai cité Contrepoints. Il n’est pas passé. J’ai changé quelques mots. Pas passé. Vous m’avez modérée ?

  36. QuadPater

    Quoi « vous » ?
    Vous aviez été classée indésirable ma cher Souris.
    Le détecteur de spams a fait du zèle
    Avec les excuses les plus plates de la Soute.

  37. Souris donc

    Spam ? N’en parlons plus, j’ai failli changer une autre partie et mettre pouillot véloce à la place des émeus, pour voir où ça coince.

  38. QuadPater

    J’ai tellement l’habitude d’écrire « ma chère Souris » que je fais des fautes. Désolé.

  39. QuadPater

    Je saisis l’occasion pour indiquer aux commentateurs qu’à partir du moment où ils ont posté au moins une fois sur le site, ils ne sont pas modérés a priori.
    Donc
    Si un de vos messages n’apparaît pas quelque temps après avoir cliqué sur « Laisser un commentaire », envoyez un message à la Soute, ce sera plus efficace que de déposer une réclamation ici. 🙂

  40. Souris donc

    Pardon pour le hoquet

  41. l'oiseau bleu

    Mais dans ce cas vous en aurez vite fait le tour

  42. l'oiseau bleu

    Pensez à  » Atlas Shrugged de Ayn Rand  » traduit bêtement en français par  » La Grève  »
    Magistral. Le livre le plus lu aux USA après la Bible.
    Une plaidoyer pour tout ce qui nous unit sur Antidoxe
    Souris m’a signalé une promotion enthousiaste du livre sur contrepoint.org.

    Ci-dessous le lien pour vous doonner l’envie de le lire
    https://www.contrepoints.org/2011/09/22/44559-la-greve-en-librairie

  43. l'oiseau bleu

    J’ai laissé un post sur La Grève d’Ayn Rand, apparemment perdu au milieu de quelques octet
    https://www.contrepoints.org/2011/09/22/44559-la-greve-en-librairie

    Si jamais il réapparissait je demande à Souris de bien vouloir m’excuser pour le doublon : je n’avais pas lu son post évoquant justement ce bouquin, qui est un hymne à tout ce qui nous unit sur Antidoxe
    Accrochez-vous,, Souris laissez-vous emeuhvoir

  44. l'oiseau bleu

    Rebelote
    Souris si mes excuses pour ce doiblon ne passent, je vous les renouvelle ici

  45. Sophie

    Mais non, zoziau, j’en aurais pas vite fait le tour! Je peux me perdre pendant des heures dans un dico!

  46. Souris donc

    Merci Blue Bird !
    Question : où est Rackam ?

  47. Christiane

    Merci Souris pour votre accueil.

    Pour une île déserte : corps prisonnier, il faut laisser l’esprit s’évader, rêver, faire ses propres conclusions : un livre de contes.

  48. kacyj

    Pour rebondir sue ce ce que dit Christiane, écrire un livre au lieu de chercher vainement quel livre à lire. Comme l’esprit serait réducteur, si un seul livre nous semblait incontournable, indispensable.

  49. Nonette

    L oiseau bleu m a conseillé’ la grève »en me prévenant qu il fallait s accrocher….je l emporterai donc pour les soirées de spleen mais ne vous moquez pas j emporterai les Tintin-c est vrai c est un peu lourd mais sur mon radeau…..avez-vous

  50. Souris donc

    Cette année étant bissextile, les naufragés doivent-ils emporter La Bougie du Sapeur ?
    http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-bougie-du-sapeur-dans-les-36761

  51. Nonette

    Une manœuvre malheureuse a emporte le reste de mon message ….je m en excuse

  52. Aventin

    Ca dépend des heures ; depuis 48 heures, se serait « Génie du christianisme ». Il y a 48 heures j’aurais dit « Voyage en orient « (Flaubert, Lamartine, Nerval, Chateaubriand avec son itinéraire…). Sinon les évangiles – y compris apocryphes – et Marc Aurèle, et puis Shakespeare aussi (tiens, dernièrement, Kleist).

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