La Cité des Étoiles (à la fin de l’URSS)(III)

Fasciné, Bernard pénètre dans la station. Il y restera deux heures avec l’ingénieur soviétique, bénéficiant de toutes les explications souhaitées. Etonnant, même, comme cet homme devient plus bavard quand les deux accompagnateurs sont obligés de rester à l’écart…

Observant de près tous les instruments, circulant du module principal au module annexe (module « Kvant« , lancé et amarré un an plus tard, précise le Russe), Quarteau se prend rapidement pour un astronaute à bord. Malheureusement la pesanteur, bien présente, lui rappelle cependant qu’il a encore les pieds sur terre. Marcher d’un compartiment à l’autre, franchir le passage conduisant au « Kvant« , s’accroupir pour détailler certains équipements « au sol », se courber pour ne pas heurter les câbles …tout cela serait tellement plus facile en flottant sans gravité ! A défaut de vol réel, et au risque de lasser son hôte qui d’ailleurs semble y prendre plutôt plaisir, Quarteau se contente d’accumuler question sur question. Y compris dans la mini cuisine du bord, où sont disposés les plats et les mets à l’usage des occupants.

Enfin, abreuvé à satiété de tout ce qu’il pouvait espérer apprendre, il redescend les marches de la passerelle d’accès. Il aurait presque envie d’embrasser le Russe ! être en URSS, visiter MIR, se faire tout expliquer sans réticence, il n’aurait pu escompter pareil accueil. Seule restriction qui lui avait été signifiée: ne pas photographier, ne pas prendre de notes.

Même de retour à l’hôtel, il s’abstient d’écrire, de noter quelque détail que ce soit. D’abord il a promis, et puis…une fouille à la frontière, au retour, ne peut être exclue. Mais, faisant confiance à sa mémoire bien exercée sur de tels sujets, il sait qu’il n’oubliera rien.

Le lendemain, dernière journée de travail, maintient la même ambiance spatiale. Dès l’aube, retour à proximité de la Cité des étoiles sur la base aérienne de Tchkalov. Le brouillard est si dense qu’on devine à peine la forêt le long de la petite route. Franchissement du portail de la base après les mêmes formalités qu’hier, et en présence des deux mêmes « surveillants », puis arrêt des voitures au pied d’une porte d’avion. On distingue à peine la masse gris argent du gros fuselage qui émerge vaguement du brouillard sur le tarmac. Il s’agit, Quarteau le sait, d’un Iliouchine 76. Avant son départ il avait insisté pour se faire présenter ce quadrimoteur de l’Aeroflot, modifié pour effectuer des vols avec périodes en apesanteur.

Déjeuner sur la base, et le convoi automobile reprend la route. Destination: Kaliningrad, qui sera atteinte en moins de deux heures. C’est là que Quarteau, après avoir vu, touché, exploré, la station MIR au sol, doit assister aux opérations de MIR dans l’espace. L’autre exemplaire de MIR, celui qui tourne autour de la terre avec trois cosmonautes à son bord. A Kaliningrad ce Centre de Contrôle, le « TSOUP » assure la gestion et la conduite du vol.

Un grand bâtiment carré, d’une douzaine de mètres en hauteur, couleur ocre. La façade massive, le style stalinien fait loi, est munie de cinq étages de fenêtres. Curieusement l’accès est plus facile qu’à la Cité des étoiles, ou peut-être les Autorités se sont-elles accoutumées à la présence de cet ingénieur français ? Mais les deux anges gardiens sont toujours là.

Le spectacle, allié à l’imagination, est grandiose. Imagination car pour comprendre il faut garder à l’esprit la réalité de cet engin habité qui, alternativement sur nos têtes et sous nos pieds, tourne autour de nous à cinq cent kilomètres. Et spectacle, car la grande salle où vient d’accéder Quarteau évoque en premier lieu une salle de cinéma. Au fond, un écran immense figurant la terre. Sur cette planisphère figure une ligne continue franchissant mers et continents: la trajectoire théorique de MIR. Un point lumineux se déplace lentement sur la ligne, c’est la position réelle de la station.

Dans la salle, face à l’image de la terre, une cinquantaine de personnes assises devant leurs écrans d’ordinateurs, casque d’écoute sur la tête. A l’arrière, disposant d’un pupitre surélevé, le directeur du vol. Peu de bruit ambiant. Placé aux côtés du directeur de vol, Bernard entend seulement ce dernier envoyer des consignes permanentes aux différents spécialistes. Lui seul peut aussi parler directement avec les cosmonautes en vol. C’est comme une ruche qui bourdonne doucement, en plein travail. Un ronronnement routinier…mais on devine l’intensité du travail effectué sur chaque pupitre. On devine aussi ce que deviendrait ce calme habituel en cas de complication du vol…

L’interprète traduit les quelques mots de bienvenue et d’explications du patron du « TSOUP« . Sans étonnement, Quarteau perçoit dans ce discours le véritable amour que nourrissent tous ces hommes pour l’aventure de MIR….

MIR, la première station spatiale, leur prodigieux bébé. Comment ne pas le partager, cet amour ?

 

Épilogue.

 

MIR termina sa mission le 23 mars 2001 après quinze années dans l’espace. La station fut alors conduite vers le sol où ses restes consumés ont atterri près des îles Fidji. La salle de contrôle a été conservée en l’état, à titre de pieux souvenir. Sur la planisphère figure maintenant, immobile, le point lumineux de sa dernière position.

Une autre salle, semblable, a été construite à côté pour suivre la station internationale ISS.

2 Commentaires

  1. kravi

    Merci Impat, je me suis retrouvé autour de mes 10 ans, lecteur passionné d’« Objectif Lune » et fort marri de constater que les Soviétiques avaient raflé la mise en devançant les Américains — mes préférés en tous points — dans l’espace.
    Bien sûr, Mir est postérieure. Pour info, Mir signifie à la fois « paix » et « monde », tout un programme…

  2. Oui en matière spatiale les Russes ont été très en avance dès les années 50, et le sont restés jusqu’aux années 80 quand l’URSS fut obligée de réduire son budget. Mais ils sont encore très pointus.
    Par ailleurs leur culture technique et leur procédure de travail dans le domaine aéronautique et spatial sont plus proches des habitudes européennes que ne le sont les procédures américaines. Nous accordons une importance plus grande aux études théoriques avant d’expérimenter, les américains préfèrent avancer par expériences successives.

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