Dépenser n’est pas penser

A quoi sert la dépense publique ?

La question est stupide, évidemment. Tout le monde en profite, de la dépense publique, elle sert à tout le monde et personne ne penserait un instant à la contester. En un mot elle sert aux dépenses collectives, et des dépenses collectives il en faut, non ?

Oui, il en faut. Il en faut de deux sortes. D’une part les dépenses nécessaires à notre protection intérieure et extérieure, justice, police, diplomatie et armées. D’autre part les dépenses d’amélioration de la vie en commun, aménagement du territoire et solidarité.

Toutes ces dépenses sont justifiées, seul leur montant est discutable, et en démocratie est discuté avant d’être décidé au nom du peuple.

Enfin… justifiées, le sont-elles vraiment toutes ? Une catégorie soulève les questions de nombreux citoyens, celle des subventions d’Etat, de régions, de départements, de communes, de toute cette myriade de collectivités territoriales à cette autre myriade que forment les associations en tout genre. Tout cela s’appuie sur la solidarité, et la solidarité est un devoir auquel une société libérale ne doit pas se dérober.

Un devoir, oui, mais certainement pas un fourre-tout. Un devoir pour aider ceux, tous ceux, dont la malchance, ou le malheur, ou les capacités trop faibles, requièrent l’aide de la population moins défavorisée. Réjouissons-nous de voir notre société pratiquer l’entraide et refuser de laisser quelqu’un sur le bord du chemin. Mais il y a un « mais ». Accoutumées sans doute par l’impératif de solidarité à distribuer les subventions « en veux-tu en voilà » avec l’argent public, nos généreuses collectivités se sont senties pousser des ailes protectrices et savent difficilement dire non.

C’est ainsi que prolifèrent moult associations, Les randonneurs de la verte vallée, Le cycle du Nord, Les boules du Sud, La pétanque joyeuse, Les rappeurs de la cité, La chanson d’antan, Le gourmet repu, La bonne bouteille

À coups de petites subventions, oh pas grand chose, oh on peut bien faire ça pour eux, oh ça va pas nous ruiner, 100.000 € par ci, 80.000 € par là, c’est ainsi que la dépense publique enfle, que cette enflure devient la règle, et que petit à petit dans l’esprit de nombre de citoyens elle devient davantage que la règle, elle devient le symbole du bien.

Prendre garde à la dépense publique, tenter de la réduire, c’est dans certains esprits une valeur incompatible avec la morale. Avec surtout, vous l’avez deviné, la morale de gauche. Car oui, ne nous cachons pas la vérité derrière le petit doigt, ce lien nocif entre éthique et dépense est une valeur de gauche, pratiquée et affirmée par le raisonnement de gauche en France.

Voici quelque temps, Antidoxe publiait un article sur l’idée de supprimer le bac. Cet article avait dû donner des idées à un excellent magazine en ligne où l’on adore causer, car le même thème y fut abordé quelques jours plus tard par un auteur revendiquant une opinion de gauche très appuyée. On y exposait avec pertinence les arguments favorables à la suppression, ainsi qu’avec la même pertinence les arguments opposés. Et puis l’attention du lecteur céda la place à l’étonnement lorsque l’auteur avança, comme critique à l’encontre de ceux qui prônent la suppression, que ces affreux voulaient faire baisser la dépense publique. Quelle honte ! Diminuer la dépense, vous n’y pensez pas. C’est noble, la dépense, c’est intouchable…

On en concluait presque, en laissant libre cours peut-être à un zeste de mauvaise foi, qu’accroître la dépense publique est par nature un devoir, une louable qualité.

Et pourtant n’en est-il pas ainsi couramment dans nos esprits gauchis ? Pour en juger, pensez simplement à une remarque du genre de celle-ci : « cette réforme n’est entreprise que pour des raisons budgétaires ». Ne l’avons-nous pas lue dans la presse, cette critique, à propos de telle ou telle réforme ? Avec un contexte signifiant clairement que cette « raison budgétaire » est une mauvaise raison…

Comment s’étonner avec de tels réflexes que notre Pays, depuis 1981, n’ait cessé de dépenser sans compter, et de s’endetter lourdement en conséquence ? Ces réflexes vivent surtout dans les gènes socialistes, mais d’autres sont parfois tentés…

Le pire, on le trouve peut-être dans l’histoire d’une loi importante votée en 2010, la loi sur « les collectivités territoriales » applicable aux prochaines élections éponymes de 2014. Tous les Français se plaignent de notre nombre trop important et coûteux d’élus, et de notre « mille-feuilles administratif ». Eh bien cette loi divise par deux le nombre d’élus locaux, et donc par deux aussi leur nombre d’assistants, de cabinets, de secrétaires et tutti quanti. Par ailleurs on peine à imaginer de quels effets pervers ce projet pourrait accoucher. Sauf à considérer comme effet pervers que de nombreux élus actuels…perdront leurs sièges. Cette réforme sera une des plus bénéfiques du quinquennat en cours.

Elle diminuera la dépense publique sans toucher à la moindre dépense sociale, à la moindre assistance à quelque organisation que ce soit.

Elle fait donc évidemment l’unanimité ? Détrompez-vous, Monsieur Hollande a annoncé, puis confirmé, que s’il était élu il prononcerait son abrogation.

9 Commentaires

  1. Marie

    Pas touche aux fiefs des baronnets Ps, vous n’y pensez pas , Impat!

  2. On créera de nouvelles collectivités territoriales, mais on garde les départements,cantons, arrondissements, communes, communautés de communes, SIVUs, SIVOMs, SICTOMs etc. Sans compter que les communautés de communes empiètent parfois sur plusieurs cantons etc. Aucune cohérence dans tout cela.
    Le citoyen lambda a du mal à s’y retrouver et ne connaît pas nécessairement les compétences de chaque institution. D’ailleurs les élus eux-mêmes s’y retrouvent-ils ? J’en doute parfois !
    Et tout cela a un coût, bien évidemment.

  3. Florence

    Je suis bien d’accord avec Impat et Patrick.
    Je pense sincèrement que la « dépense publique » et notre « mille-feuilles administratif » constitue une des principales causes de nos problèmes. Si nous ne faisons rien, nous crèverons.
    Revoir de manière tradicale nos dépenses publiques, nos prestations sociales, notre fonctionnement administratif, notre corpus de lois, dans le sens de la simplicité est tout simplement vital.

  4. Souris donc

    « Si nous ne faisons rien, nous crèverons ». Ou nous serons obligés sous la pression du FMI, des marchés et des agences de notation. Et ce sera à Hollande et au PS réélus que reviendra la honte des hontes de devoir détricoter les fiefs des potentats locaux qui s’en mettent plein les poches au passage.
    Qui peut croire que l’enthousiasme à couvrir le territoire de ronds-points soit désintéressé sans pot-de-vin ?
    Qui peut croire que les « associations » sont arrosées sans contrepartie électoraliste ?
    Qui peut croire que la pléthore de fonctionnaires territoriaux ne tient pas du népotisme le plus vulgaire ?
    Les Cours de Comptes Régionales timidement mettent au jour quelques abus flagrants. Vite recouverts et enterrés.

  5. Expat

    Entièrement d’accord avec vous tous. Comment Hollande peut oser dire qu’il supprimerait cette loi ? (dont j’ignorais l’existence, je voudrais bien un peu plus d’infos sur le sujet ?)

  6. Expat:

    Le projet de loi fixant la répartition des effectifs par départements et par régions a été adopté définitivement, le 6 juillet 2011, à l’Assemblée nationale.

    Saisi pour la troisième fois de cette question, le Conseil constitutionnel a validé ce texte le 21 juillet 2011.

    Siègeant à la fois au conseil général et au conseil régional, les 3.493 conseillers territoriaux remplaceront les 4.037 conseillers généraux et les 1.880 conseillers régionaux actuels, à l’issue des élections du printemps 2014. (NDLR: soit 3493 au lieu de 5917)

    Ils seront élus au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, selon les modalités prévues pour l’élection des conseillers généraux. Et renouvelés intégralement tous les six ans.

  7. Souris donc

    Le clientélisme (avec l’argent des autres) continuera de plus belle. Ils ont la loi pour eux, quand on a assisté une fois à un conseil municipal, on sait qu’ils dépensent jusqu’au dernier sou (de l’argent des autres) à des « équipements » aussi futiles que les ronds-points à oeuvre d’art (sic) qu’ils n’ont pas honte d’appeler « investissement ». Celui qui mettra son nez dans les marchés publics locaux risque d’avoir des surprises…

  8. Souris donc

    L’Observatoire des Subventions pointe les abus et gaspillages :
    http://www.observatoiredessubventions.com/

  9. aventin

    Quelle femme politique aura distribué autant de malheur et de misère et en si peu de temps à son propre peuple et au nom du dogme saint ? Renaud a bien défini la dame…

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