Festival off d’Avignon

Pour tous les amoureux de théâtre et de danse, Avignon, en été, c’est tout comme Byzance…

Près de 1200 spectacles, 975 compagnies , vingt-six régions de France, métropole et outre-mer, et 20 pays étrangers représentés, plus d’ 1 million 400.000 entrées en 2011, plus d’une centaine de lieux, le off d’Avignon est un événement théâtral mondial. Pendant trois semaines, les rues de la ville charrient , se mêlant aux touristes venus danser sur le pont ou admirer le palais des papes et aux Avignonnais se rendant à leur travail, des grappes de festivaliers pressés portant à la main leur bible du moment,  le volumineux programme off avec marque – pages bien en évidence, des distributeurs de tracts vantant les spectacles, des comédiens en parade, des bateleurs de toutes sortes, chanteurs, prestidigitateurs, cracheurs de feu ou avaleurs de rasoirs. C’est cela le charme du off: une ambiance festive et conviviale, des rencontres avec les comédiens souvent épuisés mais heureux, des échanges dans les files d’attente à propos des pièces, des invitations galantes à chaque coin de rues: «Je meurs d’envie de vous revoir !» «Je partagerais bien ce début de soirée avec vous !» ou des recommandations ironiques: «Ne poussez pas dans la queue, je vous promets que l’on ne commencera pas sans vous !».

Bien sûr, parmi toutes ces prestations il y a du bon et du moins bon mais on apprend assez rapidement à choisir: éviter les «shows hilarants», le               «décryptage politique» soi-disant «salutaire» et «indispensable» ( trois productions sur Sarkozy l’année dernière, une « dénonciation de l’impérialisme de  l’homme blanc» cette année), le «résolument moderne» assez souvent hermétique, soit trop chargé par accumulation de techniques ( projections , musique, marionnettes …) soit dépouillé à l’extrême et…ennuyeux à l’extrême. Si on veut la sécurité, on s’attache à des troupes dont on connaît le style et le travail. Vous n’aurez jamais de grande déception si vous allez voir « Le Kronope », « Viva la Commédia »( dont le Cyrano de l’année dernière sera repris le 19 novembre 2012 à Versailles, courez-y)  ou « Les Carboni » ( qui tournent ensuite en Belgique avec une jolie opérette marseillaise). Si on aime l’aventure on peut aller au hasard et l’on fait parfois de belles découvertes.

Depuis 15 ans, j’ai vu à Avignon des spectacles inoubliables, féeriques ou intenses comme celui de cette troupe de clowns russes (Teatr Licedei) qui miment les moments tendres, cruels ou poétiques d’une famille. J’ai vu «Royal de Luxe» dans son époustouflant « Retour d’Afrique», le cirque Archaos dans «In vitro 09», terrible fable moderne sur les manipulations génétiques, j’ai vu un « Conte d’hiver» merveilleux par le «Cartoun sardines», une «Tempête» enchanteresse par le «Footsbarn Theate », un «Songe d’une nuit d’été» fantastique par les «Baladins du Miroir». J’ai vu une interprétation délicieusement érotique d’un texte de Crébillon « Le Plaisir» par Eric-Gaston Lorvoire.

Cette année je retiendrai un excellent «Cosi fan tutte» de Mozart et Da Ponte par «l’Envolée lyrique», un divertissement qui mêle le burlesque à la poésie avec des voix d’une qualité exceptionnelle, le drame de Victor Hugo «Marie Tudor» par «Compagnie 13» dans une interprétation classique qui met en valeur l’intensité du texte et une création véritablement exquise «L’importance d’être Wilde» par la «Compagnie Philippe Person» où trois comédiens interprètent l’écrivain avec tout ce qu’il faut de cynisme en mêlant biographie, aphorismes et morceaux de son œuvre.

Avignon off est, à mon avis, l’un des endroits où se joue aujourd’hui un vrai théâtre populaire. Il n’y a qu’à voir la fréquentation des lieux dédiés à la Commedia dell’arte ( la Cour du barouf, la Cour des notaires) et le succès que rencontrent les pièces mises en scène par Carlo Boso  et interprétées par les élèves de L’Académie Internationale des Arts du Spectacle pour s’en convaincre. On constate la même chose pour tout ce qui touche au répertoire classique. Passée la première semaine, il est plus prudent de retenir ses places à l’avance si on veut avoir la chance d’assister à une représentation. La crise de la culture, je ne l’ai pas vue à Avignon.

 

 

http://www.envoleelyrique.fr/la-compagnie.html

 

http://www.compagniephilippeperson.com/?page_id=2

 

http://www.kronope.com/

 

http://www.vivalacommedia.com/

 

http://www.lescarboni.com/

 

http://www.lesbaladins.be/

 

http://www.royal-de-luxe.com/fr/le-mur-d-images/

 

http://www.academie-spectacles.com/aidas/

 

http://www.spectacles.fr/artiste/carlo-boso

 

79 Commentaires

  1. Aventin

    Les postures sont pénibles dans ce festival. Les caricatures chargées en télérama et écharpes rouges pullules. Ce lieu d’été éminent de la gogoche est une merveilleuse expérience de sociologie. Je n’ai jamais tant ri qu’à ce spectacle du ridicule s’exhibant d’inénarrables postures à la terrasse des cafés et fusant au milieu des inévitables sous entendus analytiques délivrées par de hauts initiés. Surtout ne partez pas sur place sans avoir travaillé votre air interrogatif et concerné. – Vous aussi ça vous interroge non ? – Deux heures à pousser une table, voilà qui est stupéfiant de sens ma chère Martine… – Et quand le protagoniste produit de la matière par les voies naturelles, n’est-ce pas une évocation de notre vide intérieur, duquel peut naître la lumière bien sûr. Un festival au festival. Le spectacle n’est pas où l’on croit. Je ne vois pas meilleurs endroit pour aller scruter le dérisoire de la gauche culturelle. Il faudra d’ailleurs que l’on m’explique les raisons pour lesquelles on classe le « monde de la culture » – expression qui ne veut d’ailleurs rien dire – à gauche. Cela n’a pas de sens. D’ailleurs, si l’on fait le bilan de qui écrit à droite et qui écrit à gauche, il me semble bien qu’il faut éviter la « gauche », et qu’en tout état de cause cette gauche qui savait écrire n’a rien à voir avec celle du jour. Tout le monde sait bien que ce que la « gauche » appelle culture aujourd’hui est soit du divertissement soit un pur discours mondain. Un bien bel épisode de la comédie de la culture sous le soleil. Il faut y aller pour rire. Regis Debray à écrit un excellent livre sur « Avignon ». Ah, ça me fait penser aux FRAC tout ça, cette si belle initiative – si riche en diversitude et en boulversitude – de la gauche bobo-culturo-mondaine. – Mais Maurice, y a du rien dedans ? – Oui, mais tu vois, c’est là qu’c’est génial, au niveau du rien, de sa dénonciation tu vois… – Vous en reprendrez bien une louche non ?

  2. Guenièvre

    Cher Aventin, le type de festivalier que vous décrivez existe bel et bien à Avignon , c’est vrai. De même que les spectacles « remplis de rien » mais c’est surtout dans le  » In » qu’on les rencontre. En 2005, le plasticien Jan Fabre fit polémique avec une « pièce » où les acteurs pissaient et se masturbaient sur scène : le genre de discussions snobinardes que vous imaginez est tout à fait crédible et à certainement eu lieu. Je ne vais pas dans le IN parce qu’il faut s’y prendre très tôt pour retenir des places et qu’on y trouve très souvent ce type de théâtre contemporain ( cette année on pouvait voir cependant un Pirandello d’une grande qualité ). Les médias ne parlent pratiquement que du IN.
    Dans le off on est moins exposé à ce genre d’aventure et, je l’ai dit, on apprend à choisir assez vite si l’on n’est pas comme vous le dites dans la posture, ce qui existe, je le vois et l’entends bien .On apprend à choisir des troupes qui vous racontent une histoire ( j’adore que l’on me raconte une histoire) et qui me divertissent ( je n’ai rien contre le divertissement ), qui me font rêver ou réfléchir. J’ai revu, cette année une interprétation du Don Juan de Molière : cette pièce est d’une profondeur et d’une complexité incroyables.
    Aventin, si vous n’aimez pas plus le théâtre que vous n’aimez le cinéma je ne peux rien pour vous et je conçois bien que ne pouvez pas apprécier le festival d’ Avignon. Sachez cependant qu’il n’est pas seulement ce que les médias nous montrent.

  3. Hérissons !

    J’aime bien votre papier, Guenièvre, qui rend compte du foisonnement comme si on y était ! Très peu pour les agoraphobes comme moi. Aventin pointe avec justesse et ironie le conformisme festivalier. J »aurais voulu connaitre l’Avignon des pères fondateurs.

  4. Je ne connais rien au théâtre, je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai assisté à une pièce. Est-ce parce que le festival d’Avignon se porte bien qu’il n’y a pas de crise de la culture et qu’est-ce qu’une crise de la culture ? De tous temps les philistins ont critiqué les pédants et les snobs quant aux créateurs c’est en général la mort qui sanctionne leurs oeuvres, ce n’est en fait que le temps qui juge.
    Reste la performance de l’interprète qui a longtemps résisté à la mort : l’instant insaisissable étant ce qui se rapproche au mieux de l’éternité. Peut-être est-ce là ce qui fait la force du théâtre et de la danse et que Picasso avait voulu dérober en se faisant filmer en train de peindre, il doit y avoir là un lien avec le calligraphe pour qui l’acte d’écrire, le geste autrement dit, est aussi important que ce qui est écrit.
    Nous sommes tenté de lier crise de civilisation et crise de la culture. La culture c’est une angoisse devant la répétition de l’image et du son qu’apporte la technologie, c’était en tout cas celle que voit Baudrillard : la reproduction mécanique de l’oeuvre d’art nous coupe de sa réalité, de ce qui la rend spécifique. La révolution Gutenberg et l’ampoule de McLuan : le média est le message voici la vraie crise de la culture.
    Tout ça pour dire que le succès d’Avignon est peut-être justement, chère Geneviève, le signe d’une crise de la culture, la traduction de cette angoisse du simulacre, le retour vers la performance et l’instant. Il n’en reste pas moins que c’est d’Hollywood que rêvent les acteurs.

  5. Chère Guenièvre pardonnez-moi d’avoir écorché votre nom…

  6. Bravo Aventin, superbe tableau de la culture bobo!
    Culture bobo qui heureusement ne concerne pas l’ensemble des amateurs fréquentant Avignon. La jolie description de Guenièvre, montrant à la fois enthousiasme et mesure, en est la preuve.

  7. Guenièvre

    Cher Tibor,
    Tout d’abord je suis très heureuse de vous relire ici, vous m’avez manqué.
    Ma dernière phrase est bien sûr une conclusion trop brève et trop hâtive. Je voulais seulement exprimer que, dans ce contexte de mondialisation dont parlait Galaad, il existe encore un public très important pour venir écouter Shakespeare et Molière entre autres. Cela veut dire que les messages universels qu’ils nous ont légués sont encore prisés par un nombre important de personnes.
    Que ce succès soit paradoxalement comme vous le remarquez, la traduction d’une crise profonde de la culture, peut-être, mais n’ayant pas lu Baudrillard sur ce sujet je n’ai pas d’éléments pour une argumentation en ce sens.
    L’éphémère, le moment unique, c’est bien ce qui me plaît dans le théâtre. Et aussi le jeu , la complicité directe avec les acteurs, eux qui font semblant d’être quelqu’un d’autre et nous qui faisons semblant d’y croire, ce que l’on appelle la « double conscience », l’illusion de la réalité et la conscience qu’elle est une illusion sans pour autant que cette conscience tue le sentiment de réalité. Je parle du théâtre « traditionnel », le théâtre contemporain a fait éclater toutes ces conventions. J’ai du mal avec ce théâtre là bien que je pense que certains auteurs ont véritablement du talent. Comme vous le dites le temps jugera.

    CALIBAN.- N’aie pas peur : l’île est remplie de bruits, de sons et de doux airs qui donnent du plaisir sans jamais faire de mal. Quelquefois des milliers d’instruments tintent confusément autour de mes oreilles ; quelquefois ce sont des voix telles que, si je m’éveillais alors après un long sommeil, elles me feraient dormir encore ; et quelquefois en rêvant, il m’a semblé voir les nuées s’ouvrir et me montrer des richesses prêtes à pleuvoir sur moi ; en sorte que lorsque je m’éveillais, je pleurais d’envie de rêver encore. « La Tempête »

  8. Je suis assez inculte en la matière donc je ne me prononcerai pas sur le fonds, je tenais juste à dire que vous me faites toujours autant pisser de rire. Ce commentaire m’a rappelé les heures les plus lumineuses de feu Muray…

  9. Permettez, sur la culture, une longue citation de l’un de mes maîtres à penser:

    « On a proclamé le triomphe de la démocratie comme triomphe de l’ « individualisme ». Mais cet « individualisme » n’est pas et ne peut pas être forme vide où les individus « font ce qu’ils veulent » – pas plus que la « démocratie » ne peut être simplement procédurale. Les « procédures démocratiques » sont chaque fois remplies par le caractère oligarchique de la structure sociale contemporaine – comme la forme « individualiste » est remplie par l’imaginaire social dominant, imaginaire capitaliste de l’expansion illimitée de la production et de la consommation.

    Sur le plan de la création culturelle, où certes les jugements sont les plus incertains et les plus contestables, impossible de sous-estimer la montée de l’éclectisme, du collage, du syncrétisme invertébré, et, surtout, la perte de l’objet et la perte du sens, allant de pair avec l’abandon de la recherche de la forme, la forme qui est toujours infiniment plus que forme puisque, comme le disait Hugo, elle est le fond qui monte à la surface.

    Sont en train d’être réalisées les prophéties les plus pessimistes – depuis Tocqueville et la « médiocrité » de l’individu « démocratique », en passant par Nietzsche et le nihilisme (« Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs supérieures se dévalorisent. Il manque le but ; il manque la réponse à la question « pourquoi ? » 8 ») jusqu’à Spengler et Heidegger et après. Elles sont même en train d’être théorisées dans un contentement de soi arrogant autant que stupide dans le « post-modernisme ».

    Si ces constatations sont, ne serait-ce que partiellement, exactes, la culture dans une telle société « démocratique » court les plus grands dangers – non pas, certes, sous sa forme érudite, muséique ou touristique, mais dans son essence créatrice. Et, la société formant un tout, certes morcelé, certes hypercomplexe, certes énigmatique, de même que l’évolution actuelle de la culture n’est pas sans rapport avec l’inertie et la passivité sociale et politique qui caractérisent notre monde, de même la renaissance de sa vitalité, si elle doit avoir lieu, sera indissociable d’un nouveau grand mouvement social-historique, qui réactivera la démocratie et lui donnera à la fois la forme et les contenus que le projet d’autonomie exige. »

    Castoriadis

  10. Le problème est moins dans la répétition d’oeuvres passées que dans la création d’oeuvres nouvelles, dignes d’être mises au rang de la Culture. Le manque d’imagination de l’Homme contemporain me paraît de plus en plus flagrant plus je lis et plus je vieillis et vois la décadence sous ses formes les plus grotesques – généralement américaines, ou américanisantes. Ce manque d’imagination est à la fois triste et dangereux à mon avis. Il n’est que trop visible du point de vue politique (démocratie, économie, etc.).

  11. … » manque d’imagination »…
    Cette remarque touche, à mon sens, un point sensible de notre époque.
    On y préfère l’imagination, même s’il s’agit d’une création stupide, à la « reprise » d’une œuvre ancienne superbe mais …ancienne.

  12. Souris donc

    J’ai fait un tour dans les liens, avec mauvais esprit, vous vous en doutez…
    L’Envolée Lyrique (premier lien) est alléchante, mais « Délivrez Proust », d’après l’œuvre de Marcel Proust (Compagnie Philippe Person) ça doit être quelque chose !
    Le Carnaval des Animaux d’après l’œuvre de Camille Saint-Saëns de Kronope.
    D’après : qu’est-ce qu’ils ont tous à revisiter ?

    Quant au « Bidet Cardiaque » du Royal De Luxe Nantes, ce n’est pas Rackam, le Royal De Luxe Nantes, j’espère ?

  13. Lisa

    J’espère que Rackam n’est pas cardiaque…
    Merci pour cet article, qui me culture.

  14. Vous me caricaturez si vous résumez ici ma pensée. Le faible de l’époque n’est non tant dans son culte de l’imagination que dans son conformisme généralisé, que celui-ci prenne la posture de la révolution, la rebellitude furieuse des mutins de Panurge, ou le traditionalisme de leurs opposants ne change guère cette constation. Tabula rasa ou culte du passé pour moi c’est kif kif bourricot – bien que les rebelles « extrême » à mèche et t-shirt abercrombie m’agacent un peu plus de par leur hégémonie culturelle.

  15. Guenièvre

    @ Galaad,
    Le problème que vous soulevez est réel : on peut se demander ce qui restera dans quelques centaines d’années des créations d’aujourd’hui puisque l’objectif de l’art contemporain n’est plus l’art de la transgression mais la transgression de l’art même. Au théâtre, comme ailleurs, on « déconstruit » : plus de décor, plus d’histoire, plus de personnages et parfois même, dans les cas les plus extrêmes, plus de dialogue : des borborygmes et des hurlements…Les auteurs s’interdisent toute mise en forme d’un imaginaire, d’une vision, d’un savoir ou d’un héritage, ils refusent toute ascendance et toute descendance, ils sont enfermés dans la contestation permanente du présent ou l’expression exacerbée d’un « moi » et sacralisent cette attitude. De ces auteurs là, il ne restera rien et eux-mêmes le revendiquent ainsi. Mais il a encore aujourd’hui des auteurs de théâtre qui écrivent des pièces que l’on peut qualifier de « traditionnelles » et qui ont un vrai talent de dramaturge. Pour ne citer que ceux que j’ai pu voir à Avignon : Israël Horowitz , Sam Shepard ( deux américains , comme quoi Galaad, les américains sont capables du meilleur comme du pire ..), le roumain Mattei Visniek ou le français J.C.Grumberg…Mais ceux-là ne défraient pas la chronique !

  16. Guenièvre

    @ Souris,
    Les titres disent tout et sont en effet pour moi un bon critère de choix….
    Le « Carnaval des animaux » ce n’est pas ce que le Kronope a fait de mieux mais cette troupe a un style, une poésie qui n’appartiennent qu’à elle en particulier dans la fabrication des costumes et des masques et les acteurs sont bons.

  17. Galaad, chaque fois que nos maîtres penseurs décrètent que ceci est de l’art et que cela ne l’est pas ils ne font qu’appliquer leurs modèles idéologiques à des productions sémiotiques dont il est difficile de savoir si ce sont des œuvres d’art. Puisque celui que vous citez fait référence a Heidegger, rappelons que Gadamer qui fut un de ses proches débute son ouvrage central « Vérité et méthode » par une longue étude du jeu de l’artiste sa liberté par rapport à l’oeuvre qu’il interprète et la nécessité de ne pas s’en éloigner. Comme dans l’herméneutique juridique ou la guise du juge dans l’application de la loi est contrainte par la jurisprudence, la liberté d’interprétation est contrainte par la tradition, fut-elle celle d’une école prétendant faire table rase du passé. Il nous est impossible de nous débarrasser de nos préjugés, c’est toute l’idée du cercle herméneutique : la question n’est pas de nous débarrasser de nos a priori mais plutôt de savoir que nous en avons, le global détermine le particulier qui à son tour influe sur le global. Ainsi ce qui est vrai pour l’interprète est vrai pour nous tous nous recevons une œuvre comme l’artiste interprète, avec une certaine liberté mais aussi prisonniers de grilles de lectures. Nous ne pouvons faire abstraction de notre environnement culturel. J’ai vu que vous vitupériez la culture américaine : est-ce bien raisonnable ? Vous en êtes tellement imprégné qu’il vous serait bien difficile à mon avis de savoir si vous n’en faites pas l’apologie d’une certaine façon : on ne hait jamais tant que ce que l’on adore. Mais enfin mon propos n’est pas là, mon propos est d’émettre plus qu’un doute sur notre capacité à refuser le régime symbolique et sémiotique qui nous entoure et qui devient celui de la planète entière : Lévi Strauss s’en désolait mais il faisait avant tout un constat. Récemment passait sur la chaîne Histoire une série d’émissions consacrées à Albert Kahn qui utilisa son immense fortune au début de XXe pour constituer une mémoire visuelle d’un monde qui disparaissait, les Balkans, l’Orient, l’Afrique, l’Amérique enfin je ne crois pas qu’une partie du globe ait échappé à son entreprise. Il y a même des films, l’un deux m’a particulièrement frappé, celui de ballets Khmers : les danseuses sacrées que l’on y voit ont quelque chose d’indéfinissablement différent de celles que l’on voit aujourd’hui, elles nous sont plus étrangères, plus lointaines. Le film est d’excellente qualité et n’est pas saccadé, c’est autre chose qui nous semble si différent, l’interprétation de ces danses a subtilement évolué, nous revenons à Gadamer l’oeuvre échappe à son auteur : les statues grecques étaient peintes. Nous venons aussi au mimétisme qui est tellement développé chez l’homme, mon intuition est qu’à leur insu même les danseuses Khmers d’aujourd’hui imitent aussi l’idée que nous avons d’elles. Ainsi même si nous le voulions nous ne pourrions pas nous soustraire du monde même le radieux héros de Souris à Pyongyang à fait venir Disney dans son paradis.
    Comme nous sommes englués dans le temps nous le sommes dans la culture et se désoler du manque de création artistique me semble un peu étrange, en général les grandes œuvres échappent à leurs contemporains. Enfin en appeler à une convulsion de l’histoire pour faire naître un art nouveau me fait vraiment froid dans le dos, Maïakovski n’a pas fait de vieux os et l’art officiel a eu tôt fait de poser sa chape de plomb. Tout compte fait je préfère que l’on fasse caca par terre en disant que c’est une production artistique ou que l’on se masturbe sur scène ce qui n’est après tout qu’une tradition cynique.

  18. Souris donc

    Guenièvre en réponse à Galaad:
    « …ils sont enfermés dans la contestation permanente du présent ou l’expression exacerbée d’un “moi” et sacralisent cette attitude. De ces auteurs là, il ne restera rien et eux-mêmes le revendiquent ainsi… »

    Ils travaillent parfois dans d’autres directions, fécondes, avec d’autres supports que le texte, soignent les effets scéniques, les lumières, les sons. J’ai vu un solo de Robert Lepage (metteur en scène de Shakespeare à Avignon) évoluant dans une manche d’évacuation (un textile qui ralenti la descente), sur une musique de Miles Davis, une élégance visuelle, dépouillée, une performance. Scénographie reprise, plus élaborée, avec des câbles, dans « Les Aiguilles et l’Opium » sur Jean Cocteau.
    Et Archaos ! Dans une rue, tout de bruit et de fureur, avec des cymbales, des vieilles motos, des étincelles, des pétards, grimés de couleurs violentes, ne ressemblant à rien. Du fracas.
    Lepage a travaillé avec le Cirque du Soleil, Archaos est un cirque.
    Ce n’est pas de la décadence, Galaad, ils explorent les limites de leur art.

  19. La haine de la forme – qui n’est jamais pure forme – et du symbole, le solipsisme onaniste et autiste, le culte de l’abstrait incompréhensible ou de l’incongru, la destruction de l’art au nom de l’art, toutes ces caractéristiques d’un certain art contemporain (qui se vante bien souvent d’être contemporain comme justification de sa qualité, cette pensée-désormais dont parle avec talent Domecq) en vogue dans les milieux « culturels » et privilégiés, sont pour moi des symboles d’une certaine décadence, que je mets en lien avec une décadence manifeste des élites.

    La crise de la culture a partie liée avec la crise de la démocratie. L’analyse de Domecq sur le milieu de l’art et son état d’apathie et d’absence de débat (cette fin apparente de la critique) me parait tout à fait correspondre à l’état de LA politique où un consensus mou autour du libéralisme semble cadenasser et cloisonner la sphère publique – cet illustre cercle de la raison, pensée unique de la soit-disant fin de l’Histoire.

  20. 1) Je ne fustige pas la culture américaine dans son entièreté, étant friand de jazz et de funk cela me serait difficile. L’Empire a produit le pire mais souvent « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », et je n’irai pas jusqu’à jeter Davis, Gillespie, Hemingway ou Thoreau avec l’eau du bain, aussi sale soit-elle. Ce n’est pas cela que je vise, mais bien sa « mass culture » pour parler école de Frankfort, ses moeurs et ses productions culturelles d’une vulgarité sans nom, qui vous me l’accorderez s’exportent bien mieux en Europe que ses merveilles passées, reléguées au rang des oubliettes, ou présentes, obscures et généralement inconnues ou à contre-courant au sein même des US of A. Sa culture crasse de la consommation et sa fausseté impitoyable sont ce que je vise, avec tout son barda de talk-shows, de tv-réalité, de strass et de paillette, de gnan-gnantise absolue couplée à un cynisme furieux. Ce défilé de gamines impubères maquillées comme des voitures volées et de gérontes au masque figé de botox, ou ce cinéma pop-corn-explosion-sexy (que j’apprécie à mes heures perdues, pêché personnel), voila ce que je vise. L’hubris amerloque entraîne l’Occident dans une chute de médiocrité qui ne peut qu’appeler la nemesis.

    2) Je ne crois pas risquer grand chose en pariant que ces machines à foutre, ces croix plongées dans de la pisse, ces WC démontés, ces carrés blancs sur fond blanc, ces expos où l’artiste « se met en scène » et j’en passe, ne feront pas long feu, si ce n’est pour caractériser la sombre décadence d’une civilisation autrefois admirée. On aura beau chercher on ne trouvera pas cette transcendance, cette longévité caractéristique des oeuvres d’art, de la Culture (v. Arendt), dans ces néants pseudo-conceptualo-intello-bobo.

    3) Castoriadis était un révolutionnaire mais il vous sera difficile de le caricaturer en stalinien totalitaire si vous le connaissez un tant soit peu. Il ne veut que le surgissement de l’actif au détriment du passif contemporain, le débat et la construction plutôt que le consensus et la déconstruction. Les convulsions de toute façon ne se commandent pas, et permettez-moi quand même d’affirmer que la révolution française a pu apporter son lot de grandes conquêtes sur lesquelles nous prospérons encore aujourd’hui. Rien n’empêche par ailleurs que cela se produise sans guerre, après tout la contre-révolution libérale de la fin du siècle passée s’est faite ainsi.

  21. Guenièvre

    Bien sûr Souris qu’il y a parfois un vrai travail de recherche, tout n’est pas à jeter . J’aime beaucoup Archaos que j’ai vu aussi dans Parallèle 26. Quatre danseurs et quatre circassiens enfermés dans une haute cage en métal :ces personnages égrènent le temps, sans un mot, au rythme d’une vie carcérale avec son lot de domination, tendresse, aliénation, ambiguïté sexuelle, solidarité, régression, tentative d’évasion…..c’est d’une intensité bouleversante.
    Dans un autre registre ce que fait Pipo Delbono ne laisse pas indifférent.

  22. Exemple de ce que je vise et qui symbolise tout simplement parfaitement la société américaine dans tout ce qu’elle a de plus détestable: http://www.youtube.com/watch?v=bGK9Bv89uGc

  23. Je ne me prononce pas trop sur le théâtre (inculture oblige) mais j’apprécie ce que vous dites ici (comme quoi).

  24. Aventin

    Allez sur place Galaad, c’est bien mieux que mon pâle résumé…
    😉

  25. Ah, terrifiant en effet, elles m’ont tout l’air de n’avoir pas fait leurs devoirs !

  26. Aventin

    J’ai une vraie passion pour le théâtre Guenièvre, et c’est d’ailleurs ce qui motive mon ironie du dessus.J’ai du mal en revanche avec la comédie « avignonesque ». De ce qui est contemporain, j’avoue ne rien retenir – et puis rien ne tient tout seul. Ne confondons pas le théâtre avec la comédie de la culture. On peut par exemple jouer du théâtre grec dans un village de la Creuse, ou aux Délices… bien loin du « show » et du carnaval mondain obligatoire. Mais, aller scruter des types habillés en noir venu tirer la gueule en jargonnant sur leur mise en scène, très peu pour moi. Je vote décence commune, c’est-à-dire l’Electre d’Euripide à Plougastel-Daoulas : le Calvaire est à Avignon !

  27. Aventin

    Merci chère petite bête à piquants !

  28. Aventin

    Avignon

    Plougastel

    Choisis ton camp camarade !

  29. Guenièvre

    @ Aventin 23heures,

    Il n’y a aucun désaccord entre nous Aventin, je choisis Plougastel. Je vous dis seulement que vous pouvez trouver nombre de spectacles de ce genre dans le off d’Avignon.

  30. Aventin

    @Guenièvre

    Et le plaisir de caricaturer un peu(à peine)… qu’en resterait-il…
    😉

  31. Qu’il gâche ce beau solo à la harpe ou se revendique du cynique Diogène, ce pitre arrive à insulter à la fois la philosophie et l’art. On ne sait si le front de Fabre plisse à la fin sous l’effort requis pour sortir autant de n’importe quoi en faisant semblant d’y croire, ou suite à un orgasme causé par cet onanisme pseudo-intello-obscuro-conceptuel affiché.

    Mais croit-il vraiment à son charabia abscons ?

  32. Peut-on diable m’expliquer ce qu’est un « performeur » ? Je n’ai -hélas !- pas le privilège de détenir une licence en globish.

  33. Souris donc

    Vous voilà bien scrogneugneu, Galaad !

  34. Guenièvre

    @ Galaad,
    « Peut-on diable m’expliquer ce qu’est un “performeur” ? »

    Il me semble, si j’ai bien compris, que la pratique de la performance découle automatiquement de la déconstruction de ce qui était avant l’œuvre d’art. Puisqu’il y a de moins en moins d’histoire, pas de personnages, plus ou peu de langage, c’est le corps de l’acteur ( dont celui-ci va explorer les limites) qui est l’objet même de l’art. D.Sibony donne des exemples et j’aime bien l’analyse qu’il fait de ce phénomène.
    http://www2.cfwb.be/lartmeme/no031/pages/page5.htm

  35. Guenièvre

    Je n’ai pas vu le programme du » In » Rotil mais cela ne m’étonne guère, hélas !

  36. Vous au moins vous êtes constant dans votre obsession pour le conflit israélo-palestinien.

  37. Aventin

    @Souris

    « ils explorent les limites de leur art »

    Pour explorer les limites de son « art » encore faut-il en avoir un. Il y a déjà longtemps J-P Domecq parlait d’artistes sans art (voir également Christine Sourgins et Jean Clair). Explorer les limites de son « défaut » d’art n’est pas faire naître une oeuvre, mais s’obstiner dans une horizontalité vaine et mondaine. A quel moment la forme est-elle sublimée par l’esprit s’y incarnant de manière singulière ? On en entend de belles dans ces galeries où s’exposent des m… à 80 000€. On appelle cela le syndrome de Van Gogh : tout est bien, tout est justifié, tout en est. Brrrrrrr… voilà la terrible angoisse de ne pas en être qui se profile, avec, en soutien, le discours vaguement philosophique accompagnant une « oeuvre » – voire un machin – qui ne tient pas par elle-même. L’emploie intempestif du mot « travail » est d’ailleurs un bon repère quand on navigue du côté de ces messieurs du beau discours qu’il est beau. Il ne suffit pas de faire un « travail », il faut d’abord un savoir faire, c’est-à-dire commencer par maîtriser le « métier ». Un artisan peut explorer les limites de son métier et de sa technique. Un artiste explore, lui, vers le haut il me semble ; et, la technique, est sa rampe de lancement. L’artiste advient là où l’artisan s’arrête. Pour tout dire, je ne crois pas à un art laïc. Disons enfin que l’art est rare, comme les artistes. Et puis arrêtons surtout avec cette célébration béate de cette catégorie à la frange de la surhumanité : l’Artiste. Des « artistes » (c’est comme cela qu’ils disent s’appeler) qui, d’ailleurs, ces derniers temps, s’exposent entre deux milliardaires qui défiscalisent en salon, une coupe de champ artistique et millésimé à la main. Prenons la peine de distinguer le monde des artistes du monde de l’art ; ces derniers fréquentant probablement très peu cette sphère de la représentation permanente où les seules révolutions qui adviennent sont financières. Que les gogos soient impressionnés par le discours, c’est normal, c’est leur rôle, mais au-delà de ces laudateurs et gentils organisateurs de la foire au rien… Ce qu’ils explorent ? Les limites de votre portefeuille peut-être ?

  38. Souris donc

    Performance est un anglicisme qui signifie représentation. Réaliser une prestation, se produire.
    On ne l’entendait en France que lorsque le ballet se produisait devant la Reine d’Angleterre, et dans des chorégraphies décentes, surtout pas provocantes…
    Puis on l’a lié à la peinture. Action painting, dripping (de Jackson Pollock aux taggers, idée de gestuel, d’aléatoire et d’implication).
    De la peinture au théâtre, la signification s’est diversifiée et enrichie, l’éphémère et l’implication de l’artiste demeurant le point commun. Encore que les archives de l’INA, les techniques d’enregistrement, fixent, paradoxalement, ces formes d’art éphémère. Et les toiles de Pollock battent des records aux enchères, plus de 10 millions de dollars. Pas mal, l’artiste cavalant sur sa toile au sol, avec des seaux percés dont goutte la peinture.
    Ces cotes folles sont aussi le résultat des investissements swag (silver-wine-art-gold), il faudrait que Kaplan vienne nous expliquer.
    Performance est plus chic que prestation qui fait prestataire de service ou peut comporter une nuance d’ironie (« j’ai apprécié votre prestation »…)

  39. Ce que vous m’expliquez là confirme cette règle personnelle que j’ai conçue lors d’une de mes innombrables méditations, à savoir que les anglicismes sont généralement gages de médiocrité.

  40. Régis sur Avignon. Il envoie du lourd l’Régis !

  41. Aventin

    Hosanna au plus au des cieux, Regis parle, écoutons !.

    « L’art privé de peuple, autiste et heureux de l’être »

    Amen.
    😉

  42. Aventin

    …au plus haut…

  43. Souris donc

    Oui, il part fort ! En utilisant le terme de « reality show » qui doit vous plaire, Galaad. Ensuite « Crise du public, désaffection, crise du sens ». Mais c’est lui qui nous fait une crise du sens, en regrettant le public fauché et sac à dos des débuts. Il fait penser à ces nostalgiques du Club Med de Gilbert Trigano, youkaïdi youkaïda, gentil membre, viens partager ma tente.
    Si seulement le temps s’était arrêté au Front popu et à l’esprit congés payés. Vieux con.

  44. Aventin

    @Souris

    Y deux écoles, soit c’est souris qui parle fort, soit c’est R. Debray. Vous me permettez d’avoir un a priori ?
    Et puis l’on voit bien qu’elle votre conception de ce qu’est le peuple et le populaire – on est à la frange du mépris. Tenez, moi j’en viens du bas, et je veux bien que vous me fassiez une large explication sur ce que vous appelez « art » ou « oeuvre ». Pour une fois que j’croise des intellos du haut de tout en haut, j’en profite… Vous me faites penser à ces individus qui croient à la marche inexorable du progrès, imaginant que le temps qui passe porte la juste évolution des choses au seul motif qu’il passe. La tradition est aussi ce qui sauve des idéologies. Comme dit ma voisine Josiane, qu’est caissière chez monop et qui est actuellement en cong’paye : « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres ». Tiens, on a éteint la lumière… rallumez pour voir…

    😉

    ps : perso j’ai fait Deug ACL à Montauban, voyez si j’en sais des trucs…

  45. Le regret d’une popularisation de la Grande Culture, à une époque où la culture de masse (reality shows et autres instruments de dégénérescence collective) s’est substituée à la culture populaire (émanation directe des classes populaires) et où l’élite a pris la tendance de promouvoir le n’importe quoi autiste et prétendument élitiste (lors que cela a plutôt rapport au médiocre) de l’art dit contemporain (comme s’il en constituait l’unique production), me parait être du bon sens – aucun rapport avec le youkaidi youkaida que l’on trouvera plutôt à Avignon aux côtés des Marie-Chantal en sarouel ou des Jean-Charles front plissé et main sur le menton.

    Régis voulait avec Vilar rendre Racine accessible au bas-peuple, désormais on est généralement dans l’inaccessibilité de Fabre au grand public (ce qui n’est pas plus mal soit dit en passant), que l’on cantonne aux saloperies débiles de la TV. Révolte des élites et privatisation du peuple, voilà un cocktail désespérant.

    Mais je dois être un jeune vieux con.

  46. Ben tiens, l’innommable Val, quelle surprise !

  47. Aventin

    Performance cela veut bien dire ce que cela veut dire à l’ère du tout marchand et de la performance managériale. Il n’y a pas de hasard. La performance est mécanique et sans âme. Tentez donc de me décrire ce qu’est une âme performante… – y a pas à dire Charles, elle est performante ta poésie…

    http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?11;s=2573635440;r=1;nat=;sol=0;

    L’art sans âme se vend bien : le marché de l’art « performe » sévère en ce moment.

  48. Aventin

    68, quand on y pense, quel échec, sur toute la ligne. Echec d’une génération – et épigones – qui a eu accès à l’enseignement supérieur dans les années 60 – jeunes gens souvent de bonnes familles – et qui a refusé d’hériter de sa propre histoire, lui préférant finalement l’idéologie des Etats-Unis d’Amérique : Cf Dany, le rouge qui paraît ! Heureusement, la jeunesse arrive…et, malgré vos mauvais conseils, nous avons su lire les bons livres !
    Oui ! (et non Yes !)
    😉

  49. « Quelque chose d’insolite s’est donc passé dans notre culture pour qu’on doive désormais rendre le plus par le plus, avec du gore et du trash, quitte à bâiller après les deux minutes d’épate. « Le secret d’ennuyer, disait Voltaire, est de vouloir tout dire. » Celui de dégoûter, de vouloir tout montrer… » L’camarade Régis, « Obscénité démocratique » (2008).

  50. Aventin

    Ben un peu qu’on va l’faire l’inventaire, et l’bilan qui va avec. Banquet Républicain pour tout l’monde, c’est moi qui rince !

  51. Souris donc

    « on est à la frange du mépris »
    Ajouter « on a peur » et « on est jaloux » et vous aurez tous les arguments super performants de la rhétorique de la gauche moralisatrice. J’oubliais « je vois pas pourquoi ». Et padamalgam !
    Avec ces 5 expressions, vous êtes paré et prêt à toute joute oratoire. On vous parle de l’islam, vous sortez « de quoi avez-vous peur ». On parle des députés socialistes qui ne veulent pas déclarer ce qu’ils font de leur indemnité ? Vous sortez la jalousie. Surtout, n’oubliez pas la caissière ! Avec la caissière, vous êtes assuré du KO debout.
    Au fait, ça coûte combien un billet pour le concert de Johnny ? Et un match de foot au Stade de France ?

  52. Aventin

    C’est 130 euros le concert de Johnny, mais dans les premiers rangs. Pour le match, ça dépend : Ligue 1, international, coupe de France ? Vous avez un virage préféré ? Après, c’est sur, à la buvette, quand y s’agira de causer avec ma pomme de Lucien de Samosate et de Synesios de Cyrene, ben y aura plus personne à mon avis… pas grave, j’vous apprendrai comment ça boit la 33 et ce que c’est qu’un vrai sandwich à la merguez, avec du gras dedans… c’est ma tournée Josi !

  53. Guenièvre

    Eh ! bien je ne suis pas totalement en désaccord avec ce que dit Régis Debray : les objectifs de Vilar étaient bien de faire d’Avignon un lieu de théâtre populaire et il est évident que le théâtre contemporain n’est pas du tout dans cette logique . Trois remarques cependant :
    1- Je crois qu’il mythifie le passé, je ne suis pas persuadée qu’Avignon comptait beaucoup d’ouvriers qui assistaient aux représentations d’alors.
    2- La programmation 2005 avec Jan Fabre, celle dont il parle, a été particulièrement polémique. Il semble que l’on revienne à des choses un peu plus sensées.
    3- Régis Debray ne doit pas se rendre dans le festival Off (celui dont je parle ici alors que tous les commentaires portent sur le IN ! ) sinon il y verrait des spectacles différents, donc un public beaucoup plus populaire et familial. Mais est-ce qu’il sait seulement que ça existe ?

    http://www.avignonleoff.com/programme/2012/public/L/les_fourberies_de_scapin_9026/lieu/cour_du_barouf_1007/

    http://www.lafamillemoralles.com/andiamo.htm Avignon Off 2012

    http://www.jebouge.fr/le-chant-de-la-source-par-les-341810.shtml Avignon Off 2010

  54. Je me posais la question à l’instant, rejetez-vous tout de mai 68 ou faites-vous un tri ? Car personnellement je ne mets pas tout sur le dos d’un « mai 68 » monolithique où les maos et les Bendits (sans jeu de mot) côtoient les ouvriers en grève, Castoriadis, le MLF ou l’internationale situationiste.

    Que le capitalisme libéral ait récupéré le tout à son profit va sans dire (l’autonomie revendiquée par les révolutionnaires et les ouvriers devenue dans le langage libéral synonyme d’individualisme autiste ou managérial, une certaine libération des moeurs devenue instrument du capitalisme de séduction, etc…), mais faut-il pour autant tout rejeter ?

  55. Aventin

    Non, un tri à faire. Tout rejeter n’aurait pas de sens. Mais l’état d’esprit, lui, mérite une copieuse révision. La pensée 68. Nulle doute qu’il y avait du bon au départ. Mais de gaulle dictateur, quand même… pas touche au Grand Charles !

  56. Guenièvre

    Un commentaire sur l’intervention de R.Debray en attente … parce qu’il y a trois liens ?

  57. Guenièvre

    @ Galaad,

    « à Avignon aux côtés des Marie-Chantal en sarouel ou des Jean-Charles front plissé et main sur le menton. »
    Vous fonctionnez avec des clichés. Je ne dis pas que ce que vous décrivez n’existe pas mais ce n’est qu’une petite partie de la réalité. Je rencontre un autre type de public.
    Mais bon , les médias l’ ignore ce public- là et vous continuez à vouloir l’ignorer aussi…

    « La Cour du Barouf est un lieu dédié à la commedia dell’Arte et au théâtre populaire. Carlo Boso, ex-comédien du Piccolo teatro de Milano, fait partie du comité de programmation.
    La Cour du Barouf est un lieu convivial, géré par une association de compagnies, sans but lucratif, qui a pour objectif la promotion d’un théâtre populaire de qualité. »

    A la cour du Barouf j’ai vu : « La Nuit des Rois », « Le Songe d’une nuit d’été » Shakespeare à la portée de tous – « L’illusion comique » de Corneille, « Ubu », « Lancelot et le dragon » d’après la fable politique « Le dragon » d’E.Schwartz et bien d’autres choses encore !
    16 euros la place , 12 euros avec la carte Off, 10 euros pour les enfants

  58. … »A la cour du Barouf j’ai vu »…
    Échantillon fort séduisant, Guenièvre. Preuve éclatante qu’en effet il faut aller au-delà des clichés.
    Méthode à toujours garder en tête, d’ailleurs.

  59. Guenièvre

    Aventin, si vous aimez vraiment le théâtre, l’année prochaine je vous donne rendez-vous à Avignon et je vous guide. Je vous promets que vous en redemanderez !

  60. Guenièvre

    L’invitation est valable pour les autres….

  61. Galaad Wilgos

    Non, je ne faisais que répondre à l’ami souris qui semblait faire l’apologie de ce festival dit « in » et à son peuple, je vous ai dis que j’appréciais ce que vous disiez, et ne m’avançais pas trop sur le festival étant pour ma part plutôt inculte en la matière. Je vous fais confiance pour l’existence du off, mais si nous préférons critiquer le in c’est bien parce qu’il se réserve l’espace médiatique – et qu’il est un peu dans le sens du vent, « dans l’air » comme dirait l’ouvrier Calvi (et qu’il prête le flan osons le dire).

  62. Tout cela est fort séduisant, j’aime la culture classique. Mais je reviens à mes premières interrogations dans cette discussion : existe-t-il de la création contemporaine décente qui ne soit ni la répétition de grands textes anciens ni ces farces abstraites ou choquantes qu’on appelle avec cruauté pour l’époque « théâtre/art contemporain » ? Y a-t-il encore de la place pour la véritable nouveauté grandiose, au-delà d’un retour au passé (toujours salubre je ne le nie pas) ou de sa négation postmoderne médiocre ? Il doit bien y avoir quelques perles qu’on occulte dans le débat public manichéen et caricatural, des grands textes récents, quelque chose de l’ordre du sain renouvellement, non ? J’appelle aux amateurs de la culture car pour ma part je ne vois pas.

  63. Galaad,
    … »de la création contemporaine décente qui ne soit ni la répétition de grands textes anciens »…
    Création contemporaine n’est pas antinomique de l’inspiration, sinon de la répétition, de grands textes anciens.
    Quasiment toutes les créations littéraires et théâtrales du 17e siècle étaient des « reprises » de grands classique grecs.

  64. On fait toujours du nouveau avec de l’ancien, mais l’impression est qu’aujourd’hui un certain manichéisme oppose les « vieux ronchons » arcboutés sur les grands textes anciens et les « jeunes branchés » « modernes » qui prennent l’art comme prétexte à des frasques absurdes ou choquantes.

    Shakespeare ou Cervantès ne se sont pas contentés de recopier Eschyle ou Sophocle ! Moi j’veux bien qu’on m’explique que les grands c’est l’temps qui en fait, mais qu’on n’aille pas me faire croire que les grands Anciens n’étaient jamais reconnus de leur temps. Cela me paraît trop facile… A-t-on un Molière ? Qui sont les Giraudoux d’aujourd’hui ? Ma question est tout sauf de l’ordre du polémique, j’aimerais savoir qui sont les grands auteurs de pièce de théâtre.

    Je sais pour en avoir discuté avec un ami étudiant en histoire de l’art que l’historiographie dominante a occulté de nombreux courants artistiques, de nombreux débats, de nombreuses productions qui eurent lieu au moment de l’émergence victorieuse des « avant-gardes » et des courants abstraits qui conduisirent au néant des carrés blancs sur fonds blancs et autre balivernes (http://blablartcontempourien.wordpress.com/2012/06/03/jean-clair-une-histoire-de-lart-un-certain-type-dhistoriographie/). Je ne me doute pas que cela puisse s’appliquer au théâtre, où une chape de plomb médiatique cache ce que Guenièvre appelle « off ». Je parle ici des textes surtout.

  65. Guenièvre

    Galaad,
    1 – Comme le dit Impat, le récent n’est souvent qu’une reprise un peu différente de l’ancien. Tout a déjà été dit et fait. C’est sans doute cela que tente d’exprimer aussi l’art contemporain.
    2 – Je n’ai ni les compétences suffisantes, ni la prescience nécessaire pour dire ce qui restera du théâtre d’aujourd’hui ( sauf pour certaines choses dont on voit tout de suite qu’il y a supercherie) . Skardanelli remarque très justement que les grands artistes ne sont pas toujours appréciés de leur temps. Je ne peux donc parler que de ce que j’aime.
    3 – Pour ce que je connais du théâtre actuel, oui, il existe des textes que je trouve de bonne qualité. J’ai vu par exemple trois pièces excellentes d’Israël Horowitz à Avignon .

    http://www.ledauphine.com/vaucluse/2011/07/27/je-suis-un-mec-du-off
    Matéi Visniec qui a vécu l’horreur Ceaucescu est aussi un bon dramaturge : Son  » l’histoire du communisme racontée aux malades mentaux » présentée il y a quatre ans m’a beaucoup plu. Il était intéressant d’ailleurs de voir la réaction du public à la fin de la représentation…

    4 – Parmi ce qui est plus « inhabituel » j’ai assisté avec Pippo Delbono à un spectacle dérangeant, troublant et très fort. Je n’en ai pas dormi de la nuit. D’ailleurs le thème devrait vous plaire 🙂

    http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/Urlo/ensavoirplus/

  66. Guenièvre

    Galaad je vous ai répondu plus haut mais c’est en modération.

  67. Souris donc

    Apologie ? Ce n’est pas le Festival d’Avignon, in ou off, qui me fait réagir. Les énormités définitives sur l’art contemporain de la part de personnes qui commencent par proclamer leur ignorance, m’étonneront toujours. D’un autre côté, les provocations gratuites et sans risque, comme les évoque Rotil, j’ai beaucoup de mal avec ça, comme tout le monde. Je l’ai assez dit à propos des mises en scène d’opéra. Après, chacun pense et fait comme il l’entend. Se réjouir de la liberté d’expression, sans fatwa à la moindre caricature.

  68. Je ne pense pas être totalement ignare en matière d’art (mais j’avoue que je ne m’y connais pas autant qu’en politique !), je parlais uniquement de théâtre pour le coup concernant mon inculture. D’autant que je trouve stupide de donner pour nom à un courant celui d' »art contemporain », puisque l’art qui nous est contemporain ne se résume pas à Koons ou Murakami…

  69. Aventin

    Je vous remercie de cette invitation Guenièvre. Je suis malheureusement loin d’Avignon, et j’ai un emploi du temps un peu compliqué. Mais je garde dans un coin de ma tête votre offre généreuse.

    Cordialement.

  70. Guenièvre

    Et pour citer un français que j’aime bien parce qu’il fait aussi de beaux textes que l’on peut faire jouer aux enfants, je rajouterai Jean-Claude Grumberg :

  71. Ah vous vous y connaissez beaucoup en politique, Galaad?…-:)
    Excusez-moi, cette exclamation m’a échappé…

  72. Souris donc

    Je m’inscris, Guenièvre ! Il parait que le problème est l’hébergement, tous surbookés. Organiser un campement des romanichels d’Antidoxe ?

  73. Je n’ai pas lu l’oeuvre complète d’Ayn Rand il est vrai…

  74. Guenièvre

    Pour l’hébergement il est vrai que c’est un peu difficile et que j’ai énormément de chance car je vais chez des amis qui habitent à 1O km d’Avignon . Mais il y a des campings dans les alentours moins chargés. Ensuite, on peut prendre sa voiture et aller se garer à L’île Piot, immense parking gratuit. Et puis on prend la navette, gratuite aussi (la municipalité a su faire ce qu’il fallait pour son festival ), on traverse le pont et on est au coeur du gâteau ! Mais on en reparlera par exemple en mai prochain si vous êtes toujours partante souris…

  75. Vous devriez, et puis ensuite nous convaincre tous de ses raisons!

  76. isa

    Galaad, excusez-moi pour mon éclat de rire devant vos prétentieuses déclarations de connaissances en politique!

    C’est à se tordre! votre Bon Dieu c’est ce Bourdieu de malheur et votre haine c’est le  » libéralisme » crès crès méchant;
    Vous nous voyez comme des libertariens, j’en suis par ex. si loin que c’est à se tordre de rire;

    Enfin un jour j’espère que vous nous expliquerez ce qu’est le Gaaladisme, et si vous vous voulez je vous ferai un petit cours sur le situationnisme « Manuel à l’usage des jeunes générations » qui fût notre manuel de babas soixanthuitards!

    On était plus rigolos que les nouveaux gauchistes, p’tain quel coinçage à votre âge!

  77. Je ne sais pas où vous avez été piocher que Bourdieu était ma référence ou mon Bon Dieu.

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