Le dernier soupir du règne des minorités au Wisconsin

Par notre correspondant Christian Schneider, un article publié le 14 février 2012 dans le City Journal.

Les syndicats publics ont trouvé un candidat pour se présenter contre Scott Walker [1].

Jusqu’à aujourd’hui, les progressistes du Wisconsin s’agenouillaient à l’évocation de « Fighting Bob » La Folette, le personnage politique le plus révéré de l’État, qui a servi en tant que gouverneur et sénateur de l’État et qui avait gagné 17 pourcents des suffrages présidentiels en tant que candidat de Parti Progressiste en 1924. La Folette a gagné sa place dans les annales de l’État à la dure, dans une lutte acharnée contre ce qu’il appelait « la menace de la machine politique ». À l’époque, cela désignait les chefs des partis qui nommaient les candidats en coulisses, émoussant la volonté du peuple. Pour en terminer avec ces « vols politiques », La Folette croyait que la procédure de nomination devrait « revenir aux principes premiers de la démocratie ; revenir au peuple ». Après plusieurs essais infructueux, La Folette a finalement battu la machine en devenant gouverneur du Wisconsin en 1900.

Néanmoins, s’il était toujours vivant, La Folette pourrait peut-être percevoir une nouvelle menace : les syndicats du secteur public. En 1898 la syndicalisation du secteur public n’était qu’une lueur dans le regard des progressistes ; ce n’est devenu une réalité au Wisconsin qu’en 1959. Mais en 2012, les syndicats sont devenus la principale force politique de l’État. Et ils ont utilisé leur pouvoir afin d’organiser une élection exceptionnelle pour révoquer le mandat de Scott Walker, qui avait provoqué leur colère en supprimant les « négociations collectives » [2].

Après quelques recherches, les syndicats ont choisi leur candidat. Au début, ils ont approché le sénateur démocrate Tim Cullen, qui a brièvement considéré la possibilité de se présenter contre Walker. Cullen, avec 13 autres sénateurs d’État, avait en effet fuit l’État l’année dernière afin de bloquer le vote sur le projet de Walker [3]. Mais quand les responsables syndicaux lui ont demandé s’il s’engagerait à opposer son véto à tout budget futur qui ne restaurerait pas les négociations collectives pour les syndicats du secteur public, il a refusé.

« J’ai dit que je ne pouvais pas faire cette promesse et que je pensais qu’aucun candidat sérieux pour le poste de Gouverneur ne pourrait ou ne devrait prendre cet engagement » a dit Cullen au Milwaukee Journal Sentinel. Il a renoncé à se présenter, citant « l’indifférence respectueuse » des syndicats.

Mais l’ancien cadre de Dane County et le perdant par deux fois des élections de l’État, Kathleen Falk, a acquiescé aux revendications des syndicats. Mercredi après-midi, (NDLR : le 9 février 2012 donc), le plus important des syndicats d’instituteurs de l’État (NDLR : le Wisconsin Education Association Council) a annoncé qu’il soutiendrait Falk, lui fournissant donc un accès a des millions en cash pour sa campagne. La candidature de Falk sera centrée sur la question des négociations collectives – et non pas sur les 150 000 emplois que le Wisconsin a perdus au cours des deux dernières années, ni sur l’augmentation rapide des coûts médicaux, ni sur les déficits du fonds pour les transports, parmi beaucoup d’autres défis.

La déférence de Falk est emblématique du pouvoir que les syndicats du secteur public du Wisconsin ont tendance à exercer sur les représentants. Les syndicats dépensent des millions dans les campagnes afin d’élire les législateurs avec lesquels ils peuvent ensuite négocier des contrats [3].

En contestant les réformes de Walker il y a un an, des hordes de contestataires emmitouflés ont marché sur la capitale de Wisconsin en scandant : « voilà à quoi ressemble la démocratie! ». Mais quand les 4,9 pourcents des résidents de Wisconsin qui reçoivent leur fiche de paie de l’État peuvent prendre en otage le budget de l’État, la politique apparaît plus comme la machine frauduleuse que Robert La Folette avait dédié sa carrière à combattre.

« Le gouvernement par la machine politique est, sans exception, le règne de la minorité » disait La Follette en 1897. Les progressistes d’aujourd’hui préfèrent garder une mémoire sélective de l’héritage de La Folette. Tant que c’est pour la bonne cause, le règne de la minorité leur va très bien.

Christian Schneider est chercheur senior au Wisconsin Policy Research Institute et co-auteur du Campaign Manager Survey.



[1] Gouverneur du Wisconsin, membre du parti Républicain, élu lors des midi-term elections de 2010.

[2] Le « droit aux négociations collectives » dans le secteur public aux USA oblige tous les employés publics à cotiser auprès des syndicats, y compris le très puissant syndicat des instituteurs. Cette cotisation est prélevée à la source, et est massivement utilisée pour financer des candidats politiques, pour la grande majorité membre du parti Démocrate. Pour plus d’information, voir ici.

[3] Note de l’équipe d’Antidoxe : en quittant le Wisconsin, les 14 démocrates privaient le sénat de l’État du quorum de 20 sénateurs nécessaire pour voter une loi fiscale. Ils empêchaient ainsi le vote d’avoir lieu.

[4] Pour information, l’instituteur lambda au Wisconsin gagne en moyenne 100 000 dollars par an (en travaillant 7 mois/an) le salaire moyen dans l’état du Wisconsin est 60 000 dollars. Suivez le lien ci-dessus – c’est assez parlant.

Illustration : Joe Rowley

8 Commentaires

  1. Quel Pays aura l’honneur d’être le premier, devant l’Histoire, à obliger les syndicats à publier leurs comptes dans la presse ? Détaillés, chaque année…

  2. Souris donc

    Pas nous, je le crains…Nos syndicats embourgeoisés, leurs apparatchiks qui n’ont de comptes à rendre à personne, et surtout pas au contribuable qui les finance, d’accord ou pas avec leurs « causes ».
    Je finance la CGT, c’est quand même un comble ! 4 millions par an de subventions sans contrôle.

    Qu’ils vivent des cotisations de leurs adhérents, on verra si leur pouvoir de nuisance sera encore à la hauteur de leur utilité pour ceux qu’ils prétendent défendre. Ils ont contribué à diviser la France en deux, non pas gauche/droite, mais privé/public. Les uns, les plus exposées à perdre leur emploi, devant se laisser emmerder, perdre des journées de travail, pour que les autres conservent leurs « zakis », statuts et régimes spéciaux.
    Après un peu de bruit autour du rapport Perruchot pointant la gabegie des CE, les mis à disposition, la collecte de l’argent de la formation, les voyages et séjours d’étude, les notes de frais, enterré ! Pas de vagues.

  3. Expat

    Comment ça ?? Je ne finance pas la CGT ???? Si ?? je quitte le pays ! Oui Souris, ENTERRE !

  4. … »4 millions par an de subventions sans contrôle. »…
    Beaucoup plus que ça, Souris. Il faut y ajouter le rackett exercé par ce syndicat auprès d’entreprises qui payent pour s’épargner des « mouvements sociaux ». Ces paiements se retrouvent dans les prix des produits ou services que vous achetez. De même que le coût des grèves elles-mêmes quand le rackett n’a pas marché.

  5. Expat

    http://www.lefigaro.fr/societes/2011/12/03/04015-20111203ARTFIG00002-l-argent-cache-des-syndicats.php

    j’ai posté ça ailleurs, mais ça mérite le détour, le rapport a été enterré une semaine après cet article (par le PS et le UMP)

  6. Souris donc

    4 milliards…! selon le document d’Expat.

  7. L'Ours

    Très intéressant expat!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :