Matin du 6 juin 1944, à 9 ans

Un témoignage de France occupée.

À l’école primaire, la classe se déroule comme tous les mardi, arithmétique à huit heures jusqu’à dix heures moins le quart, puis dictée à dix heures. A 11 heures et demie la foule des parents venu chercher les plus petits à la sortie semble plus nombreuse, et animée, même pour un jour de marché. Bernard, 9 ans, fend cette foule rapidement afin de rentrer à la maison, plus proche de l’école que ne l’était sa « vraie » maison maintenant occupée par les Allemands. Il a hâte d’avaler son déjeuner en vitesse et de réviser son vocabulaire pour l’après-midi. Un camarade le rattrape en courant.

« Hé, Nouhet !

– Quoi ?

– T’as entendu ce que disent les gens ?

– Non. Qu’est ce qu’il y a ?

– Viens. »

Bernard se retourne, s’approche. L’autre maintenant lui parle à l’oreille, il y a des choses qu’on ne dit qu’à voix basse dans un pays occupé.

« Les alliés ont débarqué ce matin, en Normandie. Ça y est !

– T’es sûr ?

– Tout le monde le dit. Viens, on va voir au marché. »

Le vocabulaire pour l’école est oublié. Tous deux foncent en courant vers la place Saint-Martin, centre principal du marché qui, le mardi, envahit toute la ville. C’est là qu’on se rencontre, qu’on parle, qu’on discute entre amis, avant d’acheter rutabagas ou topinambours. Les deux garçons se mêlent à la foule, prêtent l’oreille en marchant. Quelle rumeur ! On ne parle que de cela. Alors Bernard et son copain s’arrêtent, se regardent fixement, et ils se serrent la main.

Bernard ne doute plus, il se reprend à courir vers la maison.

« Maman !

– Oui, je sais. Ton papa est passé tout à l’heure. Ils ont débarqué ce matin à l’aube. Viens, mon chéri. »

Elle entoure son fils de ses bras, il l’embrasse comme s’il la retrouvait après des années. Ils pleurent tous les deux, et il serre les poings.

7 Commentaires

  1. Hérissons !

    Touchante commémoration vu par un garçonnet.
    ______________________________________

    L’article Chapelle morale a été retiré : pouquoi ?

  2. plantigrade69

    Beau témoigange impat.
    Et s’ils savaient qu’au moment de l’étreinte, combien sont en train de tomber, le garçonnet et sa mère pleureraient encore plus.
    Connaissant les conditions, je me suis toujours demandé si j’aurais donné l’ordre du débarquement. Je crois que non.

  3. Hérissons, le fil « Chapelle » est rétabli, c’était une erreur.
    Plantigrade, … » si j’aurais donné l’ordre du débarquement. Je crois que non. »…
    À mon avis (bien facile à donner 68 ans après) ce fut une erreur de ne pas faire pilonner les dunes par l’aviation, le matin après que l’armada alliée ait été en vue de la côte et avant de faire débarquer les troupes. Mais réduire les blockhaus allemands au silence n’était pas évident.

  4. QuadPater

    Bonsoir !

    Je crois que si on m’avait demandé à 9 ans de parler de la seconde guerre mondiale j’aurais répondu que c’était quand les Américains avaient débarqué en Normandie, tant j’ai été marqué depuis tout petit par cet événement. C’est quelques années plus tard, ado, que j’ai réalisé le coût humain de cette opération. Et seulement quelques dizaines d’années plus tard que j’ai passé 3 jours dans les musées et sur les plages historiques.

    Aujourd’hui quand je pense « États-Unis », l’image de la barge qui s’ouvre et des GI’s qui montent à l’assaut est la première qui me vient à l’esprit. Puis elle reste présente, flottant en l’air, m’interdisant toute objectivité vis à vis de ce pays. Quoi qu’ils aient pu faire hier, quoi qu’ils fassent demain, je resterai toujours incapable de toute analyse critique.

  5. À propos du débarquement du 6 juin 44, voici pour info quelques chiffres concernant les pertes humaines de cette guerre.
    Tués et blessés américains le 6 juin: 4.000
    Tués américains pendant toute la guerre: 300.000 militaires.
    Tués britanniques pendant toute la guerre: 388.000 dont 62.000 civils
    Tués français pendant toute la guerre: 600.000 dont 350.000 civils, et dont 100.000 soldats pendant les 6 semaines de la seule campagne de France en mai/juin 40.
    Tués de l’URSS: 21 millions
    Tués allemands: 7 millions (civils et militaires)
    Tués polonais: 5,5 millions, dont 3 millions de juifs massacrés.
    Tués japonais: 3 millions.

  6. Heureusement que François Hollande n’était pas aux commandes à cette époque.

  7. QuadPater

    loaseaubleu, imaginer Hollande à cette époque est un anachronisme. Chacun est le produit de son époque. S’il était né 60 ans plus tôt ce ne serait pas le même homme.

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