La cosmétique diversité

Le quotidien Libération, phare de la pensée bourgeoise de gauche, vient de frapper fort, et dur. Dans son édition du 31/05, le journal se fend en effet d’un dossier sur la parité et la diversité du gouvernement et des cabinets ministériels. En bref : pas assez de femmes, mais surtout pas assez de membres «issus de la diversité».

Les délires multiculturalistes

Passons l’épineux problème de la parité, qui fait débat même entre républicains intransigeants (Mélenchon est pour, Badinter est contre), pour en venir à cette fine analyse du quotidien bobo. Pratiquant ainsi la statistique ethnique, Libé tenta de comptabiliser tant bien que mal la quantité de diversité, dans la digne lignée des associations « multiculturalistes » (Indivisibles, Indigènes de la République, Terra Nova, etc.). A défaut de pouvoir mesurer les crânes, les auteurs sont donc allés calculer de manière assez hallucinante le nombre de prénoms «non francophones». Conclusion choc: mon Dieu! Il n’y pas assez de «membres issus de la diversité». Il ne suffit pas d’aller observer le gouvernement pour Libé, non, il faut aussi aller jeter un coup d’oeil sur les membres des cabinets, ces gens qu’on ne voit jamais nulle part. Désormais, ce qui compte avant tout c’est le patronyme et la couleur de peau, même chez les hommes de l’ombre. Exit les compétences, exit la classe sociale!

Toute cette mascarade pose néanmoins de sérieux problèmes de principes. S’il est évident que c’est a priori un bien non négligeable qu’apparaissent petit à petit des visages nouveaux, reflétant la diversité des origines ethniques du peuple, faut-il pour autant en faire un si gros sujet de préoccupation jusqu’à en faire l’objet de «rigoureuses» analyses statistiques et de trois grosses pages? Cette logique n’a en effet aucun sens en République, car en République le citoyen, excusez la tautologie, est citoyen, ni plus, ni moins. Il n’est ni Blanc, ni Noir, ni juif, ni chrétien, car dans l’espace public de la politique nul n’est défini par ses particularismes.

Que dirait-on par ailleurs si l’on inversait la formule et affirmait qu’il y a «trop de Blancs»? Cet exemple montre, ô combien, comment un tel procédé se révèle in fine indigne. Comment réagirait-on en outre si à l’inverse l’on allait dénoncer le manque de Blancs dans certains secteurs de la société? Ah pardon, ça on le sait déjà de manière empirique depuis l’affaire de l’équipe de foot française: les mêmes qui encensent «la diversité représentative», dans cette cohérence notoire qui caractérise si bien la gauche libérale, prennent au contraire des postures de vierges effarouchées – «comment peut-on se demander cela?» – sans pour autant se soucier des conséquences de leur mode de pensée. Car c’est bien à cela qu’aboutit la logique du gâteau avec ses ingrédients – un peu de Noir par-ci, un peu de Jaune par-là, à croire que nous parlons de légumes –, les quotas demandés à certains endroits sont voués à être demandés à d’autres.

La diversité comme refuge et subterfuge

Cette terrible logique fait partie de ces fléaux hérités de ces folles années 80/90 («la diversité ne préoccupe que depuis les années 90» dira Alain Garrigou dans l’entretien accordé pour le dossier), quand la gauche, convaincue désormais de son incapacité à modifier l’ordre socio-économique établi (tournant de la rigueur oblige), se mit soudainement à penser sociétal plutôt que social, et race plutôt que classe. Pour citer Julien Landfried, auteur d’un excellent livre sur le communautarisme, «Le grand impensé de cette réponse positive à la demande de visibilité des minorités, c’est qu’elle cache avant tout une préférence pour le communautaire face au social, et participe donc à la mutation idéologique qui a caractérisé les entreprises de médias et le milieu journalistique depuis les années 1970 dans les pays développés.» (1).

En effet, la logique de la diversité sert aujourd’hui bien souvent de refuge et de subterfuge d’une gauche acquise au système capitaliste libéral. Comme l’a très bien montré dans son livre Walter Benn Michaels (2), la diversité est devenue par la force des choses l’adversaire de l’égalité: ne réfléchissons plus en terme de classes, cette notion désormais archaïque, pensons plutôt race, cette notion cosmétique, et donnons aux «minorités visibles» quelques arbres pour cacher leur forêt, en ayant la bonne conscience de l’antiracisme «pour faire bien de gauche» pendant qu’à côté la misère sociale, fruit des politiques libérales, perdure aussi bien chez les gens qui en sont issus que chez les autochtones de longue date. Après tout, n’entend-on pas généralement l’intégration dans le système capitaliste donnée en exemple de preuve de l’intégration? «Regardez, lui au moins a réussi sa vie, il est intégré, il est devenu un riche patron d’entreprise/trader/…!».

En outre, il n’est venu à l’idée de personne chez nos brillants plumitifs de Libé de compter le nombre d’ouvriers, de paysans ou d’employés au sein du parlement ou du gouvernement. Nooon, assurément l’idée même de questionner la classe sociale des dirigeants ne peut que susciter risées et persiflages, voire un indémodable rappel à l’ordre anti-populiste. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les références au think tank Terra Nova jalonnent ce dossier: c’est lui-même qui, déjà en 2011, avait émis un appel, non pas en faveur d’une «France métissée» mais bien à un recours aux minorités comme substitut à la crasse populaire. Oui, désormais chez les libéraux de gauche, vous êtes sûrs d’avoir au moins le libre choix de la couleur de vos maîtres, et l’on ira constater les prénoms ou les faciès pour choisir les dirigeants afin de satisfaire les bien-pensants et les lobbys communautaires. La diversité, c’est bien, mais au sein de la bourgeoisie S.V.P.

Ceci conduira Benn Michaels à se poser la question : «Mais, au fond, notre engouement pour les questions ethnico-culturelles ne camoufle-t-il pas notre indifférence aux questions de classes? Nous aimons à penser que les différences qui nous divisent n’opposent pas ceux qui ont de l’argent à ceux qui n’en ont pas, mais les Noirs (ou les Asiatiques, ou les Latino-Américains, et ainsi de suite) et les Blancs. Un monde dans lequel certains d’entre nous n’ont pas assez d’argent est un monde où les différences nous posent un problème: celui de devoir remédier aux inégalités, ou les justifier. Un monde où certains d’entre nous sont noirs, d’autres blancs – ou métis, ou amérindiens, ou transgenres – est un monde où les différences nous donnent une solution: celle d’apprécier notre diversité.» (3)

Cette machine est enfin un profond moteur de dépolitisation. Car qu’a-t-on à fiche des idées politiques à partir du moment où le facteur primordial devient l’inné, à savoir l’ethnie? Même le généralement pertinent président de SOS Racisme (association qui après avoir vanté le multiculturalisme tout au long des années 80 et 90 a subi un changement en faveur d’un antiracisme républicain), Dominique Sopo, en vient à parler de «différents points de vue» pour désigner non pas les points de vue politiques (en matière d’économie par exemple), mais bien la couleur de peau. Lapsus révélateur ou non, le fait d’amalgamer un point de vue à une origine ethnique n’est pas sans rappeler quelques errements du passé, jusqu’à prendre des consonances maurassiennes dans l’édito de Vincent Giret, où celui-ci ne se gêne pas pour parler de «scandaleuse «exception française» dont ce pays ne parvient pas à s’extirper : une incapacité aussi crasse que chronique à accorder ses élites au pays réel Un tel fonctionnement de pensée en vient alors à aveugler les commentateurs politiques au fait véritablement marquant, et véritablement politique pour le coup, qui est l’omniprésence remarquée par Tefy Andriamanana (4) de membres ou de proches du think tank Terra Nova – dont l’attachement au libéralisme tant économique que culturel n’est plus à démontrer – au sein des cabinets ministériels.

Le masque d’une réalité

Pendant que Libé s’amuse à compter les têtes blondes, le véritable «pays réel», lui, continue à subir l’acharnement libéral qui n’a pas de couleur tant dans ses causes que ses effets. Le peuple, grand absent des lieux de décision (parlements, gouvernement, etc.) et des médias (5), et qui se désintéresse de plus en plus de la chose publique, se voit proposé en guise de solutions une attention plus poussée au caractère bariolé de ses prétendus représentants. Pourtant, si le « pays réel » ne trouve aucune représentation dans ces élites, ce n’est peut-être pas parce qu’elles sont insuffisamment bigarrées, mais bien parce qu’elles se foutent éperdument des opinions du premier. Cette «révolte des élites» (Lasch), celle qui les poussa à se liguer en masse en 2005 contre le non au TCE, et à voter en masse pour le traité de Lisbonne en 2008, est bien plus préoccupante que les éternels débats sur la couleur de leur peau ou de leurs chaussettes. Mais ce n’est pas demain la veille que l’on verra Libération consacrer 3 pages à ce problème de représentativité là…

(1) Julien Landfried, « Contre le communautarisme », éditions Armand Collin, p.125

(2) Walter Benn Michaels, « La diversité contre l’égalité », éditions Raisons d’Agir

(3) Ibid, p.28

(4) http://www.marianne2.fr/Terra-Nova-le-vivier-des-cabinets-ministeriels_a219169.html

(5) http://www.inegalites.fr/spip.php?article1493&id_mot=123, «Parmi les personnes qui prennent la parole à la télévision, on compte 79 % de cadres supérieurs contre 2 % d’ouvriers.»

34 Commentaires

  1. grandgil

    Il y a une endogamie, qui existait déjà avant, et qui est de plus en plus forte, dans ces milieux, au seins desquels on distingue depuis des décennies une curieuse alliance libérale/libertaire qu’ils ne veulent pas reconnaitre. Au fond, tous restent des bourgeois.

  2. Avertissez-moi par email du suivi des commentaires.

  3. la publication

    Qu’ouïs-je ? Que la gauche française serait « libérale » (remarquez que, pour Marine le Pen, elle est « ultralibérale »… c’est un progrès), que Libé serait son organe de presse, que Terra Nova serait attaché « au libéralisme tant économique que culturel » (et que ce n’est plus à démontrer), que le véritable pays réel continue à subir l’acharnement libéral d’une gauche acquise au système capitaliste libéral ?

    Notez aussi, qu’en République, le citoyen n’est ni blanc, ni noir, ni juif, ni chrétien ; que dans l’espace public de la politique nul n’est défini par ses particularismes sauf le particularisme en question est sa « classe sociale ». Alors là, visiblement, c’est très différent. Je suis d’autant plus emmerdé par cette révélation que je ne sais pas, moi, à quelle « classe sociale » je suis supposé appartenir ; je ne connais donc pas mon « intérêt de classe » ; suis-je un exploiteur capitaliste ou un prolétaire exploité ?

    Mon Dieu que nous sommes tombés bien bas ! Alors que le poids de l’État s’installe durablement au-delà des 50% du PIB – ses dépenses mais aussi ses recettes maintenant – et qu’on nous en promet quelques couches supplémentaires, que l’impôt est tout à fait officiellement devenu un instrument de « justice sociale », que nous croulons littéralement sous les lois et les règlements, que toute notre vie, de l’éducation (forcément nationale) à nos retraites, est désormais dument encadrée par des fonctionnaires ; voilà qu’on nous assène que tout ça, c’est le libéralisme.

    Les mots n’ont plus de sens. Plus je lis ce genre de discours, plus j’ai envie de rejoindre nos compatriotes, de plus en plus nombreux, qui fuient ce merdier.

  4. kravi

    Absolument d’accord avec votre talentueuse description des ravages de la bien-pensance, et en désaccord avec votre analyse des causes.
    Le libéralisme économique n’est pas cause de tous les maux et la lutte des classes comme moteur de l’histoire a plusieurs fois montré son haut niveau de compétence en matière de destructivité.

  5. isa

    « Au fond, tous restent des bourgeois ».

    Un peu, mon neveu!!!

    c’est quoi un « pas bourgeois », Grandgil???

    Cela fait trente ans que, même si l’on raisonne en termes de lutte des classes, on parle des nantis et des non-nantis, bourgeois, fils, ça veut rien dire.

    Aucune endogamie, sinon la culturelle qui ne vous aurait d’ailleurs pas fait de mal, toutpetitgil.

    Dieu, quel être pédant avec du rien dans le citron!

    A part cela, Galaad, je trouve votre article intéressant, je suis anti-comunautariste, et j’ai du mal à accepter les classifications des gens selon leurs origines.

    Mais vous oubliez d’évoquer deux problèmes, à mon avis: et s’ils veulent, chacun, justement se reconnaître en fonction de leur couleur, de leur religion, etc…et de cela et uniquement de cela? parce ce qu’autrement, il est évident que chaque être humain est aussi le résultat de ses origines, même son type d’éducation en dépend.

    d’autre part, l’autre question que je me pose en prenant l’exemple des femmes, c’est celui de me demander si , à un moment donné, il n’est pas obligatoire de passer par cette parité, même ridicule quand elle est si exacte, pour qu’elle passe dans les moeurs dans l’avenir.

    @Rotil: 🙂

  6. Hérissons !

    Ni les races ni les classes ne sont des critères pertinents pour juger de la représentativité.
    _______________________________________

    Le problème racial est importé des Etats-Unis où il a un sens précis depuis les luttes des années 60 et du Black Power, Martin Luther King, Angela Davis. Importé dans les bagages du politiquement correct.

    Les classes sont un reliquat des luttes du 19ème siècle et de la révolution industrielle.
    _______________________________________

    Ces catégories de pensées sclérosent le débat en le faisant tourner en rond.
    _______________________________________

    La représentativité, en tous cas parlementaire, donne peu de place aux professions exposées au chômage. Les députés sont en majorité fonctionnaires, après avoir été autrefois des notables, médecins et avocats.
    Le secteur privé ne peut se permettre de quitter un emploi pour mener campagne et siéger. Ni même pour faire partie d’un cabinet ministériel.
    Les nouveaux notables sont les fonctionnaires avec leur statut protégé.
    Sur-représentés et non-représentatifs ?

  7. kravi

    Lisa, s’ils veulent se reconnaître uniquement en fonction de leur couleur ou religion dans leur sphère privée, ça ne pose aucun problème. Dès lors qu’ils sont soumis aux lois de la cité, ils sont citoyens. Jusqu’à présent, tous ces apports se sont assimilés.
    Les ennuis commencent quand on demande un statut particulier.

  8. Aux États-Unis on qualifie de « libéral  » une politique de gauche extrême.

    Pour les anglophones je recommande une fois de plus  » Libéral fascism  » de Jonah Goldberg.

  9. Pythéas

    Je ne sais plus si ce type de papier m’amuse ou me lasse. Certainement un peu des deux.
    Le style un peu pompeux rappelle les longs monologues des personnages d’Ayn Rand.
    On s’y nourrit de mots comme ‘peuple’, ‘libéralisme’, finalement creux à force d’avoir servis dans des acceptions toujours plus différentes.
    Ils sont associés à des concepts flous, qu’on se gardera bien de définir.

    Et si Schumpeter avait raison quand il prédisait (oui, Schumpi et Marx ont un point commun ; ils étaient prophètes à leurs heures) la chute du capitalisme par la surproduction d’intellectuels dont la frange la moins brillante, déconsidérée et peu rémunérée, abreuve l’opinion publique de discours contre l’argent et l’esprit d’entreprise ?

    Alors même que lson combat est juste, Galaad tombe dans la caricature :
    Refuser de voir, par exemple, que le NPA est capable d’utiliser la même rhétorique pour défendre l’opinion contraire.
    Ce sont ceux qui se revendiquent de gauche (de libé aux inrocks, de Pulvar à Clark, de Sopo à Todd) qui ont permis de l’émergence de ce genre de décompte, de cette façon de penser la société qu’on trouvait déjà dans la logique de découpage de la population en classe sociale.
    C’est pas mon truc, les découpages arbitraires de population, je leur trouve un coté Ancien Régime…
    J’en discutais justement récemment avec un chauffeur de taxi cambodgien qui, heureusement pour lui, ne portait pas de lunettes en 76.
    Évidement, ce n’est pas toute la gauche. Mais Chevènement se trouve quand même bien seul.

    C’est peut-être le seul effet à mettre au crédit de cet articulet : au lieu de susciter une réflexion sur le sujet abordé, c’est l’auteur qu’on essaie de comprendre.
    Et avec lui ces si nombreuses personnes, intelligentes et instruites pour la plupart, dont les discours obscurs sont pleins de mots vides de sens.

  10. Aventin

    Rien à ajouter. Si c’est une pétition, je la signe ! La République, la vraie, est ce qui s’oppose le plus sur les principes au libéralisme du jour. Un certain socialisme a plus à voir avec la République qu’il n’a à voir avec le libéralisme d’aujourd’hui – voire même d’hier -, c’est une évidence.

  11. Aventin

    @Jojo,

    Elle est évidemment libérale et répond à l’assertion : « mon moi est mon droit » !

    Sur l’Etat, permettez un rappelle de Georges Burdeau : « Les hommes ont inventé l’Etat pour ne pas obéir aux hommes ».

    Sur le reste, les principes, et tout le reste, je renvoie à votre brillant article sur l’argent source de toute morale véritable et autres sentences mémorables de l’inénarrable Madame Rand.

  12. Aux Etats-Unis Sarkozy a presque l’air d’un gauchiste, c’est dire…

  13. Aventin

    @Galaad,

    Il y a lieu de proposer à nos camarades libéraux le concept développé par Philip Pettit de liberté comme non-domination. Ils s’y casseront les dents à mon avis. J’ajoute que le républicanisme de Pettit n’a pas ma préférence, mais ce concept est très intéressant.

    http://la-sociale.viabloga.com/texts/l-comme-liberte

  14. Galaad Wilgos

    Il n’a pas la mienne non plus, je lui préfère de loin le républicanisme néo-athénien d’une Arendt. Mais mon idéal serait un socialisme républicain, la République jusqu’au bout quoi. Plus proche donc encore d’un Castoriadis ou d’un Michéa.

    Sur le républicanisme, voir aussi http://dike-philopol.fr/Hors-du-liberalisme-point-de et http://www.journaldumauss.net/spip.php?article217

  15. Galaad Wilgos

    Je répondrais bien à l’enthousiaste camarade Jorge (entre autre) mais mon clavier foutu rend la saisie particulièrement pénible (clavier virtuel oblige), cela attendra.

  16. Aventin

    Excellent journal du Mauss, excellent mouvement anti-utilitariste ; je n’ai pas eu le temps pour ma part de lire les écrits d’Alain Caillé. Le don selon Mauss comme processus de fondation social et « civilisationnel » est également à relever et promouvoir. Les libéraux vont voir rouge…

  17. plantigrade69

    Drôle d’association… Je ne vois pas en quoi le libéralisme ne serait pas républicain?

  18. plantigrade69

    Je suis plus que d’accord kravi!

  19. Il y a bien des similitudes étant donné le fait que ce soient deux théories modernes, mais les grosses différences entre le libéralisme et le républicanisme sont l’importance accordée à la vertu publique (alors que le libéralisme privatise la morale, les valeurs, etc.), l’importance accordée au bien commun, l’implication dans la vie de la cité comme nécessité pour être libre (alors que le libéralisme privilégie voire ne tient compte que de la liberté privée) et donc l’opposition à la démocratie représentative comme seule et unique façon de faire la démocratie, j’en passe. Sans parler des facteurs secondaires tels que, par exemple, l’éloge de l’héroïsme et de la vertu martiale dans le républicanisme – le libéralisme tient plutôt pour détestable celle-ci, privilégiant le prétendu pacifisme des marchands et des juristes. Les deux théories politiques ne sont pas les mêmes donc.

    Le triptyque liberté, égalité et fraternité promu par la République française est par exemple foncièrement antilibéral, puisque pour le libéralisme les valeurs ne doivent surtout pas être promue de manière publique – elles doivent rester du « domaine privé » (sinon ce serait « imposer les moeurs de certains à d’autres qui ne les partageraient pas ». Voir « Échec au libéralisme, les jacobins et l’Etat ».

  20. Galaad Wilgos

    Jojo nous ferait presque le Pascal Salin, ce farceur ! Ah la France collectiviste, aah ces infects impôts. Pour jojo l’imposition américaine est probablement presque bolchévisante, il faudrait une jungle où les démunis seraient laissés à la merci de la bienheureuse charité des riches, cette vertu dont ils font preuve quotidiennement et là au moins ce serait le libéralisme ! On érigera alors un autel à la main invisible en espérant qu’elle guidera les esprits purement rationnels et intéressés des hommes – Ayn Rand m’entends-tu? – vers le paradis du moindre mal.

    Non George, je n’ai pas dit que la France était déjà totalement libérale, l’utopie libérale a cela d’assez fantastique qu’elle ne se réalise et ne se réalisera jamais, à moins d’une guerre nucléaire qui plongerait l’humanité dans un état de désordre absolu. Les peuples s’y opposeront toujours de manière bornée et acharnée. Malgré la propagande incessante de la pub, des médias et des gavés, l’esprit de résistance humain saura toujours trouver la ressource nécessaire pour le combattre – bah oui hein, on ne trouve pas ça dans une fourmilière.

    Si l’Etat impose tant, si il redistribue tant, ce n’est en effet pas grâce au libéralisme qui aujourd’hui détruit tout cela, c’est bien grâce au peuple qui a su par la force et les élections les imposer aux nantis. Mais l’ère du temps est aujourd’hui libérale, et les conséquences sont là : abrutissement généralisé par la tv et l’internet, paupérisation rampante, destruction des outils de civilisation (sécurité sociale, école publique, …), replis identitaires en réponse aux destructions des identités nationales et de classe, etc. Les experts en expertise nous construise le meilleur des mondes quoi !

    Voilà, après si cela ne vous suffit pas alors en effet je vous vois bien suivre l’heureux conseil de Mickaël Vendetta et fuir la rouge France au profit d’une ces cités où « là au moins on ne punit pas la réussite ». Je propose l’Irak privatisé, le Qatar et son absence de législation sociale ou le Chili post-pinochetiste. De vrais romans d’Ayn Rand ces contrées.

  21. Galaad Wilgos

    Le problème n’est pas l’Ancien Régime mais la destruction totale des groupes humains au profit de l’individu atomisé par le libéralisme – la loi Le Chapelier interdisant les assoc’ et les syndicats. Le problème c’est l’Homme résumé à l’homme, càd l’individu, la pensée binaire du choix entre individualisme – liberté, émancipation et patari et patara – et collectif – totalitaire, oppresseur et liberticide.

    Les classes sociales, on ne les invente pas, on les constate – bonjour Adam Smith ? – et puis on fait avec. Les ignorer est déjà un postulat idéologique. Au moins les libéraux d’antan avait l’honnêteté de dire que leur projet ne se préoccupait guère du bas-peuple, mais leurs médiocres héritiers en viennent désormais à les nier, un peu comme si l’on vivait sous le communisme. Bah non.

    Si l’on constate les classes sociales, si l’on parle de représentativité effective en regardant les métiers des uns et des autres, c’est parce qu’on n’est pas dans l’abstraction des maths et des chiffres qu’adorent nos fringants ordinateurs humains. Oui il y a une société ! Et quand on gagne une certaine somme d’argent on ne voit pas les choses de la même manière lorsqu’il s’agit de réduire les allocs et la sécu. Et puis le gouvernement du peuple par le peuple, ça ne se fait pas avec 70% représentés par les 30% restants ! La commune avait au moins compris, la grandiose, que les sentiments de fraternité se trouvaient difficilement chez les possédants vis-à-vis des humbles.

    Loin de moi l’idée de pendre les bourgeois, l’idéal socialiste ne veut pas les éliminer, il veut qu’ils n’existent plus. Plus de classes sociales. Pour l’égale liberté et la fraternité, pour la démocratie qui ne se conçoit pas dans un monde où les uns peuvent acheter la vie des autres.

  22. Galaad Wilgos

    Je ne crois pas à la lutte des classes comme moteur de l’histoire, mais je crois possible une lutte du peuple vis-à-vis des quelques % qui s’accaparent tout. Et détrompez-vous, il a tout à voir. Les patrons ont tout à gagner si une nation n’est plus divisée en classes sociales mais en groupes ethniques transcendant ces dernières. Le libéralisme économique se nourrit de ces tensions, et se nourrit aussi des avantages culturels des uns et des autres – voir ces usines où il y a des groupes de travail selon l’ethnie.

  23. Galaad Wilgos

    Et moi je bois du petit lait.

  24. kravi

    « Loin de moi l’idée de pendre les bourgeois, l’idéal socialiste ne veut pas les éliminer, il veut qu’ils n’existent plus. Plus de classes sociales. Pour l’égale liberté et la fraternité, pour la démocratie qui ne se conçoit pas dans un monde où les uns peuvent acheter la vie des autres. »

    Mais oui, Galaad, quelle bonne idée. Cela a déjà été expérimenté en Union soviétique (en commençant par la dékoulakisation) puis en Chine, avec le succès que l’on sait. La Commune ayant été écrasée dans le sang, nul ne sait comment cela se serait terminé. Mais on peut en avoir une vague idée au vu des différents paradis communistes mise en œuvre.

  25. Galaad Wilgos

    Faux, du moins pour la Chine, il est vrai que le début de la révolution russe fut fort riche en avancées prometteuses, démocratie directe, laïcité, fin de l’Ancien Régime, mais ensuite la destruction des révoltes ouvrières par le parti bolchévique, ainsi que la prise en main des soviets par ledit parti mit fin à la révolution au profit d’un régime totalitaire et dictatorial. Il n’y a pas eu de fin des classes sociales, les régimes soviétique et maoïste n’ont fait que remplacer le maître par un autre, l’oligarchie du parti unique.

    Puis non, le socialisme que je défends n’est pas du tout le même que celui qui prit le pouvoir dans ces pays-là. Je ne suis pas marxiste.

  26. Hérissons !

    @ Kravi

    Je souscris de deux mains, vous devriez écrire un article sur la dékoulakisation, c’est un « détail » de l’histoire que peu de gens connaissent : des paysans possèdant 4 ou 5 vaches et des champs, qu’on spolie très brutalement au profit du kolkhoze voisin pour s’apercevoir que les rendements chutent (famines), mais que les privilèges bureaucratiques se créent, dans un système totalitaire fondé sur la délation et l’embrigadement.

  27. Hérissons !

    Eliminer le bourgeois, fort bien.
    Mais où Galaad place-t-il le curseur ? Et comment compte-t-il éviter les dérives marxistes dont il prend soin de se démarquer ?

  28. Pythéas

    « Le triptyque liberté, égalité et fraternité promu par la République française est par exemple foncièrement antilibéral » merci beaucoup ; se marrer de bon matin, ça fait un bien fou ! Et la DDHC l’est également j’imagine ?
    C’est la vanne de la semaine, j’ai déjà hâte de pouvoir la sortir à l’apéro ce soir !

    Mon cher Galaad, vous vous obstinez à réfléchir en terme public / privé. Utilisez les mots individu / collectivité. D’un seul coup votre prose :
    1/ ne veut plus dire grand chose
    2/ a un doux parfum de totalitarisme.

  29. Bah oui moi aussi ça me faisait rire quand le prof de français sortait des références qui m’étaient parfaitement inconnues. Info : le tryptique a été premièrement formulé par les jacobins, le premier semblant être Robespierre. C’est-à-dire des républicains « à la Jean-Jacques », des antilibéraux quoi. Les libéraux c’est plutôt les girondins l’ami. Le tryptique a ensuite été repris de manière massive et explicite durant la révolution de 1848, autre révolution antilibérale. Le libéralisme, c’est plutôt égoïsme, inégalités, domination..

    Par ailleurs, on peut dire que si les « droits de l’homme » sont une invention plutôt libérale (encore que ce n’est que la reprise d’une tradition antique de jus naturalisme), le « citoyen » qui suit lui est d’inspiration républicaine. On remarquera au passage que les assoc’ de défense des dd’lh ont complètement oublié ces deux mots qui complètent la déclaration originelle.

  30. Galaad Wilgos

    « Mon cher Galaad, vous vous obstinez à réfléchir en terme public / privé. Utilisez les mots individu / collectivité. D’un seul coup votre prose :
    1/ ne veut plus dire grand chose
    2/ a un doux parfum de totalitarisme. »

    1) Ca je peux comprendre.
    2) Et ce type de pensée à un doux parfum d’Ayn Rand et de robinsonnades. On apprendra donc avec surprise et intérêt que l’Athènes antique et démocratique, ainsi que la Rome républicaine, étaient des régimes totalitaires.

  31. Hérissons !

    En images, l’échange de Galaad avec ses contradicteurs.
    http://robertcash-bd.blogspot.fr/2011/05/robert-cash-lutte-finale.html

  32. Galaad Wilgos

    En images, Galaad après avoir lu ses contradicteurs : http://unrealitymag.com/wp-content/uploads/2008/10/suicidetitle.jpg

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