Ça marche dans le Wisconsin de Walker.

Third translation

CHRISTIAN SCHNEIDER

It’s Working in Walker’s Wisconsin

Ça marche dans le Wisconsin de Walker.

Les reformes controversées du gouverneur ont déjà fait économiser des millions aux contribuables.  

Un matin de février de l’an dernier, le gouverneur de Wisconsin, Scott Walker, réunit son staff dans son bureau et lui dit : « Les gars, la semaine va être très dure. » Walker avait auparavant envoyé une lettre aux employés de l’état leur proposant des mesures – qui allaient de la restriction des négociations collectives à la nécessité de commencer à contribuer à leur propre pension – afin d’éliminer le déficit de 3,6 milliards de dollars. Ce jour de février était le jour où Walker allait annoncer au public son plan de réforme.

Cela fut effectivement être une année dure. L’état tourna spectacle national, avec des dizaines de milliers de citoyens, menés par les syndicats d’état, qui se sont emparés du Capitole pendant des semaines afin de protester contre les reformes. Au début du mois de mars, les foules atteignirent le chiffre de 100 000 personnes selon la police. Les manifestants érigèrent des campements devant la mairie, en picolant et en se droguant ouvertement à côté du fameux dôme de marbre.  Les Senateurs Démocrates fuirent le Wisconsin afin d’éviter d’avoir à voter le plan de Walker. Finalement le Sénat parvint à faire passer les réformes, qui ont survécu à une injonction légale (NDLR : déposée par un juge appartenant au parti Democrate) et sont devenues lois en juillet.

Mais les syndicats n’ont pas désarmé : leurs efforts ont porté sur la récusion de Walker de ses fonctions*. Afin d’y arriver, ils essayèrent de convaincre les électeurs du Wisconsin que les réformes de Walker avaient rendu l’Etat ingouvernable. Mais jusqu’à ce jour, l’évidence contredit cette assertion – et les ‘Wisconsinites’ semblent l’avoir bien compris.

En 1959, le Wisconsin était le premier état à autoriser les employés des Services publics à se syndicaliser. Les syndicats furent très productifs pendant le demi-siècle qui suivit, obtenant des avantages sociaux fastueux pour leurs membres. Quand Walker prit ses fonctions en 2011, une majorité écrasante des fonctionnaires ne cotisaient pas à leurs fonds de pension, qui équivalaient à près de 10% de leur salaire annuel.[NDLR : donc payés par le contribuable]. De plus, l’employé public lambda ne cotisait que 6,2 pourcents de son salaire pour sa mutuelle de santé. Figurait donc dans les reformes de Walker l’exigence que les employés des Services publics payent 5,8 % de leur salaire, en moyenne, pour leurs pensions, et de doubler leurs cotisations pour la mutuelle, soit 12,4 pourcent de leurs salaires. Walker estimait les économies de l’état après ces deux changements à 724 millions de dollars par an pour les gouvernements locaux, lui permettant de réduire l’aide de l’état aux collectivités locales et de commencer un début de réduction du déficit biennial de 3,6 milliard de dollars.

Ces mesures ont provoqué la colère des syndicats, mais les autres manœuvres de Walker étaient encore plus controversées. L’une était de ne plus permettre aux fonctionnaires d’entamer des négociations collectives qu’au sujet des salaires. Les autres sujets de négociations collectives ne fairaient plus partie du processus d’établissement de contrats.   Les syndicats ont poussé des cris d’orfraie, décriant la perte de ce qu’ils appellent leur “droit” à la négociation collective : « Nous sommes prêts à mettre en oeuvre les concessions financières proposées afin que le budget de l’état soit en équilibre, mais nous ne dépouillerons pas de notre droit –  divin? – de rejoindre un vrai syndicat », déclara Marty Beil, à la tête du Wisconsin State Employees Union, en février. “Nous refusons  – je répète – nous refusons d’être dépouillés de nos droits à négocier collectivement. »

Mais ce qui a vraiment poussé les syndicats à la rébellion ouverte,  ce fut une réforme mettant fin aux cotisations obligatoires pour les membres. Les syndicats de Wisconsin collectaient jusque 1100 $ par an par membre, qu’ils dépensaient ensuite afin d’élire des politiciens acquis à leurs causes. Pendant les deux dernières élections par exemple, le plus grand syndicat des instituteurs de l’état a dépensé 3,6 million $ pour soutenir ses candidats. La reforme de Walker signifiait que les fonctionnaires pourraient décider de ne pas cotiser – des économies qui pourraient compenser l’augmentation des cotisations de santé et de pension, dixit le Gouverneur. Les syndicats savaient que, ayant le choix, beaucoup de leurs membres choisiraient de ne plus libeller leur chèque – ce qui étranglerait les finances des syndicats en périodes électorales.

La bataille des syndicats contre les reformes de Walker se fonde sur l’argument que les changements créeront des dégâts aux services publics au delà du réparables. La vérité, en fait, est que non seulement les réformes ont créé des vraies économies, mais qu’elles l’ont fait avec très peu de perturbation des services. Début août, en remarquant cette tendance, le Milwaukee Journal-Sentinel a signalé que Milwaukee allait économiser plus en dépenses de santé et pensions qu’il n’allait perdre en aide de l’Etat, laissant celui-ci avec un surplus de 11 million $ en dépit de la prédiction du maire, Tom Barrett, qui prétendait que le budget de Walker « ferait exploser notre déficit structurel ».  Le volet concernant les négociations collectives du plan Walker a généré des retours financiers  particulièrement importants pour les écoles. Avant la réforme, un grand nombre de contrats annuels des secteurs scolaires les obligeaient à attribuer leurs mutuelles de santé chez WEA Trust, une association à but non lucratif affiliée aux syndicats des enseignants de l’Etat. A partir du moment où la réforme a limité les négociations collectives aux seules négociations salariales, les secteurs scolaires purent éliminer ce critère de leurs contrats et commencer à soumettre leurs appels d’offre au marché.  Quand le Appleton School District a soumis son contrat aux enchères, par exemple, WEA a soudainement baissé ses taux et s’est engagé à s’aligner aux prix de n’importe quel concurrent. La ville d’Appleton économisera 3 millions de dollars pendant l’année scolaire actuelle.

Et Appleton n’est pas la seule. Selon une étude publiée par le MacIver Institute, à partir du 1ier septembre, “au moins 25 secteurs scolaires dans l’Etat du Blaireau** ont signalé  avoir changé de fournisseur des mutuelles de santé/plans de santé” ou avoir ouvert le processus d’appel d’offre aux entreprises extérieures au système. L’Institut calcule que ces mesures permettront aux secteurs scolaires d’économiser 211,45 dollars par étudiant. Si les 250 secteurs scolaires restants  toujours  chez WEA Trust suivent, les économies à l’échelle de l’état peuvent atteindre des centaines de millions de dollars.

Au début de l’impasse avec les syndicats de l’état, les éducateurs ont émis des prédictions désastreuses prétendant que les réformes de Walker allaient obliger les écoles à éliminer du personnel éducatif. En février, pour prendre un exemple, Dan Nerad, le Directeur du Secteur Scolaire de Madison a prédit que 289 instituteurs dans son secteur seraient licenciés. Walker a reprécisé que ses réformes étaient en fait un programme de sauvegarde de l’emploi : en acceptant des concessions modestes dans les prestations de santé, plaidat-il, les secteurs scolaires pourraient épargner des centaines d’emplois d’instituteurs. L’argument était avisé. Jusque là, le secteur de Nerad n’a supprimé aucun poste du personnel scolaire, un cas que l’on retrouve dans beaucoup d’autres des plus grands secteurs de l’état. Aucun instituteur n’a été licencié dans Beloit ou La Crosse ; Eau Claire a vu une réduction de deux postes, et Racine et Wausau ont chacun éliminé un seul poste. Le secteur scolaire de Wauwatosa attendait un déficit de 6,5 millions de dollars, et  anticipait la réduction drastique de 100 postes, mais les nouvelles contributions aux plans de pension et de santé les ont toutes préservées.

De plus, les bénéfices des secteurs scolaires ne sont pas que fiscaux. Grâce aux réformes de Walker sur les négociations collectives, le district de Brown Deer secteur dans la banlieue de Milwaukee pourrait mettre en oeuvre un système de paie liée aux performances pour ses meilleurs éducateurs – une mesure qui a des chances d’améliorer les résultats éducatifs.

Pendant l’été, des signes ont montré que le public n’était pas si inquiet du projet de Walker, contrairement aux espoirs des syndicats. En août, six Sénateurs Républicains de l’état qui ont soutenu les réformes furent obligés de défendre leurs sièges dans les tentatives de retirer leurs mandats.[NDLR : encore des “recall votes” initialisés par les syndicats] Les Démocrates, minoritaires par une marge de 19-14, avaient besoin de gagner 3 sièges pour reprendre le Sénat. Pendant les journées précedent l’élection, Mike Tate, le président du Parti Démocrate de Wisconsin s’est félicité des résultats des sondages qui montraient les Démocrates en tête dans trois des compétitions et ex æquo dans les autres. « Les Indépendants se joignent aux candidats Démocrates en force » a-t-il dit à un groupe de journalistes nationaux. Chaque élection est « éminemment gagnable ».

La manière dont les syndicats de l’état ont mené les campagnes fut parlante. Comme ils se rendaient compte que la question des négociations collectives n’était pas si critique qu’ils pensaient, pas une seule publicité de la campagne payée par les syndicats ne l’a mentionnée – malgré le fait que c’était la raison de la mobilisation des syndicats pour récuser les Sénateurs Républicains. A la place, les affiches syndicales ont proclamé que Scott Walker avait supprimé « 800 million $ du budget des école publiques ». Effectivement, c’était vrai, mais les affiches négligeaient de préciser que l’augmentation des cotisations avait remplacé ces fonds, exactement comme Walker l’avait planifié. Que les syndicats aient dépensé presque 20 millions $ dans les élections, a validé un autre argument de Walker : que les cotisations obligatoires aux syndicats sont devenu une mécanisme pour transférer l’argent des contribuables aux syndicats publics, qui l’utilisent pour faire élire des Démocrates, et négocient ensuite des contrats favorables avec ces même syndicats. Dans le cas présent, les syndicats nouvellement appauvris, ont été obligés de dépendre des contributions des syndicats dans d’autres états.

Finalement, les Républicains ont gardé 4 des six sièges, et ont conservé le contrôle du Sénat. Les Démocrates se sont néanmoins vantés d’avoir battu deux titulaires, mais la réussite est plus modeste qu’il paraît. Un des Républicains était l’élu d’un secteur où Obama a gagné par 18 points en 2008. L’autre Républicain perdant était miné par des problèmes personnels pour cause de maîtresse âgée de 25 ans. Entretemps, deux des Républicains en course , Alberta Darling et Sheila Harsdorf, ont gagné de manière plus décisive qu’en 2008 – suggérant que les réformes renforceraient quelques titulaires Républicains (les deux autres sénateurs qui ont gardé leurs sièges, Luther Olson et Rob Cowles, étaient sans concurrent en 2008, il est donc plus difficile de mesurer si leur popularité a augmenté).

La cause des syndicats n’a pas été servie non plus par des histoires mesquines largement répandues dans l’état. La plus grotesque était la saga de Warren Eschenbach, un ancien gardien des carrefours de 86 ans de Wausau. Après avoir pris sa retraite, Eschenbach, qui habite à deux maisons de l’école primaire Riverview Elementary, continuait à aider les enfants à traverser la rue ; c’était une raison de se lever tous les jours a-t-il dit à une chaîne de programme de télévision local. Mais le syndicat de Wausau ne le voyait pas comme ça : il a déposé une plainte contre la ville parce qu’il n’était plus syndiqué.

Il se peut que de telles malfaisances ne suffisent pas pour sauver Walker. Si les opposants au Gouverneur parviennent à organiser une élection pour le récuser, celle-ci aura lieu entre avril et juin. Un sondage d’octobre réalisé par le Wisconsin Policy Research Institute, où je travaille, a montré que Walker avait un taux d’approbation personnel relativement bas, à 42 pourcents. De plus, le taux des électeurs s’opposant à une récusation du gouverneur de son siège l’était par une marge très mineure – 49 contre, 47 pour.

Mais si la tâche de Walker est de convaincre les électeurs que l’état n’a pas été transformé en anarchie sans fonds, elle peut se trouver plus aisée qu’il n’y paraît. Selon le même sondage, 71 pourcents des Wisconsinites pensent que les écoles publiques ont gardé le même niveau ou se sont même améliorées depuis les derniers six mois. Plus des trois quarts des Wisconsinites  pensent que l’économie de l’état va s’améliorer ou rester au même niveau dans l’année à venir, par rapport à 60 pourcents au paroxysme du tumulte des syndicats. Et pendant que seuls 23 pourcents des Wisconsinites pense que « le pays va dans la bonne direction », 38 pourcents y croient pour l’état de Wisconsin, une progression de 27 pourcents depuis novembre 2010.

A son inauguration en 1959 – et peu avant qu’il ait créé le concept des négociations collectives pour le secteur public – le nouvellement élu gouverneur Démocrate, Gaylord Nelson, a cité Abraham Lincoln : « Les dogmes d’un passé calme sont inadéquates au présent orageux … nous devons penser autrement et agir autrement». C’est une bonne chose que Scott Walker ait suivi son avis. Il est impératif pour l’avenir fiscal du Wisconsin que les électeurs le suivent aussi.

* la fameuse procédure de «recall vote » – si les syndicats arrivent à récolter plus que 300 000 signatures, ils peuvent forcer à des nouvelles élections.

** Chaque Etat aux Etats-Unis a un « animal » d’Etat (et une fleur, et drapeau, et une chanson et parfois une boisson et j’en passe). Le Wisconsin a choisit « blaireau » car c’est un état avec beaucoup de fer, et on appelait les mineurs des « blaireau » car ils creusaient des tunnels.

Christian Schneider est Senior Chercheur au Wisconsin Policy Research

 

9 Commentaires

  1. Voila un exemple à suivre en France.
    Nous devons impérativement réduire la dette du pays. Alors commençons par des écomnomies évidentes concernant les privilèges exhorbitants des syndicats et des fonctionnaires.
    Ce sera un premier pas.
    Il en restera beaucoup d’aures.
    C’est URGENT.

  2. Sophie

    Et mettons également un frein aux méthodes maffieuses de certains syndicats, chantage, intimidation, etc…

  3. Pour être équilibré, je pense qu’il ne faut pas oublier que si les syndicats financent les démocrates, certaines entreprises ne se privent pas de financer les républicains.
    Ce qui, aux Etats-Unis, est tout à fait légal.

  4. Expat

    Oui mais là Impat c’est transparent. Et volontaire. Ça change tout.

  5. Sophie

    Ce qu’il y a aussi, c’est qu’à ma connaissance, il n’y a pas de cotisation obligatoire à verser aux entreprises pour qu’elles financent un groupe politique.

  6. Expat

    Exactement. Je pensais que c’était pire qu’en france mais en fait non, parce que souris me dit que TOUS les contribuables financent les syndicats – c’est vrai ça ??

  7. Expat,
    Tous les contribuables financent les syndicats, car ils sont subventionnés par l’Etat. De plus tous les consommateurs les financent aussi, par le surcoût des produits.
    Et…. ce sont les mêmes personnes.

  8. Expat

    Le comble…

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