La Princesse de Clèves rate son concours

Par Souris donc.

Autrefois le chef d’orchestre recrutait de façon souveraine. Ces temps sont révolus. Il préside désormais un jury, car les musiciens des grands orchestres symphoniques permanents sont recrutés sur concours.

Dans le jury : des solistes de l’orchestre, des musiciens du pupitre concerné, des administratifs, des solistes extérieurs consacrés.

Après un tour initial (un mouvement d’un concerto ou deux), l’épreuve décisive : les « traits d’orchestre » extraits du répertoire symphonique. Avec des variantes (cooptation ou recommandation préalable à l’inscription, faire jouer les candidats derrière un paravent pour ne pas être influencé par la prestance du musicien…).

La promotion interne (le tuttiste qui veut être soliste) passe également par le concours.

Les reçus sont ensuite stagiaires un an ou deux selon les pays, puis titularisés. C’est la règle générale, n’entrons pas dans le détail du débauchage de musiciens d’autres phalanges ou des supplémentaires (intermittents), free-lance au cachet…

Le concours est ouvert à toutes les nationalités, nos musiciens jouent dans les orchestres allemands, des Coréens jouent chez nous, les grands solistes voyagent beaucoup. Cette mondialisation uniformise le son…

Par malice, nous soulignons qu’aucune épreuve de culture générale n’est exigée et ne l’a jamais été ! Pas même connaître Schubert, Wagner ou Buxtehude ! Ne parlons pas de la Princesse de Clèves.

Pourtant l’orchestre appartient au monde de la culture la plus élitiste, nul ne le conteste. Et interpréter, c’est au minimum connaitre l’histoire de la musique.

Le jury n’en a cure, l’orchestre a besoin de gens qui savent tenir un archet ou souffler dans une clarinette. Le jury teste donc les candidats sur la justesse et le sens du rythme, la sonorité et la musicalité, la capacité de déchiffrage. Tout le reste est littérature et peu lui chaut la Princesse de Clèves.

La fixation sur la Princesse de Clèves vient d’une de ces expériences sans lendemain dans les cités, où l’on faisait déclamer du français du XVIIe à des jeunes divers (so exotic !) devant les caméras de Régis Sauder. Allégorie de l’Intellectuel de Gauche franchissant le Périphérique et prêchant aux Sauvageons. La Princesse de Clèves chez les Zoulous de la Zep a permis de réclamer encore plus de subventions et de téléramiser à l’infini sur la vilénie de Sarkozy, le vivre-ensemble, le relativisme culturel, le racisme, la stigmatisation, le mépris et le nauséabond.

Le répertoire habituel.

La bouse socialiste aime à cultiver le contentement de soi et à dispenser ses leçons aux autres.

Mais, jubilatoire retournement de situation, voilà que soudain la bouse socialiste est obligée de mettre le bémol. Sans doute avez-vous remarqué qu’on ne l’entend plus sur la Princesse de Clèves obligatoire et non négociable. À cause de Descoings. Dont il s’agit maintenant de soutenir la juste cause quand lui et ses pairs suppriment l’épreuve de culture générale aux concours des grandes écoles afin de laisser venir à eux les petits enfants défavorisés des cités. C’est ainsi que la bouse socialiste sait prendre le sens du vent. Et n’est jamais à une contradiction près.

Régis Sauder : « La Princesse de Clèves aide ces élèves de ZEP à penser. »

Le vrai relativisme culturel, c’est d’embaucher les meilleurs d’où qu’ils viennent et de supposer que leur niveau est en adéquation avec ce qu’on attend d’eux : l’excellence dans leur domaine. Tant pis pour la Princesse de Clèves ?

10 Commentaires

  1. Le socialisme en France, c’est encore pis avec la bouse.

  2. Aventin

    @Souris,

    Lisez donc Christopher Lasch !

  3. Souris donc

    Pourquoi ?
    Sous d’autres cieux, je vous ai connu critiquer le soixante-huitardisme et le charger de tous les maux de la société, et là, vous citez un représentant de l’Ecole de Francfort terriblement soixante-huitarde, marxiste jusque dans sa critique du marxisme. Hop, beaucoup marxisme, hop, un trait de freudisme, hop un peu de Kant, un soupçon d’anti-popperisme. Agitez.
    Un propos sur culture générale/culture experte relève d’une analyse marxiste ? Bon, si vous le dites. Le marxisme est le progrès du progrès.

  4. L'Ours

    Il y a peu sur causeur, j’avais écris ces quelques lignes sur « la princesse de Clèves »:

    Pour cela je dois faire appel à mon expérience personnelle. Comme vous le savez, j’ai grandi dans une cité qui a fait couler plus d’encre que les études de texte sur la princesse de Clèves et, à l’adolescence, nous étions une joyeuse bande de copains à l’écart des voyous, dans laquelle se mêlaient les footeux, les rugbymen, fils d’ouvriers ou de contremaîtres. Même si nous n’avions pas peur de faire le coup de poing si on nous cherchait, nous sommes à notre tour devenus ouvriers, profs, etc… Mais je crois que j’étais le seul à beaucoup lire et la « Princesse de Clèves » a changé ma vie. Loin des lieux communs des rapports entre hommes et femmes dans lesquels nous étions pétris, voici ce qui m’a bouleversé et dont étrangement on ne parle que très peu: la noblesse d’âme du mari.
    Là où une raclée ou des insultes semblaient une évidence dans les cités, voici un homme qu’une éventuelle tromperie importait moins que l’amour de celle qu’il aimait. Pas un reproche sur la dignité de sa femme, pas de jalousie machiste ni contre elle ni contre l’amant de cœur, juste de la peine à laquelle aucune vengeance n’était due.

  5. Souris donc

    L’Ours, votre témoignage prouve qu’un livre peut changer une vision, et peut-être le cours des choses. Je ne sais pas ce que vous en déduisez pour l’épreuve de culture générale des concours. En musique, elle est impossible, puisque les candidats sont de toute origine, il faudrait des épreuves sur-mesure, Goethe pour l’Allemand, Cervantès pour l’Espagnol etc. D’une part.
    D’autre part, vous n’imaginez pas le nombre de musiciens qui ont été repérés dans les bals (le trompettiste classique Maurice André) dans d’improbables radios-crochets en banlieue (l’immense Roberto Alagna). Au lieu d’un livre, une rencontre. Ces gens se construisent une culture à mesure qu’ils côtoient les œuvres. Des autodidactes qu’on ne distingue pas des natifs de la culture scolaire.

  6. Souris je trouve votre exemple extrêmement pertinent, de toute façon la Princesse de Clèves c’est de la violence symbolique.

  7. Marie

    Comme les baveux ne savent que dire dans leur TSS ils soulignent que c’est Sarkozy qui l’a nommé à la tête de l’IEP, c’est faux mais personne ne le rappelle.

  8. Souris donc

    Conte de fée :
    Le contrebassiste vénézuélien Edicson Ruiz : famille monoparentale, maman chauffeur de taxi, enfant insupportable enchainant les incivilités, en échec partout. Passe à côté d’une contrebasse et d’un enseignant.
    Résultat :
    A 15 ans : 1er prix du concours international de la société de contrebasse à Indianapolis, plus jeune lauréat de tous les temps.
    A 17 ans : membre de la Philharmonie de Berlin, plus jeune membre de toute l’histoire de l’orchestre. Sir Simon Rattle à la baguette. S’il vous plait.

    Dimanche sur ARTE, à 19 h, il sera dans l’émission Rolando Villazon présente les stars de demain.

  9. Souris donc

    Vous croyez qu’il a eu le temps de s’attarder sur la Princesse de Clèves ? Et Maurice André qui était…mineur de fond ?

  10. L'Ours

    Tout à fait d’accord avec vous Souris,
    et croyez-moi, jeune, j’étais le seul à écouter du classique. Et peu à peu plusieurs amis y sont venus jusqu’au jour où il y a un déclic, une rencontre avec une musique. Et là, tout change.
    De la même façon, dans le travail, un jour on vous pose une question de culture générale et vous êtes étonné de voir l’intérêt que suscite la réponse chez des gens qui ont peu étudié.
    En revanche, en Bourse, j’ai côtoyé des personnes sur-diplômées, et j’ai été sidéré de voir à quel point elles étaient incultes.
    Très sérieusement, voici une question qu’on m’a posé un jour, et je parle bien de ces premiers de la classe:
    « si les poules n’ont pas besoin du coq pour faire des oeufs, à quoi servent les coqs? »

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