Le dernier message de Malesherbes

J’ai beaucoup dit, ici et ailleurs, l’immense admiration que je nourris pour Turgot, homme aux qualités morales et intellectuelles incontestables dont je tiens qu’il fut un des premiers véritables précurseurs de l’école autrichienne d’économie. Mais on ne peut raconter Turgot sans citer son ami, son compagnon de route et son alter ego : Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, dit Malesherbes.

Turgot et Malesherbes ont formé un duo, probablement un des plus remarquables de l’histoire de France, qui fut largement salué et soutenu, par tout ce que Paris comptait d’esprits éclairés. Ils étaient les candidats des Lumières, ceux dont tous espéraient les plus grandes réalisations, les seuls qui auraient pu nous éviter le bain de sang révolutionnaire. « Jamais, non jamais, écrivait Julie de Lespinasse [1] dès l’annonce de leur nomination, deux hommes plus vertueux, plus désintéressés, plus actifs, n’ont été réunis et animés plus fortement d’un intérêt plus grand et plus élevé. » Turgot et Malesherbes faisaient partie de ce petit cercle d’immenses penseurs qui, de Thomas Jefferson à Voltaire en passant par Adam Smith, se connaissaient, se reconnaissaient et méritaient plus que tous autres le titre de pères du libéralisme.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’œuvre et l’action de Malesherbes mais l’histoire officielle d’État nous ayant fait la grâce de ne pas trop écorner son souvenir, je voudrais me concentrer sur les évènements des derniers mois de sa vie car ils nous disent, je crois, bien des choses sur ceux qui, aujourd’hui encore, vouent un culte à ses assassins. Je cède donc la plume à Tyrtée Tastet, dans son Histoire des quarante fauteuils de l’Académie Française depuis la fondation jusqu’à nos jours (1855, tome troisième, page 486 et suivantes).

« À peine si les premiers éclats de la tourmente révolutionnaire avaient pu troubler le calme de cette retraite du sage et vertueux Malesherbes, à peine si l’émigration avait marqué du vide dans le petit cercle de gens de bien qui composaient sa société intime. Cependant on lui apprend tout à coup que Louis XVI, arrêté à Varennes, est ramené prisonnier à Paris ; que son procès va s’instruire. Alors, il se hâte d’écrire au président de la Convention cette lettre dont le texte a mérité de passer à la postérité :

« Paris, le 11 décembre 1792

« J’ignore si la Convention nationale donnera à Louis XVI un conseil pour le défendre, et si elle lui en laissera le choix. Dans ce cas là je désire que Louis XVI sache que, s’il me choisit pour cette fonction, je suis prêt à m’y dévouer… J’ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fût mon maître, dans le temps que cette fonction était ambitionnée par tout le monde ; je lui dois le même service, lorsque c’est une fonction que bien des gens trouvent dangereuse. »

« Vains efforts, courage inutile. Louis XVI monta sur l’échafaud, et Malesherbes se perdit entièrement dans l’esprit de ses bourreaux. Dans les premiers jours de décembre 1793, trois membres du comité révolutionnaire de Paris vinrent enlever sa fille aînée [2] et son gendre le président Rosambo [3]. Il resta seul avec ses petits enfants. On supposa un instant que son âge et ses vertus le feraient respecter : il n’en fût rien, et, dès le lendemain, ce fut à son tour de suivre sa fille, avec ses enfants, malgré les pleurs et les protestations des habitants de Malesherbes, qui demandaient tous à être garants de son innocence. Enfermé dans les prisons de Port-Libre, l’excellent homme conserva jusqu’à sa dernière heure sa manière accoutumée, sa gaieté ordinaire, parlant avec tranquillité du sort qui l’attendait, et se livrant, rapporte Boissy d’Anglas, sans trouble à de lumineuses discussions sur des points de politique et de morale, qui avait fait si souvent le charme de ses amis. « Je suis devenu mauvais sujet sur la fin de mes jours, disait-il gaiement à ceux qui se pressaient en grand nombre autour de lui, et je me suis fait mettre en prison. » Déjà son gendre l’avait précédé là où tant de nobles victimes étaient tombées : ce fut son tour de les suivre avec sa fille, sa petite-fille et le jeune époux [4] de celle-ci, le frère de l’auteur du Génie du Christianisme. Il entendit son arrêt sans effroi et regarda la mort avec calme et sérénité, sans que cette gaieté douce et spirituelle, qui avait fait le charme de sa vie, l’abandonnât un moment.

« C’était le 22 avril 1794. En sortant de prison pour monter dans la sinistre charrette, son pied heurte une pierre et lui fait faire un faux pas : « Voilà, dit-il en souriant tristement, voilà un mauvais présage ; à ma place un Romain serait rentré. » Sa fille puisait du courage dans ses regards ; ce fut alors que, s’adressant à Mlle de Sombreuil [5], qui avait sauvé la vie de son père le 2 septembre, elle lui dit : « Vous avez eu la gloire de sauver votre père ; j’ai du moins la consolation de mourir avec le mien. » Elle mourut la première. Malesherbes la suivit d’un pas assuré et reçut la mort comme un homme familiarisé avec les grandes et belles doctrines de la religion chrétienne. « Ainsi, dit Boissy d’Anglas, ainsi finit de servir sa patrie, en même temps qu’il cessa de vivre, l’un des hommes les plus dignes de l’estime et de la vénération de ses contemporains et de l’avenir ; on peut dire qu’il honora l’espèce humaine pas ses hautes et constantes vertus, en même temps qu’il la fit aimer par le charme de son caractère. Personne n’offrit plus réellement que lui l’idée du bon et du juste, et ne se livra plus entièrement à ce qui lui semblait être bien. Tel est l’homme dont les temps anciens n’offrent rien de plus glorieux que la mort, et les temps modernes rien de plus honorable que la vie. »

Coupons là. Tyrtée Tastet ne précise pas si Aline, 23 ans, et son mari Jean-Baptiste, 35 ans, ont été exécutés avant ou après leur mère et belle-mère. Il semble, en revanche, établi que Malesherbes, l’immense Malesherbes, celui-là même qui s’était battu bec et ongles pour abolir les lettres de cachet, ait du souffrir ce qu’aucun père n’aurait jamais du avoir à supporter : voir mourir son enfant et sa petite fille sous les coups de fous sanguinaires.

Avril 1794. Les lois de ventôse viennent de renforcer les pouvoirs du sinistre Comité de salut public et la Grande Terreur n’est plus très loin. Une bande de morveux exaltés – le plus jeune, Saint Just, n’a que 26 ans et la moyenne d’âge n’atteint pas 30 ans – s’apprête à exercer une dictature de fait et à plonger la France dans un véritable bain de sang qui n’a pas grand-chose à envier aux purges staliniennes.

Le Comité de salut public. On pensait avoir épuisé toutes les références exécrables de notre histoire mais il restait celle là : le Comité de salut public, sa Grande Terreur et son « déblayage » des prisons : 1 285 condamnations à mort en 47 jours sans autre forme de procès. La toute-puissance étatique dont ont toujours rêvé les pires criminels qui ont ensanglanté notre humanité ; la tyrannie et le meurtre légal élevé en mode de gouvernement ; le tout enveloppé dans la certitude fanatique d’avoir raison, de faire le bien, d’incarner le bien.

Ils ont tué Malesherbes mais ils ont aussi tué sa fille, son beau-fils, sa petite-fille de 23 ans et son jeune mari ; ils les ont tué juste parce qu’ils faisaient partie de sa famille. « Tout ce qui se passe est horrible, disait le même Saint-Just, mais nécessaire. » Les sévérités nécessaires du Comité de salut public n’avaient rien à envier à celles des nazis ou des khmers rouges ; elles portent les mêmes stigmates de haine sourde et aveugle. La haine, comme l’écrivait si bien Ernesto « Che » Guevara, le boucher de la Cabaña, « la haine comme élément de la lutte, une haine implacable pour l’ennemi qui pousse l’homme au-delà de ses limites naturelles et qui le transforme en machine à tuer efficace, violente, sélective et froide. [6] »

Voilà ce que nous avons appris ; voilà le message que Malesherbes et tant d’autres nous ont légué, le message qu’ils ont écrit de leur propre sang et que nous, leurs héritiers, nous n’oublierons jamais : les « socialistes révolutionnaires » ne sont pas des doux rêveurs ; ce sont des bêtes sanguinaires fanatiques qui ne sont mues par rien d’autre que la haine.

[1] Julie de Lespinasse, Lettre à Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert (6 juillet 1775).
[2] Antoinette Thérèse Marguerite de Lamoignon de Malesherbes (38 ans lors de son exécution).

[3] Louis Le Peletier de Rosanbo, époux d’Antoinette, guillotiné le 21 avril 1794 à 47 ans.

[4] Aline Thérèse (23 ans) et son mari Jean-Baptiste de Chateaubriand (35 ans), le frère de François-René de Chateaubriand. Louise Madeleine, l’autre fille d’Antoinette et Louis, échappera de justesse à l’échafaud grâce à la chute de Robespierre ; fort heureusement d’ailleurs puisqu’elle deviendra la mère d’Alexis de Tocqueville.

[5] Jeanne-Jacques-Marie-Anne-Françoise de Virot Sombreuil, « l’héroïne au verre de sang. »

[6] Ernesto Guevara, Message to the Tricontinental, 16 avril 1967.

26 Commentaires

  1. On peut se demander si le bilan de la Révolution est « globalement positif ».
    La haine semée dans les esprits a fait couler beaucoup de sang, mais de manière un peu moins violente elle dure encore 220 ans plus tard.
    Dommage que cette Révolution ne se soit pas contentée de la nuit du 4 août.

  2. Pour Jonas Goldberg dans  » libéral fascism  » la Révolution française à instaure le premier régime fasciste au monde :
    Pensée unique, terreur, délation , emprisonnement des opposants

  3. patricksurlenet

    Merci Georges Kaplan pour cette leçon d’Histoire. Et ils sont nombreux encore aujourd’hui à être persuadés que la révolution était une bonne chose.

  4. Malesherbes, cet homme merveilleux, aurait du se présenter aux élections, dans le 17ème.
    Il aurait eu un boulevard devant lui.

  5. plantigrade69

    A ne pas confondre la Révolution et la terreur. On a tendance à croire que l’une est inexorablement la mère de l’autre; c’est oublier ce que sont les hommes, surtout à cette époque. Il y avait parmi les révolutionnaires des gens extraordinaires, mais le nom des pires guillotineurs semblent être passés avec plus d’honneur à la postérité que celui de ceux qui exécraient la guillotine.

  6. Georges Kaplan

    Plantigrade,
    Je dirais, comme Tocqueville (l’arrière-petit-fils de Malesherbes) : « la Révolution française ne sera que ténèbres pour ceux qui ne voudront regarder qu’elle ; c’est dans les temps qui la précèdent qu’il faut chercher la seule lumière qui puisse l’éclairer. »
    (Alexis de Tocqueville, L’ancien régime et la Révolution (1856), L3, VII)

  7. Christiane

    Patricksurlenet : « Merci Georges Kaplan pour cette leçon d’Histoire. Et ils sont nombreux encore aujourd’hui à être persuadés que la révolution était une bonne chose ».

    Merci également. J’avoue que j’avais tendance à penser que lors de tout combat les excès en sont indissociables, que malgré tout le positif l’emportait sur le négatif. Donc le « négatif » étant connu : la Terreur, mais où a été le « positif »? Si je déduis que sans Révolution et Terreur, les autres pays européens en sont arrivés au même stade de démocratie (précision : je n’ai pas beaucoup de connaissances historiques), suis-je dans la vérité ?

  8. Christiane, vous êtes dans la vérité.
    Néanmoins on peut penser que la Révolution a montré la voie, et que les autres pays ont ainsi avancé plus vite vers la démocratie.
    Ce n’est qu’une hypothèse, invérifiable.

  9. Sophie

    Du leclerc de bergerac, salut la troupe!

    Sophie

  10. plantigrade69

    Christianne,
    pensez-vous que sans les révolutions française et américaine, l’idée même d’égalité devant la loi aurait fait flores? Comme le dit impat, la révolution a ouvert la voie à l’accomplissement des idées des lumières, même si cela a commencé par les ténèbres et même s’il n’est pas question d’excuser ces ténèbres.
    Peut-être suis-je trop Français, mais la simple idée que des sujets anglais acceptent d’être des sujets et acceptent de donner des titres nobiliaires, qui sont l’essence même de l’inégalité entre humains, à d’autres personnes qui n’ont rien fait d’autre que de naître, me sidère.

  11. plantigrade69,
    Oui, même si ce n’est plus que symbolique c’est pour nous une aberration.

  12. plantigrade69

    Oui impat, mais le symbole ou les principes, c’est primordial, c’est ce qui fait sens.

    GK,
    je suis un fan de Tocqueville, mais ne retrouvant pas ce passage et ne le situant pas dans son contexte, je ne sais comment l’interpréter.

  13. Expat

    Merci GK pour ce texte, on imagine vraiment le terreur.

  14. aventin

    Au fait Jorge, toujours rien sur Aristote, le bien, la vertu… l’utilitarisme – Ah…et le bidonnant Mr Hayek…

    La chrématistique ça vous cause Jorge ?

  15. Christiane

    Merci pour vos réponses Impat et Plantigrade. Je reste perplexe.

    La fin justifierait-elle les moyens ? Suivant notre positionnement : parfois oui, parfois non ?

  16. Christiane, …. »parfois oui, parfois non ? »…
    En effet, car nous sommes partiellement esclaves de nos idées, parfois même de nos a priori.
    Dans le cas de la Révolution je crois, après avoir longtemps pensé le contraire, que la fin obtenue ne justifiait pas les moyens employés. En particulier cette haine tenace d’une partie de la population française envers l’autre, conséquence de la Révolution encore deux siècles plus tard, est une conséquence déplorable qui ternit durablement la « fin » obtenue.

  17. plantigrade69

    Comme impat, je reste persuadé que la terreur – hors l’horreur inacceptable et injustifiable – a été une perte de temps et certainement pas une nécéssité.

  18. Christiane

    Impat : « Dans le cas de la Révolution je crois, après avoir longtemps pensé le contraire, que la fin obtenue ne justifiait pas les moyens employés »

    « Après avoir longtemps pensé le contraire » j’ai l’impression que nous sommes nombreux « à avoir pensé le contraire » : exaltation de la jeunesse pour ce qui nous apparaît un idéal ?

    Est-ce la sagesse qui petit à petit fait son nid ou devenons-nous blasés par les idéaux au fil du temps ?

  19. Lisa

    @Aventin
    C’est quoi le chrématistique ?

  20. Saul

    dommage que Kaplan ne soit pas capable de plus de nuances.
    ainsi si le régime de la Terreur est condamnable, c’est tout de même assez facile, et disons le stupide, de mettre dans le même sac d’infamie toute la Révolution (parce que là en gros on en déduit que la Révolution, c’est le maaaal, et que la société d’Ancien régime c’était mieux…) et de rejeter ainsi tout en bloc les acquis et évolutions qu’elle a donné.
    sans compter l’amalgame totalement anachronique avec les socialistes révolutionnaires….
    car je trouve sidérant, comme l’Ours, qu’on en vienne à se demander si la Révolution a finalement apporté quelque chose….
    euh ben oui, citoyens/citoyennes, l’égalité juridique hein, c’est pas arrivé comme ça tout seul par l’opération du saint esprit, c’est tout de même pas rien me semble t’il…..

    ensuite sans vouloir défendre les « terroristes », quand Kaplan s’essaye à l’Histoire, il a cette facheuse manie de laisser parler son coté idéologique en omettant de parler du contexte : lorsque la Terreur fut proclamée la première fois,il ne faudrait peut être pas oublier que le nouveau régime politique était loin d’être accepté, que des soulèvements et séditions avaient lieu (fédéralistes, monarchistes etc),un effondrement économique dues à cette époque de grands troubles des pillages, de la spéculation par ces saints accapareurs (saints car ce brave Georges va vous expliquer que c’est pas leur foooote, que ce sont en réalité des bienfaiteurs de l’humanité…), que le pays était envahi par des armées étrangères, tout ça tout ça….bref quelques circonstances qui font qu’il serait difficile d’avoir une vie politique saine et paisible…..même un gouvernement composé de « libéraux » à la sauce Kaplan ferait la même chose pour garder le pouvoir (pas la peine de dire non Kaplan, même de bonne foi, vous mentiriez, les libéraux ne sont pas des surhommes…)

  21. Souris donc

    Entièrement d’accord avec le plantigrade !
    Déclaration d’Indépendance, 4 juillet 1776. Thomas Jefferson : tout y est. 1776. 13 ans avant les braillards français.
    On aurait pu s’épargner la Terreur, les bains de sang, et le volcan qui couve en permanence en France où l’on ne connait que les rapports de force. Avec les conséquences en coût humain et social. Le monde entier ne nous envie rien du tout, nous sommes les seuls à penser que nous sommes le phare éternel avec les dividendes idéologiques de la Révolution.
    Par ailleurs, l’idée de démocratie constitutionnelle n’est pas notre invention, mais celle des précurseurs des Lumières, Locke, Hume. Et d’autres que j’oublie. La populace au spectacle n’a rien apporté, nous aurions eu le même résultat sans la Révolution. C’était dans l’air depuis très longtemps et nous avons des savants bien plus intéressants que les braillards coupeurs de têtes : Réaumur, Buffon, Lamarck, Jussieu, d’Alembert etc etc. Point commun entre eux : rejeter les dogmes, ordonner et classifier, comprendre le monde pour le faire évoluer.
    Nous aurions pu avoir une évolution sans révolution.

  22. Ah oui ! le contexte, cher Saul. En changeant quelques mots à votre texte, on retrouve toutes les justifications avancées par nombre d’intellectuels français, dignes descendants de Saint – Just et Robespierre, pour nous expliquer l’échec de la révolution castriste.Et je trouve très limite comme argumentation de rejeter les assertions de GK au prétexte qu’il se définit comme libéral. De même que rejeter l’apport positif de cette révolution ne saurait signifier une adhésion à l’ancien régime.
    Bien évidemment que cette terreur et ces massacres étaient totalement inutiles. Que dans le cadre d’une révolution ou d’un soulèvement, un contexte défavorable puisse engendrer des morts ou des « dommages collatéraux » comme on dirait aujourd’hui est concevable, compréhensible. A une telle échelle, c’est tout simplement injustifiable et impardonnable. Je suis assez d’accord avec l’auteur américain cité qui assimile cette période à la naissance du fascisme.
    Et si un homme de la trempe de Bonaparte n’avait pas remis la France sur les rails, je ne sais pas ce qu’elle serait devenue la France, juste un peu dommage qu’il ait eu une telle soif de conquête. Mais la France telle qu’elle s’est construite aux 19ème et 20ème siècles doit davantage à ce diable d’homme qu’à un quelconque apport de la révolution.

    Si nous avons pensé Christiane (je parle de vous qui le dites, et de moi, m’abstenant de faire une généralité) que le solde de la Révolution pouvait être positif, c’est que nous avons été instruits dans ce sens, par nos professeurs d’histoire. Après, il a fallu déconstruire et reconstruire sa propre opinion (là, je parle pour moi), en ouvrant aussi l’horizon géographique et temporel pour observer ce qui avait pu se passer ailleurs et à d’autres époques.

    Quant à la chrématistique, qui signifie quelque chose comme « l’art de la production de richesses », c’est un concept généralement enseigné en première année de sciences économiques dans les cours d’histoire de la pensée. Ce concept est introduit dans le cadre de l’étude des apports d’Aristote à la science économique, celui-ci différenciant la chrématistique de l’économie qui ne concernerait que la production des biens nécessaires à la vie alors que la première viserait à s’enrichir sans limites. Les économistes non libéraux étant en extase devant cette distinction, oubliant seulement de préciser que si l’on s’en était tenu uniquement à l’économie selon Aristote, notre niveau de développement aurait été quelque peu différent. Bien que je ne sois pas partisan de l’enrichissement sans limite ou plus exactement sans cadre et sans règles, je préfère que les hommes aient préféré s’affranchir des restrictions d’Aristote, et de ses suivants beaucoup plus tard sous la houlette de St Thomas d’Aquin.

  23. Saul

    vous m’avez mal compris : je ne justifiais pas mais tenter d’expliquer que la nature humaine étant ce qu’elle est, n’importe quel gonze au pouvoir ayant l’ambition de mettre en place un nouveau système verra sa conduite dictée par les circonstances.
    bref que ce n’est pas une question d’idéologie (exception notable du nazisme et toute forme de fascisme dans lesquels la violence est inscrite dans leurs gènes) comme le croit Kaplan, et qu’il fait ainsi une lourde erreur en mettant la responsabilité sur celle ci, et de rejeter ainsi en bloc la Révolution (ce qui est tout de même un manque de nuance flagrant)
    Car si l’on réfléchit bien, l’idéal de Robespierre était justement plus proche des idées… libérales, que d’un quelconque autoritarisme : il était intellectuellement dans la droite ligne des Lumières, contre la peine de mort, pour une démocratie politique, pour l’abolition de l’esclavage etc, bref des idées qui normalement devraient plaire à un Georges Kaplan et qui font de lui ce qu’il appellerait un « libéral ».
    Aussi c’est bien son idéologie qui l’aveugle et lui fait rejeter en bloc tout les aspects de la Révolution (par exemple je reste sidéré qu’un libéral puisse remettre en cause l’acquis de l’égalité juridique…il ne le dit pas tel quel of course, mais le rejet en bloc iinclut cela)
    mais les circonstances décrites plus haut les ont « dirigés » et fait dériver, leur but premier n’était pas de faire un régime sanglant (je ferais une exception pour ce sociopathe hystérique de Saint Just).
    je ne conteste pas sa qualité de libéral à Kaplan, mais lui rappelle que cette opinion ne vaccine pas les siens contre ce genre de dérive, ce qu’il a le défaut de croire…. pensons à Pinochet et José Pinera par exemple…. voici un libéral, brillant économiste, qui s’est malgré tout compromis en soutenant ce régime dictatorial, en étant un des principaux ministres , auteur des principales réformes, et qui loin de s’opposer au général a au contraire appelé à son maintien au pouvoir…
    ou bien la Révolution castriste justement, l’argument d’un pays sous embargo est au contraire tout ce qu’il y a de plus pertinent, cette circonstance ayant forcément des répercussions sur la conduite politique du pays (rappelons au passage que question droits de l’Homme, c’est loin d’être le pire pays d’Amérique latine, mais les autres régimes encore pire que celui ci ne faisant pas curieusement, hasard ou méconnaissance sans doute, l’objet d’une égale vindicte de la part de ceux critiquant Cuba…. ne parlons pas du régime de Batista…)

  24. Je commence par la fin Saul. Je crois avoir capté, ailleurs, que nous sommes à peu près de la même génération. Vous savez très bien qu’en leur temps, les dictatures de droite d’Amérique latine furent aussi copieusement critiquées que celle de Cuba. La différence essentielle est que les premières ont disparu alors que la seconde perdure.
    Quant aux pensées que vous prêtez à George, je ne suis pas dans son esprit et le laisse vous répondre.
    Je ne suis pas sûr de vous suivre sur les liens que vous semblez établir entre totalitarisme et libéralisme.
    De mon point de vue, et en cela je vous rejoins, le totalitarisme, dont les facteurs explicatifs sont à chercher ailleurs que dans l’économie, peut aussi bien se revendiquer du libéralisme que du socialisme. Mais on a un peu tendance, en France en particulier, à ne dénoncer que le totalitarisme qui applique des recettes libérales en détournant le regard de celui qui se revendique haut et fort du socialisme. Le nazisme est une autre histoire.

  25. Saul

    non, non, je me suis mal exprimé. je ne fais pas de lien entre libéralisme et totalitarisme (quoiqu’à mon sens il amène à une forme inéluctablement), mais juste que le totalitarisme peut être engendré par n’importe quelle idéologie

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