Main Basse sur l’Ecole 1/2

Main basse sur l’école – Première partie

Kant disait que l’éducation était « le plus grand et le plus difficile problème qui puisse être posé à l’homme », Freud pensait que « c’était une tâche impossible ». Ceux qui ont été ou qui sont confrontés à cette tâche, qui sont parents ou éducateurs ont bien conscience de cette difficulté qui tient à un paradoxe : éduquer c’est former des êtres libres, et en même temps, il n’y a pas d’éducation sans contrainte. Il y a donc contradiction évidente entre le but poursuivi – rendre un individu autonome – et les moyens employés : l’obligation et la dépendance. Il n’est pas étonnant que l’on ait voulu résoudre ce paradoxe, et quel moyen plus rapide de le résoudre que de proposer une « éducation dans la joie » c’est-à- dire libérée de toute astreinte ! Ce fut le projet de ce que l’on appelle « les sciences de l’éducation ».

Tout d’abord il faut rappeler que depuis la fin du XIXe siècle de nombreuses écoles anti-autoritaires ont fleuri en Europe : écoles Montessori en Italie, Decroly en Belgique, Janusz Korczak en Pologne, écoles Freinet en France… Mais ces écoles ont touché un public restreint ou particulier et aucune n’a été systématisée à l’ensemble des enfants d’un pays. Après 68, certains enseignants ont puisé dans ces doctrines pour essayer de rendre leur enseignement plus vivant et plus individualisé . Une évolution normale finalement , un enseignement diversifié qui combinait les cours magistraux de la pédagogie traditionnelle avec des pédagogies actives quand le sujet s’y  prêtait. Chaque élève  pouvait y trouver son compte . 

Tout va changer lorsqu’en 1988, Lionel Jospin charge le recteur Migeon d’un rapport sur l’école. Celui-ci va faire appel à des spécialistes des « Sciences de l’éducation » comme P.Meirieu, E.Charmeux et Jean Foucambert pour ne parler que des plus connus. Ces chercheurs exerçaient déjà des fonctions importantes mais n’avaient pas réussi à convaincre la masse de leur collègues sur le terrain. Il s’agissait donc pour eux d’imposer leurs idées de manière autoritaire, idées, pour la plupart, empruntées au constructivisme.

Les référents  des constructivistes sont Jean Piaget psychologue et biologiste suisse, mais aussi d’autres initiateurs, en particuliers américains, des sciences cognitives comme John Dewey. Je me bornerai à citer quelques idées prises chez Piaget que  les « pédagogistes » vont transformer en  postulats fondamentaux :

1 – « le simple est une notion d’adulte, l’enfant perçoit, pense et analyse en globalité » Piaget

De cette énonciation découleront les méthodes globales, la négation des étapes clarifiantes d’un apprentissage progressif et méthodique , la perte des repères didactiques, le « brouillard » dans lequel les enfants évoluent au cours de leur scolarité et « l’absence  de bases » généralisée que les professeurs du secondaire constatent.

2 – « Éduquer, c’est adapter l’individu au milieu social ambiant. Mais les méthodes nouvelles cherchent à favoriser cette adaptation en utilisant les tendances propres à l’enfance ainsi que l’activité spontanée inhérente au développement mental, et cela, dans l’idée que la société elle-même en sera enrichie.  Le travail manuel n’a rien en lui-même d’actif s’il n’est pas inspiré par la recherche spontanée des élèves mais par les seules directions du maître (…) » Piaget

Il s’agit de rendre toute culture immanente et non plus transcendante ce qui remet en cause la notion même de professeur. Il faut des « apprenants » qui construisent leur apprentissage, et un gentil organisateur qui ne perturbe pas trop les ignorances des ignorants – qui en réalité savent tout, bien entendu ! Un collègue qui, pendant un cours d’histoire, donnait certaines informations que des enfants de 5e ne pouvaient deviner, même en regardant des documents, s’est vu accuser par son inspecteur de « parasiter les élèves » !

3 – L’école active demande que l’effort de l’élève vienne de lui-même sans être imposé et que son intelligence travaille réellement sans recevoir les connaissances toutes préparées du dehors, elle réclame donc simplement que soient respectées les lois de toute intelligence. »

Dans l’enseignement traditionnel, le maître représente quelque chose qui dépasse radicalement l’élève parce qu’il possède un savoir, mais que celui-ci veut atteindre à travers un saut qualitatif qui nécessite un effort continu. Dans l’enseignement nouveau, aucune personne ne s’élève au dessus des autres, l’élève est livré à lui-même, et se constitue sa propre éducation à partir de ses tendances innées. Dans ces conditions le maître ne saurait se prévaloir d’une quelconque « autorité ». Celle-ci n’est plus légitime : dans la relation avec l’élève on parlera alors de « contrat »…

Le rapport Migeon va donc donner de multiples directives pour travailler dans ce sens, directives qui, en ce qui concerne la lecture par exemple, se réduisent  souvent à des interdits : « il vaut mieux ne pas utiliser le manuel, la lecture à haute voix est interdite, on ne doit pas apprendre par cœur, pour apprendre à lire il ne faut pas faire « déchiffrer » mais faire « photographier » le mot complet, on ne doit pas faire de la « grammaire » mais de « l’observation de la langue » ….

L’idée clé est que les savoirs ne se transmettent pas, mais se construisent grâce à l’activité intellectuelle de « l’apprenant ». Il observe, tâtonne, recherche, se confronte à des obstacles. Démarche qui peut être profitable pour certaines choses et à un certain niveau mais qui ne peut guère être systématisée. Il faut aussi convenir que certaines notions doivent être apprises : si l’on se refuse à les imposer aux enfants il va falloir savoir comment disposer le monde autour d’eux pour qu’ils parviennent d’eux-mêmes au point que l’on souhaite les voir atteindre – si tant est qu’ils l’ atteignent un jour. Il faut donc connaître parfaitement leur comportement, il faut biaiser, employer des subterfuges, en un mot, il faut les manipuler. Situation étrange, puisque on refuse l’autorité pour ne pas transformer l’élève en machine mais on adopte envers lui l’attitude du scientifique à l’égard de son objet d’étude : il devient un cobaye…

La troisième partie du rapport Migeon examine, à travers 16 propositions, la manière d’imposer aux instituteurs le changement de leurs pratiques : centralisation, évaluations, contrôle incessants. Il souffle comme un vent totalitaire dans cette troisième partie…

Les directives du rapport Migeon, qui ne s’appuient que sur des hypothèses érigées en dogmes et présentées comme un savoir scientifique, vont être répandues par les IUFM,  progressivement institutionnalisées, puis imprégnées dans les esprits, partout en France. Pourtant,  il y a des résistances. Des d’instituteurs n’obéissent pas aux ordres des formateurs et inspecteurs et continuent d’appliquer des méthodes éprouvées. C’est grâce à eux que des enfants malgré tout continuent à apprendre à lire et à écrire …Dans mon collège les élèves de sixième arrivaient d’une dizaine d’établissements primaires. Nous constations chaque année que ceux qui maîtrisaient le mieux la lecture venaient d’une école où l’instituteur employait des méthodes traditionnelles.

 

43 Commentaires

  1. rackam

    Consternant constat des effets de la dictature de petits maîtres de chapelle autoproclamés.
    Intervenant hier en classe préparatoire devant des élèves attentifs et plutôt bienveillants (je leur parlais de l’oral d’HEC et de la manière de s’y préparer, comporter, vêtir, etc). À l’issue des 90 minutes de topo plus questions leur professeur m’a invité à déjeuner. Elle m’a confié que les jeunes agrégé(e)s qui arrivent pour prendre en charge des classes préparatoires ont un niveau nettement insuffisant dont les élèves se rendent compte. Et dont ils seront victimes. Car les » Grandes Écoles » ne rabaissent pas le seuil…

  2. … « Car les » Grandes Écoles » ne rabaissent pas le seuil… »…
    En effet, et c’est consolant pour le niveau des futures élites. Mais désolant pour l’égalité des chances selon les niveaux culturels des familles.

  3. Yul

    excellent article, bonne synthèse. merci !!!

  4. Souris donc

    Le retour aux fondamentaux :

    1. Le coup de pied au cul est la psychanalyse du pauvre

    2. La méthode syllabique : du bon dubon dubonnet

    http://fromageplus.wordpress.com/2008/07/26/methode-syllabique/

    Blague dans le coin
    Dans les délires pédagogiques, on avait Summerhill. Où les drôles étaient livrés à eux-mêmes (autogestion et palabres), les instits attendaient qu’ils viennent les chercher pour „construire leur savoir“. Tu parles ! Le drôle normalement constitué préfère jouer au foot, plutôt que d’aller chercher l’instit, je voudrais construire mon savoir.
    A part un ou deux avocats et quelques intermittents du spectacle, zéro résultat pour Summerhill. Et ce, dans les années 30. Y avait donc largement du recul. Pour évaluer avant de généraliser.

    Les cinglés progressistes imposent sans aucun principe de précaution. Normal, ils sont dogmatiques et totalitaires.

  5. rackam

    Pendant qu’impat ne lit pas, je me permets de souligner que cette approche de l’enfant-maître de son savoir consommant ce qui l’intéresse au gré de ses envies et/ou besoins a une furieuse apparence libérale. Je cours me planquer dans le placard à balais de la cour des grands, ça va chauffer. On ne touche pas aux vaches sacrées du Surgé.

  6. Oh Souris, on dirait que vous n’avez pas pris le métro !
    C’est « dubo…dubon…dubonnet »

  7. Un bravo vraiment appuyé à Guenièvre. Ce texte est une véritable étude historique : l’histoire de ce dévoiement funeste qui a abouti à la destruction de notre école.
    Ou comment un petit cercle d’intellectuels totalitaires est capable d’entraîner tout un pays à la ruine.
    Ou : du danger d’une organisation unique et centralisée, qui fait qu’une erreur prend des dimensions nationales irréversibles.

  8. Rackam,… « Je cours me planquer dans le placard à balais »…
    Vous faites bien, on n’est jamais trop prudent avec des provocs sans fondement !

  9. rackam

    Pas sur la tête!

  10. Souris donc

    Il vous a parlé du fondement

  11. Bon, puisque Rackam le demande et parce que c’est lui, je vais épargner la tête. Ou du moins son enveloppe, pour viser directement l’intérieur :

    Le libéralisme est un objet précieux, très performant et très fragile. Comme votre Ferrari (même rouge) si vous en avez une…
    Confieriez-vous votre Ferrari à un enfant ?

  12. Guenièvre

    Pour tout vous dire, rackam, je fais une timide allusion à ce que vous dites dans la deuxième partie. Très timide je dois dire, j’ai très peur aussi qu’ Impat me tape sur la tête ! 🙂

  13. rackam

    J’avais un professeur.
    De libéralisme.
    Il disait que le coeur, le poumon, les jambes du libéralisme, c’était le choix.
    Il avait du en disséquer beaucoup.
    Alors je lui fis remarquer que dans le pédagogisme si limpidement exposé par Guenièvre, le choix était assez central.
    Mais lui, soudain lassé des viscères lubriques de ses dissections, me rétorqua, « Et ta Ferrari, c’est du poulet? ».
    Les profs, quand ils ne savent pas répondre il nous parlent mal, ils nous traitent.
    On pleure en cachette, parce qu’on attend tellement plus de leur part…
    Mais soit on est trop petits pour comprendre, soit ils sont trop haut pour entendre.
    L’estrade ça isole.

  14. Guenièvre,… « Très timide je dois dire »…
    Heureusement, vous l’avez échappé belle.

  15. … « Et ta Ferrari, c’est du poulet? »…
    Pourtant je l’avais bien fait peindre en rouge. A vous décourager de faire des efforts.

  16. Guenièvre

    L’estrade ? Cet instrument symbolique de la domination du maître ? Ce truc qui crée d’emblée une distance ségrégative entre le prof et l’élève, qui sépare celui qui sait, qui dirige et qui ordonne de l’ignorant ainsi humilié ! Mais c’est un instrument de torture qui est proscrit. Votre professeur de libéralisme était un vieux ( devant réactionnaire on met toujours vieux ) réactionnaire !

  17. Guenièvre

    C’était @ rackam

  18. Souris donc

    Pourtant même les plus progressistes de nos politiques battent l’estrade.

    « Dans mon collège les élèves de sixième arrivaient d’une dizaine d’établissements primaires. Nous constations chaque année que ceux qui maîtrisaient le mieux la lecture venaient d’une école où l’instituteur employait des méthodes traditionnelles. » (dernière phrase du papier de Guenièvre)

    Il ne vient donc à personne l’idée de préconiser ces méthodes, puisqu’année après année elles font leur preuve ? Pragmatiquement, ça éviterait la mise en place de coûteux…tests comparatifs. Les collèges ne font aucun retour de leurs constatations aux écoles primaires ?

  19. Mais Souris, vous savez bien que certaines idées au logis priment toujours sur les expériences. D’aucuns appellent ça le déni du réel, c’est une jolie expression et en plus elle est vérifiée.
    Je crois sincèrement que notre Education Nationale n’est plus réformable, le point de non-retour est atteint.

  20. Guenièvre

    @ Souris, Impat a bien répondu à ma place . C’est une guerre idéologique qui se fiche pas mal des réalités . Maintenant je suis partie de l’EN il y a 4 ans . Il y aurait eu quelques améliorations à l’école primaire avec les nouveaux programmes sous Darcos qui avait décoré Marc Le Bris :
    http://www.sauv.net/lebris.php
    Il faut voir ce qu’il en est réellement, ce qui est sûr c’est que les tenants des  » sciences de l’éducation » ne renonceront pas facilement…

  21. Bonjour Guenièvre,
    Vous faites allusion à J. Korczac dans votre excellente analyse. Je ne pouvais manquer de vous faire un petit clin d’oeil, au regard de mon avatar représentant une illustration d’un texte de ce grand homme, qui avait la possibilité d’être sauvé mais a choisi d’accompagner les enfants dont il avait la charge jusque dans leur dernier voyage.

  22. Souris donc

    Les recherches sur la neurologie de la lecture valident les méthodes alphabétiques, empiriquement en adéquation avec leurs résultats. On ne peut plus dire que le cerveau appréhende globalement les mots au moment de l’apprentissage.
    Le genre d’argument qui plaidait pour la méthode globale : devant « il a retrouvé son orignal », on lit automatiquement original. Oui, les adultes, peut-être, peuvent anticiper par le sens et le contexte. Mais les apprentis lecteurs ?

  23. Merci Guenièvre. C’est plutôt effrayant ! Je pense à mes petits-enfants…
    Pour commencer, il faudrait virer tous ces idéologues qui sont en train de couler le pays.
    Le problème, c’est que la droite était au pouvoir pendant 10 ans. Ils auraient pu faire le ménage.

  24. Guenièvre

    Bonjour kacyj !
    Merci ! et ravie de vous relire, vous nous manquez !
    C’était un très grand homme vous avez raison d’avoir choisi ce texte ! Vous avez compris que je n’ai jamais dédaigné toutes les recherches en matière de pédagogie, ce que je déplore c’est la systématisation sans nuance d’une méthode pour des raisons idéologiques…

  25. Guenièvre

    J’en parle dans la deuxième partie Patrick…Le seul espoir c’est le bon sens de certains enseignants…

  26. Guenièvre

    Je crois avoir lu un article dans ce sens, souris . C’était de Stanislas Dehaene je crois. Je vais rechercher !

  27. Guenièvre

    Voilà !
    http://www.ifrap.org/Methode-globale-les-degats-d-un-ukase-d-Etat,142.html
    Le ministre G.de Robien avait interdit cette méthode. Les syndicats d’enseignants lui ont ri au nez en affirmant qu’elle n’était plus utilisée depuis longtemps. C’est une méthode semi-globale (ou « mixte ») que l’on trouve le plus souvent . Mais certains instituteurs se plaignent que la méthode syllabique soit encore sanctionnée par les inspecteurs. Il est bien difficile de savoir ce qu’il en est réellement, cela doit dépendre des endroits.

  28. QuadPater

    À propos d’apprentissage de la lecture, une anecdote :

    il y a 18/19 ans de cela, mon fils aîné s’est mis en tête d’apprendre à lire. Malgré les carences de son vocabulaire et en dépit de ses difficultés d’élocution il était motivé : savoir lire ouvre tant de portes ! De plus il trouvait magique qu’on puisse isoler dans une page des signes qui, alignés les uns derrière les autres, formaient des sons et prenaient du sens.
    N’étant pas pédagogue de métier, je l’aidais de mon mieux en lui apprenant les lettres (il a très vite su épeler) puis les B+O = BO, etc…
    Quelques mois après il savait lire à haute voix à peu près n’importe quel texte (curieusement, il fallait que ce soit écrit en gros caractères, malgré sa vue excellente à l’époque).
    Son vocabulaire très pauvre l’empêchait de comprendre les 3/4 des textes qu’il déchiffrait, évidemment. Mais il LISAIT !
    Un beau jour, j’ai fièrement annoncé à la famille, aux amis, etc… qu’il lisait « Le Monde Diplomatique ».
    Et c’était vrai ! Ça donnait « heu mon-deu di-po-ma-ti-cu » (il ne prononçait pas les L, et on n’avait pas encore vu que « que se prononce keu »).

    Il a fêté ses 3 ans quelques semaines plus tard.

  29. Souris donc

    « le simple est une notion d’adulte, l’enfant perçoit, pense et analyse en globalité » Piaget
    De cette énonciation découleront les méthodes globales, la négation des étapes clarifiantes d’un apprentissage progressif et méthodique…
    (Guenièvre, postulat 1 des pédagogistes)

    Je ne vois pas au nom de quoi on a pu faire une telle déduction. On peut aussi bien en déduire le contraire. Je connais de Piaget sa recherche sur la perception du temps. L’enfant affirme que sa grand’mère ne vieillit pas, parce qu’elle a toujours été vieille, etc.
    Centré sur lui-même, il est sa propre référence.
    Au contraire, éduquer, c’est le sortir de cette perception subjective. Le détromper. Et pas le maintenir dedans.

  30. Guenièvre

    Quad, Jean Foucambert ( chercheur à l’INREP) dira que votre enfant déchiffre mais qu’il ne lit pas . Ce qui est vrai mais la lecture viendra après , on est là au début d’un processus. Foucambert nie ce processus, il affirme que  » la lecture ne peut pas sortir du déchiffrement, elle se développe par sa propre dynamique qui ne doit rien au déchiffrement ». Il prétend que la lecture vient d’une imprégnation, tout comme le langage. L’enfant identifie instantanément la forme écrite d’un mot, d’un seul coup d’oeil, comme les petits chinois l’idéogramme…
    Dans les années 80 les livres de Foucambert sur la lecture étaient très recommandés …
    En plus se greffe là-dessus l’idée d’un complot. L’alphabétisation serait « le projet machiavélique de la bourgeoisie » pour empêcher les enfants des classes populaires de devenir de véritables lecteurs . D’où la nécessité d’imposer enfin les bonnes les méthodes pour qu’ils le deviennent .

  31. QuadPater

    Guenièvre, je n’ai rien demandé à ce Foucambert, il n’y connaît visiblement rien et ses dénis ne m’intéressent pas.
    Parlons simplement, en gens sensés, raisonnables et concrets.
    Comment apprend-on à faire… quelque chose ? n’importe quoi : marcher, nager, faire du vélo, jouer aux échecs, conduire une bagnole, réparer un ordinateur ?
    C’est toujours le même principe : on apprend d’abord les interactions de base, les règles du jeu, le détail.
    Puis ça devient automatique et le monde se peuple de nouvelles possibilités.
    Apprendre à conduire. V’la un feu rouge, nomdeude, faut que j’arrête l’engin ! je relève mon pied droit, pour arrêter d’accélérer. Puis je le déplace vers la pédale du milieu. Je baisse mon pied droit, ça ralentit encore. Ah, y’a un truc à faire avec mon pied gauche et ma main droite (pas de boîte auto), j’enfonce la pédale de gauche et je déplace le levier là où il faut… Et le pied droit, il doit appuyer plus fort ou pas sur la pédale ? Un coup d’œil à l’extérieur, une estimation de la distance au feu… Plus tard les gestes sont devenus automatiques, on sent la voiture comme un tout et on peut se lancer dans un Bordeaux-Bruxelles pour aller voir un concert. L’objectif, quand on sait faire (arriver au Forest National à l’heure par exemple) est bien au-delà de l’objectif initial (arriver à faire stopper la tonne de ferraille juste devant la lumière rouge située à 20 m).
    Un joueur d’échecs débutant apprend les mouvements des pièces. Quelques années après le joueur confirmé a une vue globale de l’échiquier. Il va développer des stratégies pour battre l’adversaire. Il a atteint un méta-niveau de vision du monde.
    Un enfant qui apprend à marcher doit volontairement actionner et coordonner ses muscles, vérifier la stabilité courante, bouger un autre muscle pour rectifier le tir, etc…. 3 ans après il court et rattrape un ballon qui rebondit, sans se poser de questions sur le positionnement de ses pieds et sur les muscles à activer, et surtout sans se casser la figure. Il est lui aussi passé au niveau « méta ».

    Dans aucun domaine on acquiert de compétences de façon globale. Pourquoi serait-ce fondamentalement différent pour la lecture ?

  32. Souris donc

    J’adhère à l’idée que le petit d’homme n’est pas un adulte en miniature et qu’on ne peut pas plaquer les façons d’apprendre de l’adulte, du simple au compliqué. Il faut tenir compte de sa lente maturation, même motrice. La marche et le ballon de Quad, ou le dessin.
    Il commence par faire du foin, en tenant le crayon à pleine main. On a l’impression que seule l’articulation de l’épaule fonctionne, d’avant en arrière. Puis le coude, et enfin la main. Seulement quand les doigts sont assez habiles, il se met à dessiner les détails. Et encore, jamais par l’observation, mais par la connaissance subjective qu’il a, lui. D’où les stéréotypes, maison-cheminée qui fume-grand soleil. On est en été, mais la cheminée fume.
    En même temps, ce qui est troublant, c’est son aisance avec les tablettes et les zapettes.
    Les postulats pédagogistes demandent une sévère mise à jour. Ils sont tellement à côté de la plaque que plus personne ne veut passer les concours de l’enseignement. Qui ne font plus le plein, qui sont plus sélectifs. Résultat, baisse de niveau, même chez les agrégés, comme l’a observé Rackam.

  33. Souris donc

    Qui NE sont plus sélectifs, pardon.
    Je ne savais pas que Piaget avait tant parlé d’école, en tous cas pas dans son bouquin sur la construction de la notion d’uniformité de l’écoulement du temps. Piaget était bien dans la mode de son époque, depuis Einstein ils étaient tous occupés avec ça, temps et vitesse, relativité. Bergson aussi (je crois). Des gens dans des trains qui avancent, d’autres qui restent sur le quai, et à la fin les jumeaux n’ont plus exactement le même âge. Le chat des Schrödinger…

    Ne l’a-t-on pas aussi utilisé abusivement, comme caution ? N’est-il pas grand temps de se débarrasser de Piaget ? Un agiornamento à la lumière de ce que l’on sait aujourd’hui, et de ce que sont les drôles aujourd’hui, plus fûtés, plus sollicités, plus dispersés ?

  34. Souris donc

    Le drôle n’est plus ce qu’il fut.
    Du temps de Piaget, le drôle était sage et con.
    Si j’en ai l’occasion, je poste une vidéo, où l’on voit à quel point le drôle pouvait être sage et con dans les années 60. Mais je m’étale, je m’étale.
    Hou hou ?

  35. Tous étaient un peu barges,
    Mais tous n’étaient pas sages…

  36. Guenièvre

    « Ne l’a-t-on pas aussi utilisé abusivement, comme caution »
    Mais si souris ! Comme caution scientifique, comme ils en ont utilisé d’autres . J’aurais pu aussi prendre aussi des citations d’ Edouard Claparède l’un des maîtres de Piaget . Comme ils se sont inspirés de la méthode  » look and say  » utilisée au Etats-Unis, qui, d’après certains témoignages a fait des millions d’illettrés .

  37. rackam

    La fabrique de l’illettré (du crétin dirait Brighelli) garantit une docilité aux modes et mots d’ordre et la possibilité de faire enlever ses poubelles, enregistrer ses achats, visser ses boulons pour pas trop cher.
    Quand elle ne s’accompagne pas de la multiplication des commissaires politiques chargés de guider l’illettré dans ses achats, réclamations et autres indignations sélectives. Hélas, chez nous, ces fonctions bureaucratiques et totalitaires sont abondamment garnies. Bête et socialisé, tel est l’avenir de l’homme.

  38. QuadPater

    J’adhère à l’idée que le petit d’homme n’est pas un adulte en miniature

    Sans doute, mais on ne change pas de cerveau à 5 ans. Les « mécanismes » à l’œuvre lors d’un apprentissage sont toujours les mêmes.

  39. grandgil

    On dirait un de mes commentaires rackam !
    Je le rejoins donc.

  40. … « tel est l’avenir de l’homme »…
    Mais non Rackam, c’est la femme qui est l’avenir de l’homme.

  41. desavy

    Partick : « Le problème, c’est que la droite était au pouvoir pendant 10 ans. Ils auraient pu faire le ménage. »

    La droite est plus que complice de ce pédagogogisme. Non seulement, elle n’est pas revenue en arrière mais elle l’a accentué.

    Impat : « Ou comment un petit cercle d’intellectuels totalitaires est capable d’entraîner tout un pays à la ruine.
    Ou : du danger d’une organisation unique et centralisée, qui fait qu’une erreur prend des dimensions nationales irréversibles. »

    Cette organisation est dirigée par un ministre, qui lui-même a un premier ministre, avec au dessus un président. Mais bon, si tout ce beau monde renonce à exercer le pouvoir…

    Guenièvre, bravo pour votre exposé. Vous avez cependant oublié deux points essentiels : mai 68 et le collège unique.

  42. Guenièvre

    C’est vrai , je n’ai pas parlé du collège unique qui a été une lourde erreur . J’ai fait indirectement une allusion à mai 68 en disant que c’est après cet événement que l’on avait cherché dans les méthodes anti-autoritaires existantes des techniques pour enseigner autrement. Mais il est vrai que j’aurais pu en parler plus longuement et mentionner l’impact de  » Libres enfants de Summerhill  » par exemple.
    Sur ce qui se passe depuis 4 ans je n’ai pas beaucoup d’informations. J’espère que pour vous ce n’est pas trop dur !

  43. desavy

    Merci pour vos souhaits Guenièvre. J’ai la chance d’enseigner dans un bon lycée avec des élèves qui, dans leur immense majorité, respectent leurs professeurs et travaillent. Je pense que ces élèves sont majoritaires mais qu’ils font beaucoup moins parler d’eux que ceux qui se comportent comme des racailles.

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