Journée ordinaire d’un Français à Manhattan. 1/2

Henri vit à Manhattan pour quelques semaines. Il a loué un studio convenable, dans Upper East side. L’adresse en langage « In the City » se dit « 82nd and First » qu’il faut comprendre à l’angle de la 82e rue et de la 1e avenue.

Henri, en quelques jours a pris l’habitude de ces expressions courantes. Si on ne les connaît pas, même avec une bonne pratique de la langue, on ne peut se sentir intégré.

Le jour déjà envahit la pièce, assurant à lui seul un réveil avant l’heure. Réveillé, il l’était déjà depuis les premières heures de l’aube, secoué par le bruit aigu, perçant, des sirènes de police. Sauf exception elles se font discrètes dans la nuit, ces sirènes, mais elles se vengent sans retenue dès que la nuit fait mine de céder la place… La lumière crue du matin pénètre la chambre, très tôt quelle que soit la saison car New York est située à l’Est de son fuseau horaire. Plus fâcheux pour Henri, le soir tombe en avance et rend les après-midi d’hiver fort brèves.

La journée commence, mais Henri est un Français; difficile de la commencer sans son croissant. Après de nombreuses recherches il a repéré une « croissanterie », une vraie, dans la 86e , « between York and First« . Des croissants français, nature, excellents. On en trouve aussi dans la Trump Tower mais c’est un peu loin. Nulle part ailleurs.

Le croissant du matin constitue l’une des deux exceptions qu’il s’autorise envers son précepte « à Rome, fais comme les Romains ». L’autre s’avère encore plus difficile à satisfaire, le bon expresso à l’italienne, bien serré, quasi impossible à trouver. Dans les bistros on ne le sert que sous forme d’eau colorée dans un gobelet en carton recouvert de son couvercle… Dans les boutiques « Starbucks coffee » il peut être plus conforme à son goût d’Européen du Sud mais la loi du gobelet muni de son chapeau reste de mise. Cela permet aux indigènes de consommer leur breuvage dans la rue ou dans leur voiture, mais pour Henri l’absence de la petite tasse en porcelaine est un vrai manque.

Petits ennuis du matin, vite oubliés. La journée de travail commence, par une réunion à 9 heures dans Downtown.

Métro, ou taxi? That is the question…il a essayé les deux solutions. Le métro d’abord, un réflexe parisien. Mais NY n’est pas Paris. Il faut commencer par marcher beaucoup car les stations de « subway » sont rares. Plusieurs « blocks » de marche, couramment plus d’un kilomètre. Puis repérer sur le plan la bonne ligne et la bonne correspondance, ce qui s’avère vite assez facile. On descend alors sur le quai et c’est là que les mauvaises surprises arrivent, à défaut du train. Sauf dans quelques rares stations rénovées, tout est sale. Horriblement sale, le sol, les murs, les voies. En compensation on peut se distraire en cherchant les rats qui se faufilent entre les rails, il n’est pas rare d’en repérer un ou deux. Car l’attente est longue, elle peut atteindre dix à quinze minutes, au bout desquelles on entend au loin un bruit de ferraille qui enfle, enfle encore, et devient un vrai tonnerre lorsque le train entre en gare et s’arrête enfin dans un crissement aigu de roues freinant sur les rails. Encore étourdi par le vacarme, on pénètre dans une voiture. Debout aux « peak hours », sinon assis sur les sièges latéraux laissant un large espace vide dans l’allée centrale. Sièges souvent occupés par paires, la largeur moyenne d’un fondement new-yorkais dépassant largement la largeur moyenne d’un siège de métro.

Si on a eu très chaud dans la rue avant d’embarquer, la première minute est divine car toutes les rames sont climatisées, et la clim fonctionne. Après la première minute on déchante un peu car si la clim fonctionne toujours, elle n’est pas régulée, ou mal, et un air glacial vient frapper la tête et le cou. Il reste la solution de se lever et se tenir au milieu de l’allée centrale.

Hier cela avait été la solution adoptée par Henri. Ce matin il décide de prendre un taxi. Il n’attendra pas longtemps. Moins de deux minutes après que, planté au coin de sa 82e rue, il ait commencé à lever une main pleine d’espoir à chaque fois qu’il repérait l’arrivée d’une voiture jaune, l’une d’elle obliquait vers lui. L’expérience l’avait prouvé, il en était presque toujours ainsi. En trois quarts d’heures il atteint son bureau de Greene Street, à Soho. Soho, c’est presque Downtown, c’est le quartier situé au Sud de Houston Street (SOuth of HOuston) qu’il faut surtout prononcer Haoustonne, et non Youstonne comme un vulgaire Texan qui parle de sa ville de Houston, Texas.

Les trois quarts d’heures en voiture sont plus confortables que le métro, évidemment. Quoique…il vaut mieux se tenir bien assis et bien attaché, sinon l’accumulation incroyable de trous et bosses dans les rues associée à des suspensions plutôt cruelles pourrait vous envoyer heurter le toit ou la vitre!

Néanmoins ce petit inconvénient des secousses est vite oublié pour un Parisien devant le miracle renouvelé chaque jour d’un taxi obtenu presque instantanément où que l’on soit, et qui fait traverser Manhattan pour moins de 15 €. Heureuse conséquence d’une plus grande liberté d’installation laissée aux candidats chauffeurs: nombre de voitures plus élevé, prix plus bas.

La matinée passe vite. Henri sort de réunion vers midi. Disposant de tout son après-midi il entreprend courageusement de rentrer à pied. Il fait beau, l’air est frais, le ciel quand on l’aperçoit est d’un bleu crû, avec de petits cumulus qui courent vite. Il faisait –15°C hier, +10 avant-hier; aujourd’hui c’est tempéré, idéal pour marcher, et 7 kilomètres ne font pas peur à un habitué de la traversée de Paris. Un panini vite acheté dans un bar italien et en route vers le Nord.

Houston Street est atteinte rapidement. Aucune voie ne s’offrant en prolongement de Greene Street il emprunte Houston pour quelques blocks, puis reprend à droite par Thomson Street qui le conduira vers Washington Square. De là il suffira de rester sur la 5e jusqu’à Central Park.

Suite de la journée bientôt sur Antidoxe.

14 Commentaires

  1. Pour suivre les commentaires…

  2. Expat

    On attend la suite !

  3. Expat,…… « On attend la suite »…et surtout les rectifications d’une Américaine qui connaît mieux les lieux que l’auteur!

  4. Ben là, y’en a une de super, de suite…

  5. 15 $ ce trajet ? Les rues devaient être désertes.!

  6. loaseaubleu,
    Mais non, justement. Ce ne sont pas les prix parisiens…

  7. Je sais, mais cet été pour le même parcours 81° at Fifth pour Green Street donc pratiquement en droite ligne vers 10 heures du matin, circulation fluide, cela m’a coûté 20 $.

    Je suis d’accord avec vous : métro à oublier, marche à pied à privilégier

  8. Hérissons !

    Métro à oublier ? Je croyais qu’un maire de NY y avait donné un sérieux coup de Karcher ?

  9. Ce maire (Giuliani, je crois) avait donné « un sérieux coup de Karcher » en matière de sécurité, avec succès, mais pas en matière de propreté. Il n’y a plus de racailles, il y a toujours des rats.

  10. QuadPater

    J’aimerais en savoir plus sur Henri. Il ne me semble être ni un touriste, ni un expatrié. serait-il en déplacement professionnel à New-York ?

  11. Oui, on peut imaginer Henri en déplacement professionnel à New York pour quelques semaines. C’est un garçon qui aime bien l’Amérique et qui adore rentrer en Europe.

  12. Aventin

    Partout du verre et du béton, des sièges de société, des banques et des magasins outranciers de publicité et construit pour fourguer de la marchandise. Un château de cartes qui aura disparu quant on visitera encore les ruines romaines. Le monumental ne serait que la part la plus morne de la beauté si jamais la beauté se glissait dans le monumental. Décidément…

  13. Mon petit doigt me souffle à l’oreille qu’Aventin est un anti-américaniste primaire (!!!).

  14. Aventin

    Si vous parlez de l’administration américaine votre propos serait caricatural mais ne serait pas totalement faux.

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