Quand l’Union européenne s’adresse aux « masses ». La « citoyenneté européenne active » contre la démocratie

Voici en gros pourquoi toute conscience même sommairement démocratique ne peut que s’insurger face à l’infâme « monstre doux » qu’est devenue l’Union Européenne. Benoît Eugène en une dizaine de pages démontre dans son article (dont cette note est un résumé, voir http://revueagone.revues.org/115) le caractère antidémocratique absolu d’une institution qui n’a désormais d’Union et d’européenne que le nom. Quand on vous parle de « neutralité » de l’UE et du fait qu’elle ne serait « que l’émanation des chefs d’Etat et du parlement européen », on se fout ouvertement de votre gueule: la pseudo-Union pseudo-européenne est devenue désormais une institution autonome qui assure sa propre défense et sa propre promotion, via les deniers des contribuables.

C’est donc à une énorme machine de propagande que nous avons affaire ici, et l’article nous apprend de nombreuses choses proprement hallucinantes sur ce que « l’Europe » pratique en terme de « pédagogie » et de « communication ». On apprend ainsi que nous sommes – surprise ! – pris globalement pour des débiles mentaux dont « l’ignorance » et « l’indifférence » doivent être combattues, bref des cons récalcitrants devant être éduqués pour comprendre pourquoi l’U.E. est une superbe organisation, à l’aide entre autre des nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi que de « l’e-gouvernement » (participation, masquée ou non, de commissaires à des forums internet ou des blogs…) (§2 et 3). Cela prend une tournure comique quand on apprend qu’une consultation sur internet a permis à ses organisateurs de s’auto-congratuler sur cette forme de « démocratie active » : 1057 réponses deviennent sous la plume de ses organisateurs « un grand nombre de réponses », 313 réponses de citoyens un « degré élevé d’intérêt » et 98% de réponses favorables « un soutien en faveur du programme (…) écrasant » (§5 et 6). Rappel : nous sommes dans l’Europe des 25  352 703 427 électeurs potentiels (l’article date de 2005).

Ce n’est pas tout, pour convaincre une « population d’illettrés », l’UE n’hésite pas à débloquer des budgets pour favoriser les relais nationaux et surtout « mettre l’accent » sur la coopération avec les « personnalités connues », en somme les stars (le texte européen spécifiant « issues de la culture des affaires ou du sport »), pour l’aider dans sa dure tâche d’éducation. On se souviendra du précurseur en la matière, le footballeur Zidane, parti en Espagne pour vanter les mérites du OUI au traité constitutionnel de 2005 (§10). Le showbiz au service de l’UE ? Pas seulement, les journalistes aussi. Il est donc prévu de « renforcer leur formation » entre autre en leur attribuant plus de stages à la commission européenne, afin d’en faire de gentils et serviles Jean Quatremer. Apparemment ces derniers seraient en grande partie consentants, et d’ailleurs même souvent d’ardents collaborateurs, prêts à tout pour améliorer la comm de cette institution: un journaliste va ainsi proposer de faire « au moins une séance de photos où il y a des gens dans leur quotidien, dans des bureaux ou des écoles », et un autre se plaindre de la mauvaise position de la cravate de Barroso rendant ses photos « inutilisables » (§11).

Les médias sont évidemment un outil privilégié dans cette lutte des strass: les télévisions publiques ont pas mal servi d’outils de propagande – pardon, d’éducation – au nom de leur statut de service public. Ironie du sort: la directive européenne « télévisions sans frontières » (la même qui a obligé la Suède à autoriser la pub dirigée vers les enfants) a rendu les tv privées tellement médiocres que les produits vendus par l’UE n’y sont plus considérés comme assez « sexys » pour y être diffusés. Outre la TV, il faut aussi mettre un peu d’Europe partout et surtout dans les produits audio-visuels (films, séries,…), où elle sera dépeinte de manière positive à la façon d’un Molière faisant intervenir le Roi dans le déroulement de ses comédies. Exemple cité : « l’auberge espagnole », et le programme Erasmus qui vient bouleverser la vie du héros positivement. (§13 et 14)

Au-delà de tout ça, il y a une véritable volonté idéologique de créer un imaginaire propice à la vision européenne des membres de l’Union. L’ imaginaire choisi par ces gens-là n’est pas anodin: ce n’est autre que celui de l’entreprise. Loin des bavardages sur l’intérêt général au niveau européen, l’Union depuis les années 90 s’est « entièrement calquée sur le modèle de la communication d’entreprise, persévérant à en imposer l’esthétique et les valeurs ». La sphère publique, donc politique, est complètement envahie par la sphère privée de l’entreprise, érigée en modèle. Sur certaines brochures caricaturales, dont l’iconographie est parfois EXACTEMENT la même (voir http://revueagone.revues.org/docannexe/image/115/img-5.jpg) que celle des brochures d’entreprise, nulle mention de « services publics », de « fonctionnaires » ou d’intérêt général: reste uniquement l’idéal du cadre dynamique, mâle et blanc de préférence, dans toutes les activités trépidantes de sa vie active. Ceci poussera certains à parler de « réalisme néolibéral » à propos des symboles créés par et pour l’UE… (§17 et 18) Au passage, on notera que toute ladite production n’est jamais véritablement la propriété de l’UE, mais bien le fruit de partenariat avec le privé, voire comme on vient de le voir de simples copier-coller.

Enfin, pour terminer avec sans doute le plus triste (ou drôle selon votre goût pour l’humour noir): les cibles privilégiées du « marketing politique », à savoir les gamins. On sait depuis Orwell (et 1984) que les proies les plus faciles pour la propagande dominante sont les enfants. La société de consommation l’a très bien compris, et l’Union Européenne, qui s’en inspire, aussi. Et ça va de ses brochures et de ses BD visant les plus jeunes, du plus grotesque au plus burlesque (voir http://revueagone.revues.org/docannexe/image/115/img-7.jpg). On promeut ainsi dans une BD de Boule et Bill à la fois l’Europe et « l’esprit d’entreprise ». Le titre est simple : « Boule et Bill créent leur entreprise en Europe », avec un logo de la Commission ET un logo de la compagnie d’assurance sponsor. Et comme dit ci-dessus, on ne fait pas dans l’inventif: il s’agit d’un simple remake de la BD « Boule et Bill créent leur entreprise » sponsorisée par l’Institut de l’entreprise, un think-tank libéral bruxellois, et diffusée dans les écoles primaires luxembourgeoises ! (§ 19 à 22)

En guise de conclusion, citons donc l’admirable « Papa Houpette », vantant avec force éloquence le traité constitutionnel européen (devenu plus tard « traité de Lisbonne ») dans une de ces brochures destinées à la jeunesse: « Bon Papa Houpette est venu s’entraîner avec Léa et Thomas au club de sport. Encore haletants, ils regardent ensemble le règlement intérieur qui est affiché dans un cadre à l’entrée de la salle. “Depuis peu, l’Union Européenne a aussi un tel règlement, souffle Bon Papa Houpette. Avec cette nouvelle constitution tout va aller comme sur des roulettes, comme dans votre club.”».

16 Commentaires

  1. Guenièvre

    Vous découvrez la lune cher Galaad : la promotion de l’idée européenne existe depuis …1946. J’avais déjà, dans les années 90, une BD sur l’Europe dans mon CDI ( là où je suis d’accord avec vous c’est que ces BD de commande sont assez nulles ! ) . Et, à la cantine de mon établissement, nous avions chaque mois un repas qui nous faisait découvrir la cuisine d’un pays européen. Et nous organisions des conférences et des activités lors de la journée européenne. Et cela n’a rien de choquant puisque c’est un projet commun, une volonté politique, que beaucoup ont déjà le sentiment d’une  » communauté de destin » comme le dit E.Morin et que donc avoir des informations n’est rien que de très normal. Même s’ils peuvent parfois critiquer certaines décisions, mes enfants et leurs amis se sentent français ET européens.
    Vous ne l’avez pas ce sentiment européen, vous êtes contre ce projet, alors vous appelez cela de la « propagande ». Mais, que je sache, les candidats anti-européens n’ont pas obtenus la majorité dans ce pays…

  2. En résumé, la Commission européenne fait de la pub pour l’Union Européenne. Quel scandale!
    Il est vrai que pour ma part je trouve cette pub pas assez bien faite, du moins en France où il est quand même étonnant que cette admirable aventure ne réunisse l’approbation que de 2/3 des Français.
    Bon, mais comme il y a toujours des grincheux, ce n’est déjà pas mal… – 🙂

  3. Quelle drôle d’image vous avez choisi là par contre Impat.

  4. Galaad, avez-vous deviné ce que signifient les lettres LBD..E?

  5. Cher Guenièvre, vous vous méprenez. Je ne tombe de nulle part puisque moi-même j’ai subi ladite propagande en question durant mes années de lycée avec mépris pour les Irlandais et éloges du traité de Lisbonne. Vous mélangez tout comme tous les européistes : s’opposer à et critiquer l’Union Européenne ce n’est pas être anti-européen, je dirais même le contraire. Par ailleurs, je vois une différence manifeste entre distribuer des tracts et des brochures qui font non seulement l’apologie de l’UNION EUROPÉENNE (et non de l’Europe comme idée) mais aussi celle de l’esprit d’entreprise, avec toutes les carabistouilles libérales qui vont avec. C’est du bourrage de crâne que ne renieraient pas les stals! Enfin, si vous additionnez les voix des nonistes vous aurez beaucoup plus qu’une simple minorité, et pour rappel en 2005 c’est le non qui a gagné…

  6. Une différence manifieste entre ça et le fait de promouvoir l’idée d’Europe (plats typiques des diverses nations, histoire de l’Europe, etc) je voulais dire. Et chère*.

  7. Vous voulez certainement dire la désapprobation de 55% des Français? Sinon, nous sommes donc bien d’accord pour dire que cette UE n’est en rien l’instrument des nations et des peuples comme le ratiocinent bon nombre d’eurobéats, mais bien une institution de plus en plus autonome, qui se défend contre ses opposants et assurent sa promotion. Ne trouvez-vous pas néanmoins effrayant le degré de mépris de ces gens vis-à-vis de la populace (donc vous et moi) ainsi que les moyens employés pour faire avaler l’UE aux gens dès l’enfance? Ou leur définition de la démocratie?

  8. Galaad,
    … « désapprobation de 55% des Français »…
    Les 55% en question sont probablement dans votre écrit du jour, les 55% du non au 1er traité constitutionnel. Seulement voilà, les Fabius et autres menteurs qui ont convaincu ces 55% n’avaient de cesse de proclamer qu’ils voulaient l’Europe, « mais pas celle-là » et que « non au traité » n’était pas un non à l’Europe.
    Et de fait, depuis, tous les sondages confirment que 2/3 des Français ressentent une envie d’Europe. Proportion qu’on retrouve, peu ou prou, dans les autres pays de l’Union. Mais pas les Anglais, ‘course…

  9. Guenièvre

    @ Galaad,
    Pour tout vous dire les décisions de la commission européennes ne m’enchantent pas toujours et j’aimerais comme vous un peu plus de démocratie. C’est pourquoi je trouvais que le Traité Européen était une avancée politique ( Une petite avancée mais une avancée quand même ) Il était évident que ce fragile compromis ne pouvait avoir aucun plan B . Comme le dit Impat, les menteurs ont réussi à convaincre les français qu’il pouvait y avoir autre chose d’autre à la place : résultat , il n’y a rien eu d’autre, aucune proposition , je n’ai jamais vu aucun projet de remplacement de la part des nonistes, aucun ! C’est la raison pour laquelle je dis qu’ils sont anti européens. Ils sont  » anti » sinon, je ne sais comment appeler ceux qui refusent de s’engager dans quelque chose mais qui ne proposent jamais rien à la place…
    J’ai participé à de nombreux projets associatifs. On avance par paliers, comme on n’est pas seul dans le projet, ce n’est jamais exactement ce que l’on avait pensé au départ, on tâtonne, on corrige mais on avance. Si quelque chose ne plaît pas, on propose autre chose mais on ne bloque pas tout en disant non.

  10. Fort bien dit, Guenièvre. Vous êtes une Européenne, au moins de raison.

    Gaalad, vous avez montré le bout de l’oreille à 11h54 en écrivant :… « celle de l’esprit d’entreprise, avec toutes les carabistouilles libérales qui vont avec »…
    C’est donc en fait le libéralisme qui ne vous plaît pas, en Europe ou ailleurs.
    Permettez-moi une question : si un jour l’Union par sa majorité devenait socialiste, ne vous découvririez pas européen tout d’un coup?

  11. Aventin

    Tapez « Nigel Farage » sur You Tube. L’UE est une monstruosité politique. Quand l’UE tombera, la liberté reviendra !

  12. Guenièvre,… « les décisions de la commission européennes ne m’enchantent pas toujours »

    Nous sommes nombreux dans ce cas, et heureusement. Une commission (le gouvernement exécutif de l’Union) qui obtiendrait une permanente unanimité serait plutôt inquiétante.
    Êtes-vous d’accord avec toutes les décisions du gouvernement français ? Si vous ne l’êtes pas, vous rejetez la France?

    (Oui, je sais, la différence est que parfois la commission, elle, prend de bonnes décisions – 🙂 )

  13. Impat, quand la commission de Bruxelles a obligé la France à lever l’interdiction de boissons pour le moins contestables (RebBull par exemple), vous trouvez que c’est une bonne décision ?

  14. « une institution qui n’a désormais d’Union et d’européenne que le nom »
    Si j’ai bien compris, c’est comme les « démocraties populaires » qui n’étaient ni démocratiques, ni populaires.

  15. Galaad, qui a pondu cette liste d’explications des mots difficiles ? Un débile ? Franchement, c’est un vrai bêtisier !
    Exemple 1 : « Service » un mot difficile ? « biens immatériels » et sans doute plus facile à comprendre pour un gamin ! !
    Exemple 2 : « Solidarité : le sentiment d’appartenir à un groupe de personnes d’accord entre elles ». Ah bon ? La sécu, les mutuelles, les impôts etc. Tout cela vise une solidarité nationale. Les Français (ou les Européens) seraient donc tous d’accord entre eux ? A mon avis, cela se saurait !
    Exemple 3 : « Guerre mondiale : une bataille entre différents pays… » Ah ? Quid alors de celui qui a affirmé « nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre » ?
    Exemple 4 : « Population active : les habitants entre 18 et 65 ans ». Donc une personne qui travaille encore à 67 ou 80 ans est un inactif ! Super comme définition.
    Etc. car je m’arrête là. Si l’Europe est dirigée par des gens qui sortent de telles âneries, nous sommes vraiment mal partis.

  16. Patrick, (22 Septembre 2012 à 22:28)
    … « Redbull ……. vous trouvez que c’est une bonne décision ? »…
    Aucune idée ! Je n’ai pas de compétence en Redbull. En revanche il me semble que ce genre de décision sur les produits alimentaires est prise au niveau du gouvernement français, qui en la matière n’est obligé à rien. Par ailleurs ça me plaît plutôt qu’on commercialise un concurrent européen du coca-cola., vendu en Suisse depuis 15 ans par exemple sans problèmes.

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