Ceci n’est pas une Pipe

House by the railroad, 1925, Huile sur toile, 61 x 73.7, New York, MOMA

Reconstitution pour Psychose (1960)

http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/hopper/25maisonpresdelavoieferree.htm

Hitchcock n’a pas rendu service à Edward Hopper en reconstituant pour Psychose la toile House by the Railroad. Il l’a classé définitivement dans la catégorie peinture psychologisante et tous les critiques l’enrôlent sous la bannière du mal être (solitude, vision pessimiste du rêve américain).

La psychologie n’est pas une catégorie plastique. La peinture ne saurait être un test projectif où l’on demande au patient d’interpréter des situations ambiguës (le petit garçon seul sur le perron dont on déduit la dimension abandonnique -sic- dans un environnement précaire). C’est pourtant ce que font les critiques avec Hopper.

La psychologie appliquée à l’art conduit en droite ligne à ces escalades dans la provocation, Piss Christ et autres. Où l’œuvre devient secondaire par rapport au verbiage emphatique qui l’enrobe. Il faut faire sens.

La psychologisation de Hopper empêche le visiteur de le replacer dans son contexte artistique.  Difficile à classer, Hopper ne s’est revendiqué d’aucun mouvement. Je lui aurais trouvé une unité stylistique plus pertinente avec l’Art Déco que la sucrée Tamara de Lempicka toujours citée. En tout cas Hopper est un précurseur du Pop Art, de la Figuration Narrative, de l’Hyperréalisme, sûr.

Emblématique d’une recherche plastique qui,  à la suite des Impressionnistes, interroge les catégories propres à la peinture : couleur, matière, forme, rythme, trace, outils. Le contraire exact de ces phraséologies qui voudraient voir de la critique sociale sous une froideur clinique quasi-photographique.

J’aime chez Hopper les parentés picturales avec un De Chirico : les tons rompus en aplats, l’accentuation des contrastes, les libertés avec la perspective. Pour tout dire, ça ne date pas d’hier, les aplats colorés, on les trouve chez Uccello, les libertés avec la perspective chez tous les Renaissants. Guardi, Canaletto, nous voilà ! Belle peinture. Regardez COMMENT ils font. émerveillez-vous, ne vous laissez pas intimider, oubliez les critiques, prenez-en plein les mirettes !

Présentation de l’expo Hopper au Grand Palais (Grand Format):

http://www.grandpalais.fr/grandformat/hopper-un-heraut-de-lart-americain/

5 Commentaires

  1. Hopper est un thuriféraire des USA tout en en étant critique.
    C’est ça, une grande civilisation: géniale jusqu’à ses errements.
    Qq1 qui aime Hopper ne peut pas être foncièrement mauvais.
    Et je ne connais personne qui ne l’aime pas. Soit j’ai beaucoup de chance soit nous ne sommes pas foncièrement mauvais.
    Bravo Souris.

  2. @Expat (et qui ça peut intéresser).
    J’ai laissé un commentaire en bas du précédent texte de vous (‘Débats’, concernant Obama-Romney).

  3. plantigrade

    Magnifique!
    Merci souris.

  4. Guenièvre

    Très intéressant . Merci Souris. Jusqu’à fin janvier l’exposition ?

    « La psychologie appliquée à l’art conduit en droite ligne à ces escalades dans la provocation, Piss Christ et autres. Où l’œuvre devient secondaire par rapport au verbiage emphatique qui l’enrobe. Il faut faire sens. »
    Tellement juste !

  5. Souris donc

    Le rêve américain attire encore, des tas d’hispaniques en tous cas. Donc il ne doit pas être si glauque.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :