Sommes-nous devenus nuls?

Sous la signature de Pierre Barthélémy, le Monde publie (12/06/2012) un article éclairant sur l’aptitude globale des Européens à appréhender les connaissances scientifiques de base. Nous en reproduisons ici l’introduction, et le lien conduisant au texte complet.

Publiés en 2005 dans un Eurobaromètre intitulé « Les Européens, la science et la technologie », ces chiffres me sidèrent toujours un peu quand je les vois et il est, je crois, utile de les rappeler régulièrement. Réalisé à partir de quelque 33 000 entretiens menés dans une trentaine de pays d’Europe (Turquie comprise), ce baromètre donne notamment un aperçu de l’état des connaissances scientifiques. Face à l’affirmation suivante – « le Soleil tourne autour de la Terre » – 29 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elle était vraie, 66 % l’ont jugée fausse (ce qu’elle est) et 4 % ne savaient pas ou ont refusé de répondre. De la même manière, seulement 46 % des sondés ont dit que les électrons étaient plus petits que les atomes (réponse correcte), 29 % pensant le contraire et 25 % ne se prononçant pas. Il se trouve aussi 20 % de personnes pour croire que le sexe de l’enfant est déterminé par les gènes de la mère, 23 % pour dire que les premiers humains ont cohabité avec les dinosaures, 26 % pour penser que les lasers sont faits d’ondes sonores, 20 % pour estimer qu’Homo sapiens ne s’est pas développé à partir d’espèces antérieures (à comparer avec les 46 % d’Américains qui partagent la même opinion) tandis que 17 % affirment que la Terre fait le tour du Soleil en un mois, au lieu d’un an.

Certaines questions sont évidemment plus compliquées que d’autres et il ne faut pas non plus négliger les contextes culturels et religieux. Mais tout de même, 29 % de géocentriques, cela fait beaucoup en ce début de troisième millénaire car point n’est besoin d’avoir un doctorat de physique pour savoir que la Terre tourne autour du Soleil et pas le contraire : c’est au programme de l’école primaire….

Lire la suite:

http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/06/24/le-savoir-scientifique-peine-a-simposer-dans-les-cerveaux/

20 Commentaires

  1. Guenièvre

    Impat, d’après ce que j’ai pu lire et sous réserve que mon anglais ne me joue pas des tours, apparemment ce ne sont pas seulement les connaissances qui sont en cause mais l’intérêt pour ces connaissances …

    Il faudrait alors se poser la question : pourquoi le désir de savoir est-il à ce point en déclin sur nombre de sujets en général et en ce qui concerne les sciences en particulier ( les pédagos nous parlaient de « l’abrasion de la pulsion épistémologique » ! )
    Est-ce parce que nous sommes blasés , que nous pensons qu’il n’y a plus rien à découvrir ou au contraire parce qu’une découverte chasse l’autre et que la science n’apporte plus comme autrefois des certitudes mais qu’elle est devenue l’école du doute ? Est-ce parce que si on veut la gloire il vaut mieux faire du sport que des études scientifiques ? Ou parce que nous sommes devenus à ce point nihilistes que plus rien ne nous intéresse ? Ou faut-il une fois de plus incriminer l’école et ses nouvelles méthodes d’apprentissage ?

  2. Guenièvre, que de questions pertinentes!
    J’ai tendance à incriminer l’école, qui a désappris l’effort aux enfants. Lesquels ont donc désappris à apprendre, et de là ont perdu leur intérêt pour la connaissance.
    Vos autres raisons sont certainement aussi en cause.
    Permettez-moi une remarque à propos de votre « la science n’apporte plus comme autrefois des certitudes mais qu’elle est devenue l’école du doute ? ».
    La science n’a jamais apporté de certitudes, et les scientifiques le savaient. Seuls les « philosophes » croyaient en des certitudes scientifiques.

  3. plantigrade69

    Vous avez tout à fait raison Guenièvre, c’est l’intérêt pour les connaissances qui manque. Au point que si on apprend quelque chose à quelqu’un, il se vexe et il m’est même arrivé de « réconforter » quelqu’un qui m’avait corrigé en m’apprenant quelque chose dans mon violon d’ingres, le travail du bois. Il s’excusait sans cesse et je n’arrêtais pourtant pas de lui dire à quel point apprendre me rendait heureux! C’est comme si à chaque fois je découvrais une terre inconnue, un eldorado!

  4. plantigrade69

    Doucement impat! :o)
    Ce sont les philosophes qui ont fait comprendre aux « scientifiques » qu’il ne fallait pas avoir de certitudes!

  5. plantigrade, je dois être philosophe, j’ai des doutes. -:)

  6. QuadPater

    Vous m’espantez, tous, avec vos doutes !!

    Où en voyez-vous dans la science ? Quand un scientifique parle d’un phénomène physique, il peut ne pas savoir l’expliquer. Il peut aussi faire des hypothèses. Il peut encore avancer que dans certaines circonstances il est impossible d’avoir 2 informations précises sur une particule (principe d’incertitude). Mais l’ombre de la queue d’un doute nulle part je n’aperçois.

    Quand aux questions existentielles, qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je ?, j’estime que M. Dac (Pierre) y a répondu de manière définitive et pleinement satisfaisante en son temps.

    La nécessité d’encore et toujours se remettre en question jusque dans ses fondamentaux est une doxa ancrée dans le béton. Moi je dis au contraire que passé un certain âge il est bon de s’appuyer sur quelques certitudes de base, d’arrêter de douter de sa propre existence, de celle de l’univers et du reste. De se satisfaire d’une connaissance qui peut croître mais restera à jamais lacunaire, car l’inconnu est infini. Ça, c’est une certitude.

    Éradiquons, abolissons, exterminons le doute !

  7. QuadPater

    Lu récemment sur un forum informatique : le développeur* d’une petite application destinée à aider les titous à apprendre les tables de multiplications voulait approfondir un peu la question et a découvert incidemment une particularité de la table de 5.
    Je vous fais part de sa trouvaille : « les multiples de 5 vont de 5 en 5 et leur dernier chiffre est toujours 0 ou 5 ». Il était ravi. S’il arrive un jour à celle de 10, il atteindra certainement le nirvana.

    ————–
    * vraisemblablement âgé de 20 à 25 ans.

  8. Hérissons !

    « J’en veux encore à Napoléon III qui, dans les années 1850, a séparé les baccalauréats littéraire et scientifique. Cela donne d’un côté ceux qui rejettent la science et se vantent de ne rien comprendre, et de l’autre, ceux qui font trois fautes de grammaire par ligne. La culture est un tout : musique, poésie et science ne sont pas incompatibles.
    Il faut apprendre aux jeunes la nature de la démarche scientifique et leur enseigner qu’elle repose sur des allers et retours permanents entre deux piliers : d’une part l’observation ou l’expérience, et de l’autre la théorie ou l’interprétation.
    Il faut leur faire comprendre que la science ne permet pas de savoir ce qui est vrai, mais qu’elle révèle ce qui est faux.
    Toute personne éduquée à la démarche scientifique ne peut pas être sensible à des propagandes sectaires ou à l’intolérance de fondamentalistes religieux. »

    André Brahic, Astrophysicien, spécialisé dans l’étude du système solaire, découvreur des anneaux de Neptune.

    La Science, une ambition pour la France,
    Odile Jacob, 2012

  9. plantigrade69

    Hérissons,
    on remarquera d’ailleurs que jusque dans ces années là, la plupart des grands philosophes étaient de grands scientifiques… et vice versa!

  10. Quadpater,… »vraisemblablement âgé de 20 à 25 ans. »…
    ou 5 à 10 ans?

  11. QuadPater

    Impat, il a effectivement une orthographe de CM2, mais un niveau en programmation (dont une capacité d’abstraction) qui suppose au moins 3 ou 4 ans de pratique. Je ne puis donc vous donner qu’une estimation de son âge.

    Pour en revenir à l’article. Je suis particulièrement intéressé par le sujet depuis que j’ai découvert l’absence totale de culture générale de mon fils cadet (16 ans bientôt) mais, à part moi à son âge, je n’ai pas de repère pour évaluer son ignorance. Comment définir exactement le niveau « minimum » de connaissances qu’un adulte devrait posséder, de façon à rire (ou s’affoler devant) les résultats de l’enquête à bon escient ? Comment apprécier la gravité des lacunes en l’absence de référentiel ?

    Est-ce plus inquiétant de ne pas pouvoir répondre à la question sur le sexe de l’enfant ou celle sur la composition des ondes du laser ?

    Une anecdote pour illustrer mon questionnement : à 20 ans je suis en fac de médecine et ma nana en pharma. Elle décide de se faire poser un stérilet. Elle en parle à sa sœur aînée – 24 ans, employée de banque – qui lui demande, inquiète : « n’as tu pas peur qu’il te remonte dans l’estomac ? ». Autant d’ignorance dans l’anatomie humaine nous a fait beaucoup rire. Depuis j’ai remarqué que beaucoup de gens à qui je racontait cela esquissaient un sourire gêné, comme si cela ne les choquait pas tant que ça… après tout, est-ce si drôle (ou triste, ou grave) que cela de ne pas savoir avec quoi communique l’utérus ? Autant je suis bon en Sciences, autant je suis mauvais en Histoire et je ne sais pas à l’heure où je vous écris si Henri IV est antérieur ou postérieur à François 1er. Je crois juste qu’ils sont « contemporains » à 1 siècle près. Ma représentation interne de la chronologie des rois est floue. Un flou abyssal pour un historien, un flou moyen pour un personne « normalement » cultivée. Mais n’est-ce pas aussi imprécis que la représentation interne de son corps qu’avait mon ex-belle sœur ?

  12. plantigrade69

    QuadPater,
    il y aura bientôt quinze ans, je travaillais encore au palais Brongniart et y côtoyais de très nombreux jeunes qui sortaient des grandes écoles et venaient se former et travailler dans les métiers de la Bourse. J’ai toujours été sidéré par leur faible niveau de culture générale. Quelques uns y échappaient, mais fort peu nombreux!

  13. desavy

    Le déclin du désir de savoir me semble être une sorte de tarte à la crème, conforme à la doxa. Je mets dans le même panier le déclin des connaissances. J’essaie de raisonner simplement face à toute déclinologie : si nous connaissons un déclin dans tel domaine, cela signifie qu’avant c’était mieux. Quelle est cette fameuse période pendant laquelle les connaissances étaient plus nombreuses ?

    Je trouve l’anecdote relatée par QuadPater très pertinente. Elle montre bien la difficulté d’établir une échelle des niveaux de connaissances. A des périodes différentes, cette difficulté se transforme en impossibilité.

  14. Hérissons !

    Le déclin. Laissons de côté le niveau des connaissances transmises par le système scolaire.
    La télé, qui prétend populariser la science, à de rares et géniales exceptions, on trouve des émissions apocalyptiques et prescriptives sur l’écologie, ou des expériences à prétention scientifique si ennuyeuses qu’on ne doit les regarder que dans les maisons de retraite. Pour valider ce qui reste des connaissances du lycée d’il y a 60 ans ou retarder l’alzheimer ? Et se féliciter qu’avant, c’était mieux ?
    ___________________________________

    Ce qui est embêtant, c’est que, dans les classements internationaux, tous contemporains les uns des autres, nous soyons dans les derniers. Il y a donc un problème français.
    ___________________________________

    Les responsables semblent si désemparés qu’ils envisagent d’interdire le mot « faute » et de le remplacer par « tentative ». Ne rigolez pas, je trouve que si les enseignants se donnaient (trouvaient ?) le temps de décortiquer les raisonnements pour apporter une remédiation là où ça coince, ce serait un grand pas.

    Elève Desavy, vous avez fait cinq tentatives dans votre problème !

  15. desavy

    Encore faudrait-il décortiquer ces fameux classements internationaux dont le principal intérêt semble être de participer à l’auto-flagellation que nous apprécions tant. La gauche : le colonialisme, le capitalisme gnagna c’est pas bien ; la droite : les fonctionnaires, l’école gnagna c’est pas bien.

    Professeur Hérissons !, je crois avoir aggraver mon cas.

  16. QuadPater

    Un concept intéressant est celui de la demi-vie des connaissances : le temps au bout duquel la moitié de ce qu’on connait dans une matière devient obsolète.
    Plus on est pointu dans un domaine et plus ce temps est court. Pour certains scientifiques, ça tourne autour de quelques années seulement. L’horreur !
    L’ensemble des connaissances humaines peut être vu comme une sorte d’organisme qui grossit sans cesse mais dont certaines parties meurent (deviennent obsolètes). Celles-ci se trouvent plutôt à la périphérie, près de la frontière avec l’inconnu car elles sont moins certaines et demandent encore à être validées.
    Apprendre, c’est s’approprier des parts de cet organisme. Mieux vaut taper d’abord au centre où on trouve du solide, du basique, du certain, dont le temps de 1/2 vie est très long. On est dans une partie du rôle de l’école, acquérir un savoir de base. On commence aussi à apprendre l’abstraction – savoir ses tables d’additions permet aussi bien de compter les pommes dans un panier que de faire avancer son pion au Monopoly. Au collège et au lycée on apprend un peu à apprendre (moi ce fut surtout à la fac). On peut y acquérir aussi le désir d’apprendre si on a de la chance. L’envie d’aller plus loin dans un domaine qui naît si je me souviens bien d’une frustration ; les parents ou le prof on abordé un sujet passionnant mais sont restés à la surface : on veut plonger. J’ai vécu mon adolescence à l’époque de la conquête spatiale ; nous étions nombreux à emprunter des bouquins de chimie à la biblio pour trouver les ingrédients qui feraient décoller des tubes d’aspirine – fusées !
    Pour en revenir un peu à mon plus jeune fils je suis désespéré de ne pas trouver cette curiosité, cette envie d’en savoir plus sur un quelconque sujet. Pourtant j’exploite toutes les occasions pour approfondir certains thèmes, de la façon la plus éclectique possible. Je lui ai fait réviser l’histoire de le 2è guerre mondiale en lui contant des anecdotes. Une poussée d’hypertension m’a amené à lui expliquer le rôle du sel dans cette maladie. Le mécanisme des éclipses avec un ballon et une olive. Quelle différence entre un ministre et un député. Que faire quand l’eau d’une piscine a tourné. Et plein d’autres choses encore… Hélas, montre en main ça l’intéresse pendant 2-3 minutes puis il décroche à le 4è.
    Alors j’ignore si statistiquement l’envie d’apprendre est en baisse, mais je garantie qu’entre mes 15 ans et les siens il y a une chute mortelle de ce désir.

  17. Hérissons !

    C’est ce qu’évoque Guenièvre au début du fil : « l’abrasion de la pulsion épistémologique » ?
    Peut-être est-ce aux deux bouts de l’accès au savoir que ça se passe ?
    ________________________________________

    Dès le primaire, les enseignants partent dans leur programme, (leçon 1, Nos ancêtres les Gaulois), sans passer par « Ce que je me propose de vous faire découvrir et pourquoi » ?
    Avec les mots adaptés. (« Savoir ses tables d’additions permet aussi bien de compter les pommes dans un panier que de faire avancer son pion au Monopoly »).

    Dès qu’on parle d’alléger les programmes, la société des agrégés s’insurge.
    Dès qu’on parle d’alléger la journée de forçat de l’écolier français en étalant sur les vacances, les intérêts catégoriels l’empêchent. Syndicats, parents d’élèves et professionnels du tourisme s’insurgent.
    ________________________________________

    Diffusion grand public :
    Les sources sont si nombreuses et immédiates (télé, web, presse, réseaux…) qu’il y a un effet de saturation et de dispersion. De gavage, de relativisme et de dé-structuration.

  18. Hérissons !

    Ceux qui réussissent aux concours sont génétiquement des bêtes à concours. Et furent des enfants apathiques et sots. C’est une constante. Les enfants vifs et agiles connaissent souvent des difficultés scolaires. Doit-on en conclure que ceux qui réussissent en France ne sont pas les plus intelligents, mais les plus scolaires et les plus endurants ?
    La réussite scolaire sanctionne l’endurance et la docilité de l’enfant apathique et sot.
    L’énarque qui nous gouverne a été un enfant apathique et sot mais endurant ?
    ____________________________________________

    Sur slate.fr, M. Dagnaud du CNRS : La compétition scolaire, pour quoi faire ?
    (Etrangement hier encore, le titre était : La compétition scolaire, fabrique à fonctionnaires !!! Il y a eu censure)
    http://www.slate.fr/story/56713/dagnaud-ecole-competitivite

  19. desavy

    « Ceux qui réussissent aux concours sont génétiquement des bêtes à concours. Et furent des enfants apathiques et sots. »

    Je suis curieux de savoir sur quoi repose cette assertion. S’il s’agit d’observations personnelles, les miennes sont autres.

  20. Hérissons !

    Un zoom outrageusement grossissant sur l’article de Monique Dagnaud, je le concède volontiers, Desavy . Autrement dit (et plus modérément), le système scolaire est démuni face à deux types d’enfants : le futé hyperactif et le surdoué. Il est fait pour un élève moyen et sage. (Futur bon fonctionnaire ?)

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