La flèche du temps

Parmi les nombreuses bêtises chères aux adeptes de la décroissance et autres nouveaux malthusiens, l’entropie du monde tient une place de choix. Ainsi l’impayable Michéa cite doctement Sergei Podolynsky et son analyse des processus économiques d’un point de vue thermodynamique. Ça fait bien de parler de thermodynamique, ça en impose, c’est la caution de la science que l’on invoque, mais pourquoi la thermodynamique ?

Le XIXe fut le siècle de la révolution industrielle dont les socialistes sont un épiphénomène, ce fut donc le siècle des machines à feu, la découverte de la force mécanique. Sadi Carnot, le fils de Lazare, le général, fut le premier à modéliser le fonctionnement de telles machines. En 1824, il formula un principe d’une importance considérable : « La chaleur s’écoule toujours d’une source chaude vers une source froide », c’est le second principe de la thermodynamique. Pourquoi un phénomène si trivial est-il d’une telle importance ? Parce qu’il introduit la flèche du temps dans les processus physiques, il rend compte de l’irréversibilité des phénomènes naturels, les organismes vivant naissent, vivent puis meurent, jamais l’inverse, l’entropie d’un système fermé croît inexorablement.

Le second principe marqua et marque encore profondément les esprits car il s’oppose à la mécanique newtonienne où le temps est symétrique. L’équation de la trajectoire d’une planète est réversible par rapport au temps. Au signe près, c’est la même équation qui gouverne le mouvement idéal d’une fronde selon qu’elle tourne dans un sens ou l’autre. La question qui obsèdera dés lors les physiciens sera de réconcilier la notion de trajectoire avec celle d’augmentation irréversible de l’entropie dans les systèmes physiques.

Boltzmann fera le premier pas en donnant une formulation statistique de l’entropie : tout système tend vers la configuration la plus probable de ses micro-états. La formulation statistique de Boltzmann était tellement choquante pour la communauté scientifique en général que des géants tels que Poincaré et Einstein ne l’acceptèrent jamais, le processus de l’encre qui se mélange inexorablement à l’eau était purement phénomènologique selon eux. C’est l’outillage de la mécanique quantique qui fournit à Ilya Prigogine, scientifique belge d’origine russe, prix Nobel de chimie en 1977, le matériel conceptuel pour rendre compte de l’entropie, reprenant l’argumentation d’Eisenberg sur la non-commutativité des opérateurs de position et de quantité de mouvement.

Or, pour comprendre la nature du temps et de l’entropie Prigogine étudia les structures dissipatives, celles qui échangent de l’entropie contre de l’énergie. Les êtres vivants, les colonies d’insectes sociaux, sont des exemples de telles structures : la construction des superbes cités de termites peut être modélisée de façon extrêmement simple par un petit nombre de facteurs : les dépôts de phéromones, leur pouvoir d’attraction, leur rayon d’efficacité et la course aléatoire des insectes transportant les matériaux de construction. Du chaos émerge la vie, du désordre émergent des structures complexes et organisées, voici une autre formulation de la main invisible. Au principe de mort de l’entropie répond le principe de vie des structures dissipatives, les systèmes ouverts échangent leur entropie contre de l’énergie, achètent la vie contre de la mort.

Il est plaisant de voir les alter-mondialistes se référer au principe de mort, au principe des systèmes clos, dont on connait effectivement le destin. Nous leur opposons les systèmes ouverts, le chaos source de vie. A la décroissance nous préférons la croissance. Il y a effectivement une flèche du temps, elle ne mène pas inexorablement à la mort, l’univers regorge de source d’énergie, Podolynsky voyait la fournaise de la chaudière s’éteindre, Orwell raisonnait en terme de charbon :

« Au fond, là où on extrait le charbon, c’est une sorte de monde à part qu’on peut aisément ignorer sa vie durant. Il est probable que la plupart des gens préféreraient ne jamais en entendre parler. Pourtant, c’est la contrepartie obligée de notre monde d’en haut. La quasi totalité des activités auxquelles nous nous livrons, qu’il s’agisse de manger une glace ou de traverser l’Atlantique, de cuire un pain ou d’écrire un roman, suppose -directement ou indirectement- l’emploi du charbon. » In Le quai de Wigan.

Nous sommes passés au pétrole, nous utiliserons demain l’hydrogène ou autre chose, personne n’a jamais prédit l’avenir. Je reviendrai sur la notion de chaos dans un autre article, la théorie du chaos nous enseigne qu’il est impossible de prédire le comportement des systèmes complexes. Si l’on doit tirer un quelconque enseignement des sciences de la nature, c’est que la complexité du monde est largement au-delà de ce que la communauté scientifique pouvait imaginer au XIX avec une incroyable arrogance. Invoquer le deuxième principe de la thermodynamique pour justifier des thèses arriérées, la promotion d’un mode de vie d’un autre âge est bien la signature de l’ignorance, de la mécompréhension du sens de la flèche du temps.

À propos de Tibor Skardanelli

Je suis un nain fameux

61 Commentaires

  1. Expat

    Ça c’est pas des nains !

  2. Doc Chicago

    Excellent article ! Je comptais évoquer la thermodynamique dans mon article sur le jeu à somme nulle, mais ça aurait été en passant, donc je ne lui aurais pas rendu justice, et ensuite j’ai estimé mal maîtriser la notion, ça remonte à loin, à l’époque où je faisais de la systémique. Il y a toujours eu cette tentation dans le marxisme de paraître scientifique, et cette insistance aurait du mettre la puce à l’oreille à tout le monde depuis longtemps. Au surplus, le gros des troupes de ce clergé obscurantiste des temps modernes est composé soit de semi-instruits, soit d’imposteurs, y compris ceux qui ont des postes d’enseignant comme à sciences-po, ou des postes d’experts à l’ofce. Ils me font toujours penser à Scapin coloriant de latin de cuisine approximatif ses diagnostics fantaisistes, dans le Malade imaginaire. Etant un semi-instruit moi-même, je connais bien le sujet. Enfin, cet ordre de la main invisible que vous décrivez, Hayek l’appelle « l’ordre spontané ». Donc merci ! On va pouvoir discuter de choses intéressantes.

  3. Rien que dans le système solaire, il y a quantité de ressources encore inexploitées.

  4. Rotil ! Vous ne voulez tout de même pas utiliser nos gosses comme carburant ! Pour le coup c’est le triomphe de l’entropie.

  5. L'Ours

    Passionnant!
    Une expérience avait été faite avec des micro robots qui n’avaient que deux fonctions: avancer, tourner (si je me souviens bien). Ils étaient mis en nombre sur une plate forme, comme des fourmis. Et peu à peu, une espèce d' »organisation » émergeait de ce chaos.

  6. Guenièvre

    Merci Skarda de cet exposé, je crois effectivement qu’il y a beaucoup d’idéologie chez les adeptes de la décroissance , mais, n’étant pas scientifique, je n’ai pas les arguments pour intervenir dans les discussions . Et, ce qui me perturbe beaucoup, c’est que certains scientifiques eux-mêmes embrassent cette thèse.
    Il y a dix ans , lors d’une conférence, j’ai rencontré Jacques Blamont, membre de l’Académie des sciences, professeur émérite à l’université Paris-VI. Ancien élève d’un prix Nobel de physique (Alfred Kastler), il a été un des acteurs des programmes spatiaux français, en liaison notamment avec la Nasa et les centres spatiaux de l’ex-URSS.
    Il a été le premier directeur scientifique et technique du CNES, en 1962. On lui doit les premiers satellites français, l’installation de la base de Kourou en Guyane et quelques-uns des petits robots de l’exploration interplanétaire. Impat, l’homme ou le nom ne vous est certainement pas inconnu ?
    J’ai été subjuguée par la culture et l’intelligence de cet homme et sa façon de raconter l’aventure spatiale française.
    Or je me suis aperçue il y a quelques mois que Jacques Blamont a écrit ces dernières années deux livres pour dire son inquiétude sur l’avenir de notre planète. Cela m’interroge et je ne sais pas si l’on peut balayer d’un revers de main ses arguments.

    http://blog.lefigaro.fr/babyloan/2010/09/rencontre-avec-jacques-blamont-retour-vers-le-futur.html

    http://quefaire.e-monsite.com/pages/effondrement/entretien-avec-jacques-blamont-membre-du-cnes-auteur.html

  7. Guenièvre

    J’ai un commentaire en attente . A cause des deux liens sans doute…

  8. Guenièvre, j’ai rencontré un jour Jacques Blamont au CNES à Paris, dans les années 80, mais je ne le « connais » pas. À cette époque son nom n’était en rien lié à l’idée de décroissance.
    Je pense qu’il raisonne simplement en scientifique: la science, c’est le doute. Or quelles que soient les ressources immenses dont nous disposons, une double question se pose, dont les réponses ne coulent pas de source.
    Première question, l’augmentation des ressources disponibles suffira-t-elle à compenser l’augmentation de la population et l’augmentation de ses besoins, en particulier les besoins des peuples qui resteront en forte croissance, ou le deviendront, jusqu’à leur alignement avec celle des pays développés. La réponse est « probablement » oui, car il semble établi que la population terrestre va se stabiliser, et la croissance économique ralentir dans les pays développés.
    Deuxième question: le développement des moyens techniques et industriels suivra-t-il pour assurer l’exploitation des dites ressources ? Par exemple, avec quel carburant les avions voleront-ils en l’an 3000 ? La réponse est « probablement » oui également.
    En conclusion et à mon avis, Blamont a raison de s’interroger. Il a tort s’il s’inquiète sur le court et moyen terme.

  9. Chère Guenièvre, je ne dis pas qu’une catastrophe est impossible, je ne dis pas que nous éviterons guerres, famines et autres atrocités, je dis que ceux qui prétendent prédire l’avenir se trompent toujours, Dieu sait que les esprits les plus brillants s’y sont essayés. Je discutais de ce sujet avec un ami qui croit exactement le contraire de moi sur à peu près tout, il a un solide fonds scientifique et pense que nous allons à la catastrophe. Nous sommes tombés d’accord sur deux choses. Tout d’abord les systèmes complexes sont caractérisés par l’apparition de bifurcations imprévisibles, René Thom parlait de catastrophes, brusquement le système s’oriente dans une direction plutôt qu’une autre, les choix étant au départ équiprobables : l’attaque ou la fuite chez les animaux par exemple, qui peut dire si nous ne sommes pas au seuil d’une telle bifurcation ? Puis nous sommes bien sûr venus à parler d’effondrement et des exemples de catastrophes écologiques ou culturelles décrites dans l’essai éponyme : l’île de Pâques, les vikings au Groenland, les Anasazis et les Mayas. Les Mayas, les Incas et les Étrusques probablement, prévoyaient leur disparition, elle était programmée dans leurs mythes, nous avons le même mythe : l’Apocalypse. Girard, Serres et Blamont que je découvre, nous parlent plus de ce mythe que de réalités scientifiques, je ne dis pas que c’est mal mais ce que nous enseigne la science moderne justement c’est que le déterminisme est une illusion.

    Au XXe nous avons découvert que les mathématiques sont incomplètes : il existe des propositions mathématiques qui ne sont ni vraies, ni fausses, c’est le théorème de Gödel, que la notion de simultanéité est une illusion, c’est la relativité d’Einstein, que l’observation de l’infiniment petit modifie ce qui est observé expérience de Young, qu’il est impossible de prévoir la course de plus de deux planètes, le système solaire est chaotique, problème à N corps de Poincaré. Nous avons découvert la structure du vivant, nous sommes capables de créer des chimères, nous avons maitrisé l’énergie nucléaire, et justement commencé d’explorer l’espace. Alors voyez-vous, je reste pantois quand on vient m’expliquer que dans cinquante ans c’est la fin du monde, quelque soit les titres scientifiques du prophète. Le grand Einstein n’a jamais admis que l’étude de l’infiniment petit qu’il avait lui même initié se fasse à l’aide d’opérateurs qui ne permettent autre chose que d’émettre des probabilités sur la position et la vitesse des particules.

    Nous sommes obligés de faire avec ce que l’on a, prenons un dernier exemple si vous le voulez bien. Lorsque Stephen McIntyre, ancien prospecteur minier, consultant à la retraite se met en tête de montrer que le graphe en forme de hockey de Michael Mann, utilisé par le GIEC et Al Gore pour promouvoir l’idée de catastrophe climatique anthropique, était une supercherie scientifique, il s’est trouvé confronté à l’Université, on a refusé de lui transmettre les données, on a mis en avant le fait qu’il n’était pas universitaire, on a fait courir le bruit qu’il était téléguidé par les sept sœurs, rien ne lui a été épargné, il avait pourtant raison, les mails d’East-Anglia prouvent la collusion des chercheurs, le grand magasine Nature a trempé dans la combien, le graphe a disparu des rapports du GIEC. Un homme seul peut faire triompher la vérité, n’oublions pas que c’est d’abord l’Université et ses caciques qui a fait taire Galilée. Les sciences de la nature sont fondamentales, elles ne vaccinent pas contre l’idéologie, l’alter-mondialisme et ses dérivés dominent largement le monde universitaire en Occident, il faut un sacré tempérament pour résister, surtout qu’il faut tout de même montrer patte blanche pour être admis dans le cénacle : beaucoup de thèses se font par pure cooptation.
    Ainsi va le monde.

  10. Doc Chicago

    Le problème de Blamont, je crois, comme de pas mal de gens en France, et en l’espèce de scientifiques, c’est qu’il n’y pipe rien en économie. Nada. Je lui ferais confiance, et très volontiers, pour des questions de satellites, mais pas pour le reste, parce qu’il n’est pas compétent en la matière. L’intelligence, c’est la moitié de l’équation. L’autre, c’est savoir de quoi on parle. On a tendance a oublier cette seconde moitié. En fait, il arrive assez souvent qu’en politique comme en économie ou en questions de société, dans des bouquins ou sur des plateaux télé, des scientifiques tout à fait remarquables disent de parfaites inepties dès qu’il s’agit de trucs à la mode. L’intelligence ça n’empêche pas de se faire bouffer le cerveau par nos nouveaux cathares. Des fois même, le désir d’appartenir au camp du Bien peut devenir si impératif qu’il en vient à balayer aussi bien les facultés cognitives que le sens de la dignité.

  11. Doc Chicago

    @Tibor

    Ce que vous venez d’écrire en 12:28 mériterait un article, c’est très bien formulé ! Et bien sûr, il y a aussi la question des financements et de la finance: la science c’est des budgets, d’où de nombreuses compromissions, après tout le réchauffement climatique ça a commencé par la lutte de Thatcher contre les mineurs marxistes du charbon, financés par Moscou, et son financement de chercheurs ultra-minoritaires afin de promouvoir le nucléaire par rapport au charbon; quant à Al Gore et à son copain Maurice Strong ils se gavent sur le marché du carbone de Chicago, sans compter les mafias du carbone corrélatives qui massacrent les paysans en Afrique et en Amérique du Sud.

  12. Guenièvre

    L’improbable est toujours possible et ça vaut dans les deux sens.Merci de cette belle démonstration !

  13. Guenièvre

    Impat, quand je l’ai rencontré il n’était pas non plus un adepte de la décroissance. Je ne sais s’il a cédé aux sirènes du camp de Bien comme le dit Doc Chicago, c’est possible après tout mais je préfère votre explication, à savoir la pratique du doute !

  14. Exactement, on oublie la promotion du nucléaire dans toute cette affaire !

  15. Expat

    @ Doc : « L’intelligence, c’est la moitié de l’équation. L’autre, c’est savoir de quoi on parle.  » Merci pour cette phrase, je peux l’adopter ?
    et oui Ska, un article sur tout ça – j’ai lu un article dans « Right Things » écrit par un professeur de Physics à Princeton sur le CO2 – c’est excellent :
    http://www.firstthings.com/article/2011/05/the-truth-about-greenhouse-gases

  16. Doc Chicago

    et Thatcher s’est prise un retour de flammes: les réchauffistes sont devenus AUSSI anti-nucléaires…. Tu sais quoi ? On dit que l’homme est un loup pour l’homme: le choix de l’animal est faux, on a affaire à de tels crétins qu’à la limite je dirais que c’est un veau, ou un lamentin… L’homme est un lamentin pour l’homme: ça a de la gueule non ?

  17. Pythéas

    C’est sur, on peut être con et intelligent à la fois ! Chaque promo de l’ENA nous apporte son lot de confirmations sur patte.

    En parallèle, je remarque 2 autres facteurs qui pourraient expliquer que des gens intelligents, voire brillants, honnêtes et de bonne compagnie puissent énoncer des idiotismes économiques :
    D’une part, l’économie reste vue comme la plus dure des sciences molles. Les universitaires du XXème voulurent prouver à leurs collègues matheux ou physiciens (qui eux ont la cote puisque les sciences dures, c’est mieux – là encore, c’est une croyance positiviste comtienne bien ancrée) que eux aussi pouvaient aligner de la grosse équation qui explique plein de trucs.
    Et là boum, y’a une génération de néoclassiques (avec Keynes, étudiant en mathématiques à l’origine, dans le tas) qui sent qu’avec plein de données ‘macro-économiques’, on va pouvoir lancer pleins d’équations super compliquées qui feront de l’économie une ‘vraie science’.
    Première erreur.
    D’autre part, les travaux de matheux apportèrent beaucoup à la compréhension de phénomènes psycho-cognitifs (théorie des jeux / équilibre de Nash / optimum de Pareto, etc) ayant un impact sur la prise de décision. Là, on se dit que si on mixe ça avec de la macro keynésienne ou néoclassique (suivant son inclinaison), on aura une vue complète de ce qui fait l’économie.
    Deuxième erreur.

    La première, c’est le toupet de croire que l’on peut rassembler assez de données et les mouliner assez fidèlement pour avoir une vision claire et nette de millions d’interactions (kif kif les climatologues – même si je mets un billet qu’on arrivera un jour à des modèles climatiques plus fiables que des modèles éco). En outre, comme beaucoup de semi-habiles dont on parlait plus haut, certains se sont mis à commenter des indicateurs qu’ils ne maitrisaient pas (cf Balance commerciale, qui n’a aucun intérêt). Et là les sophismes le disputent à des idioties pures – un quart d ‘heure d’écoute de France Info le démontre chaque matin.
    De plus, comme l’aborde si justement l’article de Skarda, une équation peut se lire dans les 2 sens, alors qu’un mécanisme économique entretient des liens de causalité : il implique donc une irréversibilité du temps parfois étrangère aux maths.
    L’économie est donc une science humaine : l’étude des échanges entre individus pour laquelle les maths sont un outil mais pas un oracle.

    Deuxième erreur : croire que les comportements interdépendants de millions d’individus ayant chacun leur jugeotte, leur affect, leurs démons puissent être modélisés ou anticipés.
    Chaque théorème, si juste sur le papier et dont l’expérience tend à démontrer sa véracité, peut se voir contredit par les faits : le problème du dilemme du prisonnier, c’est qu’on peut toujours tomber sur un idéaliste ou un fou. Je n’aborde même pas l’aspect éthique de modèles type Pareto lorsqu’on veut les appliquer de force à la réalité, avec ses propres idéologies.
    Les plus brillants concepteurs des meilleurs algorithmes financiers ont n’avaient pas prévu la crise alors que tous les économistes ‘autrichiens’ la prophétisait depuis longtemps.
    Comme quoi, avoir la bosse des maths et un trou dans le portefeuille, c’est pas incompatible.

  18. Excellent article Expat ! Heureusement qu’il est resté quelques personnes conservant la tête froide. Oui, là où il y a des auges, il y a des cochons, c’est très vrai, mais quel gaspillage en attendant.

  19. J’ai trouvé ceci : http://agora.qc.ca/dossiers/Entropie
    Cet article aide à la compréhension notamment de la notion d’entropie.

    « Nous sommes passés au pétrole, nous utiliserons demain l’hydrogène ou autre chose »
    Malheureusement nous de savons toujours pas quel sera cet « autre chose ».
    – l’hydrogène ? on a essayé avec les dirigeables : abandonné car trop dangereux,
    – les gaz de schistes ? hyper polluant, il suffit de voir certaines vidéos sur le net.
    – le pétrole ? sera bientôt du passé, à oublier.
    – ? ?

    Alors oui, on peut chercher, imaginer… Mais le plus grave, c’est sans doute que d’autres se chargeront de nous ramener 1000 ans en arrière.

  20. L’hydrogène peut-être utilisé comme combustible classique ou dans les piles à combustion, il peut-être produit de multiples manières : electrolyse et bioréacteurs (algues), pour ne citer que les plus prometteuses. C’est une sou énergie renouvelable qui pourrait être utilisée dès aujourd’hui.

  21. Article inimitable Patrick ! L’entropie de l’Univers croît, et alors ? Vouas allez mourir, tirez-vous une balle dans la tête !

  22. Expat

    @ Patrick : je ne suis pas sur pour le gaz de schistes, c’est à valider ça, le potentiel est tellement énorme.

  23. Ça fait tout de même peur…
    http://www.dailymotion.com/video/xg7gbi_danger-gaz-de-schiste-2-7-doc-choc_webcam
    Après la 8ème minute, l’eau s’enflamme, saturée de gaz.

  24. Expat

    Patrick, il me semble que ce sont plutôt des exploitations illégales et irresponsables. Il faut que tout ça soit contrôler par les normes de sécurités en vigueur c’est sur. Mais j’ai lu quelque part (si je le trouve je le poste) que le EPA a fait tous les tests etc. Comme l’article du physisiste que j’ai posté, évidemment il faut exiger que les exploitants faire en sorte que les terres reviennent à l’état d’origine.

  25. Expat

    ‘soient’ arghh

  26. Expat

    Et ‘fasse’ je meurs là.

  27. Exploitations illégales peut-être, mais néanmoins réelles et nuisibles. L’Etat américain n’avait-il pas les moyens d’empêcher cela ?
    Cette situation donne vraiment l’impression que l’Argent est Roi ! Pas de quoi rassurer les populations méfiantes. Ce n’est pas pour rien qu’un moratoire a été décrété en France.

  28. Expat

    Mais justement. Je me méfie de cette moratoire. Je ne le sais pas, mais j’ai l’impression que c’est encore des verts qui font de la communication anti-gaz de schiste. J’aurais bien aimé trouvé un article bien recherché et bien sourcé sur le sujet. Patrick, il suffit de voir le pseudo de la personne qui a posté ces vidéos ! On ne peut pas lui faire confiance je pense.

  29. Aventin

    « Le XIXe fut le siècle de la révolution industrielle dont les socialistes sont un épiphénomène, ce fut donc le siècle des machines à feu, la découverte de la force mécanique. »

    Combien sont morts par la machine ou à force de la fréquenter ? Le libéralisme n’a jamais été que gestion et organisation de la misère. L’utilitariste Bentham, créateur du Panopticum, a manifestement inspiré ces merveilles idéologique que sont le Taylorisme et le Fordisme. Le libéralisme est une idéologie qui offre la licence aux plus riches et qui surveille et puni les pauvres.Le libéralisme livre un homme fractionné, un homme machine, un spécialiste fonctionnant parfaitement au sein d’une colonie de fourmis parfaitement disciplinés.Le libéralisme c’est avant tout une conception terrifiante de l’Homme.

  30. Expat

    @ Aventin: vous êtes un homme machine ? Un homme fractionné ? Spécialiste parfatitement au sein d’un colonie de fourmis ? Oui ? Vous êtes à ce point soubi au monde ‘capitaliste’ ? Vu vos postes je ne le vois pas. Vous vous trompez de cible, c’est d’une évidence meme.

  31. Ici un reportage d’une TV canadienne :

    Je m’arrêterai là.
    Connaissant simplement la cupidité humaine et sachant de quoi l’homme est capable, tout cela reste crédible à mes yeux.

  32. Aventin

    @Expat,

    C’est pourtant ce que défend votre modèle Expat. C’est pourtant ce dont il accouche. Nous sommes indiscutablement à l’ère du supercalculateur, du super spécialiste, de la marchandise sous code barre et, tels les vases communiquant, à l’ère également de la mort des humanités et de la culture générale. Le libéralisme fait des hommes des fourmis disciplinées… Fordisme, Taylorisme, puis ère du chiffre et des mathématiques financières… un code barre, un algorithme, pour chacun et pour chaque situations… le libéralisme fait de nous des D-503 !

  33. Aventin, vous ici ! À bas la force mécanique dévoreuse d’hommes alors ? À bas la rationalité ? Mais dites-nous ne reprochiez-vous pas tantôt à Doc de procéder par affirmations ? Il me semble bien que c’est ce que vous faites. Nos démocraties libérales sont de tels enfers que tous les gueux du monde s’y précipitent en rangs serrés, que partout où leurs principes de fonctionnement s’imposent les choses vont mieux. Mais bon, nous sommes tout de même loin de la thermodynamique et de son deuxième principe.

  34. Doc Chicago

    les vidéos relatives aux gazs de schistes sont des fakes (ou sans rapport)… ben oui, quand on oeuvre pour le Bien, tous les moyens sont bons. Il y a eu un accident et un seul, en Pennsylvanie, qui venait d’une gaine mal fichue, les gazs se sont répandus dans un lac, il y a eu quelques poissons morts (encore que…), les voisins ont été grassement indemnisés et… rien. Non-évènement. Ca a quand même été monté en épingle dans un film connu, qui apprendrait à mentir à Michael Moore lui-même. Le procédé de forage employé pour le schiste, c’est du sable et de l’eau à haute pression… et les gazs de schistes se trouvant sous une épaisse couche rocheuse non poreuse, le seul risque c’est la gaine (et d’ailleurs s’il y avait porosité on aurait des remontées de gaz de schiste en permanence, forage ou pas). Mais les écolos sont prêts à tout pour que le gaz de schiste ne soit pas exploité, y compris produire des faux comme ils l’ont fait avec le réchauffement climatique, parce que c’est une énergie bon marché dont on a de grosses réserves… dans les pays occidentaux, ce qui soulagerait notre dépendance énergétique et contribuerait à notre croissance. Hors les écolos, selon qui est concerné, veulent la destruction du monde industriel (comme ça en plus leurs prédictions s’avèreraient vraies) et de la société de consommation, ou toucher de grasses subventions pour leurs bidules pas rentables, polluants et dangereux, comme les éoliennes. Bref, quand un écolo affirme quelque chose, même en images, prudence et scepticisme sont de mise.

  35. Doc Chicago

    Ha ouais c’est clair, nous les libéraux on veut réduire les êtres humains à l’état de machines biologiques lobotimisées… On veut anéantir toute liberté, c’est d’ailleurs pour ça qu’on s’appelle les… libéraux. Bon, les marxistes, c’est pas fini d’accuser les autres de vos propres péchés ?

  36. Doc Chicago

    Quand j’affirme quelque chose, est-ce que c’est faux ?

  37. Expat

    Hey Doc. Thanks. C’est ce que je pensais. (j’ai lu les articles dans ce sens mais aujourd’hui je me méfie de tout)

    @ Patrick : c’est pourquoi je reste sceptique.

  38. Aventin

    @TS,

    On leur vend de la concupiscence et on leur fait croire que leurs sociétés traditionnelles sont dépassées et hors d’usage. Alors, avec toute cette « common decency » dont ils disposent, en tant qu’hommes issus de sociétés traditionnelles, ils croient aux boniments des tenants du libéralisme. Alors eux aussi, ils ne croient plus aux frontières. Mais bien vite ils reviennent chez eux et comprennent qu’ils ont été de la chaire à canon économique ; et que le trésor véritable résidait dans cette culture ancestrale que de fausses valeurs, marchandes, leur on fait quitter pour leur plus malheur. On est si bien avec un écran plat de 125 cm, une voiture intérieur cuir, un duplex à Davos, et heureux enfin de pouvoir s’empiffrer de burgers en regardant une série télévisée américaine. Et puis ils sont si intéressants ces individus riches à millions qui se déplacent en avion privé. Vive le super manager international rampant devant sont conseil d’administration ! Pendant ce temps-là, au coeur de l’Atlas, vivent des hommes libres !

  39. Expat

    @ Aventin : soit vous êtes capable de répondre à des questions soit vous allez vous faire foutre. C’est assez binaire pour vous ? Allez-y

  40. Aventin

    Quelle question ?
    Vous êtes un super manager ?

  41. Expat

    à 8:28 heure Antidoxe les questions. J’attends les réponses.

  42. Et bien Aventin, on a pas vraiment l’impression, on a plutôt le sentiment qu’ils tapent l’incruste, mais c’est peut-être un effet de notre imagination malade.

    Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche
    Est large à faire envie à la plus belle blanche;
    A l’artiste pensif ton corps est doux et cher;
    Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
    Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t’a fait naître,
    Ta tâche est d’allumer la pipe de ton maître,
    De pourvoir les flacons d’eaux fraîches et d’odeurs,
    De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
    Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
    D’acheter au bazar ananas et bananes.
    Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,
    Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus;
    Et quand descend le soir au manteau d’écarlate,
    Tu poses doucement ton corps sur une natte,
    Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
    Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

    Pourquoi, l’heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
    Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,
    Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
    Faire de grands adieux à tes chers tamarins?
    Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
    Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
    Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
    Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
    Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
    Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
    L’oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
    Des cocotiers absents les fantômes épars!

    À une Malabaraise. Charles Baudelaire.
    Ce XIXe vous hante décidément.

  43. Aventin

    Expat,
    Je suis un homme libre pour la raison que je ne relève pas de cette idéologie, la vôtre, qu’est le libéralisme. Le syndrome idéologique vous empêche de voir. Je ne suis pas libre en raison de mon confort matériel mais en raison d’un acquis « intellectuel » et spirituel qui récuse le libéralisme, et qui existait bien avant le libéralisme et le règne de la marchandise. La liberté ne date pas du libéralisme, en revanche l’idéologie – la vôtre – tort le réel par le dogme aux fins de le faire croire. Quand on dépense, on dé-pense ! Je ne suis pas membre d’une colonie de fourmis mais un homme cheminant librement dans l’Atlas justement parce que je ne crois rien du libéralisme et du monde de la marchandise. Vous ne pouvez pas voir : confer le livre VII de la République.

  44. « Au coeur de l’Atlas vivent les hommes libres ! » Allahu akbar ! Atlas shrugged.

  45. Aventin

    À un riche.

    Jeune homme ! je te plains ; et cependant j’admire
    Ton grand parc enchanté qui semble nous sourire,
    Qui fait, vu de ton seuil, le tour de l’horizon,
    Grave ou joyeux suivant le jour et la saison,
    Coupé d’herbe et d’eau vive, et remplissant huit lieues
    De ses vagues massifs et de ses ombres bleues.
    J’admire ton domaine, et pourtant je te plains !
    Car dans ces bois touffus de tant de grandeur pleins,
    Où le printemps épanche un faste sans mesure,
    Quelle plus misérable et plus pauvre masure
    Qu’un homme usé, flétri, mort pour l’illusion,
    Riche et sans volupté, jeune et sans passion,
    Dont le coeur délabré, dans ses recoins livides,
    N’a plus qu’un triste amas d’anciennes coupes vides,
    Vases brisés qui n’ont rien gardé que l’ennui,
    Et d’où l’amour, la joie et la candeur ont fui !

    Oui, tu me fais pitié, toi qui crois faire envie !
    Ce splendide séjour sur ton coeur, sur ta vie,
    Jette une ombre ironique, et rit en écrasant
    Ton front terne et chétif d’un cadre éblouissant.

    Dis-moi, crois-tu, vraiment posséder ce royaume
    D’ombre et de fleurs, où l’arbre arrondi comme un dôme,
    L’étang, lame d’argent que le couchant fait d’or,
    L’allée entrant au bois comme un noir corridor,
    Et là, sur la forêt, ce mont qu’une tour garde,
    Font un groupe si beau pour l’âme qui regarde !
    Lieu sacré pour qui sait dans l’immense univers,
    Dans les prés, dans les eaux et dans les vallons verts,
    Retrouver les profils de la face éternelle
    Dont le visage humain n’est qu’une ombre charnelle !

    Que fais-tu donc ici ? Jamais on ne te voit,
    Quand le matin blanchit l’angle ardoisé du toit,
    Sortir, songer, cueillir la fleur, coupe irisée
    Que la plante à l’oiseau tend pleine de rosée,
    Et parfois t’arrêter, laissant pendre à ta main
    Un livre interrompu, debout sur le chemin,
    Quand le bruit du vent coupe en strophes incertaines
    Cette longue chanson qui coule des fontaines.

    Jamais tu n’as suivi de sommets en sommets
    La ligne des coteaux qui fait rêve ; jamais
    Tu n’as joui de voir, sur l’eau qui reflète,
    Quelque saule noueux tordu comme un athlète.
    Jamais, sévère esprit au mystère attaché,
    Tu n’as questionné le vieux orme penché
    Qui regarde à ses pieds toute la pleine vivre
    Comme un sage qui rêve attentif à son livre.

    L’été, lorsque le jour est par midi frappé,
    Lorsque la lassitude a tout enveloppé,
    A l’heure où l’andalouse et l’oiseau font la sieste,
    Jamais le faon peureux, tapi dans l’antre agreste,
    Ne te vois, à pas lents, loin de l’homme importun,
    Grave, et comme ayant peur de réveiller quelqu’un,
    Errer dans les forêts ténébreuses et douces
    Où le silence dort sur le velours des mousses.

    Que te fais tout cela ? Les nuages des cieux,
    La verdure et l’azur sont l’ennui de tes yeux.
    Tu n’est pas de ces fous qui vont, et qui s’en vantent,
    Tendant partout l’oreille aux voix qui partout chantent,
    Rendant au Seigneur d’avoir fait le printemps,
    Qui ramasse un nid, ou contemple longtemps
    Quelque noir champignon, monstre étrange de l’herbe.
    Toi, comme un sac d’argent, tu vois passer la gerbe.
    Ta futaie, en avril, sous ses bras plus nombreux
    A l’air de réclamer bien des pas amoureux,
    Bien des coeurs soupirants, bien des têtes pensives ;

    Toi qui jouis aussi sous ses branches massives,
    Tu songes, calculant le taillis qui s’accroît,
    Que Paris, ce vieillard qui, l’hiver, a si froid,
    Attend, sous ses vieux quais percés de rampes neuves,
    Ces longs serpents de bois qui descendent les fleuves !
    Ton regard voit, tandis que ton oeil flotte au loin,
    Les blés d’or en farine et la prairie en foin ;
    Pour toi le laboureur est un rustre qu’on paie ;
    Pour toi toute fumée ondulant, noire ou gaie,
    Sur le clair paysage, est un foyer impur
    Où l’on cuit quelque viande à l’angle d’un vieux mur.
    Quand le soir tend le ciel de ses moires ardentes
    Au dos d’un fort cheval assis, jambes pendantes,
    Quand les bouviers hâlés, de leur bras vigoureux
    Pique tes boeufs géants qui par le chemin creux
    Se hâtent pêle-mêle et s’en vont à la crèche,
    Toi, devant ce tableau tu rêves à la brèche
    Qu’il faudra réparer, en vendant tes silos,
    Dans ta rente qui tremble aux pas de don Carlos !

    Au crépuscule, après un long jour monotone,
    Tu t’enfermes chez toi. Les tièdes nuits d’automne
    Versent leur chaste haleine aux coteaux veloutés.
    Tu n’en sais rien. D’ailleurs, qu’importe ! A tes côtés,
    Belles, leur bruns cheveux appliqués sur les tempes,
    Fronts roses empourprés par le reflet des lampes,
    Des femmes aux yeux purs sont assises, formant
    Un cercle frais qui borde et cause doucement ;
    Toutes, dans leurs discours où rien n’ose apparaître,
    Cachant leurs voeux, leur âmes et leur coeur que peut-être
    Embaume un vague amour, fleur qu’on ne cueille pas,
    Parfum qu’on sentirait en se baissant tout bas.
    Tu n’en sais rien. Tu fais, parmi ces élégies,
    Tomber ton froid sourire, où, sous quatre bougies,
    D’autres hommes et toi, dans un coin attablés
    Autour d’un tapis vert, bruyants, vous querellez
    Les caprices du whist, du brelan ou de l’hombre.
    La fenêtre est pourtant pleine de lune et d’ombre !

    Ô risible insensé ! vraiment, je te le dis,
    Cette terre, ces prés, ces vallons arrondis,
    Nids de feuilles et d’herbe où jasent les villages,
    Ces blés où les moineaux ont leurs joyeux pillages,
    Ces champs qui, l’hiver même, ont d’austères appas,
    Ne t’appartiennent point : tu ne les comprends pas.

    Vois-tu, tous les passants, les enfants, les poètes,
    Sur qui ton bois répand ses ombres inquiètes,
    Le pauvre jeune peintre épris de ciel et d’air,
    L’amant plein d’un seul nom, le sage au coeur amer,
    Qui viennent rafraîchir dans cette solitude,
    Hélas ! l’un son amour et l’autre son étude,
    Tous ceux qui, savourant la beauté de ce lieu,
    Aiment, en quittant l’homme, à s’approcher de Dieu,
    Et qui, laissant ici le bruit vague et morose
    Des troubles de leur âme, y prennent quelque chose
    De l’immense repos de la création,
    Tous ces hommes, sans or et sans ambition,
    Et dont le pied poudreux ou tout mouillé par l’herbe
    Te fait rire emporté par ton landau superbe,
    Sont dans ce parc touffu, que tu crois sous ta loi,
    Plus riches, plus chez eux, plus les maîtres que toi,
    Quoique de leur forêt que ta main grille et mure
    Tu puisses couper l’ombre et vendre le murmure !

    Pour eux rien n’est stérile en ces asiles frais.
    Pour qui les sait cueillir tout a des dons secrets.
    De partout sort un flot de sagesse abondante.
    L’esprit qu’a déserté la passion grondante,
    Médite à l’arbre mort, aux débris du vieux pont.
    Tout objet dont le bois se compose répond
    A quelque objet pareil dans la forêt de l’âme.
    Un feu de pâtre éteint parle à l’amour en flamme.
    Tout donne des conseils au penseur, jeune ou vieux.
    On se pique aux chardons ainsi qu’aux envieux ;
    La feuille invite à croître ; et l’onde, en coulant vite,
    Avertit qu’on se hâte et que l’heure nous quitte.
    Pour eux rien n’est muet, rien n’est froid, rien n’est mort.
    Un peu de plume en sang leur éveille un remord ;
    Les sources sont des pleurs ; la fleur qui boit aux fleuves,
    Leur dit : Souvenez-vous, ô pauvres âmes veuves !

    Pour eux l’antre profond cache un songe étoilé ;
    Et la nuit, sous l’azur d’un beau ciel constellé,
    L’arbre sur ses rameaux, comme à travers ses branches,
    Leur montre l’astre d’or et les colombes blanches,
    Choses douces aux coeurs par le malheur ployés,
    Car l’oiseau dit : Aimez ! et l’étoile : Croyez !

    Voilà ce que chez toi verse aux âmes souffrantes
    La chaste obscurité des branches murmurantes !
    Mais toi, qu’en fais tu ? dis. — Tous les ans, en flots d’or,
    Ce murmure, cette ombre, ineffable trésor,
    Ces bruits de vent qui joue et d’arbre qui tressaille,
    Vont s’enfouir au fond de ton coffre qui bâille ;
    Et tu changes ces bois où l’amour s’enivra,
    Toute cette nature, en loge à l’opéra !

    Encor si la musique arrivait à ton âme !
    Mais entre l’art et toi l’or met son mur infâme.
    L’esprit qui comprend l’art comprend le reste aussi.
    Tu vas donc dormir là ! sans te douter qu’ainsi
    Que tous ces verts trésors que dévore ta bourse,
    Gluck est une forêt et Mozart une source.

    Tu dors ; et quand parfois la mode, en souriant,
    Te dit : Admire, riche ! alors, joyeux, criant,
    Tu surgis, demandant comment l’auteur se nomme,
    Pourvu que toutefois la muse soit un homme !
    Car tu te roidiras dans ton étrange orgueil
    Si l’on t’apporte, un soir, quelque musique en deuil,
    Urne que la pensée a chauffée à sa flamme,
    Beau vase où s’est versé tout le coeur d’une femme.

    Ô seigneur malvenu de ce superbe lieu !
    Caillou vil incrusté dans ces rubis en feu !
    Maître pour qui ces champs sont pleins de sourdes haines !
    Gui parasite enflé de la sève des chênes !
    Pauvre riche ! — Vis donc, puisque cela pour toi
    C’est vivre. Vis sans coeur, sans pensée et sans foi.
    Vis pour l’or, chose vile, et l’orgueil, chose vaine.
    Végète, toi qui n’as que du sang dans la veine,
    Toi qui ne sens pas Dieu frémir dans le roseau,
    Regarder dans l’aurore et chanter dans l’oiseau !

    Car, — et bien que tu sois celui qui rit aux belles
    Et, le soir, se récrie aux romances nouvelles, —
    Dans les coteaux penchants où fument les hameaux,
    Près des lacs, près des fleurs, sous les larges rameaux,
    Dans tes propres jardins, tu vas aussi stupide,
    Aussi peu clairvoyant dans ton instinct cupide,
    Aussi sourd à la vie à l’harmonie, aux voix,
    Qu’un loup sauvage errant au milieu des grands bois !

  46. Hé, l’homme libre ! Que faites-vous derrière cet écran chenapan !

  47. Doc Chicago

    @Aventin

    Ouch, tous ces clichés….. ha si seulement je pouvais avoir un écran plat… (sauf que je m’en fous, je regarde tout par l’ordi). Il y a même Davos et la malbouffe. Pourquoi est-ce qu’il faut toujours condamner tout ce qui est fun, tout ce qui fait plaisir aux gens, comme une sorte de Savonarole de supérette ??? c’est agaçant à la fin, en tout moi j’en ai marre, le discours « la grisaille et les topinambours c’est tout ce que doit désirer un homme » hé bien je commence à trouver qu’il a été assez répété, il était moisi au départ et un million de répétitions pas inspirées plus tard, il est toujours aussi nase et sent toujours autant la vieille chaussette de philosophe marxiste qui se lave pas.

  48. Doc Chicago

    Et qui a du bide.

  49. Doc Chicago

    Ces ordinateurs sont trop colorés, ils offrent trop de possibilité de s’amuser et de communiquer et de regarder des vidéos de lolcats sur youtube. On a pas besoin de ça. C’est des futilités, ça nous détourne de notre conscience de classe et de l’étude de l’oeuvre d’Alain Badiou. Bon, comme supprimer les ordinateurs va demander du temps, je propose comme première étape que l’on revienne aux écrans monochromes verts et que l’alimentation électrique soit remplacée par… j’allais dire une chaudière au charbon, mais j’oubliais le bilan carbone, ha si je sais, une dynamo à manivelle. Au moins ça muscle le bars et on passera moins de temps à écrire des conneries.

  50. Aventin

    Badiou ?
    Beurk !

  51. Aventin

    Et puis je suis bien plus – infiniment plus…- chrétien que je ne suis marxiste. Vive les aiguilles et les chameaux !

  52. Il fait l’Aventaire des clichés éculés !

  53. Expat

    Er aventin ——– je vous connais ——–vous êtes troll——- Dan dan dan dannnn—— Aventin ——- le troll——ça roll——-je vous connais—–Dan. Dan. Bonne nuit !

  54. Pythéas

    « Combien sont morts par la machine ou à force de la fréquenter ? »
    spécieux : combien sont morts de n’avoir pas été contemporains des machines qui auraient pu leur sauver la vie / offrir les conditions d’une vie décente ?

    L’utilitarisme est une discipline économique, et sa place au sein de la pensée libérale est toujours débattu chez ceux qui se disent libéraux.
    Par ailleurs, c’est la division du travail qui a permis l’essor économique de l’humanité.
    En outre, c’est ce qui permet à chacun d’exercer au mieux ses talents spécifiques.

    Et non, le libéralisme, c’est justement l’inverse d’une fourmilière car toute la pensée libérale se base sur l’individu et non le groupe.
    La fourmilière, c’est le socialisme ou le conservatisme où un ordre déterminé est imposé à tous au mépris des aspirations de chacun.

  55. Mais vous allez le faire fuir, cet Aventin ! Il a déjà fui un autre site où l’on cause…

  56. que l’on revienne aux écrans monochromes verts ou ambre, au choix.
    une dynamo à manivelle à pédales, c’est plus efficace et moins fatiguant, et on peut taper sur le clavier pendant qu’on pédale.
    ça muscle le bars où l’on tient une chope à bout de bras !
    Argh ! mon ordinateur est trop coloré : j’ai tapé un texte inutile !

  57. Patrick, vous avez raison.

  58. Gaz de schistes, je sais pas, mais schistes bitumineux, on en a plein chez nous, et on se prépare à les exploiter. Avec une méthode non polluante.

    Sinon, concernant les théories d’Al Gore et du GIEC, vous avez ça, qui est assez intéressant à visionner:

    http://vodpod.com/watch/30932-video-climat-google-video

  59. Sur le changement climatique, il y a cette vidéo, intéressante:

    http://vodpod.com/watch/30932-video-climat-google-video

  60. Sur la finitude des ressources:

    avec une VF des paroles:

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