La Cité des Étoiles (à la fin de l’URSS)

La décennie des années quatre-vingt touche à sa fin. Le prestige spatial de l’URSS, né avec le Spoutnik en 1957, atteint son apogée depuis qu’en février 1986 a été lancée la station MIR. Pour la première fois au monde une station spatiale habitée permanente tourne autour de la terre. Quel perfectionnement depuis les quatre-vingt kilos du Spoutnik !

En France l’ingénieur Quarteau a naturellement suivi avec passion cette progression dont rien de ce qui a été publié ne lui échappe. Mais il ne connaît pas la Russie, où l’amène une mission technique.

Ce soir d’automne, comment donc s’étonnerait-il de sentir l’émotion agiter à ce point son esprit quand l’avion d’Air France achève la descente vers Moscou-Sheremetyevo ? A l’excitation des démonstrations scientifiques attendues, s’ajoute une sorte d’envoûtement devant ce monde fermé depuis quarante ans. Envoûtement non dénué de crainte et d’effroi. Ce monde communiste, mystérieux et effrayant, coupé volontairement du monde quotidien de Quarteau. Monde du KGB, du Goulag, des commissaires politiques. Monde des chars de Budapest, du printemps de Prague. Une autre planète, retirée derrière son rideau de fer. D’où personne ne peut sortir, et où peu de gens peuvent pénétrer.

À travers le hublot, tandis que le crissement des pneus signale l’atterrissage, Quarteau aperçoit quelques avions militaires sur un parking. Le ciel est bas, gris, brumeux. L’avion vire pour quitter la piste et longe un bois de bouleaux aux troncs blancs, branches déjà dénudées.

Enfin le sifflement des moteurs s’arrête. Les passagers, peu nombreux, quittent leurs sièges et s’alignent dans le couloir derrière l’hôtesse prête à ouvrir la porte. Sous une bruine froide, on descend sur le tarmac. Autobus, et débarquement dans une aérogare au plafond bas. A l’extrémité de la salle, deux passages bordés d’un guichet fermé abritant des hommes en uniforme, policiers et douaniers. Mais des uniformes, il y en a partout dans l’aérogare…

La double queue se forme pour les formalités. Parmi les derniers passagers en ligne, Quarteau patiente un long moment. La queue n’avance pas…Pour tromper l’attente il avise un couloir surmonté de l’inscription « магазинчики ». Pas de barrière, il s’avance, sac de voyage à la main. Les militaires ne le regardent même pas, l’air assez renfrogné mais non hostile. Et il aboutit dans la zone des boutiques. Probablement des ventes hors taxe, allons voir !

Une dizaine de comptoirs, proposant fourrures, caviar, poupées russes, souvenirs divers. Il faut s’approcher pour examiner la marchandise, car il fait presque nuit. De ci de là, une ampoule électrique nue au plafond répand un éclairage mesuré, triste, presque sinistre. Quelques vendeurs sont présents, des hommes, ne semblant prêter aucune attention à Quarteau, pourtant seul client potentiel. La salle est bien chauffée, mais l’atmosphère plutôt froide ! Sur une face, de grandes vitres laissent voir l’extérieur. La nuit, maintenant complète, est trouée de quelques rares points lumineux au loin. Sur le côté on devine des arbres, les troncs blancs habillant l’obscurité de leurs lignes verticales glauques.

Oppressé, mal à l’aise, Quarteau fait demi-tour et rejoint vite ses compagnons de voyage. La queue n’a toujours pas bougé ! De l’autre côté des guichets, le représentant à Moscou des industries spatiales françaises doit attendre, mais il est probablement habitué.

En effet, aucune surprise de sa part lorsque la rencontre intervient enfin une heure plus tard. Le délégué conduit Quarteau à l’hôtel Intourist, et rendez-vous est pris pour le lendemain. Accueil prévu à 8 heures trente à l’Etablissement industriel Krounitchev, en vue de la visite d’usine, des réunions…le programme habituel des rencontres techniques.

Si habituel, que cette journée passe comme un éclair, Quarteau oubliant vite qu’il travaille aujourd’hui dans un milieu nouveau, étranger, probablement différent sur bien des points. Il le sait bien, la technique est universelle. Dans leur domaine, les ingénieurs se comprennent comme des musiciens parlant musique ! Restera cependant, de cette première visite, la forte impression laissée par l’examen de la chaîne d’assemblage de la grosse fusée Proton. Image de forte puissance industrielle.

Mais l’attente de l’ingénieur, son appétit d’apprendre ce que savent faire ses hôtes, seront particulièrement comblés par le programme des jours suivants. La Cité des Etoiles, but premier du voyage…

Ce récit, ainsi que les deux autres parties qui vont suivre, est tiré après adaptation du livre « Né de Père Disparu » (Raoul Rouot, Muller édition, 2006).

Un commentaire

  1. Yaakov Rotil

    On attend la suite avec impatience…

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