Les larmes de Breivik

Au premier jour de son procès Anders Breivik a essuyé ses larmes. Remords ? Compassion pour ses jeunes victimes ? Non, il a pleuré pendant que l’accusation montrait le petit film idéologique qu’il a diffusé le jour des attaques. Gêné, Breivik a confié à une de ses avocates : « C’est bon. Ca va. C’est juste que c’est un film émouvant ».

Le monstre s’est apitoyé sur lui-même, pas sur ses victimes ou leur famille. « Monstre »: « être fantastique et terrible », « être vivant de conformation anormale ». Mais qu’est-ce qu’un monstre ? Il est utile de le comprendre, non pour justifier, mais pour savoir comment ça fonctionne.

Pour des raisons que nous ne connaîtrons sans doute jamais, liées à sa petite enfance, Breivik s’est fermé aux autres. Il serait intéressant que ses parents ou des témoins puissent éclairer son passé. Il a perdu l’empathie – la capacité de ressentir les émotions des autres. Mais il s’est aussi coupé de ses propres émotions. D’où ces postures rigides, ce regard glacial.

Face à ces images qu’il ne s’attendait pas à voir, il a été pris de court. L’humanité l’a pris par surprise. Face à lui-même, il a pris conscience un instant de sa propre misère. C’est à la fois horrible et rassurant. Rassurant non pas dans le sens où l’on rêverait d’une métamorphose, d’une « rédemption », d’une « guérison », mais parce que sa réaction permet de s’apercevoir qu’il appartient à notre espèce.

En faire un monstre absolu, totalement étranger, serait une manière d’ignorer le problème, de moins bien le prévenir et le combattre. Paradoxalement ce serait aussi une manière de minimiser sa faute. S’il était « tout autre » il échapperait à nos valeurs et à notre jugement. En nous coupant de ce qu’il ressent, nous tomberions dans le même travers que lui.

Fou ? Psychologiquement, si on veut, car ses rationalisations l’éloignent de toute existence normale. Légalement je ne pense pas, car sa responsabilité n’est pas atténuée. Son action découle d’une réflexion, pas d’un délire, contrairement aux individus qui souffrent d’hallucinations auditives ou visuelles. Face à sa responsabilité la société doit prendre la sienne, qui consiste à l’empêcher de nuire à jamais. Un pauvre type, pathétique, un « salaud » comme disait Sartre de l’homme qui nie son humanité.

12 Commentaires

  1. Marie

    Et je rajouterais que ce pauvre type à user d’alibis aussi pitoyables que lui qui en fait est un lâche!

  2. QuadPater

    Fou ? Psychologiquement, si on veut, car ses rationalisations l’éloignent de toute existence normale. Légalement je ne pense pas, car sa responsabilité n’est pas atténuée.

    La question, très intéressante, ferait un bon sujet de philo.
    Je ne sais pas trop comment la justice gère cela. Il est pleinement conscient de ses actes, le reconnaît, les revendique, pas délirant pour deux ronds, mais incapable de comprendre la sanction.

    l’empêcher de nuire à jamais.

    Il n’y a pas beaucoup de méthodes…
    – le traiter comme on le fait couramment d’un animal dangereux incurable : le tuer. Pas possible, il appartient bien à l’espèce humaine, et de plus son absence d’empathie en fait un handicapé majeur.
    – l’enfermer (physiquement) et jeter la clé : possible si la Norvège dispose d’une peine de prison à vie.
    – l’enfermer psychologiquement, en faire un légume. Est-ce plus humain, moins humain que le tuer ?
    Je n’aimerais pas être à la place des juges.

    Que décideriez-vous, vous ?

  3. marcma2

    Chacun de nous pourrait (théoriquement) devoir répondre à cette question, car deux des 5 juges sont de simples citoyens. J’opterais sans doute pour la prison à vie, qui n’existe pas comme peine en Norvège, mais peut être « aménagée » si le condamné est jugé trop dangereux.
    C’est surtout au niveau de la prévention qu’il aurait fallu faire plus. La Norvège consacre une énergie folle à surveiller et sanctionner des délits mineurs: tolérance 0° d’alcool au volant; traque aux toxicomanes et manque de traitement humain de ceux-ci; déni des problèmes liés à l’immigration. Si 1/100 de « l’intelligence » consacrée à la lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie était consacré aux menaces extrémistes, Breivik aurait été arrêté avant d’agir.

  4. marcma2

    Réponse à QuadPater: marcma2 c’était moi

  5. C’est vous l’auteur de l’article ?

  6. marcreisinger

    Oui, mon pseudo était marcma2; j’ai essayé de mettre mon nom; sais pas si ça marche…

  7. Souris donc

    Le déni de réalité et le laxisme de notre classe politique et de leurs relais médiatiques susciteront de plus en plus d’individualités perverses se sentant investies d’une mission et qui recherchent une tribune.

    Breivik, banal, propre sur lui, collier de barbe bien taillé, style employé aux écritures comptables à manches de lustrine, est le même en miroir, en creux, que les Merad, Zacarias Moussaoui, Khalid Cheikh Mohammed, Fofana, méditerranéens, extravertis, sales, hirsutes, arnaqueurs.
    Une balle perdue deci, une légitime défense delà, une suicide bien organisé évitent de leur offrir une tribune, ainsi que les frais de justice et le gite et le couvert à perpète.

  8. « Une balle perdue deci, une légitime défense delà, une suicide bien organisé évitent de leur offrir une tribune, ainsi que les frais de justice et le gite et le couvert à perpète. »
    Pour Mehrad c’est réglé, reste les autres…
    Mais je crains que le déni de réalité continuera encore longtemps et engendrera d’autres mehrad et d’autres breivik.

  9. Souris donc

    Les autres ? Pareil !
    Les justiciers ne sont bons que dans les westerns. Partout ailleurs, le justicier est détestable. Au petit pied, c’est le voisin qui relève les noms de ceux qui n’ont pas rentré leur poubelle dans les 5 mn qui suivent le passage des éboueurs. Au grand pied, c’est l’ubu exterminateur. Les Breivik et Mérad, ne pas leur fournir de tribune à partir de laquelle ils feraient des émules.
    Il faut les suicider discrètement dans un coin. Pas vu pas pris.
    La peine de mort au cas par cas, sur mesure et personnalisée.

  10. Souris donc

    Il doit bien y avoir un Michael Moore à l’affût pour tirer un film de cette histoire, se faire du fric sur le dos des victimes et culpabiliser l’Occident en se donnant le beau…rôle.

  11. Galaad Wilgos

    L’enfermement à vie pardi ! Je suis contre la peine de mort, et je suis encore plus opposé, pour des raisons philosophiques, au fait de toucher à la psyché de l’homme notamment en le rendant légume. Au moins la mort est humaine, quand le fait de modifier l’état mental d’un homme relève au contraire de la pratique la plus incroyablement intrusive dans le for intérieur d’un homme, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une pratique totalitaire.

  12. Galaad Wilgos

    Lolz

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