Les Bateliers de la Berezina

Il y a des gens comme ça.

Si ça va bien, ils s’étonnent, ils contestent, ils nient. Si ça va mal, ils crient au loup, attention ça va aller encore plus mal !

Dans tous les cas, la situation est désastreuse: « C’est la Bérézina ».

Ils s’opposent. Parfois ils ont raison…mais comme ils s’opposent toujours, comment les croire ?

Quelques échantillons berezinesques ? En voici un qui court les rues, sans s’essouffler depuis…toujours. Nous vivons dans un pays qui sans cesse depuis la dernière guerre a eu le bonheur, la chance ou la science ou les trois, de voir augmenter chaque année son pouvoir d’achat moyen. Les statistiques de l’INSEE le disent, mais, plus crédibles que les statistiques, sont les symptômes que nous percevons. Les embouteillages grandissants sur les routes des vacances, le nombre croissant de stations de sports d’hiver, et surtout, la consommation des ménages français qui, en moyenne, ne faiblit pas.

Eh bien, non ! Pour nos paranoïaques, le pouvoir d’achat moyen décroît. Il décroît sans cesse, on pouvait déjà entendre cette fable pendant les « trente glorieuses » comme on peut l’entendre à présent. Même pendant les trois récentes années de crise, alors que ce pouvoir d’achat baissait fortement en Italie, en Espagne, en Grèce, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, il a continué d’augmenter en France. Moins vite qu’avant, et même très peu en 2011, mais il n’a pas diminué. Quant à l’épargne, elle a augmenté en 2011 pour atteindre un record depuis 1983.

Eh bien non ! Rien n’y fait, il faut qu’il soit établi que notre pouvoir d’achat baisse. C’est un postulat, car notre économie, « c’est la Berezina »…

Quand on essaie d’argumenter à partir des chiffres de l’INSEE ou à partir des constatations énumérées plus haut, que vous répond-on ? On vous répond d’abord que vous devez être insensible à la misère du peuple, sinon vous n’oseriez pas émettre un avis aussi iconoclaste sur leurs conditions de vie. Puis, vous ayant ainsi mis hors-jeu car on ne discute pas avec des salauds, on vous sort des « témoignages ». Des témoignages, certes, il en existe beaucoup de la part de personnes qui se plaignent de leur niveau de vie, et il y en aura toujours. Mais en quoi cela prouve-t-il que ce niveau baisse ? évidemment en rien.

Alors votre interlocuteur berezinesque sortira sa dernière cartouche, qui pour lui est celle de la mise à mort.

En substance : « Je vois chaque soir dans ma rue des salariés pauvres qui dorment dans leur voiture. On ne voyait pas cela, il y a quarante ans. »

Eh bien ils ont raison, ceux qui envoient cette charge ! Ils ont raison, car voici quarante ans les salariés pauvres, les homologues de ceux que voient nos contemporains, ils n’avaient pas de voiture. Hélas, ils ne pouvaient dormir sur leur vélo. Les bidonvilles constituaient leur seul abri…

Cet exemple, réel, est un peu caricatural. Mais comme il est facile de rencontrer dans bien d’autres domaines certains « désespérés de carrière » qui croient vivre une Berezina quotidienne !

Ils en sont persuadés, on nous vend des « merdes ». La qualité des produits, leur fiabilité, leur durée de vie, ne cessent de s’effondrer. Et de vous citer des téléviseurs, des lave-linge, des lave-vaisselle, qu’il faut jeter au bout de quelques mois ou faire réparer. En n’oubliant pas de préciser que la réparation coûtera aussi cher que l’achat. D’où sortent-ils cette opinion? De quelques ennuis réels certainement, qui leur sont arrivés ou qui ont perturbé un ami. Mais ils doivent être bien jeunes pour ignorer le temps, pas si lointain, où ces appareils ne duraient jamais longtemps. Le temps où un lave-vaisselle se mettait soudain à laver…le sol de la cuisine par toute l’eau qui fuyait. Le temps des appareils photographiques dont « l’obturateur » se coinçait. Le temps des jolies rayures horizontales qui balayaient inopinément l’écran des TV. Le temps où nos parents étudiaient soigneusement la liste des garages avant de prendre la route car une panne est si vite arrivée. Le temps où tout le monde savait changer une roue car il n’était pas rare de devoir s’y coller. On en a connu, des jeunes femmes qui emportaient prudemment un oreiller dans le coffre afin de pouvoir simuler une grossesse et apitoyer un conducteur prévenant, ou séduit…

Mais non, c’était mieux avant affirme la communauté des berezinesques. On nous vend des merdes ! Et d’ajouter « qu’ils le font exprès pour accroître leurs ventes ».

Tous pourris, c’est encore un coup des patrons. Car finalement, c’est leur leitmotiv, accuser les patrons.

Cette innocente paranoïa ne cacherait-elle pas une moins innocente animosité sociale ?

7 Commentaires

  1. Yaakov Rotil

    TEST;

  2. Tout fout le camp, rien ne va plus ! Depuis le temps qu’on le dit…

  3. Yaakov Rotil

    Tout ça, c’est la faute du Mossad, ma bonne dame… Pis d’abord, toutes ces fusées qu’on envoie dans le ciel !

  4. Marie

    Mon commentaire a été avalé par un trou noir! 😦

  5. grandgil

    à l’auteure,
    Attention aussi, toute personne un peu douée de sens critique ne prédit pas forcément la fin du monde, il s’agit juste d’apporter une réflexion qui même si elle diverge du consensus fait progresser les choses. On a besoin de prophètes Jérémie, même si on sait ce qui lui arriva à force de dire la vérité. Voilà bien le problème, cette invasion du virtuel qui fait que beaucoup de gens ne supportent plus d’être tout simplement confrontés au réel.

  6. isa

    c’est exactement la discussion que je viens d’avoir avec Saul sur Causeur, un site dont vous avez peut-petre entendu parler, mais qui n’est guère connu.

    Selon lui, tout était mieux avant, sous Sarko tout est devenu catastrophique.
    impossible d’argumenter, il sait tout.

  7. Isa , mon ami Saul est en effet un bon modèle de Bérézinesque invétéré! – 🙂

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