Divagations vers les Futurs Siècles

Penser au futur, c’est penser comme une lentille optique à deux réglages: le proche et le lointain.

 

Le proche, ce sont les générations qui vont nous suivre de près. C’est ce qui va arriver dans cinquante, cent, deux cents ans. En écarquillant bien les yeux, en imaginant à partir du présent, en constatant les changements récents, on peut parvenir à entrevoir les évolutions qui nous attendent.

 

Des révolutions industrielles, peut-être. Des évolutions de mentalité, certainement. Des transformations géopolitiques du monde, sans doute.

 

Le travail changera de nature, il se déroulera par exemple plus souvent à domicile. Les transports terrestres seront plus commodes, plus confortables. Les transports aériens plus confortables également, peut-être un peu plus rapides, par satellisation. Rien de tout cela ne « changera le monde ».

 

Après quelques soubresauts, quelques convulsions, les idées générales du libéralisme finiront de montrer qu’elles sont les plus à même de favoriser le sort du plus grand nombre. De ce fait un nombre toujours plus grand de personnes, sur tous les continents, acceptera d’y adhérer. Le socialisme étatique perdra de son attraction.

 

Les nations, rapprochées par les technologies de l’information et par les transports faciles, sentiront le besoin de s’unir. On verra le nombre de peuples totalement souverains décroître tandis que s’affirmeront les grands ensembles d’anciennes nations et que naîtront des nations nouvelles par intégration des anciennes. Ainsi le monde, avec quelques exceptions de plus en plus isolées ou même folkloriques, sera réparti en grandes unités concurrentes telles que la Chine, le Monde Arabe, l’Union Européenne, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Afrique Noire, l’Australie.

 

Ces pistes, esquissé à grands traits, donnent une idée de ce qu’on peut deviner avec évidemment une marge d’erreur énorme. Mais on peut le deviner, ou pour le moins l’imaginer assez facilement. C’est un exercice à notre portée. C’est le futur proche, le futur accessible à nos capacités de réflexion.

 

 

Au-delà?

 

 

Au-delà? Au-delà…nos réflexions n’ont plus accès. Notre vue ne porte plus. Il reste l’imagination, alors imaginons.

 

On peut, naturellement, tout imaginer. Mais tentons d’inventer des évolutions imaginables sans bouleverser totalement ce que nous sommes et ce que nous percevons de l’univers qui nous entoure. Et faisons un tri, car l’imagination, si on la laissait courir, partirait dans tous les sens possibles et impossibles: cela manquerait d’intérêt pour nos esprits actuels.

 

Le tri, on pourrait l’orienter vers deux domaines: celui de notre pensée individuelle et celui de notre devenir physique collectif.

 

La pensée

 

Découlant du fonctionnement de notre cerveau, la pensée est actuellement cloisonnée à l’intérieur de ce dernier. Elle y naît, elle y évolue, de manière tout à fait identique aux informations gérées par l’ordinateur. Le cerveau est un ordinateur, il fonctionne par accumulation de millions de données numériques binaires, zéro et un. Les seules différences entre les deux « machines » sont au nombre de deux.

L’ordinateur est matériel, le cerveau est biologique: il naît et il meurt.

Le cerveau « coordonne » ses informations, mais il ne sait pas les effacer volontairement. Il stocke tout.

 

Ce qui peut advenir dans un futur incertain, mais probablement lointain, serait la possibilité de décloisonner nos cerveaux. Cela consisterait à savoir les connecter à un ordinateur matériel qui automatiquement stockerait toutes les informations, c’est-à-dire toutes nos pensées.

 

Cela consisterait aussi à savoir faire communiquer deux cerveaux entre eux, soit par l’intermédiaire d’un ordinateur, soit directement par une sorte de « wi-fi ». Non, pas de panique, cette liaison serait codée par accord entre les deux personnes concernées, et chacune d’elles aurait en permanence la capacité de couper le contact. Ce serait une télépathie réelle mais contrôlée.

 

Le pilotage de la terre

 

Nous savons envoyer des objets dans l’espace, nous savons leur imposer une trajectoire, nous savons modifier cette trajectoire en cours de croisière. Cela s’obtient en communiquant à l’objet une accélération, plus ou moins forte, plus ou moins orientée dans une direction souhaitée. L’énergie nécessaire croît avec la masse de l’objet. Naviguer dans l’espace est donc d’ores et déjà à notre portée, théorique.

 

Alors pourquoi ne pas appliquer la théorie à de gros objets? Gros, très gros.

 

Notre belle planète, qu’est-elle? Un vaisseau spatial. Un vaisseau spatial sans moteur, dont la trajectoire est immuable depuis…longtemps, stabilisée grâce à sa vitesse par rapport au soleil compensée par l’attraction de sa masse vers ce même soleil. Si un jour nous savons appliquer à cette grosse boule une petite accélération, nous saurons …aïe aïe aïe, difficile à dire, oui, nous saurons modifier sa trajectoire.

 

Oh, prudents comme des Sioux, seront les hommes. Une accélération toute petite, modulable, contrôlable, réversible. Sans source d’erreur, …hum, enfin avec juste une toute petite probabilité d’erreur…

 

Et on n’essaiera même pas de sortir du système solaire. Sauf quelques fous avant-gardistes qui soutiendront cette idée…

 

Non, on se fera simplement le plaisir d’éloigner ou de rapprocher la terre du soleil. Peut-être aussi, pourquoi pas, de modifier la vitesse de rotation de la terre sur elle-même, changeant la durée des jours et des nuits. Un tout petit peu…

 

La terre se réchauffe? Pas de problème, on l’éloigne doucettement du soleil. Elle se refroidit? Facile, un petite accélération bien placée, bien dosée, et hop, 2 degrés gagnés. Ah, nos descendants lointains, quelle chance!

 

 

 

Deux vrais bouleversements, n’est ce pas? L’un comme l’autre, décloisonnement du cerveau et pilotage de la planète, conduiront à des modifications considérables de la vie sur terre. Mais aussi, peut-être, à la fin de notre monde.

 

Conduiront? Non, conduiraient…

 

114 Commentaires

  1. Aventin

    Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.
    1.2
    Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.
    1.3
    Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?
    1.4
    Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.
    1.5
    Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau.
    1.6
    Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.
    1.7
    Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.
    1.8
    Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.
    1.9
    Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
    1.10
    S’il est une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés.
    1.11
    On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.
    1.12
    Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem.
    1.13
    J’ai appliqué mon coeur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme.
    1.14
    J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.
    1.15
    Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.
    1.16
    J’ai dit en mon coeur: Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon coeur a vu beaucoup de sagesse et de science.
    1.17
    J’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent.
    1.18
    Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.

  2. Aventin

    « les idées générales du libéralisme finiront de montrer qu’elles sont les plus à même de favoriser le sort du plus grand nombre »

    C’est oublier qu’il existe une alternative au libéralisme et au socialisme, cela s’appel – notamment – l’humanisme civique. La liberté a existé avant les penseurs libéraux classiques. Le libéralisme approche le déclin comme le socialisme soviétique a heureusement décliné puis a disparu comme système concret.

    Vous semblez être dans un schéma binaire excluant tout un pan de la philosophie politique, le plus pertinent et le plus brillant d’ailleurs, et qui s’inscrit dans ce que l’on appel le néo-républicanisme et en l’occurrence le néo-républicanisme français.

    Le libéralisme est une « pensée » fainénante incapable de venir tempérer la liberté afin qu’elle ne finisse pas licence. Votre libéralisme marche sur une jambe, tout comme le socialisme dont vous parlez.

    La synthèse passe par le républicanisme civique néo-athénien (en tout cas en France), lequel est respectueux de la liberté de chacun et de l’égalité entre tous. Seul ce type de pensée équilibrée, fondée notamment sur le principe d’une liberté comprise comme non-domination, respecte la singularité des peuples et le droit de ces derniers à disposer d’eux-mêmes.

    Le libéralisme est déjà dépassé, tout comme l’impérialisme US.

    L’hybris libérale, c’est fini !

  3. Impat, votre article est intéressant, avec une pointe d’humour, mais votre histoire est une utopie.
    Je pense plutôt que dans un avenir pas trop lointain, nous allons sombrer dans l’obscurantisme, et finalement disparaître. Tout comme les civilisations grecque et romaine. En tout cas, le mouvement est déjà bien amorcé.
    On peut rêver les prouesses technologiques les plus folles, les plus enthousiasmantes, mais le coeur de l’homme est toujours aussi tortueux. J’ai foi en Dieu, ce même Dieu qui a inspiré l’Ecclésiaste (cité par Aventin), et c’est lui qui aura le dernier mot. C’est mon espérance et elle me fait vivre. Mais j’ai depuis longtemps abandonné l’idée d’un monde rendu meilleur par l’homme. D’ailleurs, le monde à venir que vous décrivez ne propose rien dans ce sens et votre dernière phrase n’est pas optimiste.

  4. Le libéralisme poussé à son paroxysme, avec les folies prométhéennes de scientifiques délirants, merci Impat pour ce délicieux condensé de (contre-)utopie libérale !

    « Le cerveau est un ordinateur »
    Avé D503 ! Bienheureuse fut probablement votre Grande Opération, subie (ou devrais-je dire, consentie) sous les hospices du Bienfaiteur ! Gloire à la Raison, gloire à l’Ordinateur. Point de ces stupidités humanistes, futilités bonnes pour les naïfs, nous les Réalistes sommes dans le Vrai ,le Rationnel. Après tout, nous n’avons que des ordinateurs comme cerveaux…

    Gloire, oui gloire ! C’est la lutte finale, branchons nous et demain, l’automate sera le genre humain !

    On ignorera donc les enseignements d’un Castoriadis sur l’imaginaire radical comme propre de l’homme au profit de ces folies franchement effrayante – on croirait l’univers de Ghost in the Shell version intello.

    « Ce qui peut advenir dans un futur incertain, mais probablement lointain, serait la possibilité de décloisonner nos cerveaux. Cela consisterait à savoir les connecter à un ordinateur matériel qui automatiquement stockerait toutes les informations, c’est-à-dire toutes nos pensées. »

    Bref, grâce à la glorieuse Technique et au glorieux Progrès, attendons-nous à la possibilité que l’on puisse entrer directement dans le domaine auparavant inviolable du for intérieur, de la conscience humaine.

    Et quelqu’un a dit que le libéralisme s’opposait au totalitarisme? Avec de tels raisonnement, il y a de quoi en douter sévèrement…

    « La terre se réchauffe? Pas de problème, on l’éloigne doucettement du soleil. Elle se refroidit? Facile, un petite accélération bien placée, bien dosée, et hop, 2 degrés gagnés. Ah, nos descendants lointains, quelle chance! »
    Hop ! Changeons le cosmos comme on joue aux billes, ça si ce n’est pas un raisonnement d’apprenti sorcier je ne sais pas ce que c’est.

  5. Galaad Wilgos

    Vous faites pourtant l’impasse sur ce socialisme qui ne se situe pas à l’extrême opposé du libéralisme, mais en est au contraire éloigné. Ce socialisme, le socialisme républicain, est pourtant pour paraphraser Jaurès, la République poussée jusqu’au bout, et partout pour tous. Cela ne sert donc à rien de l’opposer au républicanisme néo-athénien, qui vous le savez bien postule surtout la liberté comme liée à la participation active à la politique (et non juste la non-domination, qui est le propre de la liberté libérale du républicanisme de Pettit), le socialisme telle que je le conçois, à la suite des Leroux, des Fournière, des Castoriadis, des Jaurès, des Péguy ou des Michéa, n’est dès lors rien d’autre que l’accomplissement de cette tradition républicaine de l’autonomie radicale.

    Il s’agit par là de modifier les institutions pour faire en sorte que l’individu soit le plus « autarcique » possible, càd qu’il ait conscience de sa faculté de modifier les institutions, et donc d’être à la fois individu et membre d’un collectif. Qu’il ait à la fois pour imaginaire celui d’autonomie et les capacités à satisfaire ses besoins sans l’aide de quiconque, lui permettant ainsi de participer à la vie politique. Que les institutions forment des individus autonomes qui ensuite reproduiraient des institutions autonomes (alors qu’aujourd’hui elles ont tendance à fabriquer des consommateurs béats antidémocratiques).

    Le républicanisme néo-athénien est un bel idéal, mais qui ne va pas jusqu’à la fin de son raisonnement. Seul le socialisme peut véritablement faire advenir la liberté, tant individuelle que collective, et une liberté égale. (Le socialisme, en ce sens, n’a pas existé sous l’URSS)

    Sur le reste, d’accord avec vous comme d’habitude. Voici de la lecture qui devrait vous intéresser : http://cahiersphilosophiques.hypotheses.org/689

    « La réflexion politique de Castoriadis est en effet marquée par une exigence de fond : la possibilité pour une communauté d’hommes de créer consciemment une institution qui lui permette d’agir librement à chaque fois. C’est ce qu’il appelle l’autonomie. Un tel point de vue suppose toutefois un rapport particulier entre l’individu et la collectivité. Le citoyen a conscience d’agir à l’auto-institution de la société. L’auto-institution comme création, c’est-à-dire comme « position de nouvelles déterminations » (p. 311), consciente d’elle-même, ne saurait pourtant, contrairement à ce que prétend parfois un certain discours révolutionnaire, être ni une révolution, au sens propre de retour en arrière vers un état originel considéré comme juste, ni une tabula rasa, comme si elle ne naissait de rien. L’homme est toujours déjà un être social, mais c’est un être social qui peut créer, et qui peut créer une institution qui, au lieu de le déterminer, le rende autonome, c’est-à-dire qui maximalise sa liberté, et surtout maximalise la liberté de la collectivité, en lui permettant d’agir de manière autonome. La démocratie de Périclès, telle que Thucydide nous l’a décrite, est une institution de ce type. On peut ainsi considérer que cette première partie permet de déterminer les problèmes à partir desquels l’analyse du texte de Thucydide prend toute sa force : la question du fondement impossible de l’auto-institution ; celle de la possibilité effective de la société autonome ; et celle du sens et des éventuelles limites de l’autonomie dans ce projet d’auto-institution. »

  6. Aventin

    @Galaad,

    Le libéralisme dogmatique et bancaire voudrait bien nous vider de nos âmes pour que toutes ses équations tombent justes. Voilà le système technicien dans toute sa splendeur.

    La colonie de fourmis humaines sera enfin auto-régulée à l’optimum. Tout sera lisse, beau et sans aspérité. La cité sera construite selon les plans d’un grand hôpital aux murs blancs, purs, immaculés.

    L’âme sera chassé du corps afin que seule la machine humaine demeure et s’insère parfaitement au sein grand logiciel centrale du bonheur contrôlé. La technologie rédemptrice nous aura enfin permis d’expurger cette part irréductible de divin qui faisait de nous des « animaux » si peu prévisibles, si peu rationnels.

    L’Homme sera défini par le Grand Ordinateur et non plus par l’Homme. L’humanité sera un seul homme reproduit des milliards de fois.

    Au commencement, il y aura le Chiffre.

    Le dimanche, nous communierons tous ensemble autour du taux de rentabilité interne à la gloire de la Vérité chiffrée et bancaire.

    Le temps ne sera plus que de l’argent et nos cartes mémoire en seront remplies.

    Le progrès, tel le soleil, ne rétrogradera plus jamais.

    Ave Galaad.

  7. Aventin

    @Galaad

    Je n’ai pas d’opposition de principe à ce socialisme que vous exposez. Mes lectures m’ont amené plus souvent du côté de l’humanisme civique que des courants socialistes (quoique…), mais je ne vois effectivement pas d’incompatibilité théorique entre le socialisme républicain dont vous parlez et ce que je défends qui est assez proche (voir Renouvier, Bourgeois, Bouglé notamment), voir très proche, de ce que vous défendez.

  8. Galaad Wilgos

    Je vois déjà ces multiples clones, dont on aperçoit aujourd’hui les silhouettes floues à travers les drones de Goldman Sachs, peupler une terre aride faite de béton, de verre ou de métal, où les rues, calculées au milimètre près par l’Ordinateur afin d’assurer le rendement maximal des agents rationnels de l’économie, mèneraient l’Homme de son lieu de travail à son lieu de repos.

    La suite de l’homo œconomicus, c’est l’homo identicus, son aboutissement : le post-humain. Bref, l’automate, enfin rationnel jusqu’à la pureté de l’Ordinateur. Dès lors, dépareillé de ces archaïsmes révoltants que sont les émotions et l’esprit, le Bonheur Total sera enfin à sa portée. Guidé par la bienveillante Main Invisible, l’Histoire sera enfin parachevée. Une grande croix rouge apposée sur ce grand livre de l’Humanité, il n’y aura plus de passé ni de futur, un instantané permanent dans lequel vivront les automates consommateurs.

    On n’arrêtera pas le Progrès, car celui-ci aura stoppé la marche humaine. L’être humain prendra alors son éternel jour de repos au profit de sa création, la Machine.

    Ave D503 !

    Le libéralisme doctrinaire est la matrice de la future dystopie comme le fut le marxisme doctrinaire. Sa sainte trinité sera la carte mère, le fils électronique et le saint ordi. Moi, ça m’fout les boules.

  9. Aventin

    A mon avis, le bébé néo-libéral doctrinaire et bancaire est mort-né. L’Esprit est plus dur que le dogme !

  10. Galaad Wilgos

    Cela dépend des jours mais il m’arrive d’être beaucoup plus pessimiste, quand on voit jusqu’où sont arrivées les nouvelles techniques de propagande… et donc de manipulation mentale. La publicité, le showbiz permanent et la peopolisation de tout couplés à la rationalité froide des « techniciens », cela fait froid dans le dos. L’Homme peut être fort, mais il reste homme, et la Science aujourd’hui a atteint des niveaux où la manipulation de masse n’est plus un vain mot. Les neurosciences ont accouché de monstres. Tant de raisons qui me poussent à m’activer. Je ne peux rester les bras croisés devant la destruction lente mais progressive de l’Humanité dans tout ce que ce mot contient de fort (et de spirituel). La misère intellectuelle, matérielle et spirituelle nous guettent via le capitalisme libéral triomphant, seul un soulèvement de la masse pourra s’y opposer. J’espère qu’il adviendra.

  11. Aventin

    @Galaad,

    Pour ma part je vois de plus en plus le système médiatique et journalistique comme une formidable machine à dresser les esprits. Ce n’est pas Big Brother qui nous regarde mais nous qui le regardons. Je tiens la télévision pour une des catastrophes démocratiques majeures du XXème siècle. Il serait bon de revenir sur l’introduction et les raisons de l’introduction de cette affreuse machine à propagande.Je ne crois pas au hasard. Cette machine change les relations familiales, citoyennes, amicales, puis politiques… Il va falloir sérieusement réfléchir sur les mass médias. Le marketing travaille quant à lui depuis longtemps sur des modèles de quasi manipulation n’hésitant pas à jouer sur les ressorts inconscients. Ce système médiatique est un chemin de dictature molle par la forme mais terrifiante d’efficacité sur le fond (Voire le role des médias au Venezuela par exemple). La constitution de 58 n’intègre pas ce pouvoir et ne le limite pas, c’est là un problème et ce d’autant plus quand ses moyens d’action sont détenus par des capitaux privés dont le souci immédiat n’est manifestement pas l’accroissement du niveau de conscience ou d’autonomie des individus, et je ne parle pas même d’intérêt général. Imaginez seulement que ces « mannequins glacés avec un teint de soleil », hommes médiatiques délivrant la bonne parole libérale – entre autres, et le show biz avec -, sont en permanence présents dans l’espace public, lequel est réduit pour une bonne part à l’espace médiatique, alors que les élus de la nation n’y paraissent quasi jamais. Combien de nos députés n’auront pas 5 minutes dans la petite boite à malheur démocratique en 5 ans ? Et pendant ce temps-là combien d’éditorialistes, journalistes, travaillent le peuple au libéralisme toute la journée depuis 5, 10 ou 20 ans ? Le divertissement, c’est la grande loi d’abrutissement et de démobilisation des intelligence du libéralisme du jour.

    Amicalement.

  12. Galaad Wilgos

    Je ne peux qu’être en complet accord avec ce que vous venez de décrire. La TV, c’est un peu le songe éveillé des êtres humains, on pourrait y appliquer la définition de Dieu de Feuerbach. L’Homme y projette ses propres caractéristiques poussées à l’infini, y compris, a fortiori sa bêtise. Il s’y aliène, le sourire béat et un filet de bave coulant de sa bouche… La TV gomme les différences de classe, elle atomise le peuple tout en lui donnant pour idéal celui du bourgeois moyen – voire du grand bourgeois pour les séries américaines. Elle donne à l’Homme une apparence individualiste qui n’est qu’apparence, car anthropologiquement elle les enchaîne au contraire à un comportement grégaire, le narcissisme de masse : des millions de personnes sur la même chaîne à regarder la même chose au même moment, je n’appelle pas cela individualisme ! Je ne parle même pas des effets mêmes du médium en soi sur le fonctionnement neurochimique du cerveau, avec effets garantis en particulier au plus jeune âge (déconcentration, agressivité accrue, mémoire décrue).

    Le show-biz, c’est l’épaisse et vulgaire peinture mise sur la vieille voiture du libéralisme, cette couche criarde de maquillage que mettent les prostituées pour aguicher le passant. Elle permet de masquer un minimum sa froideur méthodologique, cette absence d’humanité que l’on aperçoit chez ces fameux « techniciens », toujours là pour remplacer les showmen lorsque leur charme sur la masse a disparu (voir Sarkozy, Berlusconi ou Reagan). C’est un Janus ! Et en eurolibéralie, il est aujourd’hui gagnant !

    Heureusement, des peuples partout dans le monde nous montrent qu’il existe des voies alternatives. Des voix alternatives qui nous proviennent notamment d’Amérique Latine.

    A quand les répercussions européennes ?

    Cordialement

  13. Galaad Wilgos

    La production de l’Homme Nouveau, telle que fantasmée par le libéralisme : http://www.youtube.com/watch?v=DM2pHZhXaLM&feature=related

    😉

    P.S.: On n’en est pas loin avec les fabulations du compère Impat

  14. Galaad Wilgos

    P.P.S.: Quelqu’un peut-il m’expliquer comment incorporer dans un commentaire une vidéo youtube S.V.P.? Merci!

  15. Guenièvre

    Impat nous esquisse, dans sa deuxième partie au moins, quelques pages d’un roman de science-fiction. Comme il est optimiste – et c’est bien agréable par les temps qui courent – nous voici dans le merveilleux. Dans la science-fiction on ne peut être que dans le merveilleux ou le catastrophique, jamais dans un univers qui marcherait cahin-caha.
    En même temps il est vrai que la SF nous dit quelque chose sur la science parce qu’en prolongeant ses orientations jusqu’à l’extrême, elle nous renseigne sur ce qui la meut. Plus que les automates décrits par Galaad c’est la biologie et la génétique qui me semblent porteuses de fantasmes que nous devons maîtriser sous peine de nous engager dans des aventures bien périlleuses.

  16. Bonjour Guenièvre, cette « divagation » s’amuse à décrire quelques évolutions du monde qui pourraient se produire. Il pourrait, cela va de soi, s’en produire bien d’autres. Celles qui sont mentionnées se trouvent à portée de notre imagination, d’autres ne sont même pas imaginables…

  17. Question : au-delà du progrès inéluctable de la Science et de la Technique, avez-vous un avis personnel sur le bien-fondé de ces « progrès »? Plus précisément, pensez-vous que cela sera un véritable progrès pour l’Homme qu’il puisse enfin entrer directement dans le cerveau à l’aide d’une sorte de télépathie par exemple? Bref, avez-vous un avis sur ces choses-là au-delà du constat (est-ce positif, négatif pour vous)?

  18. Galaad, vous me faites l’honneur de vous enquérir de mes préférences, je vous donne quelques éléments.

    En premier lieu je pense qu’il est vain de considérer qu’une évolution sur le lointain futur est bonne ou mauvaise. Car d’une part cette évolution, comme vous le dites, est inéluctable, mais surtout parce qu’en même temps l’homme aura lui-même évolué. (La femme aussi, hélas -J ). Quel jugement portera-t-il sur ce qui est positif ou négatif ?
    À mon sens une seule chose compte. Cette chose, c’est la capacité que nous possédons d’aimer. Et donc d’être aimé.
    Si l’homme un jour perd cette capacité, il ne sera plus l’homme. C’est alors une autre Histoire qui commencerait, concernant une nouvelle espèce.

  19. Galaad Wilgos

    Donc vous refusez de vous prononcer sur la qualité de telles avancées? Rien n’est inéluctable, mon commentaire était sur ce point ironique… Si l’on se met à fabriquer des machines à contrôler littéralement les cerveaux à distance, croyez-moi que je serai le premier à m’y opposer.

    Cela ne vous dérange donc point que l’homme disparaisse au profit d’une nouvelle espèce visiblement plus proche de l’automate que de l’Homme? Comment l’Homme évoluera-t-il puisque ce genre d’évolutions naturelles ne se font que sur des périodes dépassant les centaines de milliers d’années? Parlez-vous d’évolutions génétiques pré-programmées par l’Homme?

    Ne trouvez-vous pas cela effrayant, enfin?

  20. QuadPater

    Impat, une chose est certaine à propos de notre (peut-être pas si) lointain descendant : il jugera répugnantes nos pratiques sociales, sexuelles, alimentaires, bref tout ce que nous considérons comme une avancée indépassable de la civilisation.

    La science-fiction a décrit beaucoup de futurs possibles.
    Certains auteurs partent d’une évolution des mœurs et poussent à l’extrême ses conséquences. Le décor de l’action est notre monde – ou pas loin.
    D’autres tentent de décrire ce que peut donner une découverte scientifique majeure (voyage dans l’espace) et la mettent en scène dans un univers ressemblant lui aussi beaucoup au nôtre où « pays » est remplacé par « planète », « moteur à explosion » par « propulseur ultra-luminique », et les Boches par l’Araignée Télépathe d’Andromède.
    J’ai rarement lu de roman combinant les 2 approches. Sans doute parce que le futur éloigné (100 ans ? 200 ans ?) est simplement inimaginable.
    Les romans de SF reconnus comme les plus prophétiques n’anticipaient que de quelques dizaines d’années ce qui s’est effectivement passé.
    La science-fiction a décrit beaucoup de futurs possibles, oui. Mais ce n’est pas son principal intérêt.

  21. QuadPater,
    Le jeu de mon billet portait surtout sur le futur du futur. 200 ans, c’est demain, et comme vous dites on a du mal à imaginer ce demain. Mais 1000 ans, et davantage, 10.000? Pensez que nous vivons à seulement 40 générations de nos ancêtres d’il y a 1000 ans. Et que nous savons parfaitement bien quel était leur monde, ce n’est donc pas si loin…
    Au moins le risque d’être contredit est faible, les témoignages du futur étant plutôt rares.

  22. QuadPater

    Impat, l’évolution humaine suit trois axes : biologique, moral (au sens très large) et technologique. Ce que nous sommes aujourd’hui représente le chemin parcouru sur chaque axe. Pour deviner ce que nous serons dans xxx années c’est simple, il suffit de prolonger virtuellement chaque axe et de voir ce que cela donne…

    Le hic c’est que la vitesse de progression est loin d’être la même dans chaque direction.

    Biologiquement, nous sommes quasiment semblables aux humains d’il y a 1 million d’années. Donc pas de souci, ça ne va pas beaucoup bouger d’ici l’an 500.000 (sauf intervention humaine, mais là nous passons dans le domaine technologique).

    Moralement, il est plus difficile de prévoir. On peut raisonnablement estimer que la morale humaine nous amène à toujours plus de compassion et de gentillesse. L’esclavage, la torture, le racisme sont des choses considérées aujourd’hui comme mauvaises.
    Et demain ? Qu’allons nous décider pour être encore plus gentils, pour diminuer encore plus la souffrance sur terre ?
    En en parlant avec ma fille aînée j’avais avancé l’idée que l’Homme pouvait fort bien décider de devenir végétarien, pour ne plus avoir à troquer une mise à mort contre un repas. Pourquoi pas ? Ce ne serait sans doute qu’une première étape, la suivante étant logiquement une alimentation entièrement synthétique. Sinon je n’ai pas d’idée… cependant je suis certain d’une chose : nous n’irons volontairement jamais loin dans un chemin menant à notre extinction définitive. Une civilisation peut être suicidaire, pas une espèce (même pas les lemmings, leur soi-disant suicide collectif est une légende).

    Technologiquement, le mouvement est en accélération permanente et la progression est aussi chaotique que la météo. En 1890 on pouvait encore avoir une idée de ce que serait la vie quotidienne en 1910. En 1960 les prévisions à 20 ans étaient bien plus hasardeuses. Aujourd’hui deviner comment nous vivrons en 2032 est une gageure.

    ————————–

    Jetez un coup d’œil à ce que Villemard prévoyait en 1910 pour l’an 2000, c’est très intéressant 😉

    ici par exemple –> http://talent.paperblog.fr/1498792/villemard-et-la-vision-du-futur-en-1910/

  23. QuadPater,
    Je suis d’accord avec tout votre 3 juillet 2012 à 00:49 sauf cette phrase de début:
    … »Pour deviner ce que nous serons dans xxx années c’est simple, il suffit de prolonger virtuellement chaque axe et de voir ce que cela donne…
    Le hic c’est que la vitesse de progression est loin d’être la même dans chaque direction. »…
    En effet dans le prolongement imaginé d’une courbe, quelle qu’elle soit et quel que soit son objet, ce n’est pas seulement la vitesse de progression qui risque de changer. C’est aussi le sens de la progression, qui peut s’inverser.

  24. QuadPater

    Oui Impat mais quand vous étudiez la tendance d’une courbe sur plusieurs milliers d’années il y a vraiment très peu de probabilité qu’elle s’inverse.
    je n’écarte pas la possibilité du débarquement d’un Messie qui nous incite à redevenir impitoyables, ni d’une modification génétique spontanée qui modifie profondément notre biologie, mais je pense la proba négligeable.

  25. … »la tendance d’une courbe sur plusieurs milliers d’années il y a vraiment très peu de probabilité qu’elle s’inverse. »…
    Certes, mais pas de certitude.
    À propos de la tendance « nocive » des experts à prolonger les courbes selon le sens et la pente qu’elles présentent, j’aime bien citer l’évolution démographique de la terre. Voici 50 ans de nombreux experts « s’accordaient » à dire que la population du globe ne cesserait de croître, et que l’aboutissement inéluctable en serait la fin du monde…

  26. Guenièvre

    Quelques objections que vos esprits scientifiques balaieront sans doute d’un trait !
    A mon avis, Impat, l’amour seul ne suffit pas pour qu’une société perdure. Toutes les civilisations ont inventé des légendes, construit des interdits, introduit des tabous pour apprivoiser les pulsions destructrices et les fantasmes régressifs des hommes. Nous sommes les premiers à compter uniquement sur la raison. Qui peut nous assurer que, sous des dehors rationnels nous ne sommes pas de plus en plus gouvernés par l’inconscient? ( c’est là que Quad s’étrangle !) Depuis les Lumières nous sommes habitués à penser que « progrès de la science et le progrès de l’humanité vont de pair ». Tout ce que vous dites sur l’évolution positive quant à la considération des êtres humains et même des êtres vivants est très juste, je pense aussi que nous deviendrons végétariens mais ce n’est pas là que je vois un problème : c’est de sagesse dont nous avons besoin car à force de rejeter toute autorité, toute transcendance et toute limite n’avons-nous pas tendance à nous prendre pour des Dieux? Cette présentation par exemple me donne quelques frissons.

    http://livre.fnac.com/a1133119/Bernard-Debre-La-grande-transgression

    Intervenir sur les embryons, les améliorer, créer la vie… apprentis sorciers ?

  27. Guenièvre,
    … »l’amour seul ne suffit pas pour qu’une société perdure »…
    Je vous l’accorde, avec réticence. Mais je pense qu’à l’inverse une société humaine ne perdure pas sans amour.
    En somme, pour jouer au scientifique, l’amour est une condition nécessaire et non suffisante.

  28. QuadPater

    L’amour de quoi ?

  29. Non, Quad, je parle de l’amour de qui.

  30. QuadPater

    Je suis confus, je n’avais pas lu tous les messages.

  31. Grave question, le cerveau peut-être confus, mais l’ordinateur pourra-t-il l’être?

  32. Guenièvre

    La PMA est certainement née du souci de venir en aide aux couples stériles ( amour du prochain ). Mais certains scientifiques pensent déjà que cela pourrait être un « moyen de libérer la femme de la maternité » ( ?)
    Le Président du comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie a eu lui aussi quelques divagations vers le futur et s’amuse à imaginer la condition féminine dans cent ans. A cette époque l’utérus artificiel remplacera l’archaïque matrice ….
    « L’œuf est développé en culture, le terme de grossesse a presque cessé d’avoir un sens. L’amour des deux parents est sublimé….rendu égal par l’égalité des conditions du père et de la mère…. ce qui permettra aux enfants de cette époque bénie d’être peut-être plus heureux que ceux du siècle passé » Jean Bernard – La femme dans cent ans.
    Amour de la femme ou désir de lui enlever le pouvoir de donner la vie ? En tout cas humanité délivrée de la contrainte biologique d’enfanter. Un progrès ?

  33. QuadPater

    Dans le sens de « navré », non, pas vraiment – nous n’avons aucun intérêt à fabriquer un outil qui éprouve des sentiments. Cependant l’ordinateur peut simuler. Il pourra détecter nos états d’âme et adopter dans ses échanges un ton approprié.

  34. Guenièvre

    En relisant les commentaires je m’aperçois que votre post à Galaad du 2 juillet à 13h 59 répond à mon interrogation : et vous avez raison, en plus il est tout à fait probable que les hommes (et les femmes) d’alors considèrent cela comme un progrès.

  35. Guenièvre

    @ c’était @ Impat

  36. En tout cas cette phrase : « ce qui permettra aux enfants de cette époque bénie d’être peut-être plus heureux que ceux du siècle passé » arrive à condenser toute la stupidité, l’inculture et l’ignorance d’une partie de la « communauté scientifique » en matière d’anthropologie, de morale, de philosophie ou que sais-je encore. On se demande encore comment l’on peut écouter ces gens qui visiblement ne connaissent de l’Homme que ce qu’ils ont aperçu dans leur laboratoire ou leurs éprouvettes.

  37. Galaad Wilgos

    @Quadpater (et @Impat)

    Le problème c’est que vous avez une vision linéaire, bassement progressiste de l’histoire, et vous résumez l’humanité à la moraline bien pensante. Je suis d’accord avec vous sur l’évolution biologique, de même que du point de vue technologique tout va vite, parfois trop vite en effet, sans parler des créations parfaitement dénuées d’utilité autre que celle d’alimenter l’insatiable bête qu’est la société de consommation. Mais du point de vue moral ce que vous dites n’a aucun sens.

    Car en effet, non seulement vous jugez d’un point de vue francocentré, mais vous limitez la morale à quelques thèmes phares de la pensée dominante. Francocentré car partout dans le monde le racisme n’est pas considéré comme quelque chose de mauvais, y compris en Occident, et en France il y a de nombreux progrès à encore accomplir en matière d’antiracisme, alors que celui-ci peut facilement tendre vers un différentialisme qui équivaut en fait à un racisme inversé. De même que pour la torture, il suffit d’aller jeter un coup d’oeil aux states pour voir qu’elle n’est certainement ni interdite, ni unanimement condamnée (il y a toujours quelques utilitaristes à deux francs pour vous la justifier). Etc. En outre, vous parlez de l’histoire poussant vers plus de gentillesse, ce qui est assez risible quand on voit le mouvement enclenché depuis le 19e siècle et propulsé par l’ère du libéralisme triomphant vers toujours plus d’indifférence envers son prochain, de méchanceté ou d’incivilité. N’est-ce pas vrai que « le vice privé fait la vertu publique » (les libéraux)? Ne remarque-t-on pas qu’aujourd’hui ce qui est cool c’est d’être méchant et nihiliste (voir le succès incroyable de Dr. House)? N’est-ce pas vrai que nous sommes entrés dans « l’ère du vide » (Lipovetsky), de « l’onanisme consommationiste de masse » (Castoriadis), du « retour de la guerre des dieux »(Kepel, Pena-Ruiz)? Ne voit-on pas partout les pratiques de solidarité et de fraternité s’étioler au profit d’un égoïsme grégaire? Je pourrais continuer comme cela pendant des heures sur des tas d’autres domaines qui relèvent eux aussi de la vertu…

    Le progrès technique et scientifique n’implique point le progrès humain en général, c’est un fait que l’on peut apercevoir tous les jours. On pourrait même penser l’inverse. Il n’y a pas de Progrès avec un P majuscule, autrement que dans la religion du progressisme, il y a des progrès accomplis et à accomplir, c’est tout. L’abolition de la peine de mort est un progrès, l’égalité homme-femme devant la loi en est un autre, ainsi que l’évolution des mentalités concernant cette égalité. Mais l’Humanité est une lutte incessante, contre les régressions et pour les progressions. Le Progrès (donc le progressisme) c’est la pensée facile, paresseuse et inactive. C’est la passivité couplée à un optimisme stupide qui consiste à déresponsabiliser l’Homme en lui enlevant la conscience qu’il est maître de son destin et que l’Histoire dépend de ses décisions, tout en lui faisant croire que tout ira forcément mieux. Il n’y a rien de plus liberticide.

  38. Guenièvre

    Galaad, vous avez attiré l’attention sur cette phrase alors je suis allée vérifier dans l’article qui fait allusion à ce livre. Je dois dire que j’avais omis deux guillemets. l’expression  » L’époque bénie  » n’a pas été écrite par le professeur Bernard mais par le commentateur. Le scientifique s’est contenté de faire la supposition que « les enfants y seraient peut-être plus heureux que ceux du siècle passé ».

  39. QuadPater

    Oui j’allais écrire le même avertissement. 🙂

    Guenièvre, je suis intimement convaincu qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter des dystopies imaginées par B. Debré et J. Bernard. Non pas que des expériences ne puissent pas être tentées dans ce sens, mais une société entière ne peut se réorganiser ainsi. Voyez-vous, je ne crois pas en Dieu mais je sais que l’Homme dispose en lui-même d’un garde-fou encore plus vigilant : ses racines animales. Nous ne sommes pas de purs esprits et sommes soumis à des sentiments, des pulsions et des instincts qu’on peut museler individuellement, mais pas sur l’ensemble de l’espèce. La procréation in vitro, l’incubation extra-utérine resteront soit des palliatifs en cas de problème avec les méthodes naturelles, soit des essais ponctuels d’originaux. Toute société a des testeurs qui expérimentent de nouvelles façons de vivre la sexualité, de travailler, de faire des enfants… C’est une bonne chose d’ailleurs. Mais leurs expériences ne se généralisent que si l’animal en nous donne son accord. Par exemple une femme donnée pourra toujours trouver rigolo que son propre bébé soit pondu par une vache mais elle ne convaincra pas ses consœurs d’adopter la même méthode.

  40. QuadPater,
    Je lis le charmant compliment de Galaad: … »Le problème c’est que vous avez une vision linéaire, bassement progressiste de l’histoire, et vous résumez l’humanité à la moraline bien pensante. »…

    Z’avez pas honte, Quad? Rassurez-vous, je vois que je vous accompagne donc dans cette basse vision…-:)

  41. QuadPater

    Durant l’ascension d’une montagne, Quad dit à Galaad « tiens, on est parti de 500 m et on est à 1000, nous avons vachement grimpé ! » mais Galaad lui répond « Sottises, tu vois bien qu’en ce moment le chemin descend ».

  42. Galaad Wilgos

    Durant l’ascension d’une montagne, Galaad dit à Quad « tiens, on est parti de 500m et on est à 5000, n’oublions pas nos réserves d’oxygène » mais Quad lui répond « Sottises, tu vois bien qu’en ce moment l’air devient meilleur, plus pur ».

  43. Quad et Galaad,
    Au lieu de vous essouffler sur un chemin de montagne, prenez donc l’avion. Vous aurez à la fois l’air pur d’altitude et l’oxygène.
    Mais je soupçonne que Quad prendra un Rafale, et Galaad un ULM à pédales.

  44. QuadPater

    La vitesse ne m’attire pas, Impat, quand j’ai le choix je lui préfère le confort.

    Que répondre au Galaadounet qu’il ne sache déjà sans oser se l’avouer ?

    Mon Wilgos vous partez en guerre contre des moulins à vent. Personne n’a fait de lien de cause à effet entre le progrès technologique et le bien-être depuis au moins Jules Verne. Et vous m’accorderez également que le Terrien moyen de 2012 est plus civilisé que celui de 1912 qui lui-même… 1812… etc. La tendance est à la hausse depuis des millénaires, avec bien sûr quelques disparités de la vitesse d’évolution de ci, de là, selon les continents, ainsi que quelques retours en arrière dans des périodes limitées.
    Mais cahin caha le degré de civilisation sur terre croît tandis que l’univers se refroidit et se disloque lentement mais inexorablement. Ce n’est pas de l’optimisme béat, c’est le propre de la vie et de ses productions (nous, entre autres) d’aller à rebrousse-poil du Grand Désordre Global qu’on appelle l’entropie.

  45. Aventin

    « Et vous m’accorderez également que le Terrien moyen de 2012 est plus civilisé que celui de 1912 qui lui-même »

    Et vous évaluez ça comment grand Sachem, qu’on rigole un grand coup !

    Prenez la langue de nos écrivains selon les émission des années 50 dispo sur le site de l’INA, prenez celle de nos écrivains du jour… mais où donc est passé la civilisation ? Foutu l’camp par les bords du poste ?

  46. Aventin

    Cher Galaad, je viens de prendre connaissance des réponses qui vous ont été faites sous cet article. Ainsi, afin d’éviter d’inutiles problèmes de compréhension ralentissant les débats, je propose que nous soumettions de concert l’idée selon laquelle un test de culture générale soit préalable à toute autorisation de venir converser en ces lieux dès que nous y prenons la parole. Non ?

  47. Aventin

    « cahin caha le degré de civilisation sur terre croît »

    Encore un qui confond accroissement de la masse des échanges et civilisation.

    Tiens, ça me rappelle un livre formidable de Léon Bloy « Le sang du pauvre ».

    Non Quad, Léon Bloy n’est pas libero à Louhans Cuiseaux.

    Ah, ces libéraux, dès qu’on leur cause plus chiffres y sont paumés…

  48. QuadPater

    Un individu est d’autant plus civilisé qu’il a moins tendance à recourir à la violence pour régler ses conflits personnels. Si c’est d’un butor de l’âge de pierre que vous vous étiez moqué en l’appelant grand Sachem, vous ne seriez déjà plus vivant. 🙂

  49. Aventin

    Vous nous indiquez donc que le monde est aujourd’hui moins violent ; mais comment procédez-vous à cet étonnant calcul ; quel sont ces éléments de constatations exhaustif vous permettant de telles affirmations ?

    Une courbe économique de l’évolution du taux de chômage depuis trente ans ?

    Nous sommes dans la pensée magique. C’est ainsi que l’on en vient à parler de la marche inexorable du progrès. Quel progrès, où et à quel moment ? Et pour qui ? Les Indiens d’Amérique n’auraient-il pas pris en pleine poire le progrès inéluctable de la civilisation néo-libérale ?

    Il arrive un moment les copains où il faut fonder ses propos, à défaut on se fait un trip ballade en Inde et Asrham pour touristes fortunés.

    Attendez, j’en propose une : la terre est bleue comme une orage ! C’est sympa comme idée non ? Lançons dans le ciel des affirmations au kilomètre, avec un air concerné, pour donner du crédit à la chose.

    C’est le festival de la blague…

  50. Guenièvre

    Quad, je suis assez d’accord avec vous sur l’instinct de conservation et je suis tout à fait persuadée que l’ensemble de l’espèce humaine ne se laissera pas tenter par ces expériences : dans certains coins de la planète cela ne risque rien. Dans d’autres coins par contre dès que l’on agite des concepts comme « les droits de l’homme » ou « l’égalité des sexes » il semble que l’on perde assez vite l’usage de la raison. Je ne parierais pas que l’argument qui consiste à dire qu’avec les utérus artificiels on aura enfin une parfaite égalité homme-femme n’y rencontre pas de succès. Vous auriez pensé il y a quarante ans que les couples homosexuels pourraient un jour adopter un enfant ? Demain ce sera le cas . Et ils demanderont ( ils demandent déjà) et on leur accordera la PMA après-demain puisque l’Etat n’est plus conçu aujourd’hui que pour rendre service aux existences particulières.
    Même si on parle beaucoup de principe de précaution chaque action porte en elle le risque de la démesure et les sciences contemporaines ouvrent davantage la possibilité de technologies nouvelles que de moyens d’en prévoir et d’en neutraliser les effets.
    Je ne suis pas pessimiste, pas catastrophiste, je me pose des questions.

  51. Guenièvre

    @ Aventin,

    « Ainsi, afin d’éviter d’inutiles problèmes de compréhension ralentissant les débats, je propose que nous soumettions de concert l’idée selon laquelle un test de culture générale soit préalable à toute autorisation de venir converser en ces lieux dès que nous y prenons la parole. Non ? »

    Ah! Aventin, je retrouve ici cette modestie charmante qui m’avait tant plu sur Causeur! 😉

  52. QuadPater

    J’attends avec impatience la réponse de M. Wilgos.

  53. QuadPater

    Guenièvre, vous avez compris je pense que la démesure à laquelle je ne crois pas est la généralisation de ces pratiques.

    Je tente un scénario : un couple d’homos mâles, mariés, découvre son infertilité*. Ils tentent l’adoption. Manque de bol l’offre étant ce qu’elle est, rien à l’horizon. Acheter un gosse ne les dérangerait pas, mais c’est trop cher. Demande de PMA. Pour faire un bébé il faut du sperme, des ovocytes et un utérus. Le sperme ils en ont à revendre. Manquent les ovocytes et l’utérus.
    Le don d’ovules ne semble pas passionner les foules : 329 cas en 2009. Qu’est-ce que ça donnera le jour où on dira aux nanas que leurs précieuses cellules peuvent être attribuées à des pédés ? Mystère. mais admettons que notre petit couple en récupère.
    Pour l’utérus, il y a les mères (ou vaches, ou truies) porteuses**.
    Notre petit couple obtient son bébé rose 2 ans après la demande. Livré à domicile, pas de photos/vidéos de l’accouchement, ça ne fait rien ils sont au-delà de ça. Ils se disputent pour savoir qui est le père, qui est la mère, qui allaite, qui donne des baffes. Ils constatent avec horreur qu’aucun des deux n’a de montée de lait. Ils font une demande en 3 exemplaires d’assistance à l’allaitement. Accordée.

    Guenièvre, j’arrête là pour aujourd’hui, j’ai le fou-rire.

    ———-
    * sic. On ne dit plus stérilité.

    ** seules les vaches et les truies on été admises au club. La légalisation des truies porteuses, soutenue par Marine Le Pen (majoritaire à l’AN depuis 2017), a fait débat, les musulmans menaçant de s’expatrier. La pratique a été néanmoins légalisée en 2018 lors du 2è mandat présidentiel normal. Remboursée par la sécu comme le reste, on est socialiste ou on ne l’est pas.

  54. Guenièvre

    @ quadpater,

    Après les divagations vers le futur d’Impat, voici la politique fiction de quad!
    Vous allez faire très plaisir à Aventin en annonçant une Assemblée FN pour 2017 mais beaucoup moins en pronostiquant une cohabitation avec l’actuel Président ! 🙂
    La démesure dont je parlais moi, c’était moins la possibilité d’étendre ces pratiques que les pulsions qu’elles pouvaient révéler : la pulsion d’emprise qui rêve d’une maîtrise de l’autre, de sa transformation en objet que l’on peut façonner à sa guise. Moi non plus je ne suis pas croyante mais il y a, dans cette volonté de fabriquer du vivant quelque chose qui me choque, quelque chose dont j’ai du mal à expliquer l’origine (trop lu de romans peut-être) mais qui est de l’ordre de la transgression.

  55. Guenièvre, quelque chose m’échappe tout en m’intéressant beaucoup dans ce que vous dites à 14h35.
    En quoi la lecture de romans peut-elle davantage conduire à être choquée par l’idée de fabriquer du vivant?

  56. QuadPater

    On ne sait pas créer de la matière vivante. C’est comme le yaourt, pour en fabriquer il faut déjà en avoir un peu au départ pour amorcer.

  57. Guenièvre

    @ Impat,
    Cela vous échappe cher Impat parce que je suis restée trop laconique. Tous les mythes et ensuite la littérature occidentale ont abordé le thème de la fabrication de la vie autre que par sa conception par un homme et une femme, soit directement dans des éprouvettes ( le célèbre « meilleur des mondes »), soit par l’animation de statues ( Pygmalion), de robots ( » L’Eve future » de Villiers de l’isle Adam) ou de cadavres ( Frankenstein). En général, cela se termine très mal parce que le rapport entre le créateur et la créature est trop complexe (aspect psychanalytique) ou parce que cette fabrication obéit à des visées politiques de domination. Je suis certainement certainement influencée par ces lectures parce que je suis aussi persuadée que les mythes sont porteurs d’une certaine sagesse parfois. Je suis bien consciente que pour des esprits scientifique ça doit ressembler à de la superstition…

  58. Guenièvre

    Cher Impat, quelque chose vous échappe parce que j’ai été trop laconique. Tous les mythes et la littérature ont abordé le thème de la fabrication de la vie autrement que par la conception par un homme et une femme, soit directement dans des éprouvettes ( le fameux  » meilleurs des mondes ») soit par l’animation de statues ( Pygmalion) de robots ( L’Eve future, de Villiers de L’Isle-Adam ) ou de cadavres ( Frankenstein ). En général, cela se termine très mal parce que les rapports entre la créature et le créateur sont impossibles ou trop complexes (aspect psychanalytique) ou parce que cette fabrication obéit à des visées de domination politique . Je suis sans doute influencée par ces lectures et je crois aussi que les mythes sont parfois porteurs d’une certaine sagesse. J’ai bien conscience que pour des esprits scientifiques ce n’est que de la superstition 🙂

  59. Voilà, j’ai tout (?) compris: vous faisiez référence à des romans, mais pas n’importe lesquels!

  60. Galaad Wilgos

    Je ne sais ce que me vaut ce regain de familiarité, cher QuadPater, est-ce une preuve supplémentaire du Progrès merveilleux ?

    « Personne n’a fait de lien de cause à effet entre le progrès technologique et le bien-être depuis au moins Jules Verne. »

    LOL comme disent les jeunes ! Vous ne devez pas écouter grand monde, pas plus tard qu’hier Serres nous gratifiait d’un éloge béat et illuminé du Progrès technologique et du monde virtuel dans un petit livre assez nul et un entretien-débat assez long pour arrêt sur image. Avez-vous entendu parler du « Parti Pirate » ? Connaissez-vous la définition de la gauche donnée par Glavany comme étant « le parti du progrès et de la raison » ? Vous ne remarquez donc pas, avec Bernanos, Ellul, Castoriadis ou d’autres, la fabuleuse autonomisation de la techno-science et l’érection d’un culte envers celle-ci comme si devait en découler le paradis terrestre futur ? Etc. Enormément de monde, en particulier chez les scientifiques, lient progrès techno-scientifique avec progrès du bien-être… Vieil héritage des Lumières dont Rousseau avait déjà fait une très bonne critique.

    « Mais cahin caha le degré de civilisation sur terre croît tandis que l’univers se refroidit et se disloque lentement mais inexorablement. Ce n’est pas de l’optimisme béat, c’est le propre de la vie et de ses productions (nous, entre autres) d’aller à rebrousse-poil du Grand Désordre Global qu’on appelle l’entropie. »

    On croira donc avec vous (et Georges Kaplan) que la mondialisation heureuse produit un bonheur heureux croissant. Les inégalités en explosion partout dans le monde (a fortiori en Occident), le regain des religiosités extrêmes, la prostitution des cultures locales au profit d’un tourisme mondialisé, l’hégémonie du libéralisme et de ses cavaliers de l’Apocalypse (OMC, FMI, OCDE, UE) dans le monde, les dépressions de plus en plus en vogue partout en Occident, j’en passe… On peut en effet voir que le degré de civilisation croït. D’ailleurs les pissotières de Duchamp sont probablement de superbes symboles artistiques d’une Civilisation en progrès constant – on voit déjà dans quelques siècles les musées de pisse affichant ces vestiges comme autant de preuves de l’âge d’or de la civilisation européenne et occidentale.

    Dormez bien, papa Progrès et maman Techno-Science sont là pour veilleur sur vous et vos proches.

  61. Aventin

    Il va sans dire Guenièvre que je vous compte parmi ces Oracles chargés de guider et d’enseigner les Hommes.

  62. QuadPater

    À Galaad et l’autre prétentieux : j’ai chopé l’adjectif « civilisé » dans son acception Larousse et je me suis demandé à quoi ressemblait la variation du degré de civilisation (= la hauteur à laquelle on est civilisé, la civilisétude si vous préférez) à travers les âges. Pas la Civilisation elle-même, elle n’est pas mesurable. Degré que humain être civilisé. C’est bon, vous faites la distinction ?

    Il m’a semblé remarquer que nous (les individus humains actuels) étions beaucoup moins enclins à régler nos soucis par la violence que nos ancêtres. Donc plus civilisés. J’en ai fait part ici et je me suis demandé où ça nous mènerait si ça continuait. Enfin, contrairement à vous deux j’ai l’habitude de penser tout seul ; par conséquent je n’ai pas de référence à vous proposer.

    Des remarques ?

  63. Oui.

    1) On ne pense jamais « tout seul », ou alors on ne pense pas. Rien que le fait de parler témoigne d’une pensée qui s’enracine quelque part, et est le fruit d’une histoire. Je ne voulais pas avoir l’air pédant en citant ces références (je n’ai pour ma part pas la culture générale, ou la culture tout court d’un Aventin ou d’autres dont je ne me permettrai pas de donner des conseils là-dessus), néanmoins je ne préfère pas produire une pensée sans citer ceux qui me l’ont inspirée.

    2) C’est faire bien des simplifications que de résumer un quelconque degré de civilisation à une « moindre violence » prétendument présente dans la société, l’on pourrait à mon humble avis lui attribuer bien d’autres critères. Mais admettons celui de la violence, et je pourrais dire que ce n’est qu’une vision bourgeoise de la chose, car je ne vois pas de « progrès » dans le fait de substituer à la violence une obsession juridique procédurière, et je vois pourtant une violence accrue et croissante dans la société, en particulier par l’américanisation de tout et ce que cela engendre. Allez donc aux « states » et vous verrez si l’on a vraiment moins recourt à la violence qu’auparavant en Occident (guns everywhere? « ghetto attitude »? torture? guerres impériales? etc.). La concurrence de tous contre tous entrainée par un capitalisme financier aux abois, c’est moins de violence? Je n’appelle pas un degré de civilisation accru le fait d’exporter la violence un peu partout dans le monde : la barbarie de la révolution industrielle est désormais chinoise, au profit des consommateurs occidentaux, de même que le fait de pouvoir annihiler des milliers de personnes sans que celui qui en est le responsable ne ressente pas même une quelconque culpabilité, n’est pas pour moi une preuve de degré de civilisation en progression.

    Je crois que tout semble prouver que le Progrès n’existe pas. Il y a des progrès certes, mais nominaux, et non généraux.

  64. Galaad Wilgos

    Je dirai même plus : tout pousse à être pessimiste et désolé de son temps, ou révolté. La « modernité liquide » (Baüman) et les dégâts qu’elle entraine, la privatisation massive des individus (et de tout le reste), la dépolitisation des masses, ce narcissisme grégaire insupportable, la « culture de masse » qui se substitue à la culture populaire, l’aliénation abominable par toutes ces cochonneries produites par des élites décadentes (tv réalité, jeux débiles,…), la perte d’une conscience de faire partie d’un tout, une crise en art/littérature/…, dois-je continuer? Et l’économie financière qui ravage tout sur son passage? Une mondialisation néolibérale sauvage? Vraiment, je crois de plus en plus que les optimistes béats, qui pensent que le monde d’aujourd’hui est super et va de mieux en mieux, sont des moutons dociles qui vont avec le sourire tout droit vers l’abattoir. L’air du temps pousse vers la décivilisation, on ne me fera pas croire qu’en détruisant les services publics, par exemple, l’on fait avancer « le Progrès ». Maintenant, je vois bien qu’ici à antidoxe ce genre de préoccupations n’est pas très répandu (libertarianisme et néolibéralisme obligent), mais bon que voulez-vous, j’aime « combattre des moulins à vent ».

  65. Galaad,
    Je ne prend qu’un exemple dans votre intime désir de penser que tout était mieux avant.
    … »en détruisant les services publics »…
    Inutile d’inventer des « destructions » qui n’existent pas.
    Ce qui serait souhaitable, serait de faire maigrir certains services publics à effectifs trop nombreux au point de les rendre moins efficaces, et d’éviter ainsi le risque de « destruction » de note civilisation par asphyxie financière.

  66. Guenièvre

    @ Galaad,
    Galaad, je pourrais être en en accord avec vous sur de nombreux points, pas sur l’idée d’ensemble qui vous anime à savoir la responsabilité unique d’une idéologie, ce que vous appelez libéralisme sauvage, dans l’accroissement de la violence. Pensez-vous véritablement que la Chine d’autrefois était moins barbare parce qu’elle ne connaissait pas la révolution industrielle ? Ne mythifiez pas non plus les milieux populaires d’autrefois. Relisez donc « La Terre » d ’E.Zola … Quand j’ai commencé à enseigner au début des années 70 dans une région que je nommerai pas, la plupart des enfants de l’assistance était violés par leur père adoptif. Pratique courante, presque rituelle nous disait-on sans vraiment s’émouvoir beaucoup !
    Je ne pense pas que l’histoire ait un sens . Il y a des progrès très visibles dans certains domaines comme les sciences et les techniques parce que l’on peut les enseigner et que les générations suivantes peuvent se les approprier et les améliorer. Il y a des progrès plus lents dans les domaines du droit, de la liberté. Mais des progrès moraux ? Les guerres du XXè siècle en feraient douter presque définitivement. Pourtant, il me semble que le respect des personnes est une idée qui progresse, lentement, mais elle progresse. Sans doute qu’il est plus difficile de transmettre et de faire adopter une règle morale qu’un savoir et surtout il est difficile de s’y tenir quelque soit la situation.

  67. Galaad Wilgos

    Oui c’est bien ce que je disais, vous allez toujours nous trouver des explications doctes et savantes pour montrer que tout va pour le mieux et que, d’ailleurs, il faut continuer dans cette direction. Les zozos libéraux ont toujours un graphique ou un tableau excell dans l’étui, rapidement dégainable en cas de choc violent avec la réalité. Un peu comme ce Edward Prescott qui avec force chiffres et moult études arrive à la conclusion que le chômage durant la récession des années 30, bah c’est bien la faute à ces branleurs de travailleurs.

    Donc, en effet, nous inventons. D’ailleurs, ces directives européennes pour libéraliser et privatiser sont le fruit de l’imagination de nos purs esprits déconnectés de la réalité. Quand vous et les eurocrates, bien évidemment, connaissez la dure loi du terrain et de la pratique – car en effet vous savez mieux que quiconque, a fortiori les gens qui y vivent, que dans les villages les services publics comme les hôpitaux ou la police sont en pleine forme. Gloire à votre omniscience, gloire à votre prescience !

    http://www.bancpublic.be/PAGES/107esspfs.htm

    P.S.: Je ne dis pas que tout était mieux avant, vous me caricaturez. Je parle de la notion de Progrès avec un P majuscule et de son absurdité, voilà tout. Il y a bien des choses que je ne regrette pas, comme par exemple l’infériorité patente de la femme ne serait-ce que devant la loi.

  68. Galaad Wilgos

    « La corruption généralisée que l’on observe dans le système politico-économique contemporain n’est pas périphérique ou anecdotique, elle est devenue un trait structurel, systémique de la société où nous vivons. En vérité, nous touchons là un facteur fondamental, que les grands penseurs politiques du passé connaissaient et que les prétendus « philosophes politiques » d’aujourd’hui, mauvais sociologues et piètres théoriciens, ignorent splendidement : l’intime solidarité entre un régime social et le type anthropologique (ou l’éventail de tels types) nécessaire pour le faire fonctionner. Ces types anthropologiques, pour la plupart, le capitalisme les a hérités des périodes historiques antérieures : le juge incorruptible, le fonctionnaire wébérien, l’enseignant dévoué à sa tâche, l’ouvrier pour qui son travail, malgré tout, était une source de fierté. De tels personnages deviennent inconcevables dans la période contemporaine : on ne voit pas pourquoi ils seraient reproduits, qui les reproduirait, au nom de quoi ils fonctionneraient.

    Même le type anthropologique qui est une création propre du capitalisme, l’entrepreneur schumpétérien, combinant une inventivité technique, la capacité de réunir des capitaux, d’organiser une entreprise, d’explorer, de pénétrer, de créer des marchés, est en train de disparaître. Il est remplacé par des bureaucraties managériales et par des spéculateurs. Ici encore, tous les facteurs conspirent. Pourquoi s’escrimer pour faire produire et vendre, au moment où un coup réussi sur les taux de change à la bourse de New York ou d’ailleurs, peut vous rapporter en quelques minutes 500 millions de dollar ? Les sommes en jeu dans la spéculation de chaque semaine sont de l’ordre du PNB des Etats-Unis en un an. Il en résulte un « drainage » des éléments les plus entreprenants vers ce type d’activités qui sont tout à fait parasitaires du point de vue du système capitaliste lui-même. » (Cornélius Castoriadis, La montée de l’insignifiance, 1993)

  69. Galaad, ce n’est pas parce qu’un certain Cornélius Castoriadis a écrit certaines inepties en 1993 qu’il faut les prendre à votre compte.
    Ainsi:
    … » La corruption généralisée que l’on observe dans le système politico-économique contemporain »…Essayez de démontrer que la corruption était moindre au cours des décennies précédentes.
    … » l’ouvrier pour qui son travail, malgré tout, était une source de fierté »…Allez travailler en usine, et essayez de démontrer que la proportion d’ouvriers pour qui le travail est une source de fierté a diminué par rapport aux 20e ou 19e siècles.
    Je dis bien « démontrer » s’il vous plaît, et non pas sortir une citation quelconque. Des citations, on en trouve partout pour correspondre à ses propres idées, elles ne servent qu’à se faire plaisir.

  70. Galaad Wilgos

    Vous voulez vraiment que j’aille vous chercher des travaux sociologiques ou anthropologiques sur la disparition de l’identité ouvrière, l’atomisation de la masse, la disparition de la classe ouvrière ? (J’ai autre chose à faire)

    Le patrimoine ouvrier, il est désormais laissé en déshérence, mort et vide de ce qui le faisait vivre auparavant, à savoir les ouvriers eux-mêmes. Dans le meilleur des cas, il reçoit un titre de l’UNESCO – ce qui prouve encore plus mon point.

    Ne voyez-vous pas, ne serait-ce que dans le vocabulaire usuel, la substitution du terme de job/travail à celui de métier ?

    Bref, si vous ne voulez point voir ce qui est assez visible devant vos yeux, notamment la financiarisation du capitalisme, la lumpenisation accrue de ce qui constituait le prolétariat (et le constitue encore aujourd’hui pour une partie), grand bien vous fasse.

  71. Désolé, Galaad, mais le milieu des personnels d’atelier dans les usines je le connais très très très bien, et cela m’informe un million de fois plus, et mieux, que tous les « travaux sociologiques ou anthropologiques sur la disparition de l’identité ouvrière, l’atomisation de la masse, la disparition de la classe ouvrière » dont je n’ai que faire.
    Sortez un peu de vos livres et revues et allez voir dans la vie.

  72. Galaad Wilgos

    La vraie vie nous indique bien aussi que les ouvriers sont de plus en plus prolétarisés. Le travail abrutissant et inutile comme le travail à la chaîne ne pousse pas à une quelconque fierté de son activité ni une quelconque volonté de faire du bon travail, au contraire on préfère dans ce cas-là, à juste titre, chercher les moyens d’échapper à un travail qui puise ses origines dans la racine même du mot, et qui ne procure aucune satisfaction personnelle. En particulier quand à côté l’on voit des bons à rien gagner des millions ou des milliards en licenciant à tour de bras et en jouant aux chiffres sur des ordinateurs. Ceci ne s’applique pas seulement à l’ouvrier de base, mais aussi à ces hordes d’automates humains qui répètent à longueur de journée des « Bonjour monsieur, que désirez-vous ? » ou de la propagande publicitaire au téléphone.

    Enfin soit.

  73. … »Le travail abrutissant et inutile comme le travail à la chaîne »…
    Excellente remarque! Justement, cher Galaad, informez-vous sur l’évolution du  » travail à la chaîne » dans les usines contemporaines et vous verrez à quel point il est plus intéressant et moins « abrutissant », en moyenne, que celui des usines du 20e siècle et avant. Ce n’est pas le paradis, mais quel changement…

    Plus facile: regardez des documents (cela, ça va vous plaire -:)) sur par exemple les chaînes automobiles des années 50/60, puis allez faire une visite dans les ateliers des mêmes sociétés.

    Vous allez en être malade. De surprise.

  74. Guenièvre

    Chaque système produit un type anthropologique sans aucun doute. Et vous ne pensez pas que le souci de plus en plus grand de la protection des droits et libertés individuelles est directement lié aux idées libérales justement? Il me semble que c’est un énorme progrès dans le sens de l’émancipation. Mais la dualité de l’homme se retrouve dans ses actions : tous les systèmes et toutes les situations ont leur bon et leur mauvais côté.

  75. Aventin

    @Galaad,

    J’imagine que vous avez lu Dany-Robert Dufour cher Galaad, et notamment la Cité perverse (et le divin marché). Ce libéralisme porte au coeur de la Cité la perversité la plus totale et le plus total renversement des valeurs. L’essence de l’homme serait ainsi l’échange économique ; au-delà, point de lendemain ! Voilà ce qui arrive lorsque l’on abat toute les frontières : celles du dehors et celles du « dedans ». La loi de l’intérêt immédiat et individuel se fait principe universel et indépassable. Tu es prié d’agir de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse valoir d’abord comme principe d’une législation individuelle. Mandeville fait un bras d’honneur à Monsieur Kant – entre autres….Ce sont alors les principes anthropologiques même qui sont écrasés sous la force de perversion du libéralisme. Le libéralisme installe et célèbre ce principe d’inversion qui fait de tout une chose à consommer, à avaler, à dévorer. La grande liquéfaction des valeurs est en route. Interdire c’est forcément insulter la liberté. J’en veux toujours plus et j’accumulerai plus car je le veux : amène ! Le règne du libéralisme, sa version financière notamment, est aussi le règne du plus Malin, du plus roublard. Le contrat doit être la loi des parties sans qu’aucune règle ne puisse venir contrecarrer les manoeuvres du plus habile. Tout ira d’ailleurs se résoudre en dommages et intérêts, en ARGENT – Cf les USA. La Justice ? Un marché comme un autre, ou tout peux se vendre, à commencer par ma dignité d’Homme ; oui, tout à un prix. L’Etat ? L’Etat n’est pas malin, l’Etat c’est mal.Chacun sais qu’Hermès est le dieu du commerce et de la communication, mais qu’il est aussi celui des voleurs. L’escroc est noble s’il est malin. Ce qui est grave ce n’est pas de voler, mais c’est de se faire prendre. D’ailleurs, à ce rythme de perte du sens, ce qui a de la valeur n’en a finalement plus car tout a un prix. Regarder le marché de l’art, et l’art contemporain. Le vertical est récusé et remplacé par l’horizontalité des échanges marchands.Les critères de la vérité sont les critères du vendable.Bankable or not bankable, that is the question.Toute transcendance, outre la sainte règle du marché et du pognon, est une violence faites à l’individu et à son désir roi. Mon moi est mon droit figurez-vous ! Je partage vos constats Galaad sur la société de 2012 ainsi que sur les très présentes sphères médiatique et du show biz (c’est désormais la même chose, tout a fondu en spectacle du néant) qui exposent une indécence insondable à laquelle malheureusement chacun finit par s’habituer. Commençons par jeter nos télévisions à la benne, puis arrêtons de lire cette presse idéologique qui nous abreuve chaque jour de sa sainte religion du belle argent. Pour un état rapide du monde libérale, regardons par exemple, et ne serait-ce qu’en France, du côté des radios que l’on a dit libre, ces radios « jeunes » dont le discours fait tout simplement peur ; et ce n’est qu’un exemple parmi mille autres.

  76. Houra Aventin, j’ai trouvé une petite parcelle judicieuse dans votre long discours ténébreux du 5 juillet 2012 à 22:48:

    « …Commençons par jeter nos télévisions à la benne, puis arrêtons de lire cette presse idéologique »…

  77. QuadPater

    Impat, dans les années 70 j’ai constaté les conséquences du travail à la chaîne sur le jeune homme en pleine forme physique et intellectuelle que j’étais : douleurs dorsales durables, fatigue sans rapport avec l’effort, week-ends passés devant la télé comme une larve acéphale… et j’avais de la chance, je ne devais m’y coller que 3 mois par an. Mes collègues de l’époque avaient tous subi quelques années de ce régime à plein temps. Ils n’avaient plus aucun intérêt pour quelque nourriture intellectuelle que ce soit, étaient physiquement abîmés… Des « zombies sociaux », j’ignore ce qu’ils sont devenus. Le turnover était important, peu d’ancienneté au-delà de 5 ans, le plus âgé de notre équipe avait 33 ans.
    Récemment (donc plus de 30 ans après) j’ai eu l’occasion de visiter cette usine. Je ne l’ai pas reconnue ! Les anciennes chaînes ont été remplacées par des environnements de travail diversifiés. Les regards que j’ai croisés n’étaient pas éteints. La moyenne d’âge avait augmenté, parmi les ouvriers il y avait des quinquas.

  78. QuadPater
    Votre témoignage (6 juillet 2012 à 09:14) me fait un grand plaisir. Toutes les usines n’ont pas encore procédé à cette révolution dans la production, mais presque toutes, dans toutes les branches.
    C’était déjà en grande partie le cas au début des années 90, et il était alors frappant de constater l’énorme différence au même moment entre les ateliers européens de l’Ouest et les ateliers de Russie et d’Europe de l’Est sortant du communisme qui fonctionnaient encore à l’ancienne. Sans parler de la pollution occasionnée là-bas sans la moindre précaution.

  79. Guenièvre

    @ Aventin,
    « Chacun sais qu’Hermès est le dieu du commerce et de la communication, mais qu’il est aussi celui des voleurs. L’escroc est noble s’il est malin. Ce qui est grave ce n’est pas de voler, mais c’est de se faire prendre. »
    Non , Aventin le fait qu’Hermès soit à la fois le Dieu du commerce et celui des voleurs signifie simplement que les Grecs avaient compris la dualité des choses et des actions. Hermès présente d’emblée l’ambivalence de tout échange ou plutôt le soupçon qui travaille toute relation d’échange. J’ai besoin de cet échange mais je peux être trompé…Quel que soit le type d’organisation sociale le soupçon et le risque existeront.

  80. Galaad Wilgos

    Vous ne pouvez pas d’un côté disqualifier mes sources en tant que sources livresques pour ensuite m’en sortir d’autres qui conforteraient votre point de vue…

    @Impat + QuadPater : Vive le Temps Présent ! Gloire au Progrès Technique !

    La vérité est que, non, les conditions du travail ne se sont pas améliorées, et elles se sont même empirées sous les coups de boutoir du capitalisme financier et des nouvelles « techniques de management ». Un documentaire sur les conditions de travail actuelles en pleine dégradation montrait l’enfer dans lequel pouvaient vivre des ouvriers et en particulier des ouvrières : les blessures occasionnées par la cadence demandée par des actionnaires rapaces, par la répétition des mouvements et autres équivalaient aux blessures de sportifs pro – mais on ne penserait pas payer quelques briques l’ouvrière à la chaine hein !

    Au-delà de ces avancées particulièrement profitables (pour l’actionnaire-roi), le Progrès technique a permis aussi le développement de nouvelles techniques et technologies de « management » pour encadrer ou susciter ce que l’on veut de la part des travailleurs. Les raisonnements de ces nouveaux maîtres ne se limitent plus à l’ordre paternaliste violent, elles entrent aussi dans la conscience même des gens ! L’entreprise actuelle devient alors une sorte de petite entité totalitaire où l’on ne demande plus seulement des performances, mais aussi une « attitude », une « motivation personnelle », un « ressenti positif ». Voir « la barbarie douce » de Le Goff.

    Et je n’aborde même pas les autres emplois précarisés, ces « working poors » qui prolifèrent partout depuis que le CDD est devenu la norme – un autre Progrès ? Ces robots vivants chargés de véhiculer la Bonne Parole des multinationales au travers des téléphones, ces assistants mécaniques qui répètent à longueur de journée des formules pré-machées. Et puis si pas d’accord, chômage (que l’on réduira par la même occasion afin de « pousser au travail ») !

    Le Progrès technique a permis ainsi, par la virtualité des échanges transnationaux, de rendre le capital Dieu vivant, omniscient et omniprésent, capable d’atteindre des proportions infinies tout en gardant la fluidité d’un fleuve. Puisqu’il n’y a plus de frontières, plus de limites, l’ouvrier est sommé de s' »adapter » à la modernité triomphante, se rendre « flexible », et prendre exemple sur ses frères chinois. Sinon, délocalisation.

    Quel merveille que notre monde actuel en effet !

  81. Galaad Wilgos

    Je suis sûr que ce Progrès vanté à longueur de commentaires se retrouve en Europe de l’Est et dans les BRICS, où nos industries se trouvent désormais, grâce à l’inventivité du capital transnational.

  82. Pauvre Galaad, quel enfer ce doit être, cette vie dans un univers cauchemardesque inventé…
    Une question, quand même: où souhaiteriez-vous aller vivre, pour ne plus connaître cet enfer?

  83. Galaad Wilgos

    Je ne vis pas dans un enfer, je ne suis pas un travailleur, je suis un étudiant, pas riche, mais pas pauvre non plus. Contrairement aux exilés fiscaux, aux dominants qui peuvent quitter et aller vivre autre part, les travailleurs sont, eux, enracinés dans leur endroit, et ne peuvent voler de leurs blanches ailes comme les bourgeois car ils sont des arbres. Dès lors, c’est à eux que je pense en premier lieu, quoi que je n’en fasse pas partie je ne pense pas qu’à mes propres intérêts – c’est le devoir d’un citoyen à mon humble avis. Quitter un endroit est la solution de facilité – c’est d’ailleurs pour cela que c’est la solution bourgeoise. Je préfère combattre cette logique infernale dictée par le capitalisme actuel, avec les moyens que j’ai, aussi minimes soient ils, à l’endroit où je suis. C’est, je pense, ce qui me distingue de vous et vos potes libéraux-libertariens d’antidoxe. C’est aussi ce qui me distingue d’une certaine gauche plus passionnée par les problèmes lointains (la misère propre comme dirait Onfray) que par ce qui concerne l’endroit où ils résident (la misère sale).

  84. Guenièvre

    @ Galaad Wilgos, 14h41
    Ce que vous dites des nouvelles techniques de management est juste mais elles pourraient se rencontrer dans d’autres systèmes. Et si elles s’adaptent très bien au libéralisme celui-ci n’en est pas la cause : :
     » S’il est vrai que toutes ces techniques de management s’intègrent au mieux à la logique libérale, celle-ci ne peut en fournir à elle seule la raison. L’autonomie et la transparence dont se réclament ces outils ne trouvent pas leur fondement dans la sphère économique, même si elles y sont aujourd’hui articulées L’invocation de « l’horreur économique » ou du  » néolibéralisme » ne peut servir d’explication. La barbarie douce est bien plutôt symptomatique de la décomposition des repères qui structuraient antérieurement le vivre-ensemble et l’action collective… » J.P.Le Goff Introduction à la Barbarie douce;

  85. Aventin

    La décence a choisi son camp, chacun le sait bien, et nos amis libéraux-libertarien aiment à se mentir.

    A ma droite, la vie libertarienne :

    Total free, envoi la caillasse bonhomme !

    A ma gauche, la vie décente :

    Ou encore,

    Fais ton choix camarade !

  86. QuadPater

    Ce passage permettra à l’ami Wilgos de refaire le plein de citations :

    « Le prolétarisme faux-nez des socialoïdes bourgeois, idiots utiles de l’impérialisme triomphant et laquais du capitalisme décadent, aggrave la vile exploitation contre-révolutionnaire des masses laborieuses opprimées par l’avidité d’une minorité parasite et repue, écrasées sous la botte implacable des esclavagistes et de leurs mercenaires corrompus, rongées par la faim et la misère qu’entretiennent les exploiteurs méprisants, les odieux assassins des lendemains qui chantent, et la clique ricanante de leurs complices véreux.

    Le Prolétariat en lutte, debout malgré le poids des chaînes, le poing dressé à la face sanglante des tyrans, est en lui-même la vague d’espérance qui portera les milliers de milliers vers la lumière révolutionnaire et qui assèchera non seulement l’humidité puante qui suinte des geôles fascistes, mais aussi les larmes amères des enfants du lumpenprolétariat grelottant sous le joug cynique des hideux actionnaires gavés dégorgeant leurs lingots répugnants ».

    (« Bréviaire d’anti-patérisme et critique dialectique de l’Impatisme Fondamental » QP éditeur, 2012)

  87. Editeur QP, j’admire vos nuits fertiles.

  88. Je dirais même plus,

    à ma droite, le rêve américain :

    ou encore

    à ma gauche, l’Humanité :

    Je crois que le choix est vite fait (si l’on a de la décence, j’entends).

  89. Galaad Wilgos

    @Aventin: On trouvera bien quelques zélotes du Progrès pour nous expliquer à grand renfort de graphiques tracés dans le ciel qu’entre ça :

    et ça :

    l’on observe la preuve dans les faits des avancées concrètes de l’Humanité découlant du Progrès.

    L’Amérique est décadente, et dans sa chute vers les profondeurs du néant elle entraîne l’Europe et le Monde avec. Triste temps. Roosevelt ou Luther King doivent se retourner dans leur tombe. Moi je me retourne dans mon lit, en faisant des cauchemars pour les générations qui nous suivront.

  90. Galaad Wilgos

    Je kiff’ grave, yow.

  91. Aventin

    @Galaad

    Permettez un renvoi vers de saintes paroles :

    http://antidoxe.eu/2012/03/28/la-source-de-tous-les-maux/

    Tenez, un amuse bouches :

    « Ou disiez-vous que c’est l’amour de l’argent qui est la racine de tous les maux ? Aimer une chose, c’est connaître et aimer sa nature. Aimer l’argent c’est savoir et aimer le fait que l’argent est la création de la meilleure puissance en vous, votre passe pour échanger vos efforts contre les efforts des meilleurs des hommes. C’est celui qui vendrait son âme pour une piécette qui proclame le plus fort sa haine de l’argent – et il a de bonnes raisons de le haïr. Ceux qui aiment l’argent sont prêts à travailler pour l’obtenir. Ils savent qu’ils sont capables de le mériter.

    « Laissez-moi vous livrer une astuce pour évaluer le caractère des hommes : l’homme qui maudit l’argent l’a obtenu de manière déshonorable ; l’homme qui le respecte l’a gagné. »

    Amène !

    On dirait du Claudel non ?

  92. Aventin

    Conversion derrière un pilier de la Federal Reserve Bank :

    Amène !

  93. Galaad Wilgos

    Vous avez passé le meilleur l’ami… Comment ne pas s’extasier devant tant de sagesse et de bon sens ? La mère Rand est le fleuron de l’Humanité :

    « Pour la gloire de l’humanité, il y a eu, pour la première et seule fois de l’histoire, un pays d’argent – et je n’ai pas d’hommage plus élevé, plus révérencieux à rendre à l’Amérique puisque cela signifie : un pays de raison, de justice, de liberté, de production et d’accomplissement. Pour la première fois, l’esprit et l’argent de l’homme ont été libérés, et il n’y eut plus de fortunes par conquête, mais seulement des fortunes par le travail, et au lieu d’hommes d’épée et d’esclaves, est apparu le véritable créateur de richesses, le plus grand travailleur, les type le plus élevé d’être humain – le self-made man – l’industriel américain.

    « Si vous me demandez de nommer la plus remarquable caractéristique des Américains, je choisirais – parce qu’elle inclue toutes les autres – le fait qu’ils sont le peuple qui a inventé l’expression « faire de l’argent ». Aucune autre langue ou nation n’a jamais utilisé ces mots avant ; les hommes ont toujours considéré la richesse comme étant une quantité statique – à saisir, mendier, hériter, partager, piller ou obtenir en guise de faveur. Les Américains furent les premiers à comprendre que la richesse doit être créée. Les mots « faire de l’argent » contiennent l’essence de la moralité humaine.

    (…)

    « Jusqu’à ce que et à moins que vous ne découvriez que l’argent est la racine de tout bien, vous demanderez votre propre destruction.

    On atteint des sommets où l’oxygène se fait rare avec nos potes libertariens !

  94. Galaad Wilgos

    L’oeuf et la poule… On pourrait très bien dire que cette décomposition est le fruit même de l’idéologie libérale, tant culturelle et politique qu’économique.

  95. Je remercie par avance les commentateurs de bien vouloir ne pas abuser des images video sur ce fil. Cela détourne la discussion, et oblige le lecteur à dérouler les pages avant de pouvoir lire les vrais commentaires.

  96. Aventin

    Attitude étatiste typique visant à brider l’ordre spontané des choses de ce monde !
    Ce manque de laissez faire pourrait permettre de déterminer un manque d’esprit libéral et une réticence instinctive face à l’argent.
    Le collectivisme vous guetterait-il ?

  97. C’est une hydre qui guette tout le monde.

  98. Aventin

    Heureusement que l’UE et les USA et leurs brillants résultats sont là pour nous rassurer sur l’état de croissance de l’hydre. La misère est heureusement répartie entre les pauvres, et la richesse entre les riches. Un bien bel ordre spontané. Quand on pense que bien souvent un riche est un ancien pauvre qu’à réussi… tout à coup ça ouvre des perspectives incroyables… les pauvres feraient bien d’aller bosser… une question de mauvaise volonté tout ça… la société est vraiment bien embêtée avec tous ces pauvres qui refusent de devenir riche…

  99. Galaad Wilgos

    Certes, mais si nous n’étions pas là pour l’animer, la discussion, je crois que vous en seriez rendu à lire une succession de propos élogieux à votre égard (et convenez avec moi que c’est beaucoup moins drôle !).

    P.S.: Analyse du Progrès et de son application au capitalisme triomphant : http://www.pauljorion.com/blog/?p=37983

  100. Galaad,
    … »propos élogieux à votre égard (et convenez avec moi que c’est beaucoup moins drôle !). »…
    J’en conviens, mais c’est beaucoup plus juste! …-:)

  101. Hérissons !

    J’aime bien votre titre, Impat, divagations vers le futur. Ouvrant tous les possibles sans se prendre trop au sérieux. Et les interventions de Guenièvre et QuadPater sur la vie et son évolution potentielle. (Guenièvre nous a laissés sur notre faim, quand elle parle de Pygmalion et Frankenstein). Villemard et « la vision du futur en 1910 » que nous indique QuadPater (3 juillet 2012 à 00:49) illustre le ridicule des romans français d’anticipation, après Jules Verne.
    __________________________________

    Idem les films de SF actuels, purs prétextes à effets spéciaux dans les galaxies (après le mythique Guerre des Etoiles) plutôt mauvais.
    Il leur manque la dimension de critique politique et sociale (de Thomas More à George Orwell en passant par Jeremy Bentham) qui n’est plus portée que par la BD, comme Persepolis. Les islamistes ne s’y sont pas trompés.
    __________________________________

    A propos de BD, les Dupond et Dupont d’Antidoxe commencent à m’énerver, ils n’ont rien à dire, ils sont bêtes, ils récitent à tour de rôle. Ils ont pourri ce fil en le monopolisant. Ils me font penser aux utopistes socialistes du 19e, trop totalitaires, trop bavards, trop moralisateurs, trop chiants. Illisibles.

  102. Aventin

    « utopistes socialistes du 19e »

    Lesquelles précisément ?

  103. QuadPater

    Hérissons, la SF française a connu dans les années 70-80 une période de critique politique/écologique de la société. Frémion, Andrévon, B. Blanc… Ils ont pris à contre-pied l’expression « ailleurs et demain » qui symbolisait plutôt bien les récits les plus courants et ont crié très fort « non, la SF c’est ici et maintenant ».

    Ça a donné quelques textes superbes perdus au milieu d’un flot de récits monotones où les méchants monstres cognedurs venus d’alpha du Centaure ressemblaient étrangement à des CRS et le gentil peuple pacifiste écolo dont ils colonisaient brutalement la planète représentaient les anars-écolos-extrême gauche de l’époque. J’ai craqué, pas à cause de l’idéologie mais devant l’absence de talent et d’imagination, et suis retourné me purifier aux auteurs de l’Âge d’Or.

  104. Guenièvre

    « on pourrait »…il est vrai que ça simplifie les choses et que ça rend bien service…Puisque vous citez J.P.Le Goff vous devriez savoir que dans  » la Barbarie douce » il montre que la rhétorique des mouvements sociaux n’a rien à envier à celle de la modernisation. Il explique aussi comment, l’utopie de l’autogestion des années 68 avec son obsession de l’autonomie à ouvert la voie à ces techniques nouvelles de management.

  105. Galaad Wilgos

    Il serait certes plus gai de se retrouver entre potos libertariens afin de communier dans l’allégresse et la joie au divin Adam Smith et à sa douloureuse, mais juste, main invisible. Georges Kaplan nous réciterait des passages de Atlas Shrugged d’Ayn Rand pendant que Hérissons s’extasierait devant un graphique tracé dans le marbre. Impat conclurait le tout d’un cantique issu de la route de la servitude, et les fidèles, réunis en cercle, inclineraient de la tête en signe d’accord fusionnel.

    Ô joie de la concorde et de l’harmonie !

    Antidoxe serait donc le refuge de la doxa libérale ?

    P.S. : Seriez-vous en train de tourner bolchévique ? (Vous citez Orwell le socialiste !)

    P.P.S. : Je dirais même plus (!), lesquels précisément ?

    P.P.P.S. : Avez-vous fait table rase de mes précédents commentaires ?

  106. Galaad Wilgos

    Qui mettez-vous dans ces auteurs de l’Âge d’Or ? Je ne suis pas fan de science-fiction littéraire (pourtant je suis un avide visionneur de films de sci-fi), mais je suis ouvert aux découvertes. Mis à part l’éternel Dick, que me conseillez-vous ?

  107. Hérissons !

    Orwell, le socialiste ? Si vous voulez, Wilgos. Sans entrer dans les détails, je crois qu’il était assez douteux, comme individu. Sa critique virulente des dérives totalitaires du socialisme me suffit. L’œuvre d’abord. La vie de l’auteur est secondaire. Céline s’est intéressé aux exploités, aux dockers…

  108. Hérissons !

    Ray Bradbury, Fahrenheit 451, puis quasiment plus rien. Qu’en pense QuadPater ? Les cyborgs ennuient, ce ne sont jamais que des avatars de Frankenstein. Il leur manque un auteur à la hauteur ?
    ___________________________________

    En séries, en jeux vidéo, en films, c’est Star Trek, la star. Années 60 les premiers. La dramaturgie : apocalypse sur la terre, fuite intergalactique, distorsion temporelle, rencontre d’autres espèces, plus avancées et aux super pouvoirs mentaux, tout le monde est gentil (sauf les Klingons). En fait, Bisounours sur la lune si on fait abstraction de l’appareillage futuriste. Kirk, Spock et McCoy ont des problèmes d’entente mais tout finit dans le care. Anticipation ?
    ___________________________________

    Rien de commun avec Jeremy Bentham. Fabuleux, son Panoptique, une critique du système pénal de l’époque des cachots arbitraires. Et non une allégorie du totalitarisme, comme Michel Foucault l’a prétendu. L’allégorie du totalitarisme, c’est Big Brother, qu’on doit à Orwell. Le plus grand. Je ne me lasse pas de 1984, y a toujours un truc qu’on avait manqué à la lecture précédente. Et Huxley.

  109. Galaad Wilgos

    L’oeuvre d’abord, fort bien : lisez « écrits politiques » publiés chez Agone. Voilà aussi son oeuvre.

    P.S. : Et mes questions ?
    P.P.S. : Je n’ai point le souvenir d’un quelconque éloge du capitalisme ou du génie entrepreneurial dans 1984 ou la ferme.

  110. Galaad Wilgos

    Fort discutable, ce n’est pas parce que je cite Le Goff que je suis en accord avec tout ce qu’il dit.

  111. QuadPater

    Rhâââ me déclenchez pas ! J’ai découvert presque tous ces auteurs par leurs nouvelles. Tous ne sont pas de l’âge d’or, la plupart sont morts.

    Un pot-pourri non exhaustif ci-dessous. Vous y trouverez selon les auteurs imagination monstrueuse (tous), talent d’écriture (tous sauf Van Vogt), humour (Scheckley, Brown, Tenn…), poésie mélancolique (Bradbury), connaissance de l’Histoire et récits épiques (Anderson)…

    I Asimov – ses nouvelles sur les Veufs noirs (pas de la SF !) – ses histoires de robots
    AC Clarke – 2001 l’odyssée de l’espace – Rendez-vous avec Rama
    Bradbury – chroniques martiennes
    Fredric Brown – quasiment tout est bon, ses nouvelles, ses romans de SF, ses polars, tout !
    R. Sheckley – « Le Prix du danger et autres récits » (recueil de ses meilleures nouvelles) – Oméga, le bagne spatial
    AE Van Vogt (attention, pénible dès le 2è bouquin) le monde des ~A
    CD Simak – demain les chiens
    R. Silverberg – les monades urbaines – l’homme dans le labyrinthe
    C Priest – le Monde Inverti (sacrément dépaysant)
    F Herbert – Dune, au moins les 3 premiers tomes
    P Boulle – E=MC² (nouvelles : excellent) – la planète des singes (à la rigueur…)
    R Barjavel (un facho mais qu’est-ce qu’il écrit bien !) – surtout « le voyageur imprudent »
    CL Moore + H. Kuttner (= Lewis Padgett) –> L’Échiquier fabuleux
    Daniel F. Galouye pour son Simulacron 3
    William Tenn pour ses nouvelles hilarantes sur le voyage dans le temps
    Pool Anderson surtout pour ses nouvelles du cycle « la patrouille du temps » mais pas que.

  112. QuadPater

    Ah, et aussi Ira Levin ! son « Un bonheur insoutenable » tient plutôt bien la comparaison avec 1984 et le Meilleur des Mondes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :