Etats-Unis: Le Nouvel Elan de Ryan

Publié dans le City Journal le 29 août : http://www.city-journal.org/2012/eon0829lz.html

 

Luigi Zingales

(« The Ryan Reset »)

Le nouvel élan de Ryan

La sélection par Mitt Romney du membre du Congrès de Wisconsin en tant que colistier a fait en sorte que l’élection présidentielle devienne un affrontement fondamental d’idées sur le futur de l’Amérique.

29 août 2012

Mitt Romney devrait être reconnaissant du maintien des conventions pour la nomination des candidats aux Présidentielles, que certains voulaient abolir. Sans la Convention Nationale Républicaine, il aurait manqué à Romney une scène nationale lui permettant de présenter son meilleur atout: le candidat désigné à la vice présidence, Paul Ryan.

Avant cette semaine, Romney a passé des mois à présenter l’élection de novembre comme un choix fondamental entre deux vues différentes de l’Amérique. Néanmoins, la plupart des électeurs auraient eu des difficultés à identifier la nature de cette différence. L’image de Romney en tant que technocrate, résolveur de problèmes, ressemblait à celle du Président Obama, et les deux candidats semblaient différer sur peu de choses sauf la question d’augmenter les impôts sur le top 1 % des contribuables. Quand il a annoncé sa sélection de Ryan en tant que colistier au début du mois, Romney a finalement commencé à changer cette dynamique. Et maintenant que Ryan et ses idées sont entrés dans les millions de ménages américains, Romney est peut-être sur le point de reconfigurer la course. Pour la première fois, les électeurs américains n’ont pas simplement une bonne idée de qui est Ryan; plus important, ils ont compris ce que le choix de son colistier dit sur le programme de Mitt Romeny.

Ryan a travaillé plus que n’importe lequel Sénateur pour alerter les Etats Unis sur l’insoutenabilité de la politique fiscale de la nation. Evidemment, avec des taux réel d’intérêt négatifs sur la dette du gouvernement, il est facile de rejeter cette revendication – et plusieurs économistes de premier plan, Paul Krugman entre autres, ont soutenu que le gouvernement fédéral devrait dépenser encore plus tant que l’argent reste peu cher. Ces pontes me font penser aux économistes de gauche qui ont donné les mêmes conseils à l’Italie pas plus tard qu’en 2009. Nous savons ce qui s’est passé: le marché a découvert le bazar de la fiscalisation de l’Italie, et maintenant même les coupes les plus draconiennes semblent insuffisantes pour régler le problème. Ce qui est arrivé en Italie peut arriver ici.

Néanmoins, comme nous le savons, peu de politiciens se sont préoccupés sérieusement de la calamité fiscale qui attend les Etats-Unis, ne parlons même pas de propositions de médecine de cheval nécessaires pour résoudre le problème. Ryan l’a fait. Il est facile de chercher la petite bête dans le plan «Chemin pour la prospérité» de Ryan – qu’il contient trop de dépenses pour la Défense, par exemple, ou qu’il ne spécifie pas suffisamment d’où viendront toutes les coupes budgétaires demandées, mais le plan de Ryan est notable dans sa proposition des choix difficiles sur les deux côtés du Congrès.

Depuis le moment où Romney l’a nommé en tant que colistier, les attaques contre Ryan n’ont été dépassées en intensité que par celles contre Sarah Palin il y a quatre ans. Qu’ils le décrivent comme un partisan fanatique de Ayn Rand ou un  zélateur catholique, les opposants de Ryan ont tenté de peindre le membre du Congrès de Wisconsin avec des nuances extrêmes – en  particulier en ce qui concerne le fonctionnement du gouvernement dans la société américaine.

Mais les Américains sont en train d’apprendre que Ryan n’est pas un idéologue anti-étatique au cœur dur. Ses propositions budgétaires montrent clairement que son objectif n’est pas de démanteler le filet de sécurité: «dans une société libre construite autour de l’entrepreneuriat, les prises de risques et le travail dur, ces protections fournissent une assurance contre les aléas de la vie». Son argument, plutôt, est que nous avons besoin d‘éliminer le système public d’assistance aux corporations, qui gaspille des milliards de dollars en subventions de l’état aux entreprises, au marché agricole, et aux sauvetages, le tout soutenant  la corruption et le copinage.  Ryan s’oppose à ces subventions, pas simplement parce qu’elles gaspillent l’argent des contribuables, mais (plus important) parce qu’elles créent des motivations perverses; elles poussent les entreprises à faire du lobbying pour un traitement préférentiel au lieu de travailler dans le cadre du marché.

La vision de Ryan d’un gouvernement limité mais efficace et qui assure un champ d’action sur un pied d’égalité sans interférer dans le processus de compétition est antithétique à l’enthousiasme que nourrit Obama pour une politique industrielle, qui essaie de choisir les gagnants et les perdants selon les buts préférés des fonctionnaires de l’état.  Ryan comprend que la question fondamentale est de savoir si l’Amérique doit avancer sur le marché mondial ou se replier, en protégeant les entreprises américaines de la compétition mais aux dépens de notre futur économique.

Avec Ryan comme colistier, la campagne de Romney a trouvé la raison d’être claire qui lui manquait auparavant. Romney semble finalement avoir compris que se battre contre Obamacare, ou les pauvres résultats du Président concernant l’économie ou même sur sa propre compétence managériale, ne suffiraient pas. Il avait besoin de se battre pour quelque chose.

Maintenant il a articulé une vision de l’Amérique qui vaut le combat: une nation qui croit dans la stabilité fiscale, pas une fiscalité prodigue; qui croit  en l’économie de marché, pas dans les fonctionnaires; qui cherche à restaurer la personnalité américaine et qui évite un capitalisme de copinage style Europe de Sud. Avec Paul Ryan à ses côtés, Romney a fait en sorte que 2012 soit une élection fondamentale pour le futur de l’Amérique.

 

Luigi Zingales est professeur à l’Université de Chicago Booth School of Business, un éditeur contributeur du City Journal du Manhattan Institute, et auteur de «A Capitalism for the People: Recapturing the Lost Genius of American Prosperity» (Basic Books, 2012).

 

 

 

 

 

24 Commentaires

  1. kravi

    Voilà qui va plaire à notre ami Galaad. J’attends avec impatience ses imprécations

    Pour ceux que le sujet intéresse, je conseille vivement l’analyse du 13 août dernier : «Romney change la dynamique de la campagne » par Sébastien Castellion sur l’excellent site Metula News Agency. Il y dresse un intéressant portrait de Paul Ryan.

  2. Ce qui serait bien, serait que Romney perde (pardon Expat) puis que Ryan vienne proposer ses services en France. Et que le gouvernement français accepte…
    Bon, on ne peut pas se faire plaisir en rêvant un peu parce qu’on aime la France?

  3. Expat

    Ca c’est vraiment le rêve Impat ! Il ne faut pas que Romney perde – intéressant petite histoire, un ami (socialiste) m’a envoyé un article sur Romney (le « faucon », « extrème-droit » etc etc etc évidemment un article du Monde) – je me suis assise avec lui et nous avons lu le programme officiel sur le site de Romney sur sa politique étrangère – huh ! Funny ! mon ami qui me dit « je dois avouer que ce qu’on lit dans le Monde n’a rien à voir avec ça ». Je lui demande, « pense-tu que le Monde a même LU les informations officielles sur le site de Romney ? » Il me dit « ben évidemment non ». Classique non ?

  4. …ça c’est un Monde!

  5. Expat

    Non c’est LE Mxxxde….

  6. Souris donc

    Il n’y a pas que le Monde à désinformer, il y a aussi une façon, plus subtile, d’informer à la marge, sur des choses sans importance, en discréditant au passage, comme parler des Mormons. Tout ce qui permet de ne pas faire de comparaison à notre désavantage est toujours bon à prendre. Temporiser sur les problèmes importants chez nous (les privilèges syndicaux qui entravent, par ex.), en attendant la croissance miraculeuse.

  7. Expat

    Avec mon ami, j’étais super contente de pouvoir lui convaincre qu’on ne pouvait pas croire tous ce qu’on lit dans le Monde – il faut aller aux SOURCES. Et il a trouvé que la politique étranger de Mitt Romney était plutôt modérée – il a pu finalement (ça fait longtemps que je le travail) se rendre compte que le Monde a un AGENDA. (comme le NYT et tous les autres « mainstream media »); Aux Etats-Unis le phénomène de propagande est de plus en plus marqué.

  8. Expat, je précise pour les non anglophones : « le Monde a un AGENDA » fait allusion au fait que Le Monde n’écrit pas pour informer, mais surtout pour délivrer subrepticement un endoctrinement.
    Ce qui, pour ses lecteurs attentifs, est une évidence.

  9. desavy

    Je ne suis pas très partisan de ce que je considère comme des points de vue comploïstes. A mon avis, les journalistes vont au plus rapide, donc au plus simple. Les Républicains, c’est le mal ; Obama est un gentil garçon, pourquoi aller plus loin ?
    Le crédo journalistique : tout doit être simple et tout doit bouger.

    Merci pour cet article très intéressant.

  10. Desavy, à mon sens le cas du Monde ne reflète pas un complot. Cette équipe raisonne sur tous les sujets de la façon que vous décrivez à propos de la comparaison Obama/Républicains. Le libéralisme, c’est le mal, la gauche ce sont les gentils.
    Davantage que du « comploïsme », c’est du simplisme.

  11. On sait à peu près ce que pense Obama sur l’attaque potentielle de l’Iran par Israël. Mais quelle est sur ce point l’opinion de Romney/Ryan ?

  12. Guenièvre

    Merci Expat pour cet article intéressant et qui nous change des lunettes avec lesquelles les médias français jugent la politique américaine !

  13. Expat

    Bonjour Guenièvre, je vais tenter de traduire ou écrire des articles pendant la campagne présidentielle. Les français (et beaucoup d’Américains !) sont tellement mal informés.

  14. Expat,…  » je vais tenter de traduire ou écrire »…
    Yum-yum, miam-miam.

  15. perregaux

    @Expat,

    Bien le bonjour,

    Et merci d’avoir traduit un article de « City journal » sur P Ryan,même si je crains ,aux USA comme en France l’effet de simplification abusive des campagnes électorales sur la complexité des questions du gouvernement moderne.

    L’idée de la fin des subventions abusives aux corporations est intéressante ,mais la politique industrielle existe en de multiples formes à l’échelle mondiale,centralisée,décentralisée ,évidente ou masquée.

    PS:Revu des épisodes de « Band of brothers » …excellent ,véridique et épique en même temps.

  16. Alpin

    @Expat

    Mes excuses pour cette erreur de manipulation,je vous écris comme « Alpin »,ce qui vous en dira davantage.

  17. Alpin

    @Expat,

    Bonjour et l’expression de mes condoléances pour cette agression imbécile et préméditée contre un homme de bien,connaisseur du monde arabe,votre ambassadeur en Libye.

  18. Condoléances partagées, Expat.

  19. LIsa

    Merci Expat, on va pouvoir suivre ces élections américaines grâce à vous.

  20. Expat

    Salut tout le monde, quelle tristesse ces meurtres en Libya, et la réaction du gouvernement américain est lamentable.

  21. Bonsoir Expat,… « la réaction du gouvernement américain est lamentable. »…
    Quelle fut cette réaction ?

  22. Expat

    Désolée de ma lenteur. La première réaction de la Maison Blanche était plutôt apologétique – et ensuite La Maison Blanche refuse de voir l’attaque contre l’ambassade comme un attaque terroriste, même après que le président de la Libya lui même a dit que c’était le cas. La politique étrangère de Obama est lamentable.

  23. Merci Expat. Te semble-t-il vrai que Romney est en train de se décrédibiliser par des « gaffes » auprès des électeurs américains?

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