la confusion des valeurs, une des armes de la perversité

Au moment où se déroulent en Israël les cérémonies pour le jour de la Shoah et où en Norvège se tient le procès Breivik, me revient en mémoire une discussion avec un ami de la fac de médecine. Chacun se souvient du procès Eichmann qui débuta le 11 avril 1961. Cette page de témoignages sur l’histoire a fortement marqué les esprits, depuis les conditions rocambolesques de l’enlèvement d’Eichmann par un commando d’agents du Mossad dirigé par Isser Harel, jus-qu’au 1er juin 1962, date de son exécution par pendaison. David Ben Gourion avait souhaité un « Nuremberg du peuple juif » pour que ce procès provoque une véritable catharsis amenant à « inscrire la Shoah dans le code génétique israélien ». Dans la France des années 60, l’étendue de la Shoah et la monstruosité de son caractère systématique et industriel n’était guère connue du public non juif. Les premiers frémissements des trente glorieuses, la volonté quasi générale d’oublier les années noires de l’occupation et la mystificatrice geste gaullienne d’une France résistant comme un seul homme à l’envahisseur nazi s’accommodaient mal de récits, au sens propre inimaginables. En Israël même, de nombreux jeunes sabras ne comprenaient pas que des millions de juifs se soient « laissé conduire à l’abattoir ». Les règles de sécurité pendant le procès furent extrêmes pour éviter son suicide ou un meurtre par vengeance : aucun des 22 gardiens recrutés n’était ashkénaze — i.e. susceptible, lui ou sa famille, d’avoir été déporté. La nourriture arrivait scellée et les plats d’Eichmann étaient goûtés par les gardiens pour éviter un empoisonnement. Les conditions du procès furent extraordinaires : trois juges au lieu d’un jury, retransmission intégrale par les télévisions du monde entier qui découvrirent en direct Eichmann dans sa cage de verre blindé écoutant sans émotion aucune les innombrables et tragiques témoignages de survivants.

Depuis l’aube de l’humanité les hommes se penchent sur la question du destin et de la responsabilité. Depuis la mort d’Eichmann, il y a exactement un demi-siècle, on ne cesse de se poser la question du degré de culpabilité, tant des hommes que des institutions, dans la réalisation de la Shoah. Historiens, philosophes, sociologues et psychanalystes apportent chacun leur contribution pour tenter de comprendre l’inexplicable. Toutes ces théories sont précieuses qui permettent de mieux cerner l’impénétrable.

La banalité du mal

Anna Arendt, philosophe juive émigrée aux États-Unis, qui couvrit le procès Eichmann pour le New Yorker, développa le concept de « banalité du mal » pour tenter d’expliquer la participation d’Eichmann — et par extension celle de tous les criminels nazis — à l’entreprise planifiée de mort industrielle qu’est la Shoah. Selon elle, Eichmann n’avait rien d’un monstre assoiffé de sang. C’était un homme banal, petit fonctionnaire étriqué mais zélé qui ne faisait qu’appliquer les ordres pour grimper les échelons de sa carrière au sein de l’armée. Il en irait de même pour la plupart des criminels nazis indépendamment de leur rang dans la chaîne de commandement. Ainsi, l’explication d’Arendt refuse toute interprétation pathologique. Le crime de ces hommes reposerait sur leur incapacité à l’empathie et à la pensée : ils seraient ainsi incapables de se mettre à la place de l’autre, position qui leur permettrait « de ne pas infliger à autrui ce qu’ils n’aimeraient pas qu’on leur infligeât à eux-mêmes ». À l’appui de cette thèse de la banalité du mal, on peut citer la passionnante expérience de Milgram qui, autour des mêmes années, tentait d’évaluer expérimentalement le degré d’obéissance d’un individu à une autorité estimée par lui légitime. Les résultats font froid dans le dos et nous apprennent sur la psyché humaine des éléments peu plaisants mais indispensables à la connaissance. D’autres auteurs contestent cependant ce point de vue sur la banalité du mal, et insistent sur le fanatisme et la perversité d’Eichmann qui, à la toute fin de la guerre, insista pour que les juifs hongrois fussent tous exterminés. Il prononça cette phrase : « Je descendrai dans la tombe le sourire aux lèvres à la pensée que j’ai tué cinq millions de Juifs. Cela me procure une grande satisfaction et beaucoup de plaisir ». En réalité, cette perversité fanatique n’est en rien contradictoire avec le portrait du petit fonctionnaire banal et zélé.

Je voudrais à présent insister sur un épisode particulièrement évocateur lors du procès. Un des juges pose une question à Eichmann qui, oubliant de se lever, répond dans son micro. Le juge, dévasté depuis longtemps par la succession des témoignages insoutenables des survivants, s’emporte et intime à Eichmann sur un ton excédé : « Levez-vous quand vous vous adressez à la cour ! ». Alors ce dignitaire nazi, qui fut parmi les promoteurs de la solution finale à la conférence de Wannsee et un des plus hauts responsables de l’extermination industrielle et systématique des Juifs, cet accusé de crimes contre l’humanité qui, jusqu’à cet instant, n’a montré aucune émotion à l’écoute des insupportables récits, n’a ressenti ni haine ni culpabilité face aux témoins qui se succèdent, n’a manifesté aucun regret et encore moins de remords au regard des faits pour lesquels il est jugé, cet homme se lève en rougissant et bafouille des excuses, visiblement très troublé par la prise de conscience du fait qu’il vient de commettre une faute très grave. Comment comprendre un tel paradoxe ?

Nous possédons tous en nous une instance psychique qui juge en termes de morale nos pensées, conscientes ou inconscientes, et nos actes : on la nomme le surmoi. Le surmoi est le siège des mécanismes de renoncement à la satisfaction des pulsions, renoncement sans lequel toute vie en société serait impossible. Le surmoi, héritier du complexe d’Oedipe, nous permet d’assumer les interdits réclamés par la vie sociale. L’expérience nous oblige à reconnaître que nous ne sommes pas tous égaux face notre surmoi. Certains se sentent en permanence accablés par lui et passent leur temps à se faire d’amers reproches pour les moindres vétilles. D’autre s’en affranchissent aisément pour se vautrer dans les délices des transgressions de tous ordres. Tous les intermédiaires sont bien sûr possibles en fonction de notre histoire personnelle et de nos identifications.

Cet épisode du procès d’Eichmann nous indique qu’il existe des surmois dotés de propriétés différentes. En deçà du surmoi élaboré décrit plus haut existe un surmoi archaïque qui ne fait pas appel au jugement moral mais à la peur du gendarme, à l’exclusion de toute donnée éthique. C’est ce surmoi archaïque qui fait s’excuser Eichmann dans la grande contrition d’avoir commis une faute épouvantable lorsqu’il a omis de se lever pour répondre à la cour.

La question reste de savoir ce qui, chez certains, bloque l’évolution psychique au stade de surmoi archaïque sans les faire accéder au surmoi élaboré permettant de distinguer le bien du mal. Une piste est donnée par les impasses du narcissisme : quand l’autre n’est pas reconnu comme un autre humain, donc un autre soi-même, mais comme une chose à utiliser pour sa propre satisfaction, toutes les manipulations, utilisations, déqualifications et déshumanisations sont possibles. C’est alors le règne de la perversité qui se nourrit de la confusion des valeurs.

C’est précisément ce qui eut lieu dans toute l’Europe de la Shoah, quand les nazis furent bien aidés par l’indifférence des nations, quel que soit le nombre de justes honorés à Yad Vashem.

C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui dans l’ignoble délégitimation de l’État-nation d’Israël, dans sa dénonciation en tant qu’État soi-disant nazi pratiquant l’apartheid. Cette inversion perverse des valeurs, cette corruption du sens par ce nouvel avatar de la haine antijuive qu’est l’antisémitisme islamique, ses idéologues et ses idiots utiles, en est une illustration tragique. Dans cet article je n’évoque que le cas Eichmann. Pour les autres, que ce soient les exécutants ou les complices muets des majorités silencieuses, il ne s’agit pas du seul surmoi archaïque : les causes sont extrêmement diverses et pourraient faire l’objet d’autres ar-ticles.

Alors que, étudiants en médecine, nous discutions ensemble de ce procès et de ses implications, mon ami Christophe Dejours — qui a lui-même travaillé les stratégies de défenses dans la banalisation du mal — avait suggéré l’idée suivante : au lieu de prononcer une sentence de mort pour Eichmann, le Tribunal aurait dû le condamner à vivre — sous de draconiennes conditions de surveillance pour éviter un suicide ou un meurtre et dans un isolement affectif total — le restant de sa vie dans un kibboutz, dans la pleine renaissance du peuple qu’il avait souhaité anéantir.

À propos de dov kravi דוב קרבי

La perversité me révulse, la sottise m'assomme. Quand la première manipule des foules ignares et fanatiques par haine du peuple juif, l'abjection est totale. C'est comme si la Shoah n'avait pas existé : un humain sur quatre est aujourd'hui antisémite, et Israël est le Juif des Nations.

43 Commentaires

  1. Eden

    Parfait ton raisonnement sur le « surmoi archaïque » Kravi.

    Pourtant j’émettrai une donnée pas assez évoquée dans ton texte admirablement construit.

    Il se trouve que nous discutons depuis fort longtemps Averell et moi de ce mal absolu, de cette banalité du mal comme disait Arendt.

    Ma question, notre question tourne autour de ce mal issu de l’esprit germanique. Une sorte « d’allemagnité » du mal.

    Je sais déjà où tes objections iront puisque les goulags n’ont pas non plus épargné les juifs.

    Mais là encore, il y a une grande différence entre ce qui fut mis en place dans des cerveaux allemands et ce qui sera mis en place dans ceux des Russes.

    Arendt, dans sont époque « Eichmann à Jérusalem » fut (selon moi) au-dessous de tout.

    D’une part, elle ne resta que quelques jours pour couvrir cet événement en s’enfermant dans sa propre rhétorique, laissant aux uns et aux autres de bons mots pour l’histoire. J’admets que cette femme m’insupporte même si je reconnais que son œuvre reste utile.
    Lorsqu’elle s’exprimera sur Israel et sur sa volonté d’un état bi-national judéo-arabe, je la pris en grippe.

    La question Kravi, reste la même : cet incroyable cruauté envers un peuple, cette volonté de l’annihiler jusqu’au dernier aurait-elle été possible par un autre peuple ?
    Tout le monde commence par décrire l’Allemagne à l’apogée de son art, de sa culture, des sciences et de la technologie. Vrai. Et pourtant…

    Comment expliquer quelques décennies plus tôt un Fritz Habber ? Pourtant juif, scientifique émérite et capable de mettre au point le gaz sur les champs de bataille de la première guerre mondiale ?
    Son histoire et surtout celle de sa femme m’a conduite à me poser la question : le formatage allemand.

    Tu insistes toi-même sur le côté zèle du fonctionnaire en narrant l’anecdote sur Eichmann confus d’avoir été réprimandé alors qu’il fut carrément insensible aux témoignages des survivants.

    Je travaille encore là-dessus et suis sur le point de commettre un article sur cette rigidité teutonne qui, étonnamment n’épargne pas les juifs allemands.

    Donc, Kravi, contexte…et pas des moindres : contexte de la civilisation la plus aboutie d’Europe, voire du monde.

  2. Averell

    Le 13 juillet 1942, les hommes du 101e bataillon de police de Hambourg (cinq cents hommes environ) participent à un premier massacre dans la bourgade de Jozefow, en Pologne. La plupart sont des rappelés dont la moyenne d’âge est assez élevée (près de quarante ans). Il n’y a parmi les hommes de troupe ni engagé volontaire ni SS. Avant le massacre (environ mille huit cents personnes vont être abattues quasiment à bout portant), le commandant Wilhelm Trapp leur laisse le choix. Douze hommes refusent ; ils ne subiront aucune sanction. Le refus restera toujours possible — à l’exception de la deuxième tuerie, celle du 17 août 1942, à Lomazy. Le pourcentage des refus ne dépassera pourtant jamais les 10 %. La première tuerie provoque de l’écœurement ; mais dans les semaines et les mois suivants, les volontaires seront de plus en plus nombreux. En novembre 1943, lorsque le 101e bataillon de police de Hambourg quitte la Pologne, il a à son actif trente-huit mille assassinats par balle et quarante-cinq mille déportations vers Treblinka. Devant une telle histoire, comment faire tenir des ‟explications” ? L’une d’elles mérite pourtant qu’on s’y attarde, d’autant plus qu’elle est très peu évoquée. Á l’armée, les ordres sont des ordres ; le soldat ne les discute pas sous peine des plus terribles sanctions. Mais dans le cas particulier des Einsatzgruppen, le choix était laissé. Premièrement, tous leurs membres étaient des volontaires, et ces volontaires pouvaient se dérober aux tueries et demander à être envoyés dans d’autres unités. La peur de l’autorité — les ordres ne se discutent pas — est l’argument brandi devant les tribunaux. ‟Mais refuser de rejoindre le groupe génère, plus encore, un isolement redouté et rarement évoqué. Le conformisme, le goût du consensus et la pression du groupe jouent dans l’assassinat de masse un rôle capital” écrit Georges Bensoussan. Et je le redis, cette crainte est rarement, très rarement évoquée. C’est une crainte diffuse que les intéressés appréhendent difficilement ; c’est une crainte qui se cache ; c’est une crainte dont on a honte…

    Il ne suffisait pas de répéter que les victimes (les Juifs ou les Tziganes pour ne citer qu’eux) étaient des Untermenschen pour fabriquer des assassins et organiser une Aktion Reinhard. Pour les hommes en armes opérant sur le front de l’Est, il n’était pas facile de ne pas tuer. Refuser de se joindre à ceux qui portaient le même uniforme, c’était prendre le risque de s’isoler alors que la menace était partout. Il fallait avant tout ne pas ‟perdre la face”, ne pas ‟passer pour un lâche”, etc. Un certain matraquage idéologie mit les Juifs au banc de l’humanité mais ce n’était pas suffisant pour passer à l’acte, pour les liquider. La grégarité fit le reste, cette logique qui anesthésie la conscience. Georges Bensoussan conclut : ‟Pour beaucoup, le courage aura consisté à rejoindre les tueurs, alors qu’il eut été d’aller contre le sens commun et la loi de la majorité.” Et tout en écrivant ces lignes, je pense à un certain Wilhelm Reich, très à la mode dans les années 1970 et qu’adolescent je lus avidement, à commencer pas son classique : ‟La psychologie de masse du fascisme”, une œuvre envers laquelle j’ai pris mes distances mais qui n’en contient pas moins une belle énergie et des propositions stimulantes. Mais lisez l’ouvrage de Christopher R. Browning, intitulé ‟Des hommes ordinaires” et sous-titré ‟Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne.”

  3. Bibi

    Entre la « banalité du mal » de Hannah’le et la « soumission à l’autorité (perçue comme légitime) » de Milgram il y a un fossé.
    La thèse arendtienne a été très critiquée dès sa parution, et mise à très mal récemment, notamment par le livre de Deborah Lipstadt (sur le procès Eichmann) et par des enregistrements publiés par Der Spiegel où l’on entend Eichmann (en Argentine) se vanter qu’il « n’était pas un recevant d’ordres ordinaire » et qu’il faisait « partie du processus décisionnel: un idéaliste! » Son seul regret était d’avoir fait l’erreur de ne pas assassiner tous les juifs. « Nous n’avons pas fait le travail correctement. On aurait dû faire plus ».
    Davide Pryce-Jones, qui a « couvert » aussi le procès, conteste fortement la « banalité » attribuée au manipulateur (qui a bâti sa défense sur sa non-signifiance, sa contribution n’étant qu’une petite pièce de l’entreprise d’anéantissement nazie – et qu’Arendt a gobé et surtout diffusé). Un autre compte-rendu, « d’époque », d’une autre grande journaliste qui, elle, a assisté à l’ensemble du procès, est très instructif:
    http://www.theatlantic.com/past/docs/issues/62feb/eichmann.htm
    (Notamment ce que l’histoire de son apprentissage de l’hébreu et du Yiddish révèle)

  4. Bibi

    Eden,
    Je veux bien reconnaitre qu’il existe une « germanitude », tout comme il existe une « françitude ». Réfléchis bien en te rappelant que tous les juges du procès Eichmann sont nés en Allemagne, et 2 sur les 3 ont fait leur doctorat en Droit en Allemagne.
    Le procureur général, né à Lemberg/Lviv, et dont l’accent « galicien » a fait l’objet de moquerie de Hannah’le, était un ancien élève de Gymnasia Herzliya à Tel-Aviv, et diplômé de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Son premier assistant, Gabriel Bach, est également réfugié d’Allemagne.
    Ils ont tous fait partie de l’élite de la justice israélienne.

  5. Eden

    Bibi,
    Tu amènes de l’eau à mon moulin.
    Le fait que les juges d’Eichmann étaient d’origine allemande ne jette aucun discrédit à ma théorie de formatage teuton.
    Ni même le fait qu’Eichmann après avoir servi se soit vanté de ne pas avoir été un soldat ordinaire.
    Les nazis avaient tous un sentiment de supériorité quasiment « divin » qu’il s’autorisait grâce aux délires de Goebbels.

    Donne moi un contre-exemple Bibi. OU un pareil carnage, pensé, élaboré avec soin jusque dans l’édification des chambres à gaz devant mesurer telle hauteur afin de ne pas perdre le bénéfice plus rapide du Ziclon ou bien encore la hauteur des cheminées.

    Il y a de l’ordre dans tout ça. Un ordre teuton.

    Ceci est hors sujet mais nous tentons de comprendre avec Averell pourquoi est ce que nous comptons plus de juifs d’origine germanique dans les contempteurs d’Israel.
    Que Kravi me pardonne se HS mais récemment Averell a rédigé trois articles pour comprendre les théories fumeuses de Georges Steiner. Et il n’est qu’UN exemple parmi de très nombreux à distiller une détestation d’Israel. Nous pouvons compter les enfants de juifs allemands ou autrichiens qui sont dans cette mouvance.

    Je veux comprendre. C’est tout.

    Même si on opposait des contempteurs d’Israel chez les seph, bien souvent pour ne pas dire 100 % seront passés par le communisme.

    Il y a quelque chose de débile chez les shleuhs pour faire court.

    3 hommes parviennent après un naufrage sur un endroit désert avec des éléphants pour seule compagnie. Ils n’ont pour seul loisir que des feuilles et des crayons et s’entendent pour les utiliser chacun à leur tour.
    Le français commence et rédige en 3 jours : La sexualité chez les éléphants.
    L’allemand : la discipline chez les éléphants
    Le juif : les éléphants et la question juive. 🙂

  6. Eden

    Et tu ajoutes : « et qu’Arendt a gobé et surtout diffusé ». Pourquoi ? Si ce n’est parce qu’elle était elle-même allemande et pire encore sans doute amoureuse de son nazi Heidegger ?

  7. Eden

    @KRAVI blague bien ashké :

    – Un psychiatre, c’est un médecin juif qui hait la vue du sang.

  8. Averell

    La désignation ‟banalité du mal”, brandie à tout propos, est devenue trop commode. Elle conserve une certaine valeur, on ne peut s’en contenter et s’y affaler. Hannah Arendt, femme d’une intelligence peu commune et femme de tempérament, m’est devenue de plus en plus suspecte au fil des années. Il y a dans ses écrits des jerks plutôt étonnants et même franchement bizarres. Une démonstration qui invite à la réflexion la plus soutenue peut être suivie d’un ragot de la pire espèce. Frau Arendt en a gobé un et de taille ; et elle le rapporte d’une manière particulièrement pernicieuse. Dans ‟Eichmann à Jérusalem”, elle fait d’une rumeur une affirmation particulièrement massive : Reinhard Heydrich était un demi-Juif (un Mischling), un juif même ‟qui ne s’est pas repenti d’avoir tué mais d’avoir trahi son propre peuple”. Je cite l’intégralité de cette parenthèse : ‟(Des principaux criminels de guerre, deux seulement se repentirent avant de mourir : Heydrich, pendant les neuf jours qu’il lui fallut pour mourir des blessures infligées par les patriotes tchèques, et Hans Frank, dans sa cellule de condamné à mort à Nuremberg. C’est une constatation désagréable, car on ne peut s’empêcher de penser qu’à la fin, Heydrich ne s’est pas repenti d’avoir tué mais d’avoir trahi son propre peuple.)” Plus j’étudie les philosophes juifs allemands du XIXe et XXe siècle, plus j’ai le sentiment qu’ils s’efforçaient de régler des comptes avec le monde dont ils étaient originaires, le monde juif, qu’ils tournaient dans quelque chose de particulièrement angoissant, comme dans ce maëlstrom que décrit Allan Edgar Poe.

  9. Bibi

    Le premier contre-exemple est ce que ces juges ont réalisé: un système judiciaire israélien. Et ce n’est pas par hasard que le cas d’Eichmann est le seul et unique verdict de peine capitale que ce système ait produit.

    T’en veux un autre contre-exemple? L’orchestre philharmonique de Palestine devenu l’O.Ph. d’Israël. La plupart des musiciens au départ étaient germanophones.

    Pour le H.S., je conçois le désir de compréhension; que les allemands ont mis en place et en œuvre la « machine infernale » aurait dû faire réfléchir Hannah’le mais, selon Lipstadt, c’est ce qu’elle n’a pas fait. Elle a dilué la responsabilité des « siens » par tous les moyens, y compris en accusant ceux qu’elle ne considérait pas comme « siens »: les juifs. Est-ce une piste?

    Mais je pense que le sujet de l’article de Kravi mérite la discussion ici et maintenant.

  10. Bibi

    …quitte à me faire traiter de Yekke bête et discipline 😉

  11. Bibi

    Avez vous lu « Hannah Arendt on Eichmann: A Study in the Perversity of Brilliance » par Norman Podhoretz, publié dans Commentary en Septembre 1963?

  12. Bibi

    au lieu de prononcer une sentence de mort pour Eichmann, le Tribunal aurait dû le condamner à vivre — sous de draconiennes conditions de surveillance pour éviter un suicide ou un meurtre et dans un isolement affectif total — le restant de sa vie dans un kibboutz, dans la pleine renaissance du peuple qu’il avait souhaité anéantir.

    Objection, votre honneur.
    D’une part, le criminel était, de et par lui-même, dans un isolement affectif, celui qui contrôlait son attitude envers ceux dont il décida et organisa la mort. D’autre part, ce qu’il aurait ressenti ou pensé à la vue de la renaissance n’intéresse personne. Israël n’est pas là pour les haineux et les assassins. Israël est là pour les enfants d’Israël qui vénèrent la vie, et qui travaillent pour la rendre meilleure.

    Le procès n’était pas un acte de revanche mais un acte de justice.

  13. Averell

    @ Bibi
    Je n’ai pas lu le livre de Norman Podhoretz. Je partage pleinement votre réaction sur la conclusion de l’excellent article de Kravi. Des parents de nazis viennent en Israël pour «réparer», et c’est bien ainsi. Parmi eux, le neveu de Goering, Matthias. Tout le monde a vu «Descendants de nazis. L’héritage infernal» sur France 3. Mais je vais en revenir à Frau Arendt qui affirme quelque chose de très étrange.

  14. Souris donc

    Très intéressante lecture de l’antisémitisme-antisionisme scandaleux prompt à retourner volontairement, sciemment, l’anathème de nazi contre ceux qui en ont souffert.
    Les surmoi évoluent, je suppose, avec l’évolution de la société et de l’éducation. Je ne suis pas sûre qu’un procès pédagogique comme celui d’Eichmann ait la même vertu aujourd’hui que dans les années 60. C’est pourquoi je suis assez sceptique quant à l’exemplarité des jugements du TPI de La Haye, qui vient de reconnaitre Charles Taylor coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Dans l’indifférence la plus totale, d’ailleurs qui connait Charles Taylor ?
    On emploie à tort et à travers les termes de crime contre l’humanité, de génocide.
    Personne ne sait où placer le curseur en cas de guerre civile, comme souvent le cas en Afrique.
    On aurait mieux fait de s’abstenir, et de conserver au procès Eichmann toute son exemplarité. Pour moi, il y a là aussi banalisation du mal. Si tout est génocide, rien ne l’est .

  15. Bibi

    C’est un article. Certes, long, mais « définitif ».

  16. Bibi

    Si tout est génocide, rien ne l’est .

    Oui. Et c’est une partie de la perversité de la « confusion des valeurs ».

    D’aucuns soutiennent que les acccusations diabolisant l’état juif (nazi, apartheid et Co.) ne sont là que pour disculper ceux qui ne veulent plus porter la charge de la Shoah (« on ne pardonnera jamais la Shoah aux juifs »; « tiens, ils sont aussi méchants que leurs bourreaux! Ils n’avaient peut-être pas si tort que ça, au fond? »). Il y en aurait mais, à mon avis, l’essentiel du phénomène est ailleurs.

  17. plantigrade69

    Exposé captivant kravi sur l’étonnement que suscite les réactions humaines. Les horreurs laissaient de marbre puisqu’elles étaient banalisées, tandis que l’autorité était à respecter.
    Ca me rappelle un plaidoyer que j’avais écrit en faveur du livre d’Oriana Fallaci, livre qui avait fait hurler toujours les mêmes rebellocrates.
    Tout son ouvrage était une longue liste des pires monstruosités qu’elle avait vu commettre et dont la description nous laissait à la fois pétrifiés et révoltés. Pourtant il a suffit qu’elle emploie le mot « rat » en parlant de cette engeance pour que cela suscite l’indignation. Peut-être avait-elle eu tort de le faire, mais couper des têtes et mitrailler des femmes en se curant le nez, n’était-ce pas plus suscpetible de provoquer l’indignation qu’une banale insulte?
    Les réactions des hommes, de certains hommes, sont un mécanisme pavlovien non pas d’un individu de façon intrinsèque, mais parce qu’il a baigné dans l’atmosphère d’un type de meute!

  18. Averell

    La préface d’Hannah Arendt à son oeuvre maîtresse, ‟Les Origines du totalitarisme”, offre une belle perspective sur un certain état d’esprit. La première édition de cette trilogie remonte à 1951, et ladite préface fut rédigée en juillet 1967, à New York. Il faut la lire et la relire car il me semble qu’elle permet une plongée dans les tourments intellectuels et spirituels de son auteur. Elle n’y fait pas œuvre d’historienne mais de propagandiste. Elle cherche à s’arracher à quelque chose qui l’angoisse en pirouettant dans des faux-fuyants et en virevoltant dans une galerie de miroirs déformants. Le passage suivant relève lui aussi du jerk : ‟C’est alors (nous sommes à la fin du XVIe siècle) que, sans intervention extérieure, les Juifs commencèrent à penser que «ce qui séparait les Juifs des nations n’était pas fondamentalement une divergence en matière de croyance et de foi, mais une différence de nature profonde», et que l’antique dichotomie des Juifs et des non-Juifs était «plus probablement d’origine raciale que doctrinale». Ce changement d’optique, cette vision nouvelle du caractère étranger du peuple juif, qui ne devait se généraliser chez les non-Juifs que beaucoup plus tard, au XVIIIe siècle, apparaît clairement comme la condition sine qua non de l’apparition de l’antisémitisme.” Les citations inclues dans cette citation sont agrémentées d’une note en bas de page : ‟Citations extraites de l’ouvrage de Jacob Katz, «Exclusiveness and Tolerance. Studies in Jewish-Gentile Relations in Medieval and Modern Times», étude absolument originale et du plus haut niveau, qui aurait dû détruire «quelques idées chères aux Juifs contemporains» (…) Avec eux (cette jeune génération d’historiens juifs à laquelle appartient Jacob Katz), c’en est bien fini de l’histoire juive «pleurnicharde» contre laquelle Salo W. Baron protestait il y a presque quarante ans.” Hannah Arendt juge cet ouvrage du plus haut niveau parce qu’il flatte ses présupposés ou, autrement dit, parce qu’il apporte de l’eau à son moulin. Les Juifs ont tout inventé, même l’antisémitisme. Et quitte à donner dans la pire des provocations, pourquoi ne pas déclarer que les Juifs n’ont qu’à s’en prendre qu’à eux-mêmes puisqu’ils ont inventé le Zyklon B, avec Fritz Haber. Mais je me calme. Deux femmes que j’admire par ailleurs me tapent parfois terriblement sur les nerfs, Hannah Arendt et Simone Weil qui épousa les affreuses thèses hellénistiques d’Alexandrie au sujet de l’Exode. Elle évoque admirablement les Grecs Homère, Platon, Pythagore, Héraclite et tant d’autres ; mais je sais également qu’elle a fait sa cuisine avec Diodorus Siculus, Lysimachus, Manetho et Apion pour ne citer qu’eux. Et là je lui casserais volontiers ma vaisselle sur la tête.

  19. Bibi

    L’autorité de la part de juifs… C’est là que la judéophobie s’exprime: Eichmann était persuadé du danger que constituaient les juifs (d’où la « nécessité » de s’en débarrasser). Et il a dû se souvenir de sa brève visite en Palestine mandataire. Il a dû reconnaitre que, en Israël, c’étaient eux les maîtres.

  20. Eden

    C’est emmerdant d’utiliser la psychanalyse pour expliquer un concept aussi simple que celui de l’éternelle « substitution ».

    Pour la raison c’est encore autre chose mais constatons tout de même que depuis la naissance d’un autre monothéisme, il a eu volonté de se substituer aux juifs. Par l’anéantissement.
    Un business comme la religion aurait-il pu fonctionner sans l’éradication des premiers auteurs ?
    Je pense que non.
    Je pense que les suivants n’ont pas voulu donner de droits d’auteurs et il se sont arrangés pour éliminer l’origine.
    Le 3è monothéisme s’est cru obligé de faire pareil avec dans la foulée la volonté d’islamiser les seconds.

    Maintenant, dans l’ère que nous vivons, il est impossible d’y aller franco, de prévoir un anéantissement des juifs. Il faut s’y prendre autrement et le « problème » palestinien est parfait.

    Tout le monde peut se la donner : « attention hein…je ne suis pas antisémite mais antisioniste » = SUBSTITUTION

    « Les palestiniens subissent ce que les anciennes victimes ont subit » : volonté de substitution
    « Les israéliens sont des nazis » = substitution
    Etc…etc…

    L’autre manière d’effacer les juifs est de les étiqueter nouveaux bourreaux et il est de plus en plus admissible dans la doxa militante de gauche et de droite que dans le fond, les juifs/Israël sont LE poil de cul qui empêche le monde de tourner.

    Je crois que j’ai compris cela dès que j’ai vu un dessin de Cabu sur le David palestinien face au Goliath israélien = substitution.

    Les nouveaux juifs sont les palestiniens. Les derniers juifs selon le coran sont les musulmans car encore là, dans ce dogme tous les prophètes juifs sont devenus musulmans : substitution.

    Je pourrais ainsi donner des tas d’exemple sur la substitution allant jusque dans les faits de société, jusque dans l’humour, jusque dans la politique.

  21. Yaakov Rotil

    J’avais oublié de cliquer en bas à gauche…

  22. plantigrade69

    Pour rejoindre les propos d’Eden, j’avais écrit ces quelques lignes rapides il y a maintenant un paquet d’années:

    « Finalement, le palestinisme a bien arrangé les antijuifs de tous poils !
    En effet, qu’est qui faisait que les juifs bénéficiaient ces dernières années d’un a priori favorable, ou pour le moins d’une bienveillance de bon aloi ? Hélas : la shoah ! Ne discutons pas là du bien fondé de cette façon de voir, admettons là ! Alors, ceux qui font partie de cette frange à l’antisémitisme actif, de gauche et d’extrême droite, ont raisonné ainsi :
    « Que faire pour changer tout état d’esprit qui puisse être favorable aux juifs ? »
    La première idée qui était apparue comme évidente à l’extrême droite puis au monde musulman était de nier la véracité du passé.
    Cela n’a pas vraiment marché ! Cet odieux mensonge a bien kidnappé son lot de naïfs mais sans doute le terrain était-il déjà meuble pour la haine, d’ailleurs il l’est toujours. Je dirais, tout bien considéré, que le stratagème n’a pas fonctionné avec les masses.
    Alors il fallait trouver autre chose. Comme ils n’ont pas pu changer les faits, ils se sont dits qu’il fallait changer les rôles, faire un transfert.
    Voilà comment aux yeux du monde, les Palestiniens sont devenus les David, et les juifs les Philistins !
    Sionisme est devenu synonyme de nazisme et la boucle était bouclée.
    Cette escroquerie rencontre un succès certain car les hommes ont toujours confondu avoir perdu et être une victime. »

  23. Averell

    Et tu connais, chère Nina, ce dessin qui représente Yasser Arafat couché sur la croix tandis qu’Ariel Sharon s’emploie à l’y clouer. Je suis d’accord avec toi, la théorie de la substitution est un sujet d’étude passionnant, infini si l’on abuse pas de l’interprétation psychanalytique .

  24. Bibi

    Substitution et inversion.
    Ces deux mamelles de la propagande goebbelsienne et « muftienne » sont intimement liées depuis les années 1920, et que l’ancien allié soviétique a utilisé dans sa promotion de « l’antifascisme ».

    Pas la peine d’être psy pour observer aussi une bonne dose de projection, qui expliquerait pas mal de contradictions dans les messages. Par ex., la force (nécessairement obscure, parce que peu visible) des juifs par rapport à la faiblesse de leurs « victimes » toujours craignant le prochain complot… qui va les déposséder (on est faible quand on a des possessions?!), et les plans très fantasques (s’emparer du pouvoir, démolir l’Esplanade des mosquées, exproprier et chasser les « véritables propriétaires », …) qui ne sont rien d’autre que les désirs des anti-juifs qui profèrent ces accusations à l’égard des juifs.

  25. Guenièvre

    Résumé d’une conférence de G.Bensoussan qui met en lumière « un terreau culturel allemand  » dans l’avènement du nazisme.
    http://www.histoire.ac-versailles.fr/IMG/pdf/cr-bensoussan-2.pdf

  26. Eden

    Il est vraiment bon l’article de Kravi. Bien construit.

    « La question reste de savoir ce qui, chez certains, bloque l’évolution psychique au stade de surmoi archaïque sans les faire accéder au surmoi élaboré permettant de distinguer le bien du mal. Une piste est donnée par les impasses du narcissisme : quand l’autre n’est pas reconnu comme un autre humain, donc un autre soi-même, mais comme une chose à utiliser pour sa propre satisfaction, toutes les manipulations, utilisations, déqualifications et déshumanisations sont possibles. C’est alors le règne de la perversité qui se nourrit de la confusion des valeurs. »

    C’est exactement ce qu’il en est du monde musulman. Pas seulement arabo-musulman mais musulman. Comment expliquer la haine maladive des pakistanais à l’égard d’Israel ? Sinon par les commandements coraniques qui ne font pas appel à la raison mais à uniquement à la confusion des valeurs ?

  27. Averell

    Ne pourrait-on développer deux théories en psychanalyse ? 1. Celle de «la chrysalide et du papillon». Les Chrétiens se voient comme papillons en regard des Juifs (la chrysalide) ; et les Musulmans (qui viennent «parfaire» le cycle) se voient comme papillons, avec Juifs et Chrétiens dans le rôle de la chrysalide. 2. La théorie du coucou : je m’installe dans ton nid et j’y ponds mes œufs. A développer.

  28. Yaakov Rotil

    « (…) quand l’autre n’est pas reconnu comme un autre humain, donc un autre soi-même (…) »

    Je redonne l’explication de Rony Akrich sur le fait que frère (aH), autre (aHer) et responsabilité (aHrayout) ont la même racine: « pour accéder à la responsabilité sociale, on doit considérer son frère comme un autre et l’autre comme son frère… » .

  29. Bibi

    Aisselles est musulman?

  30. Averell

    Parmi les assassins de bureau, il en est un particulièrement inquiétant et moins connu qu’Adolf Eichmann : le général S.S. Otto Ohlendorf, jugé à Nuremberg au cours du procès dit des ‟Einsatzgruppen” (25 juillet 1947 – 9 avril 1948). Il fut le plus jeune de ses co-inculpés et le plus élevé en grade. Le jugement rendu au printemps de 1948 contre lui dit en substance ceci : ‟Ce n’est pas un mais deux Ohlendorf qui ont apparu au cours des débats. D’une part, l’étudiant, le conférencier, l’administrateur, le sociologue, l’analyste scientifique, l’humaniste enfin (…) D’autre part, il y a le général S.S. Ohlendorf qui dirigea en Crimée les exterminations raciales de l’Einsatzgruppe D. Or, si l’humaniste et le chef de l’Einsatzgruppe doivent être fondus en une seule et même personne, il s’agit d’une personnalité du type décrit par Robert Louis Stenvenson dans son «Dr. Jekyll et Mr. Hyde». Malgré l’intérêt de spéculer sur cette double nature, le tribunal doit s’en tenir à cet Otto Ohlendorf qui, de son propre aveu, extermina quatre-vingt-dix mille personnes (…) Le dossier et l’analyse de cet Ohlendorf qui montra de telles promesses dans le domaine de la philosophie et de l’esprit devront être constitués ailleurs. Ici, le tribunal estime Ohlendorf coupable et le condamne à la pendaison.”

  31. Bibi

    @Averell,

    Si vous espériez avoir un éclairage par Hannah’le sur ce type d’assassin (ou d’autres types), je comprends que vous soyez gêné et peu instruit par cette brillante « précieuse spinologue ». Peu étonnant que sa thèse ait été adopté par des tas de gens qui y ont trouvé la formidable caution « intellectuelle » pour se réinventer « responsables mais pas coupables ».

    Voici des extraits de l’article de N. Podhoretz, référencé plus haut:

    What she has done, in other words, is translate this story for the first time into the kind of terms that can appeal to the sophisticated modern sensibility. Thus, in place of the monstrous Nazi, she gives us the “banal” Nazi; in place of the Jew as virtuous martyr, she gives us the Jew as accomplice in evil; and in place of the confrontation between guilt and innocence, she gives us the “collaboration” of criminal and victim. The story as she tells it is complex, unsentimental, riddled with paradox and ambiguity. It has all the appearance of “ruthless honesty,” and all the marks of profundity—have we not been instructed that complexity, paradox, and ambiguity are the sign manifest of profundity?—and, in addition, it carries with it all the authority of Miss Arendt’s classic work on The Origins of Totalitarianism.

    The brilliance of Miss Arendt’s treatment of Eichmann could hardly be disputed by any disinterested reader. But at the same time, there could hardly be a more telling example than this section of her book of the intellectual perversity that can result from the pursuit of brilliance by a mind infatuated with its own agility and bent on generating dazzle. The man around the corner who makes ugly cracks about the Jews is an anti-Semite, but not Adolf Eichmann who sent several million Jews to their death: that would be uninteresting and would tell us nothing about the Nature of Totalitarianism. Similarly, the behavior of the Jewish leaders under the Nazis was “extraordinary,” but Adolf Eichmann was ordinary, even unto banality; otherwise, he tells us nothing about the Nature of Totalitarianism. Did he have no conscience? Of course he had a conscience, the conscience of an inverted Kantian idealist; otherwise he tells us nothing about the Nature of Totalitarianism. But what about his famous statement that he would die happy because he had sent five million “enemies of the Reich” to their graves? “Sheer rodomontade,” sheer braggery—to believe it is to learn nothing about the Nature of Totalitarianism. And his decision to carry on with the deportations from Hungary in direct defiance of Himmler’s order that they be stopped? A perfect example of the very idealism that teaches us so much about the Nature of Totalitarianism.

    No. It finally refuses to wash; it finally violates everything we know about the Nature of Man, and therefore the Nature of Totalitarianism must go hang. For uninteresting though it may be to say so, no person could have joined the Nazi party, let alone the S.S., who was not at the very least a vicious anti-Semite; to believe otherwise is to learn nothing about the nature of anti-Semitism. Uninteresting though it may be to say so, no person of conscience could have participated knowingly in mass murder: to believe otherwise is to learn nothing about the nature of conscience. And uninteresting though it may be to say so, no banality of a man could have done so hugely evil a job so well; to believe otherwise is to learn nothing about the nature of evil. Was Hausner right, then, in repeatedly calling Eichmann a liar? Yes, he was right, however successfully Eichmann may have deceived himself by then, and however “sincere” he may have thought his testimony was.

  32. Averell

    @Bibi
    Article passionnant. Plus je lis Hannah Arendt, plus je trouve dans le vêtement somptueux de sa pensée des trous et des accrocs un peu partout, un manque de rigueur. Quelque chose ne va pas. Et j’en reviens à cet incroyable ragot qui fut colporté, c’est vrai, au point qu’Heydrich en avait peur. Mais pourquoi l’a-t-elle repris, et d’une manière si désinvolte, au point de dire clairement que le maître d’oeuvre de la Solution finale avait assassiné son propre peuple ? Existe-t-il des documents qui rendent compte de la confession d’Heydrich au cours de sa longue agonie ? Bizarre, bizarre. La méthodologie de Frau Arendt me laisse parfois perplexe.

  33. plantigrade69

    Bon! Faut que je relise Arendt, j’ai dû aller trop vite car si je trouve les critiques lues ici très judicieuses, j’ai un peu l’impression qu’on jette le bébé avec l’eau du bain!
    Mais je ne suis sûr de rien, mes lectures en la matière sont trop anciennes et vos piqures de guêpes fort pertinentes.
    PS:
    Et Ska? Ses précieuses réflexions manquent!

  34. Bibi

    @plantigrade69,

    Arendt est dépassée, et sa thèse infirmée.
    Ci-dessous un lien vers une revue d’un livre plus récent, par un grand journaliste qui a assisté au procès.

    http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703386704576186670390845228.html

  35. Averell

    @L’ours, je ne jette pas le bébé et l’eau du bain, je constate simplement que sur des vêtements somptueux il peut y avoir des trous, des accrocs et des taches. La pensée d’Hannah Arendt est somptueuse, il n’empêche que je m’en méfie, comme je me méfie de Simone Weil lorsqu’elle en vient à parler des Juifs. J’aime tellement plus la si discrète et si délicate Rachel Bespaloff.

  36. Eden

    Arendt fut…nécessaire ?
    Elle a eu le temps et le recul géographique pour s’atteler à son oeuvre maîtresse, voilà une des raisons mineure sans doute pour laquelle elle fut et reste « la » théoricienne du mal absolu.
    Finkielkraut la cite à tout bout de champ.
    Je crois même déceler chez les philosophes qui font appel aux phrases de Arendt, une certaine affection due sans doute au fait qu’elle fut la maîtresse de Heidegger. Je le dis comme ça, comme une femme, en faisant appel à notre fameuse intuition. 🙂

  37. plantigrade69

    Merci de vos ajouts, j’en ferai cas.

  38. Bibi

    L’article de Norman Podhoretz est disponible ici (on peut soit l’acheter, soit s’abonner et lire des tas d’articles intéressants, y compris de la plume de Hannah’le):
    http://www.commentarymagazine.com/article/hannah-arendt-on-eichmanna-study-in-the-perversity-of-brilliance/

    Un autre article, dans le même magazine (Oct. 1963, par Irving Howe), s’intitule « The New Yorker and Hannah Arendt ».
    Extraits:
    « Then, a few months later, when Hannah Arendt published in the New Yorker her equally famous articles about the Eichmann case, I found myself troubled once more, and this time with far greater urgency than after the Baldwin article.

    Miss Arendt’s articles roused in me such strong sentiments of disagreement that for the moment I put aside the problem of their appearance in the New Yorker. Time went by, and most of what had to be said in criticism of her articles was said by Marie Syrkin, Lionel Abel, and Norman Podhoretz; so that, in my mind, I could turn back to the feeling of resentment I had had upon first seeing them in the pages of the New Yorker.

    The solution to my problem was first suggested by Marie Syrkin. How many New Yorker readers, she burst out in a conversation, had ever before cared to read anything of the vast literature about Jewish resistance, martyrdom, and survival during World War II? How many would ever read anything about it again? And how many—she continued—would ever know that a notable Jewish historian, Dr. Jacob Robinson, had discovered a large number of factual errors in those articles?

    For the New Yorker does not print polemics, rebuttals, or qualifying comments. I gather that a number of communications were sent to it concerning the errors in Miss Arendt’s articles, but that only one brief correction was printed. The New Yorker speaks out, ex cathedra, upon occasion: it recognizes the presence of History: and that, one gathers, is that. Hiroshima—John Hersey. Negroes—James Baldwin. Jews—Hannah Arendt. The magazine secures what it takes to be the leading authority or the most interesting writer (but alas, the two are not always the same) to work up a subject; and there it stops.

    But who stops to think what our intellectual life would be without precisely these exchanges?
    ….

    Now one can hardly blame the New Yorker for not opening its pages to debate on this or any other issue. It has never claimed to be a serious intellectual journal; only a few of its intellectual friends have made that claim. Nor am I concerned here with the propriety of Miss Arendt publishing her articles in its pages. I am concerned with something far more important: the social meaning, the objective consequences, of their appearance in the New Yorker.

    Hundreds of thousands of good middle-class Americans will have learned from those articles that the Jewish leadership in Europe was cowardly, inept, and even collaborationist; that the Jewish community helped the Nazis achieve their goal of racial genocide; and that if the Jews had not “cooperated” with the Nazis, fewer than five to six million Jews would have been killed. No small matter: and you will forgive some of us if we react strongly to this charge. But the New Yorker will not accept in its columns the refutations of highly responsible and scholarly opponents of Miss Arendt. These, it might be remembered, are scholars who have worked their way through—as it is not clear that Miss Arendt has—the primary sources in Yiddish, Polish, and Hebrew. As far as the New Yorker is concerned, Miss Arendt has the first, the last, the only word. One would surmise that its editors regard Miss Arendt’s articles as “literature,” quite as they might regard Baldwin’s article. A terrific piece, a great story: you don’t argue with literature. »

  39. Bibi

    A mes yeux, le seul intérêt de se pencher de nos jours sur l’opus arendtien est son avant-gardisme. En pre- post-moderne, elle place le récit bien construit avant le souci factuel sur lequel celui-ci devrait reposer, de même que la centralité du conteur, dans sa subjectivité et sa prétention de rendre à sa vision un statut de vérité universelle.
    C’est bien dans une telle approche qu’on voit la confusion des valeurs.

  40. Eden

    oui mais ça c’est terrible : « Hundreds of thousands of good middle-class Americans will have learned from those articles that the Jewish leadership in Europe was cowardly, inept, and even collaborationist; that the Jewish community helped the Nazis achieve their goal of racial genocide; and that if the Jews had not “cooperated” with the Nazis, fewer than five to six million Jews would have been killed. No small matter: and you will forgive some of us if we react strongly to this charge. But the New Yorker will not accept in its columns the refutations of highly responsible and scholarly opponents of Miss Arendt. These, it might be remembered, are scholars who have worked their way through—as it is not clear that Miss Arendt has—the primary sources in Yiddish, Polish, and Hebrew. As far as the New Yorker is concerned, Miss Arendt has the first, the last, the only word. One would surmise that its editors regard Miss Arendt’s articles as “literature,” quite as they might regard Baldwin’s article. A terrific piece, a great story: you don’t argue with literature.”

    Cela perdure et donne des armes aux révisionnistes et aux antisémites. Combien de fois n’ai-je pas lu ces propos sur le net ? C’est récurrent et écoeurant.

  41. Averell

    Hannah Arendt affirme à l’occasion des choses si massives que l’on aimerait avoir ses sources. Par exemple, sur quels documents s’est-elle appuyée pour affirmer que Heydrich était Juif et qu’il avait assassiné son propre peuple ? Ces documents n’existent tout simplement pas. Elle s’est contentée de ragots. Mais pourquoi ? L’arrangeaient-ils ? Allaient-ils dans le sens de ce qu’elle avait en tête ? Bizarre.

    @Nina
    La tentative de faire porter aux Juifs la faute de leur propre extermination est un vieux truc, simple et efficace. Par exemple, j’ai lu les pires choses sur Zvi Koretz, de Salonique. Les nazis qui avaient l’intelligence du mal ont fait participer les Juifs à tous les échelons (inférieurs) dans les centres de mise à mort et d’équarrissage afin de les mêler à l’extermination, de faire peser sur eux la faute de leur propre extermination, des simples kapos aux membres des Sonderkommandos…

  42. Bibi

    C’est bien plus « intéressant » ou valorisant de raconter une histoire, de formuler une théorie, que de rapporter des faits et des impressions en tant que tels.
    Si ça peut aussi aider à régler quelques comptes – pourquoi s’en priver?

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