Le building Breitbart

Article publié dans le City Journal le 1 mars 2012. Par Andrew Klavan.

In memoriam : Andrew Breitbart, 1969–2012

J’ai écrit quelque part que Andrew Breitbart était « bizarrement aimable ». Andrew m’a appelé le jour même pour me le confirmer : « Je suis bizarrement aimable » m’a-t-il dit. « Je ne sais pas pourquoi. »
C’était, au moins en partie, sa générosité d’esprit rayonnante, une énergie qui jaillissait de lui dans toutes les directions à la fois, au sujet d’une dispute ou pour une amitié, une conversation ou le travail. Je pense que parfois il voyait cette vitalité ambiante comme un manque de concentration.

Mais pour ses amis et admirateurs, c’était une joie et une inspiration. C’était également la source de sa force derrière un acte authentique de malignité révolutionnaire : la bataille de sa vie contre la conspiration du silence et les mensonges que pratique le courant dominant du journalisme américain.

J’eus un aperçu de son côté hyperactif la première fois que nous nous sommes rencontrés – en direct naturellement. Il était vacataire pour un chroniqueur à la radio et m’a interviewé par téléphone au sujet de la politique et de l’art. Bien que la plupart des succès de Andrew soient du domaine du journalisme politique, la culture était sa passion première.
Pendant que nous nous excitions au téléphone en découvrant nos convictions partagées, nous commencions – comme nous en avons fait la remarque plus tard – à ressembler à deux étudiants défoncés discutant de la philosophie à quatre heures du matin dans leur logement universitaire. « Ouais, ouais, mec. C’est trop vrai ça. » En plein milieu, Andrew m’envoyait des messages instantanés pour que je vienne rencontrer avec lui d’autres conservateurs de Hollywood. Pour moi, qui ne peux me concentrer que sur une seule chose à la fois, échanger des messages instantanés pendant qu’on échangeait sur les ondes était comme jongler avec des haches en jouant au piano. Pour lui, qui pouvait faire tant à la fois… Eh bien ! Je me demande parfois ce qu’il faisait d’autre en même temps.

Andrew a souvent dit que si Internet n’avait pas existé, il aurait été sans emploi. Peut-être. Seul ce mouvement de pensée universel de la « ruche » était assez vaste et varié pour capter son intérêt.

Mais du fait qu’Internet existe réellement, et parce que Andrew était ce qu’il était, il était comme préadapté à cette nouvelle ère. L’écouter parler sur la façon dont l’information circulait, la manière dont les réseaux de télévision et le New-York Times – ce monopole croulant de l’information qu’il appelait le complexe médiatique du parti démocrate – était aussi fascinant que d’entendre un général parler de stratégie ou un poète de l’art poétique.

La circulation de l’information était ce qu’il connaissait mieux que tout et mieux que personne. Et cette connaissance fit de lui plus qu’un débatteur politique : un visionnaire.

Notre rencontre eut lieu après qu’il a aidé à la création du site de droite Drudgereport.com et du site de gauche Huffington Post [NDLR : qui était de droite initialement], mais avant qu’il n’ait créé ces fantastiques grands sites – Big Hollywood, Big Government, etc – qui lui ont offert ses propres et puissantes plateformes. L’anecdote qui a lancé Big Government et Andrew et les ont propulsés à un nouveau rang de célébrité fut la vidéo de James O’Keefe et Hannah Giles exposant la corruption de Acorn, l’organisation Démocrate condamnée pour fraude électorale (et financée par le contribuable). Près d’un mois avant que ces vidéos ne soient mises en ligne, Andrew m’a appelé et m’a parlé pendant au moins une heure, décrivant dans le détail le scénario de leur publication et des suites. Il allait d’abord poster tel ou tel film, et puis le média dominant allait essayer de biaiser les choses de telle manière; il les contrerait en postant une nouvelle video qui démonterait leurs mensonges. Après quoi ils allaient essayer ceci, etc etc. Quand Big Government fut lancé, j’ai été frappé d’admiration en observant à quel point l’opération se déroulait exactement comme il l’avait décrite. Parce qu’il connaissait tellement bien la nature de la corruption des média, il les a totalement dominées comme un maître d’échecs contre un enfant.

Mais sa vison allait au delà d’une simple bagarre avec un seul Goliath. Il chassait le gang complet des Philistins. Je me souviens d’un après-midi passé avec lui sur un carrefour de Westwood, l’écoutant décrire ses plans à long terme. Il a évoqué l’éclosion des Bigs, qui démarraient juste, et imaginait la façon dont les nouveaux médias pourraient briser la mainmise de la Gauche sur la culture et l’information afin de fournir au public américain un accès à quelque chose plus proche de la vérité. Il avait même un plan pour un « think tank » culturel — « A Great Good Place » à Hollywood— où les artistes conservateurs trouveraient soutien et protection contre le blacklistage et les tapages de l’établissement artistique. Il me proposa d’en être le premier président, idée que j’ai trouvée doucement amusante à l’époque, mais qui aujourd’hui augmente ma douleur.

Ce jour là, j’ai compris que j’écoutais le plan pour construire un empire, et je croyais sans aucun doute qu’Andrew allait le réaliser. Je l’ai taquiné en lui disant que son image débraillée, frénétique et à contre culture allait devoir subir un toilettage pour le portrait à l’huile qui serait placé dans l’entrée du gratte-ciel qui porterait son nom. Je riais quand je l’ai dit, mais je le croyais. Il n’y avait aucune doute dans ma tête que les choses allaient se passer comme cela.

Une femme merveilleuse a perdu un mari. Quatre enfants sublimes ont perdu un père. Beaucoup d’entre nous ont perdu un bon et généreux ami. Nous tous avons perdu le futur qu’il allait fabriquer.

(Andrew Klavan est éditeur contributeur du City Journal. Son dernier livre pour les jeunes adultes est « The Final Hour ».)

Photo: Gage Skidmore

8 Commentaires

  1. Eden

    Expat : C’est bien de parler de Breitbart mais cet hommage ne présente pas cet homme qui vient de mourir brutalement.
    Ce n’était pas seulement un chantre du conservatisme mais un trublion dans la presse nationale américaine. Ce mec allait très loin pour donner une autre image que celle que les démocrates veulent donner d’eux-mêmes.
    Le coup des photos de ce député démocrate qui montrait son zboub à ses maîtresses fut…radical. Adieu la course à l’investiture pour ce jeune et beau mec qui aurait pu succéder à Obama.
    Il n’y allait pas de main-morte le Breitbart. Mais au moins il marquait des points cruciaux car il n’avait pas peur d’aller au devant des manifestants de gauche pour débattre.

    Le sournois « Marianne » a fait paraître un article très intéressant. Le journaleux de service utilise les grosses ficelles comme les sous-titres « Violeur, Sexiste, Raciste, Homophobe. »

    http://www.marianne2.fr/obj-washington/La-disparition-d-Andrew-Breitbart-figure-du-Tea-Party-mort-d-un-pourri_a6.html

    On se précipite pour voir à quelle occasion Breitbart eu maille à partir avec la justice dans une histoire de viol et que dalle…Il n’y a rien. Ce n’est même pas évoqué.

    L’article de Marianne est LE prototype de la désinformation. Je l’ai gardé rien que pour ça.

    Mort à Brentwood de « mort naturelle »…Beaucoup se sont posés des questions.

  2. Très bel éloge.
    Ce côté « hyper actif », réfléchissant et travaillant à plusieurs choses à la fois, fait penser à quelqu’un de connu en France…-:)

  3. Expat

    Salut Eden, tu as parfaitement raison, il y a des millier d’articles que j’aurais aimé traduire, malheureusement on n’a pas (encore) le droit de les publier. :>)
    La perte d’Andrew Breitbart est une tragédie – tant pour sa famille que pour nous. Il avait un courage sans pareil dans sa lutte contre la ‘doxa’ des médias américains. Et oui, l’affaire de Anthony Weiner était grandiose. Il s’est bien battu aussi pour les ‘paysans’ noirs. Il était un ami de ma nièce, qui est dévastée. Tout le monde attend les résultats du ‘coroner’ de LA.
    Et puis ce n’est même pas la peine d’aller regarder des commentaires dans les média américaine, il y en a PLEIN qui sont abjectes, mais abjectes.

  4. Loaseaubleu

    Breitbart.com

  5. Expat

    Oh my God : si vous lisez l’anglais, LISEZ cet article !!!
    http://www.breitbart.com/Big-Hollywood/2012/03/05/daniel-knauf-iambreitbart

  6. Averell

    Chère Expat,
    Je n’ai pu répondre à votre précédent article que je découvre à l’instant. Et c’est par votre article que j’apprends avec peine la mort de ce grand Américain. Pourquoi les meilleurs meurent-ils souvent si jeunes ? Merci pour cet article Expat.

  7. En tout cas je suis bien d’accord, Internet est une invention extraordinaire, je me souviens du temps qu’il fallait pour obtenir le moindre article scientifique autrefois. Wikipedia, les journaux en ligne, Google, Amazon, Dropbox, Gutenberg quel changement extraordinaire. Je ne connaissais pas cet homme, merci Expat.

  8. Expat

    Ces sites sont à découvrir. D’ailleurs ses troops sont en train de sortir des vidéos assez explosifs sur Obama (Andrew Breitbart avait dit juste avant sa mort qu’il avait trouver des vidéos qu’ils allaient être des ‘game changers’)
    http://www.breitbart.com/Big-Government/2012/03/07/buzzefeed-selectively-edits-obama-tape

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