Ce que le Wisconsin nous a appris

Ce que le Wisconsin nous a appris

Réflexions sur le succès énorme de Scott Walker

6 juin 2012-06-20

Christian Schneider

http://www.city-journal.org/2012/eon0606cs.html

Pendant des mois, l’Amérique a entendu  raconter comment le «recall (1)» (rappel de vote) de l’élection pour le gouverneur de Wisconsin allait affecter le reste du pays. Si le  gouverneur Scott Walker perdait, disait-on, la nation allait apprendre une leçon sur le pouvoir des syndicats dans la fonction publique et le visage éventuel du paysage politique pendant des élections présidentielles en novembre. Maintenant que Walker a prévalu, qu’avons-nous appris?

Primo, l’imbroglio en Wisconsin a alerté le public sur le système détestable de syndicalisation forcée, par laquelle les contribuables paient des contributions obligatoires afin de garder le parti Démocrate au pouvoir. En Wisconsin, l’appartenance à un syndicat pour beaucoup de fonctionnaires était imposé; les cotisations étaient perçues directement par les syndicats, qui les utilisaient afin d’élire les mêmes officiels qui négociaient leurs paies et leurs avantages.

De plus, l’Amérique a appris qu’un élu pouvait faire face aux gros syndicats de la fonction publique et survivre. Pendant des années le Wisconsin se traînait déficit budgétaire après déficit budgétaire, sortant des tours de passe-passe et des gadgets afin d’élire des officiels aux prochaines élections. Walker a changé cela. Il a compris que la structure actuelle des avantages pour les employés de la fonction publique n’était pas défendable, et que les négociations collectives – un processus qui gonfle artificiellement les salaires et les acquis des employés de la fonction publique – en étaient responsables. Si le bien-fondé de cela peut être prouvé dans un état avec un fort passé syndical, il peut être prouvé n’importe où.

Bien que horrifiés par les propositions du gouverneur, les syndicats de l’état ont vite  reconnu que le plan de Walker  destiné à limiter les négociations collectives pour les employés de la fonction publique ne motivait pas les électeurs en leur sens. Ils ont essayé de créer de l’intérêt par d’autres moyens. Ils ont focalisé sur la (fausse) «guerre contre les femmes», une enquête anonyme contre plusieurs anciennes employées de Walker, et sur les statistiques ternes de l’emploi, discréditées depuis des semaines. Cela n’a pas marché.

Finalement, nous avons appris qu’avec Scott Walker, les Républicains pourraient avoir trouvé un futur leader du parti.  Avec sa victoire hier soir (NDLR: le vote a eu lieu le 5 juin 2012), le gouverneur est devenu le porte étendard d’un principe politique. Avec Walker et le membre de Congrès Paul Ryan (qui a grandi dans la même rue que le gouverneur), le Wisconsin libéral (2) a produit deux «stars» conservateurs. Ne soyez pas surpris si, un jour, l’un d’eux lance son message à travers le pays dans une campagne nationale.

1. (1) Il s’agit d’une élection extraordinaire où il faut un minimum de signatures de la population votante (dans ce cas 25 % du total des votes de la dernière élection du gouverneur) afin de faire repasser un élu par un scrutin. Il parait que même certains membres du parti Démocrate ont voté pour Walker parce qu’ils étaient scandalisés de ce scrutin – normalement un recall vote est proposé seulement en cas de criminalité.

(2) Le mot «libéral» a été détourné aux Etats-Unis, pour décrire les «progressistes».

Christian Schneider est Senior Chercheur au Wisconsin Policy Research  et un contributeur au National Review Online.

12 Commentaires

  1. Il y a des points où les États-Unis arrivent à être pires que la France. Et pourtant…
    En tout cas quand la gangrène survient, ils semblent mieux savoir se soigner.

  2. Expat

    Cest vrai, mais au moins on se soigne !

  3. Cette démonstration magistrale de Scott Walker sur la possibilité de vaincre la sclérose des esprits devant certains avantages exagérés au détriment de l’intérêt général, on peut la rapprocher d’un exploit français: le succès de Sarkozy sur les retraites contre vents et marées, rues et défilés.

  4. hathorique

    bonjour à tous
    @- Impat,
    Dn fait je crois que la réforme des retraites de Monsieur Sarkozy a été un succès en trompe l’oeil une victoire à la Pyrrhus pour lui car les syndicats, malgré leur fable taux de représentativité dans le privé 7 à 8% je crois contre 23 % en moyenne dans l’Union européenne , mais surtout bien implantés dans le secteur public ont réussi à préserver les avantages des retraités de la fonction publique et territoriale qui n’ont presque rien vu changer à leur système de retraites.
    Et le pouvoir de nuisance de certains syndicats ne semble pas devoir changer malgré les différents scandales (dont curieusement on ne parle plus) relatifs au comités d’entreprises mis en coupe réglée comme à E.D.F – Air France S.N.C.M – Sea France et je dois en oublier.
    « Une des différences majeures entre le régime des retraites du secteur privé et celui du secteur public est le mode de calcul des pensions. Dans le secteur privé, le calcul se fait sur les 25 meilleures années de salaire pour la retraite du régime général contre les 6 derniers mois dans le public.  »

    même si pour ces derniers les primes sont exclues du calcul des pensions .

  5. Vous avez raison, Hathorique, cette « victoire » était partielle. Il ne pouvait en être autrement, une réforme de cette ampleur en France ne pouvant être réalisée que marche par marche. Et c’est un escalier de tour…
    Mon propos n’était pas d’exprimer une opinion sur cette réforme. Il était d’applaudir au fait d’avoir su et pu résister aux pressions et à la rue.
    Je pensais, vous l’avez compris, au précédent de Villepin concernant le CPE.

  6. Saul

    « même si pour ces derniers les primes sont exclues du calcul des pensions »

    ce qui n’est pas rien…
    sur ma paye, ça représente 1/3 du salaire….
    et de ce que je vois chez les « anciens », les pertes de revenus quand ils partent à la retraite sont équivalentes en gros à ceux du privé. (en général, la différence entre pension de retraite et salaire, c’est de l’ordre de 40%)

  7. hathorique

    De Villepin, de Villepin ???
    Vous voulez parler de l’homme au masque de cire, à la mèche blanche rebelle ce grand Sénéchal de France ce Maire du Palais ce magistère austère attaché à la personne du Roi que l’on disait fainéant, ce gardien de la tradition du vrai, du bien et du beau, celui qui dirigea le gouvernement intérieur du Palais.
    Celui qui s’étant octroyé des pouvoirs politiques et devenu le plus proche collaborateur du souverain est entré en concurrence avec le puissant feudataire Foulques de Neuilly qu’il essaya d’écraser sous ses semelles de plomb et de faire capituler mais n’y parvint point, car il manquait à son parchemin d’investiture moult signatures des puissants vassaux cantinés dans leurs « fiefs » provinciaux.
    C’est donc ce vibrant poète sans luth qui succomba dans la lutte finale l’opposant à un manant très croquant Thibaut le Chevelu au cours de la bataille du C.P.E qui se déroula en l’an de grâce 2006. cette défaite en rase campagne ne mit cependant pas fin à de trop grandes espérances et de nobles aspirations.

    Peut être pensez vous aussi à ce si peu téméraire qui, pour ne pas déplaire aux abolitionnistes affligés et outragés, répugna à faire célébrer Austerlitz la « bataille des Trois Empereurs » pourtant victoire de ce grand Napoléon qu’il admirait tant mais n’égalera jamais.

  8. Oh Hathorique, comme je regrette et bats ma coulpe de ne vous avoir point lancé sur ce vil pin plus tôt!

  9. Guenièvre

    Bravo Hathorique ! Quelle verve !

  10. hathorique

    Oui j’avoue un grand plaisir à moquer les postures d ‘homme public de Mr de Villepin et puisque vous me parlez de « vil pin » étant passionnée de botanique j’ai cherché et trouvé les affinités particulières de ce duc Aiguisé avec ce bel arbre que l’on appelle aussi conifère à cône et il m’est apparu qu’il s’agissait d’un auto portrait comme Monsieur Buffon l’aurait aimé du sieur à l’olifant :
     » Conifère à feuillage persistant, de la famille des Pinacées (Cèdre, Épicéa, Mélèze, Pin, Sapin, Tsuga)
    Étymologie : du latin « pinus » ;
    indo-européen « Pic »= « amer ».
    Les Pins dressent un fût élancé, qui supporte un houppier large et étagé. Les branches basses meurent et tombent, dégageant le tronc.
    Le pin est attaqué par le « matucocus ». C’est un insecte qui creuse l’écorce du pin. Sa larve y naît, elle élargit le trou en grandissant et un autre insecte peut s’y loger, jusqu’à ce que la sève s’épanche
    Les pins sont des arbres monoïques, c’est-à-dire dont les fleurs mâles et femelles sont portées par le même pied. l’inflorescence femelle, une fois la fécondation accomplie, mûrit en deux (rarement trois) ans et forme un cône. »

    et comme il est aussi poète il faut l’abreuver de poésie

    Le pin des Landes
    On ne voit en passant par les Landes désertes,
    Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,
    Surgir de l’herbe sèche et des flaques d’eaux vertes
    D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc,

    Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
    L’homme, avare bourreau de la création,
    Qui ne vit qu’aux dépens de ceux qu’il assassine,
    Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !

    Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
    Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
    Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
    Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

    Le poète est ainsi dans les Landes du monde ;
    Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor.
    Il faut qu’il ait au coeur une entaille profonde
    Pour épancher ses vers, divines larmes d’or !

    Théophile Gauthier

  11. Hathorique, je continue à votre intention sur le pin des Landes, mais sans doute ne vous apprendrai-je rien.
    … »Le pin est attaqué par le “matucocus”. »… Il est attaqué aussi, depuis peu, par la chenille processionnaire qui forme des nids au sein des aiguilles, lesquels nids grossissent et enveloppent la branche jusqu’à l’étouffer. En deux ou trois ans, le pin meurt. Ce phénomène était connu mais on s’en protégeait par l’épandage annuel d’un produit anti-chenilles, d’où un fort « lobbying » des écolos qui réussirent à interdire le procédé. Maintenant les pins morts bordent les routes des Landes.
    Leur sève, la résine, avait fait longtemps la fortune des Landais, mais aujourd’hui on ne l’exploite plus.
    Le pin n’et pas un arbre naturel des Landes, il a été planté par l’ingénieur Brémontier au 19e siècle pour fixer les dunes. Il forme maintenant une forêt continue de 200 kms. C’est un arbre qui ne vit qu’en groupe, ses voisins le protégeant du vent. Car son enracinement est peu profond, sa tête très haute, il se laisse abattre par la première tempête venue.

    Expat, pardon pour le hors sujet. Le Wisconsin mène à tout, même aux Landes.

  12. Expat

    excellent la discussion ! Oh non Impat, c’était un honneur !

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