La Cité des Étoiles (à la fin de l’URSS)(II)

Le ciel est clair, l’air glacial. Accompagnée d’un convoi de cinq à six véhicules, la voiture du délégué et de Quarteau avance rapidement le long d’une petite route plate, très droite, bordée d’une forêt sur les deux rives. Encore des bouleaux. On a roulé environ une heure depuis Moscou. Qui sont donc les occupants des autres voitures? Le délégué français n’en a pas la moindre idée.

  • Vous savez, ce n’est pas le genre de question qu’on se pose, ici. Nous sommes toujours accompagnés partout, d’une manière visible ou occulte. Alors lorsqu’il s’agit d’un site ultra secret, pensez!
  • Le contre-espionnage est à l’affût…
  • Oui, c’est sûr. Et l’armée, et le KGB. Un ingénieur français qui vient pour la première fois en URSS, on ne sait jamais. La « Perestroïka » n’a pas changé les mentalités!
  • Pourtant il existe déjà une coopération bien établie en matière spatiale. Plusieurs astronautes français ont volé avec eux.
  • En effet, mais je vous garantis qu’ils ont fait l’objet d’enquêtes serrées. D’ailleurs n’ayez pas d’illusions, vous aussi !

Les deux ingénieurs gardent le silence. Le convoi ralentit encore, la voiture de tête amorce un virage sur un petit rond-point, la route ne va pas plus loin. A gauche, une large grille fermée gardée par une dizaine de militaires munis de l’inévitable kalachnikov, pointée sur les arrivants. L’un d’eux s’approche, fait signe de rester dans la voiture. Attente…

La berline de tête, une longue ZIL noire, est arrêtée devant la grille. Deux occupants, en tenue civile, sortent et parlementent avec le chef des gardes. Quelques minutes, et le portail s’ouvre. Quarteau note sans déplaisir que les militaires ont baissé le canon des kalachnikovs

Le convoi pénètre dans l’enceinte. Une apparence de campus universitaire: bâtiments de quelques trois à dix étages isolés par de belles pelouses vertes parfaitement tondues, larges allées ombragées disparaissant dans les bois vers des destinations soigneusement indiquées. En russe bien sûr, mais on devine : salle d’étude N° 10, 20, 30, salles d’essais, logements, restaurant. Ce dernier mot, Bernard l’identifie en prononçant ses caractères cyrilliques : PECTOPAN. Traduction confirmée par son voisin, qui élucide aussi l’impression de visiter un campus : le rôle de la Cité des étoiles comporte en premier lieu l’enseignement et l’entraînement des cosmonautes. Une sorte d’Université pratique de l’Espace.

Au pied du bâtiment de direction les attend un homme en civil, assez jeune, grand, coiffé de la classique toque de fourrure. Il s’avance directement vers la voiture occupée par Quarteau, qui descend et serre la main offerte. L’hôte se présente, en un français parfait à peine accentué.

  • Bonjour Messieurs, je suis le Directeur adjoint de notre « Zviezdni Gorodok« , la Cité des étoiles.

Et se tournant vers Quarteau:

  • Monsieur le Directeur, je vous souhaite la bienvenue. J’aurai l’honneur d’être votre guide.

Quarteau répond d’un signe de tête souriant. Derrière le Soviétique se tiennent deux hommes en manteau noir, chapka noire. Image de film d’espionnage ! De toute la journée, ou presque, les deux hommes ne quitteront pas le visiteur des yeux…

Ce visiteur en tout cas oubliera bien vite la surveillance dont il est l’objet, tant l’intérêt fantastique pour lui de ce qu’il va observer l’emportera sur toute autre considération.

Après que tout le groupe ait rendu hommage au premier cosmonaute du monde, Youri Gagarine, dont l’immense statue domine le rond-point d’accueil, la visite commence par… une salle de classe! Le Russe y explique la mission d’entraînement du Centre, précisant que cinq mille personnes vivent ici. Puis on parcourt une allée, toujours bordée de pelouses d’une perfection toute britannique, pour aller voir fonctionner la centrifugeuse. Rien là de très nouveau pour Quarteau : une cabine à l’extrémité d’un long bras horizontal tournant autour de l’axe vertical au centre. Le cosmonaute installé dans la cabine en rotation subit une force centrifuge qui simule l’accélération du décollage, ou du freinage au retour dans l’atmosphère.

L’examen des lieux, accompagné de force commentaires de la part du Directeur adjoint, se poursuit en direction de laboratoires divers, de bancs d’essais électroniques, d’une salle informatique, d’une salle d’astronomie. Tout un bâtiment consacré à la médecine spatiale, un autre aux études sur l’alimentation dans l’espace. Piscine de simulation d’apesanteur, salles de sport…

Ensemble de travaux pratiques de physique, à grande échelle…

 

Le choc, c’est après le déjeuner frugal au restaurant interne « Cosmos » qu’il attend Quarteau. Sans commentaires préliminaires, comme pour ménager la surprise, le Directeur adjoint ouvre la porte donnant accès à un grand édifice dont seule la partie supérieure est munie de fenêtres. D’un geste poli, on laisse le Français entrer en premier.

Un grand cylindre blanc occupe tout l’espace du hall, en position horizontale. Il est installé à quelques mètres de hauteur sur une charpente métallique jaune. De son corps part un autre cylindre, également horizontal, perpendiculaire au premier, et de diamètre légèrement inférieur. Sur chacun des deux éléments figure l’inscription en grosses lettres noires:

 

MNP-CCCP

 

 

Bernard connaît assez les caractères cyrilliques pour traduire: MIRURSS. Il se tourne vers son hôte.

  • Une maquette de la station MIR?
  • Pas du tout, ce n’est pas une maquette, c’est la station réelle.
  • Mais, MIR est dans l’espace depuis deux ans, elle tourne à quelque cinq cent kilomètres autour de nous !

Le visage du Russe s’éclaire d’un demi sourire.

  • Nous en avions construit deux. A l’origine il s’agissait d’une précaution afin de pallier le cas d’un accident, soit en fabrication, soit au lancement. Heureusement la MIR N°1 a été mise en orbite sans problème, en février 1986. Depuis, ce deuxième exemplaire nous est fort utile pour l’entraînement des équipages.
  • Je n’aurais jamais pensé voir MIR d’aussi près!
  • Voulez-vous examiner l’intérieur?
  • Avec beaucoup d’intérêt, naturellement!
  • Allons-y. Ce modèle au sol présente à l’usage un autre avantage. Lorsque parfois l’équipage en vol nous pose un problème, ou demande une information, il nous est plus facile de comprendre la question en nous plaçant ici, dans le même environnement.

 

À propos de Tibor Skardanelli

Je suis un nain fameux

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