Téléramdam

Journal, cinéma, télévision…publics?

Le chef du gouvernement s’apprête à annoncer la nouvelle. L’état va créer un journal, un quotidien dédié principalement à l’information mais qui pourra également proposer des reportages, des enquêtes sur tous les sujets, ainsi naturellement que des éditoriaux et des articles de divertissement.

Ce journal, diffusé en kiosque et sur abonnement, possèdera le statut de service public. Ses journalistes, de même que l’ensemble du personnel, seront des employés de l’état. Ils pourront se grouper en syndicats de leur choix, ces syndicats devant appartenir obligatoirement à la liste, autorisée par le gouvernement, des « syndicats représentatifs ».

L’impression du journal sera confiée à une entreprise d’imprimerie de son choix, dans la mesure bien entendu où cette entreprise bénéficiera de l’aval du syndicat majoritaire.

Le président du directoire fera l’objet d’une nomination par le gouvernement, sur proposition d’une commission de la presse publique dont la composition reste à définir.

Les articles d’information devront répondre à tous les critères d’objectivité qui forment le code éthique du journalisme, et qui sont l’honneur de notre presse.

La publicité sera autorisée sur ce journal écrit, dans la limite des lois qui devront la réglementer.

La qualité de service public du journal sera reconnue et concrétisée par la perception d’une redevance annuelle payée par l’ensemble des citoyens, qui pourront ainsi se prévaloir de contribuer à la vie de la presse publique. Il appartiendra à cette dernière de savoir servir d’exemple, quant à son fonctionnement, son économie, son objectivité, sa qualité éditoriale, à l’ensemble des journaux français, et de promouvoir notre culture.

Nul ne doute qu’un tel service public rehaussera le niveau culturel de la presse, et par conséquent celui de la population. Jamais un journal privé, mû par nature par des considérations bassement commerciales, ne pourrait parvenir à atteindre de tels sommets en matière de culture.

Parallèlement, le ministère de la culture et de la communication a mis à l’étude un décret gouvernemental concernant la création et la diffusion en France des oeuvres cinématographiques. En effet, même si certains films français bénéficient d’une aide publique, l’ensemble de l’industrie cinématographique est entre les mains d’entreprises privées. Il en résulte actuellement une dépendance quasi scandaleuse du public aux orientations, parfois malveillantes, de milieux d’affaires dont l’objectif unique est le profit, sans compter le caractère forcément politique de cette industrie, tentée de réaliser des œuvres nocives envers la pensée correcte qui doit seule animer la population. Par ailleurs ces œuvres privées peuvent s’avérer contraires à la morale publique.

C’est pourquoi ce décret vise à la création d’une société publique de cinéma. Cet organisme devra prendre en charge, sur fonds public, la réalisation d’œuvres cinématographiques de qualité capables de satisfaire les cinéphiles français et étrangers, et de plaire également au grand public. Là encore, l’entreprise d’état ainsi constituée pourra servir d’exemple culturel à suivre pour la production de tous les films issus du domaine privé. Le cinéma français verra de la sorte, n’en doutons pas, s’accroître sa réussite et son prestige dans le monde entier.

Ainsi la presse et l’industrie cinématographique françaises disposeront des moyens nécessaires pour servir au mieux l’intérêt du pays et les besoins des Français.

Fiction?

Vous l’avez compris, les décrets mentionnés ci-dessus n’existent pas, et aucun projet ne les a prévus. Enfin…espérons-le. Car quand même, nous n’en sommes pas à confier à l’état notre information et notre divertissement. Non, n’est-ce pas?

Non.

Mais à propos, qu’est-ce que France-Télévision? Qu’est-ce que Radio-France? Ne seraient-ce pas des entreprises publiques, (on dit « de service public », ça présente mieux)? Et leur objectif n’est-il pas de nous informer, de nous cultiver, de nous divertir?

Par conséquent, si ces entreprises n’existaient pas et qu’on projette de les créer, nous serions horrifiés? Eh bien oui, nous devrions l’être. Pour les mêmes raisons qu’en matière de presse écrite et de cinéma. De quoi l’état vient-il se mêler en nous imposant l’existence de ces sociétés publiques, à nos frais, alors que les médias parallèles que sont la presse écrite et le cinéma ne présentent aucune contrainte? Nous les regardons, nous les lisons, à notre convenance, selon nos goûts, selon nos préférences.

C’est vrai, personne n’est obligé de regarder France-Télévision, personne n’est obligé d’écouter Radio-France. Bien, très bien…mais alors que personne ne soit obligé de les payer. Et de les payer fort cher, 125 € par an et par foyer, auxquels s’ajoutent 2,5 milliards € de subvention sur 5 ans.

Bien sûr on rétorquera que France2, que France-Culture, assurent l’existence d’émissions à caractère culturel ou éducatif que les chaînes privées ne sont pas contraintes de programmer. Et que par conséquent les supprimer serait dramatique pour les Français attachés, à juste titre, à ces émissions. Mais ce raisonnement est fallacieux, il découle de nos habitudes de penser « contrainte », et de nos habitudes tout court puisque nous avons toujours connu ces chaînes publiques.

En fait il existe un « marché » pour ces chaînes. Oui, un marché, pardon pour ce terme peu conforme à nos réflexes. Un marché, c’est-à-dire un besoin d’une partie de la population suffisante pour leur donner une « audience ». Si les chaînes publiques disparaissaient, elles seraient rapidement remplacées par des chaînes privées de qualité égale ou supérieure avec le seul inconvénient de diffuser un peu de publicité. La preuve?

Eh bien la preuve, elle existe car le cas s’est quasiment produit dans notre pays. Il existait avant 1982 une chaîne de radio publique, unique, de musique classique. En cette année 1982, grâce au progrès réalisés sur la séparation des fréquences et à la décision de Mitterrand (qui n’a donc pas fait que nuire, merci à lui) de libéraliser ces fréquences, une équipe décida d’ouvrir Radio-Classique arguant du fait bien réel que France-Musique émettait plus de bavardage que de musique. Radio-Classique, chaîne privée, a peu à peu pris le pas sur France Musique et devance maintenant très largement cette dernière.

Ainsi la chaîne publique ne rendant pas le service attendu, le « besoin » conduit à la création d’une chaîne privée de même objectif. A fortiori, si une chaîne publique disparaissait, une ou plusieurs chaînes privées la remplaceraient sans tarder avec des programmes de même nature.

De tout cela une conclusion s’impose. Une mesure intelligente à prendre, qui ne coûte rien, qui allège les finances publiques, qui améliore le pouvoir d’achat, qui satisfait le plus grande nombre, serait de supprimer France-Télévision et Radio-France. Et qu’on ne proteste surtout pas que les chaînes privées appelées par « le marché » à les remplacer délivreraient une information moins objective. Le premier qui ferait allusion à l’objectivité de France-Culture se rendrait quelque peu ridicule…

Nous bénéficierions du même service, peut-être meilleur. Mais il n’y aurait plus de redevance ni de fonctionnaires affectés à son recouvrement, il n’y aurait plus de subvention, il n’y aurait plus de centaines d’heures passées par le gouvernement et le parlement à discuter du budget de ces chaînes, de leur organigramme, du nom de leur dirigeant. N’ont-ils pas mieux à faire, nos politiciens? N’ont-ils pas de sujet plus important à débattre, de décisions plus fondamentales à prendre pour l’avenir du pays?

Et tenez-vous bien: cerise sur le gâteau, il n’y aurait plus de France-Culture publique.

12 Commentaires

  1. Patrick

    Je ne partage pas tout à fait votre avis :
    – Tous les pays occidentaux, voire au-delà ont des chaines publiques et en ont toujours eu, même la Suisse !
    – Les publicités abrutissantes sur les ondes nous saoulent. Déjà la plupart prennent les gens pour des pigeons, ensuite, on est obligé de baisser le son quand la pub arrive, pour le remonter après, car le niveau sonore est bien trop élevé par rapport à celui de l’émission elle-même.
    – Si on laissait faire, les chaines privées saucissonneraient les films 10 fois. A moins d’avoir de sérieux problèmes de prostate, personne n’éprouve le besoin d’aller se soulager 10 fois pendant un film qui dure deux heures. Certaines chaines allemandes privées saucissonnent quatre fois un film d’une heure et demie. Je suis bien placé pour le savoir. J’évite donc d’emblée ces chaines.
    – La radio et la TV privées évoluent, comme tout le reste, dans une jungle : petit à petit les « petites » disparaissent, englouties par les grandes (on voit cela aussi dans le secteur des télécommunications par exemple).
    – Tout ce qui n’est pas économiquement rentable finit par disparaître.

  2. kravi

    Alors là, Impat, j’énergique protestement sur un certain nombre de points.
    1- radio classique débite certes de la musique classique, mais à la façon d’un robinet d’eau tiède, en saucissonnant les oeuvres, en ne programmant que le Top 50 des scies musicales connues du plus grand nombre et surtout en farcissant les programmes de pubs.
    2- si j’approuve votre opinion sur le parti pris de l’immense majorité des journalistes ou des producteurs de France cul, il en est heureusement quelques-uns qui sauvent l’honneur. Cette chaîne reste quand même irremplaçable pour les avides de connaissance qui savent conserver leur esprit critique.
    3- si les chaînes publiques sont loin d’être irréprochables, les émissions les plus calamiteuses ont été initiées par les chaînes privées — assez vite imitées par les publiques, il faut en convenir.
    4- j’abomine les partis pris idéologique de Télérama, mais il reste le seul journal de programmes de télévision apportant réellement des informations et un point de vue culturel. Version bien-pensance du pré carré de la gauche, je n’en disconviens pas, mais enfin nous avons un esprit critique, c’est pour nous en servir.

  3. Marie

    et bien moi je partage l’idée d’Impat! Le « service public  » n’est qu’une machine à servir le gouvernement particulièrement en ce moment . La félicité de nos journalistes que nous payons à prix d’or pour nous débiter de l’eau tiède à gros bouillons est insupportable de courtisanerie. Rendez vous compte ce service comprend plus de 7 chaines si je compte bien, dites moi qu’est ce qu’elle propose de mieux que les chaines privées pas grand chose…Notre télévision publique est au bord du gouffre , on pense réintroduire la publicité le soir . Alors les films saucissonnés le début de soirée à 21h c’est pour maintenant … et pour voir quoi?

  4. Patrick

    Oui, 7 chaines, c’est trop, 3 suffiraient.
    Pareil pour Radio France ! Par contre, de vrais programmes régionaux, comme en Allemagne, ce serait pas mal !

  5. Marie
    Pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy , le moins qu’on puisse dire est que les chaînes nationales – pas plus que les chaînes privées – ne semblaient pas etre aux ordres du pouvoir.

  6. gironde

    Les radios et télévisions que l’on regarde quand on est à l’étranger sont plus médiocres que les nôtres en général. TF1 et la TNT n’ont rien de transcendant.
    France-Musique est excellent sauf aux heures du coucher où l’auditeur subit un dépotoir alternativement de free jazz, musique ethnique, musique atonale ou électro-acoustique (pardon Arèle Buteaux, l’exception du mardi). Les oreilles fatiguées ont besoin d’harmonie. Cette programmation du soir n’a pas bougé depuis des années, les fonctionnaires en ont décidé.
    France-Musique a piqué à Radio Classique l’excellente Denissa Kerschova, et Radio Classique a couplé son émission d’information du matin avec LCP-Public Sénat acquis au PS.
    Il y a une porosité, un mercator des gens de radio et de télé. La gauchiste archétypale Pascale Clarke a présenté la Bourse dans une autre vie.
    Radio-France possède une orchestre qui rivalise avec ceux de la BBC ou de la Radio Bavaroise et un choeur de qualité.

  7. Marie

    @loseaubleu
    Je ne parlais du gouvernement Sarkozy bien sûr!Vous savez bien ce sont des artistes engagés les médias

  8. Hérissons !

    La SF de Impat est bien le réel constaté dans les émissions d’opinion. ARTE Journal, Public Sénat, France 3 réservent un traitement indigne aux invités de droite. Hommes politiques, les quelques journalistes étiquetés, des experts comme Agnès Verdier-Molinié de l’iFRAP.
    _________________________________________

    Pince à linge sur le nez, on leur coupe la parole, on les malmène, on assène, on martèle. Il faut se démarquer.
    Montrer qu’on est du bon côté du manche.
    _________________________________________

    C’est tout, sauf de la diversité d’opinion, de la neutralité. C’est de la discrimination ! Le mépris du public.

  9. QuadPater

    Bonjour !

    Je suis favorable à la suppression de France-Télévision, de Radio-France et de la redevance.
    À CONDITION de pouvoir bénéficier de chaînes (au moins une !) où les émissions et les films ne sont pas coupés par de la réclame.

  10. QuadPater

    J’ai la même position pour les sites Web. Je veux bien payer, je refuse les pubs.

  11. Bien d’accord, Quad, en ce qui concerne les pubs. D’autant que la solution existe par les chaînes cryptées.
    Sur les chaînes privées non cryptées, et sur les radios, je pense qu’on peut trouver les pubs supportables à la condition expresse qu’elles ne coupent jamais les émissions et les films.

  12. Expat

    Je n’ai pas lu les commentaires encore, mais je suis bien d’accord avec cet article !

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