Impressions d’une époque décadente

Il y a eu un temps une culture populaire et une culture de l’élite. La première, émanation directe du peuple, était l’occasion de former une identité autour de symboles, de construire une mémoire au profit de ceux qui n’en auraient pas autrement, dans une ambiance ludique et chaleureuse; elle était à la fois la cause et la conséquence d’une identité de classe. La culture de l’élite, à l’origine aristocratique, a été de tout temps plus difficile à atteindre, réservée à l’élite cultivée – en un temps où ces deux mots paraissaient synonymes, l’épithète de l’ordre de la redondance. Cette culture était plus froide, mais plus raffinée, elle symbolisait une certaine noblesse tout en étant un moyen pour la bourgeoisie de se distinguer autrement que par le fric…

C’était une époque où l’abolition de l’aristocratie fit place à deux autres vivant côte-à-côte, si proches et si lointaines, s’opposant certes, mais sur un même sol, participant à ce que l’on a coutume d’appeler identité nationale. C’était un temps où l’on n’avait pas encore proclamé avec arrogance la fin de l’Histoire. Où cette opposition permettait, pour reprendre les mots de Machiavel, de construire la Liberté, car « dans toute République, il y a deux partis: celui des grands et celui du peuple; toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition. ». Le conflit, moteur de l’Histoire, était encore vivace: le consensus n’était pas encore sacralisé.

L’objectif des « prêtres laïques » que furent les instituteurs, de cette école républicaine dont l’instruction devait permettre de « le moment venu, se passer de maîtres », ainsi que des divers clergés séculiers, aura été depuis leurs fondations, et plus particulièrement après la deuxième guerre, de faire participer ce peuple à ces splendeurs culturelles, de « l’aristocratiser » afin de l’élever à la Culture. On voulait, avec un brin de naïveté, participer de son émancipation réelle en vue de la construction républicaine d’une démocratie digne de ce nom, et on pensait qu’après l’avoir fait tant prier et payer, « le moment était venu de le faire philosopher ».

Désormais, une cassure s’est opérée, un trou béant aspirant ces forces vives… Désormais, le peuple est de plus en plus masse et l’élite de plus en plus décadente. Michéa parle ainsi des guignols, autrefois caractéristiques du caractère frondeur des dominés à l’égard des dominants, remplacés par les guignols de l’info, où les dominants se moquent dorénavant des dominés. Je rajouterais pour ma part: avec une certaine approbation de ces derniers.

Le ludique populaire est devenu divertissement de masse. Les élites, elles, en pleine dévolution, ont fait sécession. « Révoltées », elles font figure d’autistes dans le grand silence assourdissant du conformisme généralisé. Pour vivre entre soi, il faut en effet une identité, du liant, bref du symbolique. Ils ont trouvé appui dans les « symboles » du non-art contemporain, compréhensibles uniquement par cette caste, comme une sorte de langue à part, impopulaire et morne comme une carcasse – on n’y trouve guère plus de transcendance que dans un dépliant d’assurance. L’âme d’un monde sans âme est devenu non-âme, à l’instar du monde dont elle provient, sorte de reflet de sa chute vertigineuse… Ces débris du monde postmoderne semblent contenir autant d’esprit qu’un traité commercial fourni de chiffres et d’abstractions, on ne sera pas surpris qu’ils aient tant de succès auprès des winners du moment.

Star-Ac pour le peuple, l’Avignon « in » pour l’élite (Vilar doit se retourner dans sa tombe). Le loft pour la masse, le Palais de Tokyo pour la Haute. Deux univers sordides et factices à jamais séparés…

Il y a de bonnes raisons de désespérer aujourd’hui! Sous couvert d’une prétendue liberté et d’une fausse égalité, le conformisme généralisé pourrait avoir triomphé.

107 Commentaires

  1. Guenièvre

    @ Galaad,
    Vous faites un constat qui comporte des vérités mais qui – à mon avis- devient faux à force de généralisation et surtout à cause de cet à-priori toujours dépréciatif que vous avez sur notre époque
    Il y aurait beaucoup à dire sur votre classification et sur ce que vous appelez « culture populaire  » mais il est tard alors rapidement deux remarques.
    – Vous avez une tendance à magnifier cette culture populaire Galaad quand vous parlez « d’ambiance ludique et chaleureuse ». Combien de bals populaires se finissaient par exemple en pugilat parce certains y buvaient comme des trous ! Est-ce que les combats de coq sont véritablement plus respectables et plus dignes d’intérêt que la Star-Ac?
    – N’est-il pas un peu facile et finalement un peu méprisant de parler « d’univers sordide » pour la culture de masse ? Vous pensez que les Beatles ou E. Presley sont à jeter ou que les séries faites à partir des oeuvres de Simenon par exemple sont de mauvais divertissements ?

  2. Ce ne sont hélas pas des constats a priori mais des observations découlant à la fois de mon vécu et de mes lectures… L’époque actuelle me paraît caractériser ces « basses eaux » dont parlait Castoriadis, et cela va de mal en pis. Dans tous les domaines. On s’américanise à vitesse folle et la rapacité d’une poignée de milliardaires littéralement stupides s’accompagne d’une apathie proprement hallucinante des masses.

    – Je ne magnifie pas la culture populaire, je constate. Les bagarres sont aussi chaleureuses, même si dans un autre sens à l’évidence. On ne saurait résumer cette culture populaire aux rixes. Celles-ci, lorsqu’elles ne dépassent pas le cadre du pugilat, me semblent en effet bien plus respectables que la Star-Ac qui est une entreprise d’abrutissement de masse phénoménale et continue, visant des populations entières. Les bagarres sont des épiphénomènes, Star-Ac (en fait, la TV réalité) est une machine inexorable qui se diffuse dans toutes les couches de la population.

    – La culture de masse me paraît en effet sordide, le négatif dépasse de loin le positif. Vous vivez dans les années 50/60 si vous pensez encore qu’elle se résume au documentaire passé à 20h du soir ou à la série romancée. L’essentiel de la culture de masse – culture proprement américaine – est le divertissement le plus bas ainsi qu’un étalage obscène de la vie privée des uns et des autres. D’ailleurs ce pourrissement progressif atteint même les documentaires, qui se veulent de plus en plus « extreme », « catchy », divertissants et explosifs pour attirer le regard du cerveau saturé d’images et de son du téléspectateur de base.

    Puis, au-delà des considérations culturelles, je vois dans cette culture un processus de nivellement de tout qui participe de ce « conformisme généralisé » insupportable. Là où Nietzsche voulait « aristocratiser » le peuple, la culture de masse l’embourgeoise et l’abrutit. Celle-ci rend à la fois plus cons ces classes sociales qui auparavant se targuaient de leur culture, et plus égoïstes et soumis ces classes sociales auparavant plus partageuses, plus frondeuses et plus spontanées – elle les lumpenise. La culture de masse donne au peuple de nouvelles idoles, avec ce caractère d’autant plus pervers qu’elle séduit plus qu’elle n’opprime, ce qui est de loin plus redoutable que les vieilles idoles patriarcales. La culture de masse, enfin, abolit les classes sociales dans la tête des gens, mais seulement dans leur tête, car dans la réalité c’est tout autre chose, et les classes dominantes profitent de cela pour accentuer leur voracité…

    Il est en effet plus difficile de s’imaginer que les têtes souriantes et sympathiques qui défilent dans l’écran sont des représentants éminents de la classe possédante, et que dans la lutte des classes qui s’opère aujourd’hui les Halliday, les Noah ou je ne sais quel footballeur gavé de fric sont des opposants qui à la moindre révolution iront rejoindre leur compte en banque en Suisse ou à Monaco.

    Je regrette parfois ce mépris ostentatoire de la bourgeoisie du 19e/20e, la domination sociale aujourd’hui est bien plus cachée et masquée.

  3. Souris donc

    « de faire participer ce peuple à ces splendeurs culturelles, de “l’aristocratiser” afin de l’élever à la Culture »

    On voit ça dans le métro de Moscou, où les cocos ont installé des lustres dégoulinants de cristal et du marbre partout (on voit d’où vient le goût de chiotte des oligarques)
    Bon, en France tout n’est pas génial, mais l’abrutissement des masses, je ne la vois guère. Moi, je trouve mon compte. Bien sûr, je suis une beaufe.

  4. Souris donc

    En France, on n’a pas nos films coupés toutes les 10 mn par de la pub. Le temps de cerveau disponible est un vieux concept des débuts de la télé. Pourquoi dit-on un soap ? Parce qu’ils permettent de vendre de la lessive. Chez les dictateurs il permet de vendre de la propagande pour notre cher lider. Quand le cher lider ne vient pas animer en personne son Aló Presidente.

    Ici, on voit du culturel pas trop top parfois, avec des copinages, c’est vrai.
    Ailleurs, le moindre ton un peu différent est pourchassé. Ceci dit, j’ai bien aimé le Poutine qui enferme pendant trois ans pour hooliganisme trois punkettes qui ont chanté contre le régime et l’Eglise orthodoxe. Chez nous tu peux être créatif et faire des Piss Christ autant que tu en veux. Va faire un Piss Mahomet et tu verras.
    Faut sortir un peu.

  5. Guenièvre

    @ Galaad,
     » Vous vivez dans les années 50/60 si vous pensez encore qu’elle se résume au documentaire passé à 20h du soir ou à la série romancée. »

    Mais non, je sais bien que la TV ne se résume pas à cela ! Et je n’aime pas plus que vous le genre d’émissions dont vous parlez mais vous généralisez encore une fois en ne prenant pour norme que ce qui est le plus mauvais et, je suis d’accord avec vous, il y a du très mauvais. Comme le dit Souris il y a bien d’autres émissions que celles-là , parfois même d’excellentes émissions, et l’avantage de nos jours en France par rapport aux débuts de la TV et pas rapport à certains régimes, c’est que l’on a un très large choix.
    J’ai connu des personnes âgées dans les années 50/60, elles n’avaient pas encore la TV dans les campagnes . L’hiver, quand il faisait nuit à cinq heures, elles se renfermaient chez elles et ne ressortaient que le lendemain à 9 heures sans avoir eu le moindre contact, ni la moindre activité. Pas de distractions, pas l’habitude de lire, pour elles c’était ennuyeux à mourir . J’ai aujourd’hui dans ma famille une personne âgée en fauteuil roulant . Elle passe beaucoup de temps devant la TV et je n’ai pas l’impression qu’elle s’abrutit ou qu’elle se « lumpenise ». Elle regarde les émissions médicales, « Des racines et des ailes  » des variétés sur les chansons des années passées et beaucoup de films. C’est une vraie chance pour elle qui ne peut plus sortir et qui n’a pas les moyens physiques d’avoir une activité autre ! Ce n’est pas la TV qui est abrutissante c’est la façon que l’on a de s’en servir.

  6. Je n’aime pas la TV où qu’elle soit, je ne comprends donc pas vos lourds sarcasmes. Je ne suis pas fan du régime de Poutine, ou de celui de Chavez – bien plus démocratique que celui de Poutine ne vous en déplaise (il respecte les référendums, lui, pas comme certains grands présidents de grandes démocraties). Je ne sais si vous parlez de Chavez pour le « ton pourchassé », car si vous connaissiez un peu la situation vénézuelienne vous sauriez qu’il est quotidiennement insulté par les médias d’opposition dont certains vont jusqu’à soutenir des coups d’état. Ces insultes dépassent de loin le cadre démocratique, à tel point qu’il lui arrive de se faire qualifier de singe ou d’autres qualificatifs racistes, propos qui vous vaudraient dans la Grande Démocratie Française une grosse amende ou le bagne.

    Si l’on peut blasphémer aujourd’hui et si l’on bénéficie d’une relative liberté ce n’est certainement pas grâce à une telle mentalité qui consiste à se comparer aux autres dans une volonté de nivellement par le bas (on dirait la concurrence libre et non faussée de l’UE).

    Il n’y a rien de créatif dans le Piss Christ, c’est le niveau zéro de l’art, voire moins.

    Je pense qu’il vous faut sortir un peu moins.

  7. Oui aujourd’hui la mode est à penser que la multiplication des daubes accentue la liberté, comme si la liberté se résumait à pouvoir choisir dans une myriade de daubes celle qui nous convient le mieux…

    Oui, aujourd’hui, nous avons en effet un large choix de chaînes toutes plus pourries les unes que les autres, et dont la « concurrence libre et non faussée » n’a cessé faire baisser à la fois le niveau des émissions et celui des grandes chaînes (publiques en particulier).

    Il y avait plus de liberté de penser dans la TV du général qu’aujourd’hui. Qui oserait imaginer une des chaînes TV principales diffusant à une heure de grande écoute un documentaire sur la civilisation grecque ? Hein ? Et sans une débauche absurde d’effets spéciaux et d’exagérations qui conduit à foutre en l’air l’Histoire au profit du divertissement (v. « Apocalypse Hitler ») ?

    Je regarde encore les émissions de Guillemin où lui, sans images ni musiques, uniquement sa propre personne, son érudition et sa voix pour conduire le téléspectateur, parlait d’histoire pendant plusieurs heures. Et cette sobriété aidait d’autant mieux la réflexion.

    On donne bien aujourd’hui à des personnes la drogue TV au lieu d’un bon livre. L’emprise de la « vidéosphère » (Debray) a ravagé tant la langue de la culture populaire que la langue des dirigeants, de l’élite politique. Il faut désormais faire le guignol pour espérer avoir une place dans cet enfer anti-démocratique… et donc une visibilité. La populace, quant à elle, abandonne sa spontanéité créatrice pour adopter cette novlangue des rappeurs médiatiques et des SMS, quelque chose que le camarade, prof lui-même, a remarqué. L’argot d’antan, sublimé par des Audiard et des Céline, disparaît au profit d’un vocabulaire puisant ses mots dans les séries mal doublées ou les émissions à la con. Quant à l’élite, on ne trouve guère plus qu’un Mélenchon (ou un Le Pen, mais bon) pour employer des imparfaits du subjonctif et maîtriser la langue française. On salue Morano dont la connerie est parfaitement représentative de la médiocrité de ceux qui prétendent diriger le peuple. Ah ça ! Au moins Mittérand savait parler, lui. J’observe une corrélation entre culture économiste et inculture littéraire, parfaitement compréhensible quand le Chiffre est érigé en religion.

    « Ce n’est pas la TV qui est abrutissante c’est la façon que l’on a de s’en servir. »

    Non, la TV est scientifiquement abrutissante, l’écran de la TV entraîne des réactions neurochimiques perverses et malsaines. C’est scientifiquement établi que regarder la TV (et les effets sont plus graves plus le spectateur est jeune) entraîne une incapacité croissante à mémoriser, se concentrer, se contrôler, qu’elle est donc un médium néfaste en soi qui devrait être écarte des gosses en général. Ce sont des faits scientifiques, qui ne préjugent même pas du contenu même de la TV. La crasse télévisuelle est un surplus qui s’ajoute déjà à cette lucarne malsaine qui détruit l’harmonie familiale, l’éducation des gosses et leur santé mentale.

    Je vous invite à écouter Michel Desmurget, docteur en neurosciences : http://www.dailymotion.com/video/xnpg9t_france-culture-faut-il-encore-craindre-la-television_people

  8. Souris donc

    Les écrans seraient épileptogènes. Ce ne sont pas les contenus qui poseraient des problèmes neurologiques, mais la stimulation lumineuse et les mouvements de caméra. Surtout les jeux vidéo d’ailleurs. Pas besoin de 40 mn de docteur en neurosciences de France-Cul pour s’en douter.
    Trève de plaisanterie. Hier soir, sur ARTE (cette chaine abrutissante, comme France 5) je me suis farci 5 heures de Parsifal. J’ai failli faire ma crise.

  9. QuadPater

    Ne pas confondre causes et conséquences ! Il est scientifiquement prouvé que regarder ARTE pendant plus de 30 mn est une forme d’auto-mutilation.

  10. Guenièvre

    @ Galaad,
    Je ne vais pas défendre la télé, je n’en ai absolument pas l’envie . Mais c’est votre façon de généraliser que je mets en question . Tout est pourri ! Vraiment aucune place pour les nuances ! Alors qu’est-ce qu’on fait ?

    «  »La culture de masse, enfin, abolit les classes sociales dans la tête des gens, mais seulement dans leur tête, car dans la réalité c’est tout autre chose, et les classes dominantes profitent de cela pour accentuer leur voracité… »

    Vous êtes toujours dans la thématique de la « libération » , du  » il faut changer le monde » , dans la logique du  » ça devrait être ainsi  » et vous pensez que si les gens qui se trouvent être en bas de l’échelle ne réagissent pas et n’éprouvent pas votre colère devant ce qui est, c’est parce qu’on les en empêche physiquement ou psychologiquement. Or , je pense que, à de rares exceptions près ou alors quand on les fanatise, ces « masses  » que vous voulez « délivrer » refusent cette idée de « monde meilleur » au profit d’un investissement du présent. Et ils n’ont pas tort . J’ai beaucoup appris dans le milieu paysan. Il y a , je trouve, de la sagesse dans cette attitude qui consiste à accepter le donné, à relativiser les pouvoirs et à chercher dans la banalité quotidienne faite de haine et d’amour, de conflits et de détentes, des moments intenses ou imprévus. C’est tout le contraire de l’embourgeoisement que vous semblez déceler. C’est l’acceptation des limites, donc du tragique de la vie .

  11. Guenièvre

    Vous avez de la persévérance, j’ai une amie pourtant complètement accro aux opéras qui a abandonné !

  12. roturier

    D’accord avec la souris.
    Galaad nous ressert le sempiternel ‘avant c’était mieux’, rien d’autre. Assorti de qq crachats dans la soupe.
    Son ‘analyse’ est simpliste, convenue. La ‘noble’ culture popu de jadis’ comparée à l’imposture de celle de ‘la haute’.
    Eh oui, la nostalgie n’est plus ce qu’elle fut…

  13. Souris donc

    Merci, Roturier.
    Mais au fond, le petit Galaad n’a pas totalement tort. Les JO, par exemple. Quoi de plus abrutissant pour les masses, surtout depuis qu’on n’a plus les nageuses est-allemandes pour faire le spectacle et rafler les médailles. Attali se pète un klaxibulle sur les JO. Preuve que la télé est nocive.

  14. desavy

    @ galaad,

    « J’observe une corrélation entre culture économiste et inculture littéraire, parfaitement compréhensible quand le Chiffre est érigé en religion. »,

    C’est amusant, vous essayer de raisonner, d’argumenter, d’utiliser des sources et puis, hop, arrive régulièrement ce genre d’affirmation, bien entendu non réfutable. La phrase est jolie, mais son fond est complètement sacrifié à sa forme.

    J’ai l’impression que notre forum constitue une sorte de rendez-vous de déclinistes. Il y a les déclinistes de droite, et les déclinistes de gauche. Nous avons trop tendance à idéaliser le passé (effet de loupe, de nostalgie ou de méconnaissance). Par exemple, au cours des décennies passées, quel est le pourcentage de personnes qui lisaient des livres ? Et au XIX siècle ? Le pourcentage de personnes qui écoutaient les grands compositeurs, qui fréquentaient les expositions ?

    Le peuple a des goûts de c… (ma conscience m’a empêché de terminer le mot), qu’on le change !

  15. desavy

    Vous essayez*

  16. Je prends le train de cette discussion en marche alors qu’il a quitté la gare depuis 24 heures. Cela me permet d’intervenir bêtement après que tout ait été dit, j’apprécie, c’est plus facile.
    Donc voici ce que je pense de tout ça.
    Il y a beaucoup de vrai dans la vision de Galaad sur notre société. Beaucoup de vrai en absolu, mais en valeur relative par rapport aux générations qui nous ont précédé c’est moins justifié. L’époque de « Germinal », c’était matériellement l’enfer pour certains mais surtout le hiatus entre les « cultures » de l’élite et du peuple était aussi profond qu’aujourd’hui. Au moins. Galaad, certainement, aime caricaturer son propos. C’est d’ailleurs un moyen de mieux capter l’attention.
    En revanche je donne raison à Galaad, à 100%, concernant ce qu’il dit de la télévision. Qu’il y ait parfois de bons programmes ne change rien au fait que ce monstre est passif, rend passif, et viole les esprits. Rares sont les personnes qui prévoient de regarder « un programme ». Quand maintenant on entre chez quelqu’un, on voit la TV fonctionner en « visuel de fond » comme on entendrait un « bruit de fond ». L’effet sur les enfants est désastreux , on leur désapprend à penser selon leur propre initiative. Quant aux JT, pour être informé la dernière chose à faire est de les regarder.

  17. Souris donc

    L’incompatibilité entre culture économique et culture littéraire est un préjugé. Tout simplement un préjugé.
    Des statistiques sont dressées périodiquement sur les pratiques culturelles des Français, ça doit paraitre à la Documentation Française et émaner de l’INED (?). Il me semble qu’on y trouve des tendances, sur une ou deux décennies.

  18. roturier

    Dites-donc, impat.
    Avant la téloche: (je parle pas des qq courtes décennies de la radio, négligeables): il y’avait quoi d’actif et qui encourageait la réflexion? Mr le curé et le catéchisme? Quel bourrage de crâne.
    Non, avant c’était pas mieux.
    SAUF qu’on étaient plus jeunes…

  19. Souris donc

    En fait, c’est le Ministère de la Culture, Département des études, de la prospective et des statistiques :

    http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/histoire.php

    « L’amélioration de la connaissance des publics de la culture fut en effet un des axes majeurs du programme de statistiques culturelles élaboré au début des années 1960 à la faveur d’une rencontre qui n’avait alors rien d’évident entre les champs de la haute administration, de l’animation et des sciences sociales.
    Dès les premières années du SER, furent réalisées des enquêtes sur les publics des musées, des théâtres, des salles de cinéma et de plusieurs maisons de la culture, avant que ne soit lancée en 1973 la première enquête «Pratiques culturelles », dans la foulée de celle que l’INSEE avait menée quelques années auparavant sur les comportements de loisir. »

  20. Guenièvre

    Tiens ce début de semaine qui vient j’ai prévu au moins 5 heures de passivité absolue devant la TV. Et c’est O.Welles , Franck Capra et Elia Kazan qui vont profaner mon esprit et me décerveler ! Chic alors 🙂

  21. Il n’y a plus de paysans et la sagesse paysanne a disparu avec leur industrialisation et la mécanisation des rapports paysans (Onfray en a bien parlé, Jourdes aussi). Je crois comme vous que cette façon de vivre, cette sagesse, avaient leur importance, mais elle a disparu, la France qui était une terre paysanne par excellence (plus paysanne qu’ouvrière !), a désormais moins de 10% (5%?) de paysans en son sein. V. http://www.youtube.com/watch?v=bJzJxepLo2s

    Je n’ai pas dit « tout était pourri », je dis que le médium de la TV est malsain en soi et que la majorité de ce qui passe dessus est crasseux. Je dis que la TV était clairement mieux avant oui en effet, avec moins de 10 chaînes on faisait bien plus et mieux qu’aujourd’hui avec des centaines.

    Oui je pense qu’il y a tout un appareil idéologique qui cache une partie de la réalité à la population et l’aliène. Je pense que quand l’on voit que plus de 75% de TOUS LES MEDIAS étaient par exemple pour le OUI à la constitution européenne en 2005, on peut assez aisément comprendre cela. A moins d’être aveugle.

    Je ne suis pas un révolutionnaire professionnel, je ne suis pas un partisan de la révolution brutale et le « çavapétisme » des gauchistes illuminés, mais votre couplet sur « l’acceptation du donné » et blablabla, loin d’être une sagesse, me paraissent plutôt être de l’ordre de la résignation et de l’apathie politique, très en vogue en ces temps d’hétéronomie collective. Je ne vois pas en quoi il faudrait « accepter le donné » quand « ce donné » comporte des injustices. On n’aurait pas aboli l’esclavage, on n’aurait pas déclaré l’égalité devant la loi, des hommes comme des femmes, bref l’Homme n’aurait rien fait s’il avait suivi cette « sage » mentalité du « cela a toujours été ainsi ». C’est un conservatisme de très mauvais aloi que vous professez là, quand on voit des hopitaux de campagne désolés, des services publics détruits, quand on voit la misère rurale d’aujourd’hui (puisque vous dites avoir un passé de paysan), je pense qu’il faut être formidablement cynique, incroyablement larbinisé ou fort privilégié pour ne pas déceler que quelque chose ne va pas dans ce monde.

  22. Il y avait des choses « mieux » avant en effet. Je ne dis pas que « tout était mieux ». Je pense néanmoins qu’il faut avoir les yeux fermés pour ne pas observer la décadence à l’oeuvre aujourd’hui. La liquéfaction des rapports sociaux, la marchandisation de tout, l’utilitarisme généralisé, ne sont pas pour moi des facteurs d’optimisme.

  23. Vous m’avez mal lu ! L’abrutissement et l’inculture croissante je les constate surtout dans ces classes sociales qui historiquement ont détenu le « capital culturel » pour parler en bourdivin (que je ne suis pas par ailleurs). Les élites sont décadentes et de plus en plus connes. Magris disait : « en cette époque dite de culture de masse ce ne sont pas les masses qui manquent de culture, mais plutôt les élites. Il est rare d’entendre dans un autobus des bourdes aussi monumentales que celles qu’on remarque à la télévision ou dans les journaux. ».

    Ce sont les élites qui nous ont conduit dans la mouise catastrophique d’aujourd’hui ! Pas le peuple.

    Le peuple, j’y décèle plutôt une perte croissante d’identité, la disparition d’une certaine forme de spontanéité créatrice (typiquement l’argot), d’une certaine culture populaire émanant du peuple, par le peuple et pour le peuple. J’y observe une privatisation massive des consciences individuelles, un consumérisme qui croît avec le temps et un embourgeoisement malsain. Le peuple se lumpénise – mais je ne veux en aucun cas le remplacer, et je pense comme Orwell qu’il n’y a que dans les masses que l’on retrouve la « common decency ».

    Décliniste ? Je ne sais pas, mais je fais mienne la phrase de Gramsci sur le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté.

    Je me retrouve dans les propos d’un Jérome Leroy se disant « réac de gauche ».

  24. Venez que j’vous embrasse camarade !

  25. Il y a aussi à se poser des questions sur l’utilisation de la TV en lien avec la classe sociale et la culture de la personne concernée. Il est clair qu’une femme aussi cultivée que vous n’irait pas regarder ces obscénités cochonnes et effroyables que diffuse à longueur de journée la chaîne du temps de cerveau disponible, mais c’est bien parce que vous avez été instruit, éduqué que vous savez désormais faire le tri et avez construit une barrière solide contre la connerie de masse. Mais plus le monstre prend de l’ampleur, plus les écrans pullulent dans notre société, bref plus la société déculture, désinstruit et abrutit, plus il est difficile pour les gens en général – je ne parle pas des happy fews dans votre genre – de s’extirper de ce « monstre doux ».

    Je sais que moi-même quand je me pose devant la TV il m’est parfois difficile de m’en éloigner. C’est infernal !

  26. Imaginerait-on un Victor Hugo populaire aujourd’hui ? Victor Hugo avec ses « misérables », savait écrire tout en étant populaire. Quand bien même vous auriez des désaccords profonds avec Hugo, il reste qu’il s’agit d’un grand écrivain, qui a eu pourtant un grand succès. Les funérailles de Hugo ou de Louise Michel furent véritablement populaires. Quel écrivain, grand écrivain, pourrait imaginer pareil engouement dans les classes populaires aujourd’hui ? Ce n’est pas la faute du peuple, déjà que la littérature contemporaine est envahie par de la sous-littérature de gare, puante de narcissisme (auto-fiction et blabla) et dédaignant la recherche du style… La faute, je pense, en grande partie, à cette « vidéosphère » envahissante et son spectacle permanent. Le spectacle, voila l’ennemi !

    Debray disait : « Certes. Le livre a perdu son aura, les écrivains rentrent dans l’ombre, sans prise sur l’émotion collective. Etre, à présent, c’est être vu. C’est la caméra qui donne la visibilité sociale, après quoi on est bon pour l’influence, et même pour un ministère. Le système création-édition-critique-médias est devenu un mécanisme d’autocongratulations qui fonctionne en circuit fermé. Quant à nos acteurs, sportifs, chansonniers, animateurs, ils ont la légitimité. Quand Sarkozy pose à côté de son pote Johnny, le patron, c’est Johnny. Il met négligemment la main sur l’épaule de Nicolas. La politique est devenue une filiale parmi d’autres du show-biz. Comme la philosophie, ou ce qui passe pour tel, et le football. Ils font la paire en public et se mettent en ménage dans le privé. Mauvais temps pour les mots.« Casse-toi, pauvre con ! » Ceux qui aiment déguster des mots plutôt que déglutir de l’info vont survivre, loin des best-sellers, hors marché, dans des îlots ou des monastères, peut-être dans quelques grandes écoles si celles-ci ne disparaissent pas entre-temps. Mais les Voltaire et les Victor Hugo, dans l’Occident postindustriel, sont technologiquement condamnés. L’intello classique n’est plus fonctionnel. »

  27. Souris donc

    Moi, ce soir je regarde une « connerie de masse » : L’Amour est dans le Pré ».

  28. Souris donc

    Ce qu’il ya de bien chez nous, c’est l’infinité de l’offre culturelle.
    Si t’as envie de voir The Darkgnarkriarzeu™, tu vas voir The Darkgnarkriarzeu. Si t’as envie de voir une débilité, tu regardes une débilité. Le contraire de ce que raconte Galaad qui fait injure aux nombreux bénévoles qui montent, par exemple, des festivals de musique de grande qualité dans les coins les plus improbables, avec de très grands artistes qui acceptent de jouer ou chanter gratuitement ou très en-dessous de leurs cachets.
    On avait ça au bon vieux temps ?

  29. Souris donc

    « L’intello classique n’est plus fonctionnel.” Allons bon.

    Ne vous laissez pas impressionner par le radotage sentencieux de Régis Debray. Il a cette facilité de mettre en mots un peu « conceptuels » deux trois idées reçues basiques. Ça la fout mal de citer Régis Debray, vaut mieux éviter, on passe illico pour un con. Car Régis Debray tire une belle casserole de quand il était en Amérique Latine, où mieux vaut ne pas évoquer le personnage. Quand sa môman a été obligée de le tirer du pétrin où il s’est fourré de lui-même en allant faire le révolutionnaire et sauver le monde.

  30. Le « bon vieux temps » post-45 avait ça en effet, et c’était bien plus médiatisé. Il y avait aussi un PCF fort qui servait d’appareil d’instruction de la classe ouvrière. Il y a eu au 19e siècle énormément d’intellectuels, de grands intellectuels issus de la classe ouvrière, bien souvent autodidactes (façon Proudhon).

    Contrairement à vous je ne pense pas qu’une « infinité d’offres » soit un facteur d’émancipation donc de liberté. Vous confondez quantité et qualité en bon libéral, moi je choisis qualité plutôt que quantité.

    Si j’avais le pouvoir – ne vous inquiétez pas cela n’arrivera jamais – il est clair que je ferais interdire la TV réalité, un bon paquet de chaines superflues (et étrangères, celles du genre à diffuser les prêches de barbus fanatiques) et j’imposerais un cahier de charge strict à TOUTES les chaînes, privées comme publiques, puisque les ondes sur lesquelles elles émettent sont propriétés publiques. Il y aurait plus d’émissions politiques, à des heures de grande écoute, plus de documentaires, moins de séries à la con et de films débiles. Il faudrait aussi réfléchir à une forme de démocratie médiatique, pour empêcher les calamités du genre de 2005 avec le TCE.

  31. QuadPater

    C’est scientifiquement établi que regarder la TV (et les effets sont plus graves plus le spectateur est jeune) entraîne une incapacité croissante à mémoriser, se concentrer, se contrôler, qu’elle est donc un médium néfaste en soi qui devrait être écarte des gosses en général.

    C’est possible, mais êtes-vous sûr que c’est uniquement la télé qui est la cause de ces anomalies ? Moi j’aurais bien mis le PC connecté à Internet dans le même sac.
    Mon plus jeune fils – 16 ans – présente tous ces symptômes (auxquels j’ajouterais un manque de créativité) alors que sa mère et moi avons toujours cadré sa consommation de TV.
    Nous avons été beaucoup plus cools vis à vis de l’ordi, et le résultat est là : il ne sait pas utiliser un PC sans Internet parce qu’un PC, c’est comme une télé pour lui : il s’assoit devant et zappe. Il ne s’arrête sur rien, n’approfondit rien, ne crée rien. Du côté concentration, capacité de synthèse. et mémoire à court terme, zéro. Nous regardons un film, je m’absente 15 mn, je lui demande ce qui s’est passé, il ne sait pas me le résumer et se borne à me raconter les 30 dernières secondes.

  32. Galaad,… « Vous confondez quantité et qualité en bon libéral, »…

    Le libéralisme aurait-il pour vous tellement peu de défauts qu’il vous faille lui en inventer de toutes pièces ? – 🙂

  33. QuadPater,
    Il me paraît en effet certain que si la TV a des effets néfastes sur les jeunes, ce que je crois, le PC/Toile présente le risque des mêmes défauts. Avec cependant une différence : il est possible d’utiliser la Toile de manière active, interactive.

  34. roturier

    Dites donc, QuadPaterNoster.
    La téloche a bon dos, l’ordi aussi.
    Les caractéristiques de fiston, y’a comme qui dirait un peu d’hérédité?

  35. QuadPater

    Oui Impat, mais c’est beaucoup moins rigolo apparemment.
    J’ai beaucoup à (mé)dire sur la civilisation du copier-coller née avec le Web mais ce serait hors-sujet ici.

  36. QuadPater

    roturier

    Les caractéristiques de fiston, y’a comme qui dirait un peu d’hérédité?

    Si par hérédité vous voulez dire « hérédité » c’est non.
    Si c’est « carences éducatives » je dirai oui et non. Sans m’étaler, disons que le cas de ce drôle est un peu à part et qu’il se cherche une identité ailleurs que dans son milieu familial depuis environ 6 ans, sans que sa mère ou moi n’y puissions faire grand chose.
    Mais là non plus ce n’est pas le sujet, excusez-moi pour cette diversion.

  37. Guenièvre

    @ Galaad,
    « je pense qu’il faut être formidablement cynique, incroyablement larbinisé ou fort privilégié pour ne pas déceler que quelque chose ne va pas dans ce monde. »

    Nous échangeons par écrit dans des conditions où le risque d’incompréhension et de malentendu est assez élevé et nous ne connaissons absolument pas : j’éviterais donc autant que possible ce genre de déductions rapides sur le caractère, les intentions ou les situations…

    – Quand je parlais de  » l’acceptation du donné » je ne parlais pas de moi-même. Je ne faisais qu’une constatation : alors que les militants que je fréquentais n’avaient à l’esprit qu’un futur meilleur mais hypothétique les gens des milieux populaires investissaient bien davantage dans le présent. Et l’acceptation du donné ce n’était aucunement l’acceptation de l’injustice ni le renoncement à l’altruisme ou à la solidarité que j’ai vus s’exprimer dans des situations extrêmes, c’était l’acceptation des limites et de l’imperfection du monde. Les intellectuels y voient une aliénation bien sûr , j’y ai vu une sagesse et une application directe du proverbe tant cité « l’argent ne fait pas le bonheur » . Le bonheur on peut le trouver dans de multiples situations du quotidien. Ils m’ont appris à le voir . Une leçon !
    – Je n’ai dit nulle part que « tout allait bien dans ce monde », mais encore faudrait-il déterminer ce qui ne va pas . Je suis revenue, dans les années 80, vivre dans le village de mon enfance, je peux donc faire des comparaisons. Dans les années 50, les vieilles personnes n’avaient pas de retraite, elles vivaient dans des conditions misérables avec quelques poules, une ou deux chèvres et un jardin qu’elles cultivaient tant qu’elles le pouvaient. Aucune distraction. Ceux qui travaillaient n’étaient pas tellement mieux lotis : on vivait à quatre, six ou huit dans 2 ou 3 pièces maximum, et sans commodités, on ne se demandait pas ce que l’on allait mettre comme vêtements, on n’avait pas le choix, ni ce qu’on allait manger, c’étaient souvent les mêmes menus, haricots-lards ou pommes de terres fromage blanc. A la ville ce n’était pas toujours mieux! Vous avez déjà vu à quoi ressemblaient les bidons-villes et les taudis qui ont existé jusqu’à la fin des années 60 ? Sans contestation possible les gens qui habitent aujourd’hui mon village vivent dans des conditions matérielles 10 fois meilleures que ceux qui y vivaient dans les années 60 ! Y compris ceux qui sont au chômage ! Ils ont davantage de droits, ils sont davantage aidés (la mairie vient de reloger en ville une dame veuve qui avait du mal à entretenir sa maison, chose impensable il y a quelques dizaines d’années ! ) . Ce n’est donc pas sur ce plan qu’il faut chercher le malaise. Car il y a bien « quelque chose qui ne va pas dans ce monde » je suis d’accord avec vous ! Quelque chose qui a à voir avec le  » désenchantement  » selon la formule de Marcel Gauchet.

  38. Souris donc

    C’est exactement ce que fait Chavez, il vient d’infliger 2 millions de dollars à la chaine de TV Globovisión + le gel de tous ses avoirs. Autant dire que la dernière chaine privée du Vénézuela ne s’en relèvera pas. Et pourquoi me demanderez-vous. Aurait-t-elle diffusé de la téléréalité ? Non. Des séries à la con et des films débiles, alors ? Non. Globovisión, dans son JT, a parlé des mutineries dans un pénitencier. Je suppose qu’il y a au Venezuela la démocratie médiatique que Galaad appelle de ses vœux. Vote à main levée.

  39. Souris donc

    Ce qui m’épate toujours dans la génération 2.0 (sauf les racailles abrutis mais fins connaisseurs du système et fins commerçants) c’est la vivacité intellectuelle qu’ils ont. Superficielle et peu structurée, d’accord, mais on rencontre des littéraires bac + 8, intellos classiques, forts dans, disons Baudelaire ou ce que vous voulez, mais con quand même. L’un n’empêche pas l’autre. Il y a une part d’équation personnelle qui ne relève ni de l’inné ni de l’acquis.

  40. C’est peut-être paradoxal mais je suis quadpater dans sa dénonciation du Web. J’ai moi-même beaucoup à dire sur le culte contemporain de l’Internet (avec une bonne grosse majuscule), je ne crois pas à une émancipation du genre humain par le virtuel, je pense qu’au contraire il participe de cette modernité liquide qui ravage tout.

    Réhabilitons le livre, le solide, les relations authentiques et durables ! A bas l’écran partout et pour tous ! Il devient de plus en plus difficile de prendre de la distance de l’écran, son omniprésence est proprement totalitaire. La distance et le recul sont nécessaires dans l’émancipation individuelle par l’esprit critique, et partant l’émancipation collective.

  41. Je les mets dans le même sac volontiers cher quadpater ! Je pense même que l’hégémonie croissante de l’Ordinateur risque de rendre bientôt désuètes les critiques de la TV.

    Je me reconnais dans votre description de votre gamin de 16 ans, j’ai été un vrai geek autrefois, j’en garde de nombreuses séquelles encore aujourd’hui. C’est effroyable.

  42. Souris donc

    S’il n’y avait pas tous ces prêcheurs d’apocalypse qui prospèrent sur le désenchantement, écolos, bobos et bisounours, indignés en peau de lapin, on serait déjà beaucoup moins désenchantés. Et si les deux problèmes majeurs, l’immigration et le chômage, n’existaient pas, on serait heureux et sifflotants.

    Galaad finit son papier par une diatribe contre le Palais de Tokyo « pour la Haute ». La fréquentation des musées explose. Les musées créent des ateliers, pour les jeunes, pour les vieux, les groupes sont reçus et encadrés, ils font venir les comités d’entreprise, gratuité ou tarifs réduits pour les chômeurs, les étudiants, ils ouvrent le soir, ils ont créé des sites superbes.

    Sa conclusion « Il y a de bonnes raisons de désespérer aujourd’hui! Sous couvert d’une prétendue liberté et d’une fausse égalité, le conformisme généralisé pourrait avoir triomphé. »
    Le conformisme a toujours existé, Galaad. Si vous l’ignoriez, je suis heureuse de vous l’apprendre.

  43. Galaad Wilgos (13 Août 2012 à 14:05)

    Quelquefois, vous parlez d’or.

  44. roturier

    A Quadpater le 13/8 11H40:
    Oh cruel destin! Fiston se cherche une identité en dehors du milieu familial depuis l’âge de 6 ans!
    Comme bien d’autres, quoi; et ça se calme; au + tard lorsqu’ils en ont un p’ti à eux qui cherche etc… .
    Il n’est pas de problème au monde qu’une absence de solution ne saurait résoudre.

  45. Tiens par hasard, serait-il possible de rectifier dans mon texte une erreur visible d’agencement des paragraphes ? Il manque une ligne blanche à un endroit (entre « sacralisé » et « l’objectif ») et il y en a deux de trop en bas. Merci !

  46. QuadPater

    Oui Souris c’est aussi l’air (vicié ?) du temps qui fait que.

  47. roturier

    HELP! S.O.S! MAYDAY! (Mais hors sujet).
    Je cherche à joindre l’admin car voudrais insérer un texte à moi avec un concentré de vitriol.
    COMMENT FAIRE ????

  48. roturier :

    rgrouot@gmail.com
    …et la rédaction décidera.

  49. Souris donc

    Impat dit que Galaad parle d’or. Sauf qu’il a des tics de langage qui ne sont pas neutres. Emancipation de l’individu, émancipation collective. Emancipation est très connoté gauche totalitaire qui n’émancipe rien du tout, mais collectivise et nie l’individu. Comme démocratique ou populaire.

  50. Guenièvre

    @ Souris donc 15 h 43

  51. Guenièvre

    la suite …
    « Et si les deux problèmes majeurs, l’immigration et le chômage, n’existaient pas, on serait heureux et sifflotants. »
    J’aime vos rappels pratiques 🙂
    Oui, le chômage est complètement destructeur mais il y a une cause plus générale au malaise que relèvent Gauchet ou Manent qui , je trouve, ne font pas dans le catastrophisme. Manent précise par ailleurs qu’à part pendant les trente Glorieuses il y toujours eu des crises dans les démocraties. Ils relèvent tous les deux que nos systèmes démocratiques souffrent aujourd’hui de la consécration même des principes qui la fondent , consécration qui s’affiche dans l’idéologie des droits de l’homme :

    « Le triomphe des libertés individuelles auquel nous assistons vide de sens l’idée d’une communauté de décision. En frappant les gouvernements d’une illégitimité diffuse, elle interdit la représentation d’un destin collectif et d’un pouvoir exercé en commun » M.G

    L’angoisse des Français vient moins du fait de se sentir mal représentés, même si ce thème est le leitmotiv de notre vie politique, que de l’incertitude sur ce qui les constitue comme peuple -un peuple dont on se demande s’il vaut encore la peine d’être préservé et continué. P.M

    Je signale d’ailleurs que Pierre Manent est venu deux fois dans notre petite ville, gratuitement, à l’invitation de l’une de ces associations de bénévoles dont vous parliez tout à l’heure…il est vrai qu’il fait partie des « nouveaux réacs »…

  52. Vous devriez passer dans le comique absurde Souris, je vois bien vos livres siéger aux côtés de ceux d’Allais ou de Jarry, c’est proprement formidable. Emancipation connoté « gauche totalitaire », on n’a rien vu tant qu’on n’a pas lu ce genre de choses… Brillant.

    Il n’y a rien de plus anti-individualiste que l’individualisme méthodologique des ultras du libéralisme. C’est en pensant qu’il n’y a que des « individuals » et « no society », qu’on aliène encore plus l’individu, qui vit dans un collectif et partant ne peut être pleinement autonome sans « institutions autonomes ». Une société qui promeut la participation politique et le bien public plutôt que le consumérisme et le repli dans sa petite sphère privée, est une société où l’individu est sublimé bien plus que nié. Cette « polypragmosunè » qui permet à l’individu de s’accomplir pleinement en étant à la fois apte à subvenir à ses besoins et actif dans la délibération collective, est ce que je considère comme un état émancipé à viser. L’émancipation passe à la fois par l’individu et le collectif, dans une relation complexe où l’un défend l’autre et vice versa. Il n’y a pas d’institutions vectrices d’autonomie sans individus autonomes, et il n’y a pas d’individus autonomes dans une société qui ne l’est pas. Telle est ma vision républicaine du socialisme.

    Gauche totalitaire alors ?

    Les prétendues démocraties populaires n’étaient ni démocratiques, ni populaires, pour autant cela ne disqualifie pas ces qualificatifs, de même que république ou laïcité.

  53. Souris Donc,
    … « Impat dit que Galaad parle d’or. »…
    Vous tenez à m’enlever le « quelquefois »?

  54. Vive Jean Clair les amis ! Lisez Jean Clair. Il caillasse loin et fort mon négro, vous même vous savez.

    http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/wp-content/uploads/2012/02/Jean-Clair.pdf

    « Réactionnaire l’académicien ? Sectaire, l’ancien Directeur du Musée Picasso et commissaire de la Biennale de Venise ? Bien davantage, son diagnostic et son cri résultent d’une exigence et d’une exemplarité, d’un appel à la responsabilité destinés à ressusciter ce dont l’homme est dépossédé dans son rapport à la création et à la société contemporaines : l’émotion et le sens »

  55. Souris donc

    @ Guenièvre
    Prêcheur d’apocalypse, c’était juste une allusion au titre du livre de Jean de Kervasdoué, j’aime assez ces gens du CNAM qui vont à contre courant. Anti-doxa ils sont, lui et Michel Godet.
    Mais je vais peut-être lire Pierre Manent. C’est pas la déprime garantie, au moins ? Marcel Gauchet m’a toujours rebuté par son nom…Là je suis dans la monumentale Histoire de la musique occidentale de chez Fayard, 30 ans et pas une ride. Le livre, pas moi.

    @ Galaad
    Votre titre parle d’une époque décadente, puis vous entrez dans des considérations sociologiques et politiques. Pour l’art contemporain, je serais assez de votre avis, mais me réjouis que nous ayons cette liberté d’expression, même si, comme vous, la surenchère dans la provocation me déplait. O combien.

  56. Bien sûr que j’entre dans des ces considérations-là, non seulement vous avez commencé en parlant de « gauche totalitaire » et je ne sais quoi (lors que l’article ne parlait pas de ça), mais en plus pour moi tout est lié jusqu’à un certain point. Il faut aborder tout cela pour véritablement aborder la « complexité », terme ô combien dévoyé par les servants du Capital mais qui mérite d’être utilisé ici. Je ne le pensais pas jusqu’à en avoir discuté avec un ami étudiant en art et m’être un peu plus informé sur la question – je m’informe toujours, je creuse toujours – mais il me paraît désormais évident qu’une certaine crise de l’Art a partie liée avec la décadence de l’époque, la crise politique, la crise économique et etc. Je ne vais pas entrer dans des considérations plus longues, mais quand on voit la grotesque place qu’a prise la finance dans le domaine de l’art on voit bien où nous mène ce fabuleux capitalisme libéral, sa société de marché indépassable et sa mondialisation heureuse. Il faut voir les milliards brassés comme de la bière pour ces immondices révoltantes que l’on qualifie d’art contemporain… Un art de l’élite décadente, voilà !… L’art proprement libéral, se nomme art contemporain, un art comptant pour rien mais compté pour beaucoup par les maîtres de la Phynance. On n’y trouve guère plus de transcendance que dans un dépliant d’assurance.

  57. Souris donc

    « … discuté avec un ami étudiant en art et m’être un peu plus informé sur la question – je m’informe toujours, je creuse toujours »

    Du calme ! Un copain m’a dit et j’ai creusé. Bon. C’est parce que le copain dit et que la presse ne parle que des provocations, que tout l’art contemporain n’est que provocation. Ce sont ces généralisations et les conclusions sur toute une époque décadente qui sont inintéressantes. Fausses. Vous êtes tout le temps dans l’approximation brouillonne. Avec un lien qui n’est qu’un argument d’autorité, le « c’est vrai parce que c’est écrit dans le journal. »
    PS, j’ai parlé de gauche totalitaire sur un point très précis : les connotations du mot émancipation.

  58. Souris donc

    Décadence, Galaad cite la Star Ac et le loft. La Star Ac est un radio-crochet, et le reste ce sont les jeux du cirque qui remontent à la plus haute antiquité. Si les gens ont envie de se ridiculiser à la télé, libre à eux. Je fais mon petit Galaad et vous donne un lien vers le sociologue Didier Goux qui a parfaitement analysé les ressorts de la décadence, à propos de Au pied du mur, TF1 19 h 05.
    http://didiergouxbis.blogspot.fr/2012/06/la-grande-pitie-des-salauds-de-pauvres.html

  59. Cher Souris, si vous fustigez mes généralisations, il me parait évident que vous en faites beaucoup à propos de mes propres affirmations, car je n’ai jamais dit que tout était pourri et décadent. Si je pense en effet que l’époque est décadente, cela ne veut pas dire que je pense que tout est nul et vain – sinon le pistolet serait probablement dans mes mains en lieu et place du clavier. De la même manière, je n’ai jamais dit que l’art contemporain était entièrement provocant, déjà parce que l’art dit contemporain ne résume pas, fort heureusement, l’art qui nous est contemporain. Par contre, je remarque en effet cette provocation pour provoquer dans l’art dit contemporain, comme un de ses socles, de ses fondements. Vous dénoncez mes approximations brouillonnes, mais il faut savoir un jour être vous-même cohérent, car si j’écris plus précisément vous vous excitez sur mes « pavés indigestes », et si je tente de réduire la taille, voilà que mes propos sont approximatifs… Vous voulez vraiment que je vous donne des exemples précis de ces absurdités ? Voir l’excellent Dany Robert-Dufour http://www.youtube.com/watch?v=i7vf5YDTWco

  60. « Si les gens ont envie de se ridiculiser à la télé, libre à eux. »

    Je suis un républicain, je ne fais pas mien ce genre de logique. Pour moi, les citoyens ont des devoirs envers leurs concitoyens, et la constitution d’une véritable République ne se fait pas à l’aide des « vices privés faisant la vertu publique » : la vertu publique se fait par des hommes vertueux, soucieux du bien public et partant soucieux de donner un avis politique sur ce qui touche les gens, a fortiori leurs concitoyens. Je ne pense donc pas qu’il est « libre à eux » de se ridiculiser à la télé, je pense au contraire qu’il n’y a rien de libre dans ce genre de fadaises, et que c’est tout bonnement indigne. On ne construit pas une démocratie avec des stupidités d’un tel ressort, avec des citoyens qui vont faire les marioles à la TV, et avec des émissions qui paient des gens (ou pas) pour se ridiculiser devant tous. Les citoyens d’une République sont solidaires les uns des autres, et les actes des uns des autres impliquent donc aussi les uns et les autres, et pas juste leur propre personne, du moins lorsque cela se passe dans l’espace public ou privé-public. On ne fait pas une République avec des citoyens indifférents les uns des autres.

  61. Patrick

    @ Galaad,
    « Si j’avais le pouvoir – ne vous inquiétez pas cela n’arrivera jamais – il est clair que je ferais interdire la TV réalité, un bon paquet de chaines superflues (et étrangères, celles du genre à diffuser les prêches de barbus fanatiques) »

    Comment compteriez-vous y prendre ? Les « prêches de barbus fanatiques » se captent à l’aide de paraboles. Il vous faudrait donc les interdire ! Et interdire aux opérateurs de proposer certains « bouquets » !
    Donc, plus que les chaînes françaises captées par la voie hertzienne, éventuellement quelques chaînes étrangères pour ceux qui habitent les régions frontalières.
    La prohibition dans la TV ! Et vous auriez du mal à faire appliquer l’interdiction, à moins de recruter un nombre considérable de contrôleurs. C’est vrai qu’il y aurait quelques chômeurs en moins.

    « et j’imposerais un cahier de charge strict à TOUTES les chaînes, privées comme publiques, puisque les ondes sur lesquelles elles émettent sont propriétés publiques. »

    Comment feriez-vous pour imposer un cahier des charges aux chaînes étrangères, bien plus nombreuses que les quelques chaînes françaises ? C’est tout simplement impossible.

  62. QuadPater

    Souris le jeu dont parle D. Goux (c’est fait exprès ou c’est son vrai nom ?) c’est Money Drop, que Chérie et moi avons suivi régulièrement. Je peux ainsi dire que les méthodes d’accroche sont particulièrement rusées puisque nous avons même tenté de participer !

    Avec une culture moyenne en histoire-sciences-géo-arts (ce qui est notre cas) on peut de son canapé passer relativement facilement les 8 questions, sauf quand les deux thèmes parmi lesquels il faut choisir touchent les « peoples ». Là y’a pus de QuadPater ni de Chérie. Notre gain moyen (toujours sur le canapé) était à la louche de 150000 € (sur 250000 maxi). Quand on a de gros problèmes de fric ça fait rêver.

    Le recrutement ne se fait pas par tirage au sort. On est d’abord candidats à un casting, puis éventuellement on passe le casting… Les critères ? eh bien… je ne sais pas exactement, mais des visages avenants, une culture médiocre mais pas trop, la capacité de « faire le spectacle », genre le couple qui s’envoie des vannes comme « bouge-toi un peu, pour une fois ! » sont des atouts, paraît-il.

    Par conséquent le filtre de Tf1 c’est la difficulté de passer du canapé à l’émission. Comme cette sélection n’est pas officiellement détaillée, tout le monde pense avoir sa chance mais au final Tf1 distribue beaucoup moins d’argent qu’elle n’en gagne par la pub et la participation SMS en recrutant des ignares la plupart du temps, et parfois 2 personnes plus finaudes auxquelles on réserve des questions impossibles. Bien vu, nous nous sommes laissé prendre. 🙂

  63. TF1, Télé de m….
    L’humoriste avait bien raison. Et ceci à divers points de vue : émissions de téléréalité débiles et abrutissantes, spots publicitaires à n’en plus finir etc. Et si un film n’est coupé qu’une fois, c’est parce que la loi ne permet pas de couper plus souvent.

  64. Souris donc

    Bonjour Quad !
    Boccolini animait aussi Au pied du mur, sur un principe analogue, alors j’ai cru…
    Sinon D. Goux : on m’a envoyé un lien vers son PACA yfaukon, où il fait un délire contre la loi PLU qui oblige à disséminer les logements sociaux sur tout le territoire, histoire de diluer l’immigration. Goux propose au contraire un abcès de fixation en PACA où l’immigration se plait et en conclut qu’à la fin, Monaco n’aurait plus qu’à s’en emparer. Hilarant. Sinon, ça m’a l’air d’être un prof de français.

    Bonjour Patrick !
    Tous les ubus veulent contrôler la télé et Internet pour museler l’opinion. En France on installe, mine de rien, un appareil répressif, à coup de lois mémorielles, antiracisme, class actions qui ne disent pas leur nom. On y arrive, on y arrive. Bon, Mme Twittweiler a donné un coup d’arrêt au processus. Faut lui rendre cette justice.

  65. Souris donc

    Oui, oui, oui, Galaad, républicain et citoyen et vertu publique et patin et couffin. On ne donne pas les Chrétiens à manger aux lions, c’est déjà ça.

  66. Souris donc,
    … « républicain et citoyen et vertu publique et patin et couffin »…
    Que c’est bon tout ça, on en mangerait…

  67. QuadPater

    Tous les ubus veulent contrôler la télé

    Ne maltraite pas Galaad, il ne veut que notre bien. Il ne sait seulement pas encore qu’un gouvernement (a fortiori un pékin quelconque) ne doit jamais décider de ce qui est bon ou pas pour la populace.

  68. QuadPater

    Je viens de trouver le texte PACA de Goux : il est ici. Très drôle en effet !

  69. Guenièvre

    @ Galaad,
    « Pour moi, les citoyens ont des devoirs envers leurs concitoyens, et la constitution d’une véritable République ne se fait pas à l’aide des “vices privés faisant la vertu publique” : la vertu publique se fait par des hommes vertueux, soucieux du bien public et partant soucieux de donner un avis politique sur ce qui touche les gens, a fortiori leurs concitoyens. Je ne pense donc pas qu’il est “libre à eux” de se ridiculiser à la télé, je pense au contraire qu’il n’y a rien de libre dans ce genre de fadaises, et que c’est tout bonnement indigne. »

    C’est bien là le problème sur lequel trébuchent toutes les idéologies . Comment faire pour que ce qui est devienne ce que l’on pense « devoir être »? Ne jamais oublier qu’en voulant faire le bonheur des peuples on peut construire le plus parfait des camps de concentration ou, dans un moindre mal, une société complètement aseptisée.
    Et je ne dis pas qu’il faut tout accepter je dis que l’équilibre a trouver est périlleux !

  70. QuadPater,
    … « un gouvernement (a fortiori un pékin quelconque) ne doit jamais décider de ce qui est bon ou pas pour la populace. »…
    Quand c’est un pékin quelconque, c’est quand même moins lourd de conséquences…-:)

  71. Bien sûr que si, on ne vit pas en Amérique. La loi interdit fort heureusement un nombre incalculable de choses « pour notre bien », parce que la loi est en théorie décidée par tous (ou ses représentants) et donc appliquée à tous. Entre le faible et le fort vous connaissez la chanson… Avec vous on n’interdirait donc rien. La pensée libérale qui consiste à vouloir privatiser totalement toute notion de bon ou de mauvais, de bien ou de mal, revient in fine à devoir faire contorsions mentales et intellectuelles pour remédier aux contradictions inhérentes d’une telle logique, puisque des choses telles que l’avortement ou le port des armes découlent de choix qui dépassent la pure rationalité.

    « Tous les ubus veulent contrôler la télé et Internet pour museler l’opinion. »

    Tous les ubus privés veulent aussi que personne ne contrôle rien afin de pouvoir profiter des rapports de force ainsi mis en place par un Etat privatisé.

    Ce qui a rapport avec la télé est du domaine public, il est normal qu’elle soit contrôlée par l’Etat.

  72. Nous sommes bien d’accord. Pour ma part si je voulais pousser ma logique jusqu’à ses retranchements j’interdirais la télé point. Mais c’est impossible donc je pense plutôt qu’elle mérite un contrôle des plus strict, de même que la finance. Par ailleurs, ce n’est qu’à court et moyen terme, personnellement je n’aime pas non plus la notion de « faire le bonheur des peuples », d’autant moins que je ne pense pas que LA politique soit de l’ordre du bonheur mais bien plutôt de la liberté, donc je plaide idéalement pour une démocratie directe avec soviets et représentants mandatés façon Commune de Paris, mais je sais bien que ce n’est qu’un idéal qui a peu de chance d’arriver en ses temps d’hétéronomie.

  73. Galaad, 14 août 12h36
    … « Ce qui a rapport avec la télé est du domaine public, il est normal qu’elle soit contrôlée par l’Etat. »…

    « contrôlée » est admissible, en encadrant bien la définition de ce contrôle.
    Mais « opérée » est anormal. Ni le divertissement ni l’information ne devraient être l’apanage de l’Etat.

  74. QuadPater

    Ta-ta-taaaa Impat ! Un pékin, ça vote, attention à cela !

    Galaad vous ne m’avez pas compris. Pour moi le rôle d’un État est de veiller à ce que la société fonctionne convenablement tout en minimisant le coût humain et financier.

    Un État peut ainsi imposer la ceinture de sécurité, la détection systématique de la trisomie fœtale après les 40 ans de la mère, limiter la vitesse, interdire le port d’arme, etc… s’il estime que ça va faire baisser les dépenses de santé. Il peut aussi interdire les groupuscules nazislamistes quand ils menacent les citoyens.

    En revanche un État n’a pas vocation à interdire l’homosexualité ou la télé poubelle sous prétexte que c’est sale. Il n’a pas non plus le droit d’expliquer à ses administrés la bonne façon de raconter l’Histoire.

    En bref et en simplifié l’État doit empêcher toute personne de me nuire quand je ne peux pas me défendre, et uniquement dans ce cas. Or je suis tout à fait capable d’éteindre la télé et de boycotter certains musées / concerts / ouvrages. Dans ces cas-là je ne supporte pas une quelconque intervention. Lois mémorielles : dehors ! non à l’interdiction de Mein Kampf !

  75. Le pékimpat voterait volontiers en fonction de cette définition du rôle de l’Etat.

  76. Souris donc

    Lois mémorielles dehors ! et aussi : HALDE, SOS-Racisme (qu’ils vivent de leurs cotisations ainsi que toutes les associations malfaisantes et faux nez des partis), CNIL (qu’ils cessent de régir les thèses de doctorat).

  77. C’est quelque chose que je remarque aussi, chez moi comme chez tant de copains de ma génération. Ce qui n’empêche qu’une tête vide ne fait pas une tête bien faite, et une tête désordonnée, déstructurée et girouette encore moins.

  78. QuadPater

    Des thèses régies par la CNIL ?

  79. QuadPater

    Oui ?
    Comment se positionnent les libéraux par rapport à mes propositions ? 🙂

  80. Comment résolvez-vous par exemple la question de l’histoire à l’école alors ? Si l’Etat n’a pas à choisir d’expliquer à ses « administrés » – non Quadpater, ses citoyens – ce qu’est la bonne histoire (ou la mauvaise histoire, ce qui revient au même), il faudrait alors accepter la privatisation totale de l’enseignement avec aucun droit de regard sur l’histoire enseignée par les écoles. L’on laisserait ainsi faire des écoles qui enseigneraient que la « shoah est une connerie sans nom inventée par des juifs perfides au nez crochu » – voir le documentaire sur les écoles catho intégristes. Votre non-pensée, je l’ai dit, conduit de toute façon à de nombreuses contorsions intellectuelles invraisemblables au nom d’un Etat « axiologiquement neutre », alors qu’il « n’y a de neutre que le néant » (Jaurès).

    La liberté ne se résume pas à la « non-domination », elle passe aussi par une société qui instruit le citoyen toute sa vie, le pousse à avoir un esprit critique, etc… Ce qui est parfaitement impossible dans une société bardée de pubs partout, de chaînes abrutissantes, d’émissions humiliantes, etc… La démocratie repose sur le démocrate, la République sur le citoyen (Bernanos), le libéralisme lui ne repose que sur l’individu passif et oisif, consommateur énucléé de ses fonctions intellectuelles les plus primitives afin de pouvoir réagir le plus vite et le plus « rationnellement » possible aux injonctions diverses et variées du système capitaliste – consommes et tais-toi !… ou dans les meilleurs cas, consommes et causes toujours. Si le système démocratique ne peut plus survivre sans l’individu qui lui assure sa reproduction – le citoyen épris d’autonomie – le système capitaliste libéral lui ne peut plus survivre sans le consommateur abruti, monade perpétuellement insatisfaite et frustrée.

    C’est dans un tel cadre que l’Etat peut, au nom même de la République démocratique, interdire les saloperies qui poussent l’Homme à être plus con, et promouvoir ce qui le rend plus intelligent. Il peut aussi mettre au fronton de ses mairies « liberté égalité fraternité », ou dans sa constitution « ama sua, ama quella, ama llulla » (devise inca de la nouvelle constitution bolivienne, « ne pas voler, ne pas paresser, ne pas mentir »). Mais ne vous trompez pas sur mes intentions, pour moi l’Etat véritablement démocratique est un Etat débarassé de la bureaucratie, qui n’est pas ce truc qui flotte au-dessus déconnecté de la base… Mais en attendant on fait avec.

  81. « Un État peut ainsi imposer (…). Il peut aussi interdire (…). »
    Oui, tout à fait. Encore faut-il que la loi soit appliquée pareillement pour tous. Et en matière d’armes, que l’on commence sérieusement à désarmer certaines banlieues. Il y a bien trop de kalachnikov qui circulent.

    « En revanche un État n’a pas vocation à interdire l’homosexualité ou la télé poubelle sous prétexte que c’est sale. Il n’a pas non plus le droit d’expliquer à ses administrés la bonne façon de raconter l’Histoire. »
    – Homosexualité : OK, pas d’interdiction. Mais il peut refuser de céder aux caprices des lobbies qui demandent le mariage et l’adoption d’enfants.
    – télé poubelle : peut-être faudrait-il reconsidérer comment redistribuer les fréquences. Et si j’étais dans ces instances-là, je rappellerais à certains qu’une poubelle, ça pue et que je privilégierais d’autres candidats. Mais pour qui s’en souvient, c’est Balladur qui a offert TF1 à son copain Bouyghes, moyennant finances bien sûr, mais quand-même ! Et symboliquement c’était une faute : la première chaine de TV publique, financée par le contribuable n’avait pas à être bradée. Excuse fournie : 3 chaines de TV appartenant à l’Etat, c’est trop ! Et aujourd’hui, combien de chaines de TV publiques ?
    – raconter l’Histoire : c’est effectivement aux historiens de le faire.

  82. Souris donc

    Oui ! Comme les stats ethniques sont interdites, il faut soumettre son sujet de thèse (démographie, sociologie, médecine…) à la CNIL, dès qu’il s’agit d’une recherche sur l’immigration. De près ou de loin. (Le dépistage néonatal de la drépanocytose qui frappe les Noirs)
    Résultat : ce sont des chercheurs américains qui étudient nos banlieues.
    Tout l’appareil statistique est verrouillé par la notion CNIL de « données sensible » ou « acceptabilité publique ». En fait, ce sont des censures.
    Postulat des besoins économiques : impossible à vérifier, données sur les qualifications non disponibles, interdiction de recenser les entrées et sorties en fonction des qualifications. On sait vaguement que des natifs très qualifiés s’expatrient et que des migrants dépendants des aides sociales s’installent, se regroupent et ne sont plus mobiles ensuite.

  83. QuadPater

    À Galaad :

    – il n’y a pas de bonne et mauvaise Histoire, vous inventez des problèmes. L’enseignement de l’Histoire existait avant les lois mémorielles et s’en passait fort bien.
    – la loi d’un pays ne s’applique pas qu’aux citoyens de ce pays. Remplacez « administrés » par « habitants » si vous voulez, mais certainement pas par « citoyens »
    – Il n’y a aucune raison pour qu’un enseignement massivement privatisé devienne massivement négationniste. En revanche si j’admets que le risque est grand concernant l’enseignement confessionnel musulman, ce problème existe déjà et n’est pas lié à la privatisation.

    Et puis aussi…
    La mise en œuvre d’une politique consiste, à partir de quelques principes de base comme ceux que j’ai exposés, à négocier l’application de ces principes avec le réel, en acceptant des compromis. Ne me faites pas dire que je prétends tout régler à partir de quelques idées.
    J’ajoute que je suis farouchement opposé aux divers souhaits de contrôles étatiques que vous avez exprimés (chaînes, programmes des écoles), ce qui ne signifie pas que j’adhère à l’idéologie « tout laisser faire » que vous m’attribuez à tort.

  84. Souris donc

    Rassurez-vous, il n’y a pas que les thèses. Toute publication scientifique fait l’objet d’une demande d’autorisation préalable à la CNIL.
    « Le relevé de l’origine ethnique n’est pas interdit mais doit faire l’objet d’une demande spécifique à la CNIL. Par contre, la nationalité et le lieu de naissance sont des variables d’état civil. Néanmoins, P. Simon signale que la prudence conduit les caisses des organismes publics à ne pas indiquer la nationalité précise et le lieu de naissance dans leurs fichiers. » (la prudence !)
    Ça se trouve dans « Dréponacytose et ethnicité » de Doris Bonnet, page 10

    Nous avons aussi un « Comité du secret statistique ».
    Et sans doute toute une kyrielle de fonctionnaires chargés de traquer, une kyrielle de petits policiers de la pensée disséminés partout sans que nous le sachions. (Depuis qu’il y a internet et la machine à café où on peut surfer et glander, sont-ils moins zélés ?)
    Chargés d’appliquer un « Guide du secret statistique », ça comporte 26 pages dans le langage fleuri de notre administration.

  85. Souris donc

    Pour le dépistage, le corps médical, dans sa sagesse, a pensé « Y a qu’à dépister auprès des populations à risque ». Vous n’y pensez pas ! Vous allez stigmatiser ! Alors, ils ont dit « zones à risque » (traduire banlieues, zone, c’est la banlieue). Encore moins, vous allez désigner ! Donc, on en est à envisager de dépister tous les nouveau-nés. Même ceux des souchiens qui n’en sont jamais atteints. Comme ça, pas de discrimination. Tous égaux ! Et Miss France s’en est mêlée, des pays africains veulent nous envoyer des subventions. Des subventions, à nous !

  86. QuadPater

    À Patrick :

    Mariage : l’État devrait rappeler sereinement et fermement que la loi est la même pour tous, et que le mariage est accessible à tout être humain majeur, sans distinction de sexe ni de race. Et s’en tenir à ce rappel à chaque pression des lobbies.

  87. QuadPater,
    … « Comment se positionnent les libéraux par rapport à mes propositions ? »…

    Je me garderai bien de dire comment se positionnent « les libéraux », il faut demander à ceux qui lisent leurs livres, je crois avoir vu qu’il y en a sur ce site…- 🙂
    En revanche je peux vous dire que vos propositions me conviennent parfaitement.

  88. Guenièvre

    Bonjour Impat !
    Et la provocation, ça fait partie de l’esprit libéral ? 🙂 ou c’est l’influence des orages matinaux ?

  89. Bonjour Guenièvre.
    De l’esprit libéral…j’imagine que oui puisque le rire est une liberté. Mais j’ai rien lu/rien vu…
    Les orages matinaux…sûrement pas car comme disait Don Diègue ils sont désespérants.

  90. Souris donc

    « Et en matière d’armes, que l’on commence sérieusement à désarmer certaines banlieues. Il y a bien trop de kalachnikov qui circulent »

    Faut bien défendre son commerce, Patrick, c’est de l’auto-défense, voyons !
    A propos des affrontements immigrés-policiers à Amiens
    Guigou : c’est la faute à Sarko.
    Hollande : «l’Etat mobilisera tous ses moyens pour mettre fin à ces violences». François Hollande a par ailleurs condamné le fait que «plusieurs policiers» aient été «mis en cause dans leur intégrité».
    Je suis très perplexe, est-ce que quelqu’un, dans ce savant aréopage antidoxien, peut m’expliquer le sens de cette phrase :
    policiers «mis en cause dans leur intégrité » ?

  91. Guenièvre

    Alors pour continuer avec le rire… je crois qu’à part le sonnet d’Arvers ( le fameux  » Mon âme a son secret, ma vie a son mystère…) aucune pièce n’a été autant parodiée que le Cid en particulier ses fameuses tirades. Certaines copieusement graveleuses , d’autres plus gentillettes :
    http://lieucommun.canalblog.com/archives/2008/04/01/11770057.html

  92. Les gentillettes sont les plus rares, mais celle que vous citez et bien jolie.
    Contrairement à la mienne sur Le Cid, très mauvaise car l’orage ici n’a pas éclaté et le soleil arrive.

  93. Guenièvre

    Pour revenir au sujet tout le problème, on le voit ici dans les arguments de Galaad et de Quad ou Impat, tout le problème est dans la définition de la liberté qui est comprise différemment par les libéraux et le républicains. Pour les libéraux l’Etat doit seulement se borner à assurer la coexistence des libertés individuelles et rester neutre au regard de la définition du « bien ». Pour les républicains chacun n’est libre que s’il participe activement à l’orientation et au contrôle du pouvoir. Ils supposent l’existence d’un « bien commun » supérieur, vers lequel on doit orienter les citoyens, notamment par l’éducation.
    Chacune des deux options comporte des dérives que l’on se jette allègrement à la figure : la dérive d’une société atomisée ou chacun se désintéresse du destin collectif pour le libéralisme, la dérive du totalitarisme dans cette volonté de « rendre le citoyen vertueux  » qui anime le républicanisme.
    Pour ma part j’opterais pour le libéralisme si on arrive a le corriger un peu en tenant compte des critiques des républicains : il s’agirait de trouver des structures qui redonnent aux citoyens l’envie de s’investir et de faire de la politique. Mais est-ce possible ?

  94. … « j’opterais pour le libéralisme si on arrive a le corriger un peu en tenant compte des critiques des républicains »…
    Au moins c’est mieux que l’inverse.- 🙂
    Mais sérieusement, point n’est besoin de trouver des structures. La liberté en elle-même, l’idée de liberté si on ne la tue pas dès l’école, donne aux citoyens l’envie de s’investir et de faire de la politique.

  95. C’est d’ailleurs ce que l’on peut remarquer quotidiennement avec nos citoyens tant intéressés par la politique ainsi que les taux de participation en hausse constante… Nos « démocraties » libérales – je parlerais plutôt d’oligarchies libérales – sont en effet pleinement vivantes, avec des citoyens férus de politique, qui préfèrent la chose publique au repli sur son chez soi, la participe à la vie politique au consumérisme, etc.

    Vive le libéralisme en somme.

  96. Il existe le républicanisme néo-romain d’un Pettit qui devrait vous plaire – objectif de non-domination et blabla, c’est un républicanisme libéral en somme. Ce n’est pas mon cas. Je respecte plus la théorie du républicanisme néo-athénien. Mais je suis avant tout un socialiste pour qui la démocratie ne peut que se faire avec une forme de démocratie directe. Je vous invite à lire les passionnantes réflexions de Castoriadis sur le sujet, pleines d’érudition, et notamment ses analyses très hétérodoxes de l’Athènes démocratique, comme moment sublime où l’imaginaire d’autonomie radical est né pour la première fois. Il dit ainsi que c’est à partir du moment où l’Homme a pris conscience que l’histoire n’était pas le fait de choses extérieures – loi historiques, dieux, etc…, bref ni matérialisme historique ni main invisible ! – et qu’il était à l’origine de la société que la démocratie et la philosophie sont nées. C’est la définition même de la liberté ayant pour corollaire la responsabilité : le peuple est responsable de son avenir, il n’a pas à se remettre à diverses instances qui lui sont extérieures – la Science, la Technique, les Experts, les Economistes, la Main Invisible, le Furher, le Leader Maximo, etc. ni Dieu, ni César ni Tribun dit la chanson – et partant il est libre de faire l’histoire, mais il doit aussi s’auto-limiter pour éviter l’hybris. Cela a une dimension tragique – et la tragédie avait une importance cruciale dans l’élaboration d’une conscience citoyenne – mais la vie est elle-même tragique.

    Pour en revenir au citoyen, je ne vois pas comment l’on pourrait lui donner envie de participer à la politique quand celle-ci est uniquement représentative, càd réservée à une minorité, et quand tout dans la société pousse à s’y désintéresser au profit de cet « onanisme consomationniste de masse » qui caractérise notre époque conformiste. C’est un autre enseignement des Grecs que de savoir que c’est la cité qui éduque l’homme (polis andra didaskei disait Simonide), c’est à la cité qu’est confiée la tâche de produire les individus autonomes qui la reproduiront. Une cité qui produit des individus autonomes sera ainsi à même de se reproduire en tant que cité autonome, càd démocratie. Mais nos « démocraties », elles, produisent des individus passifs, repliés, privatisés et consommateurs, bref des individus hétéronomes. Elles ne pourront durer bien longtemps et on le voit assez bien en Europe où il faut une certaine dose de courage ou d’hypocrisie pour affirmer sans honte que nous sommes encore dans des démocraties. La pub, la TV poubelle, le règne des écrans, l’autonomisation de la techno-science, l’économie désencastrée érigée au rang de religion sont autant d’ennemis de la formation de conscience authentiquement démocratique, donc de la démocratie.

  97. – Vous ne m’avez pas compris, je n’ai pas mentionné les lois mémorielles, j’ai mentionné le fait que si l’Etat n’a pas à se mêler de la qualité de l’histoire au nom d’une neutralité axiologique, il faudrait donc accepter qu’il n’y ait ni école publique (puisqu’on y enseigne l’histoire), ni contrôle de l’histoire enseignée dans les écoles. Il faudrait donc que l’Etat ignore l’existence de cours négationnistes, puisqu’il n’y a « ni bonne ni mauvaise histoire ».

    – OK.

    – Je n’ai jamais dit cela. Voir ci-dessus. Le risque est bien plus grand dans l’enseignement privé catholique beaucoup plus puissant que le musulman en France (virtuellement nul), cessez d’être obsédé par cette religion svp.

  98. Souris donc

    Les oligarchies libérales, cépabien. Vive les bouses collectivistes en somme.

  99. Guenièvre

    Environ 380 000 habitants à Athènes vers – 431, 42 000 sont citoyens ( 11 % de la population) et on estime que seulement 6000 pouvaient participer aux Assemblées ( les citoyens athéniens les plus riches, les grands propriétaires terriens qui disposaient de temps libre pour assister aux assemblées grâce au travail de leurs esclaves et des métèques). D’ailleurs des écrivains comme Aristophane ne se gênent pas pour critiquer les pratiques mises en place pour inciter les citoyens à participer , pratiques qui ont des effets pervers :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Gu%C3%AApes

    On retrouve d’autres critiques chez Démosthène qui dénonce l’extrême lenteur du système démocratique athénien : tout doit être longuement expliqué, débattu et voté avant qu’une action puisse se mettre en place ( vous imaginez à l’échelle d’un pays ? ) et le même Démosthène s’inquiète déjà de la perte de l’esprit civique : finalement la cité doit employer des mercenaires pour se défendre !

    Je dis ceci non pas pour critiquer les Grecs- je trouve extraordinaire qu’ils aient eu cette idée de gouvernement et j’ai une grande admiration pour eux- mais parce que je pense que ce modèle de démocratie directe n’est pas transposable à l’échelle d’une Nation. On peut par contre peut-être s’en inspirer à l’échelle locale …
    Que pensez-vous de l’idée d’Etienne Chouard de tirage au sort de nos représentants ?

  100. QuadPater

    Je ne suis pas obsédé, mais fasciné. Mon Graal à moi c’est d’arriver à comprendre un jour comment cette idéologie totalitaire et raciste a réussi à se faire passer pour une religion.

  101. QuadPater

    Je suis très perplexe, est-ce que quelqu’un, dans ce savant aréopage antidoxien, peut m’expliquer le sens de cette phrase :
    policiers «mis en cause dans leur intégrité » ?

    Moi ! moi !
    Il s’agit d’un hollandisme néo-royalien pour « plusieurs policiers ont été blessés par des tirs de chevrotines » (il parle d’intégrité physique).
    C’est ça ?

  102. QuadPater

    À Souris :

    Passionnant ! J’ai eu affaire professionnellement à la CNIL à plusieurs reprises, mais je ne soupçonnais pas jusqu’où allaient leurs actions dans le domaine de l’épidémiologie.

    ***
    Erratum Souricia : on écrit « drépanocytose », de drépano qui signifie serpe, faux ou faucille, je ne sais plus. Anémie falciforme : les globules rouges prennent cette forme à cause d’une hémoglobine anormale. Maladie héréditaire très répandue en Afrique dans les zones de paludisme car elle protège ceux qui en sont atteints contre des formes graves de palu, justement. Dame Nature est parfois pas trop vache et évite la double-peine.

  103. Souris donc

    La faucille. Et le marteau en ce qui concerne la CNIL.
    J’ai vu mon erreur, trop tard, c’était cliqué. Quad est venu drépaner en bon mécano.

  104. Ne vous plaignez pas, Souris, il aurait pu vous trépaner.

  105. Guenièvre

    Si Expat nous lit elle peut peut-être nous parler de ces expériences de démocratie directe aux US, il paraît que dans de nombreux états le peuple peut décider de certaines lois.

  106. Guenièvre, … « Que pensez-vous de l’idée d’Etienne Chouard de tirage au sort de nos représentants ? »…
    Une solution qui a priori me plairait bien, serait un tirage au sort suivi d’une confirmation par élection. Ainsi les représentants seraient agréés par le peuple, sans qu’on reconduise toujours les mêmes comme actuellement
    NB : Je me joins avec lourde insistance à votre appel à Expat!.

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