Main Basse sur l’Ecole 2/2

Main basse sur l’école – deuxième partie

C’est dans les années 1999/2000, sous le Ministère de Claude Allègre, que l’on a décidé de porter le fer dans les collèges où les méthodes des sciences de l’éducation se heurtaient, là aussi, à une grande force d’inertie et même parfois à une opposition déterminée . Je peux en parler précisément car, dans mon académie, il fut décidé que la « réforme » passerait par les centres de documentation. Tous les documentalistes furent donc réunis en présence d’une pléiade d’inspecteurs. On commença par la flatterie : nous autres documentalistes, étions résolument « modernes » , rien à voir avec cette engeance qui s’accrochait à des pratiques d’un autre âge . Nous allions être   » le fer de lance » qui aiderait à  » dynamiter le cours magistral » et  « faire éclater la boîte noire de la classe » ! ( expressions guerrières employées à dessein par les organisateurs)  On termina par une batterie de conseils pour attirer les enseignants au Centre de Documentation et leur proposer des « activités » . En pédagogie nouvelle on n’enseigne plus, on organise des « activités ». Parallèlement, des inspecteurs dévoués à la cause et avides de reconnaissance et d’avancement débarquèrent dans les établissements pour sévir contre les récalcitrants. J’ai assisté à des drames : des professeurs de 45/50 ans cassés, déclarés incompétents parce qu’ils travaillaient comme ils l’avaient toujours fait – et qu’ils avaient constaté que c’était assez efficace. Non, en allemand, il ne fallait surtout pas faire apprendre les déclinaisons par coeur ! Non, en histoire, il était inutile et même déconseillé de faire un résumé à la fin du cours, non, en français on ne devait pas passer une heure à expliquer l’usage des pronoms relatifs…Pour la rééducation, on confia les déviants  à des jeunes gens tout frais sortis des IUFM (Instituts Universitaires de formation des Maîtres) que nous avions baptisés « les Khmers de l’éducation » …

En mars 2000, Claude Allègre, qui avait réussi l’exploit de coaliser contre lui, pour des raisons différentes et contradictoires, tous les enseignants, est remplacé par J.Lang. On calme le jeu mais les promoteurs des sciences de l’éducation sont toujours là, dans les rectorats et  au ministère. Ils  continueront à sévir quel que soit le gouvernement. Sous la droite on parlera bien de  » liberté pédagogique » mais les instructions officielles resteront les mêmes. Le ministre Gilles de Robien tentera un rétablissement de l’enseignement de la grammaire en primaire mais les termes de sa circulaire seront détournés et on en reviendra à l’ORL ( observation raisonnée de la langue ). La droite se désintéresse du problème. D’aucuns disent d’ailleurs que la droite libérale y trouve son compte parce que l’école forme ainsi de bons consommateurs acculturés qui ne se posent pas trop de question. N.Sarkozy nous avait annoncé la suppression des IUFM mais les IUFM sont toujours là ! La gauche fait preuve de ténacité. Son objectif  affiché , à travers ce projet d’uniformisation des méthodes de la maternelle à l’Université, à travers les interdits – interdiction des devoirs à la maison remise à l’ordre du jour dernièrement avec V. Peillon – et le flou des cours ( qui comprend quelque chose aux leçons des manuels scolaires ? ), à travers la baisse de niveau imposée aux professeurs taxés d’élitisme quand ils se montrent exigeants,  son objectif est l’égalité des chances. Belle formule qui ne tient aucun compte de la réalité puisque cette réalité démontre que ces pratiques aboutissent plutôt à  » l’égalisation des malchances ». Idéologie quand tu nous mènes !

C’est vrai, les bons élèves – qui seraient certainement brillants dans d’autres conditions – s’en sortent malgré tout, aidés par des parents qui s’emploient à suppléer les déficiences de l’école en  payant des cours particuliers . Mais les autres plongent. Ils ont du mal à apprendre les bases qui étaient exigées autrefois lors du Certificat d’études Primaires. Et ils n’ont pas toujours la possibilité de séances de rattrapage à la maison.

Aujourd’hui les inspecteurs sont un peu moins zélés, beaucoup d’enseignants ont encore du bon sens et dérogent aux instructions en se raccrochant ça et là et ponctuellement à des méthodes plus traditionnelles. Ils essaient malgré tout de faire passer quelques connaissances. Le système fonctionne bon an mal an contre l’institution. Nous avons une situation assez inédite où les agents d’une administration doivent  résister à leur tutelle pour remplir la mission qui leur est assignée. Qui plus est, les résultats même moyens qu’ils obtiennent permettent à cette administration de justifier sa politique. Quant aux défenseurs de ces méthodes, ils affirment que ces résultats moyens seraient nettement améliorés si certains ne s’accrochaient pas à la tradition… Je pense au contraire que si l’on appliquait rigoureusement toutes les consignes des sciences de l’éducation on aurait une faillite massive et sans aucune équivoque du système . Mais il faudrait pour cela sacrifier complètement des milliers d’enfants…

La pédagogie n’est pas une science. Certains disent que c’est « un art », je pense que c’est plutôt une pratique fondée sur l’expérience des générations précédentes et que l’on acquiert  avec plus ou moins de bonheur. La pédagogie doit assumer la part  » non démocratique » que comporte l’éducation . C’est en vertu d’une « liberté différée » que l’on doit imposer à l’enfant des efforts qu’il ne ferait pas « spontanément » et des connaissances qu’il ne possède pas « naturellement ». Et l’école doit transmettre des savoirs, c’est uniquement à cette condition qu’elle permettra une éventuelle égalité des chances.

– La destruction de l’enseignement élémentaire et ses penseurs – Liliane Lurçat, chez François-Xavier Guibert

– Une folle solitude – Olivier Rey  au Seuil

 

139 Commentaires

  1. Rackam,… « C’est en vertu d’une « liberté différée » que l’on doit imposer à l’enfant des efforts »…

    Je trouve dans cette phrase la réponse parfaite à l’affreux doute qui vous étreignait hier quant au pédagogisme qui serait enfant du libéralisme.
    Et l’idée est séduisante : pouvoir être plus tard un adulte libre demande à être d’abord dirigé dans l’enfance.

  2. C’est également la phrase qui a capté mon attention dans cette seconde partie. Pour ma part, je ne la limiterais pas à l’éducation mais l’étendrais à bien d’autres domaines, à commencer par le politique.

  3. Souris donc

    L’école a toujours été le lieu de l’endoctrinement, c’est trop tentant, le drôle gobe tout, il croit au père Noël. Ce qui réjouit le commerçant. C’est pourquoi on a tout ce cirque dès fin octobre. Heureusement le sapin de Noël dans les écoles heurte la sensibilité de nos nouveaux compatriotes. Je me demande bien en quoi. Bref, ça les froisse. Plus de sapin et y aura les vacances d’hiver à la place des vacances de Noël.
    S’il croit au père Noël, il peut aussi bien croire au marxisme, au fascisme, au libéralisme, à l’anachisme, et j’en oublie. D’où le nécessité d’avoir toujours plus de crèches et de scolarisation à 2 ans. Plus on les a jeunes, plus ça imprime.

  4. rackam

    Sou’is vous avez bien ‘aison, l’ana’chisme nous menace. Et le nécessité aussi.
    A »’gh.

  5. rackam

    Guenièvre, c’est F-X de Guibert, l’éditeur, ne lui coupez pas la tête! 🙂

  6. Guenièvre

    Oh! pardon ! Je ne l’ai pas fait exprès je vous jure m’sieur ! Et ne me faites pas de psy sauvage en me disant que c’est mon inconscient qui parle ! 🙂

  7. Guenièvre

    En ce qui concerne cette liberté différée. Les sciences de l’éducation se revendiquent aussi comme ancêtre lointain Rousseau qui dit dans l’Emile , à propos des élèves :  » Faites-en vos égaux afin qu’ils le deviennent » Sauf que chez Rousseau ce n’est pas si simple . Cette recommandation est assortie à de multiples mises en garde et elle n’intervient qu’assez tard dans le processus pédagogique, sûrement pas au début.

  8. Guenièvre

    Je ne sais pas si je vous suis bien kacyj. Vous pourriez nous donner des exemples ?

  9. Je pensais essentiellement à l’instauration de la démocratie. Il peut être dangereux pour l’idée même de démocratie de l’appliquer sans préparation (ou éducation, on y revient) de la population. Je pense qu’il n’est pas inutile que la mise en place de la démocratie soie précédée d’une période de despotisme éclairé. Reste à trouver le bon despote….

  10. rackam

    kacyj: élève en progrès, continuez! Vous écrivez, en peu de mots ce que je m’époumone à formuler depuis des lustres.
    Guenièvre, pour la psy sauvage, voir kacyj. 🙂 🙂

  11. Kacyj1 (6 décembre 2012 à 15:42), votre commentaire attire l’attention, excellemment, sur le « mode d’emploi » qui doit s’imposer à l’application de la démocratie. Cette dernière, appliquée à une population incapable de juger du bien-fondé de telle ou telle proposition, ou programme, ou méthode, n’a pas de sens. La solution provisoire d’un despotisme éclairé ouvre une piste intéressante, elle est peut-être LA solution.
    Mais à la nécessité d’un bon despote j’en ajouterais une autre : disposer d’une éducation et d’un enseignement non orienté. Ce qui hélas risque d’être aussi introuvable qu’un bon despote ?

  12. Guenièvre

    Merci pour cette explication avec laquelle je ne suis pas en désaccord : la démocratie n’a de sens que si elle est portée par un travail éducatif. Une démocratie d’ ignorants a toutes les chances de très mal tourner.
    C’est pour cela que je trouve très grave ce que l’on a fait de l’éducation nationale.

  13. Guenièvre,… « C’est pour cela que je trouve très grave ce que l’on a fait de l’éducation nationale. »
    Pour cela, mais pas seulement. Priver le plus grand nombre des connaissances dont ils auraient pu bénéficier est déjà grave en soi.

  14. Guenièvre

    Merci pour cette explication avec laquelle je suis en accord : la démocratie n’a de sens que portée par un travail d’éducation. Un démocratie d’ignorants a toutes les chances de très mal tourner, on voit cela dans d’autres parties du monde …

  15. Guenièvre

    « Site en maintenance » maintenant qu’est-ce que c’est que ce travail !

  16. Guenièvre

    Pardon pour le doublon !

  17. L’état des lieux décrit par l’auteur de cet article est accablant. Accablant mais exact, il suffit pour s’en convaincre d’interroger quelques jeunes gens.
    Maintenant, à partir de cette situation, que faut-il faire ? Quelles propositions souffler aux rédacteurs « éducation » du programme d’un futur parti de gouvernement ?

  18. Guenièvre

    En ce domaine H.Arendt avait pourtant dressé le constat depuis longtemps.
     » Affranchi de l’autorité des adultes l’enfant n’a pas été libéré mais soumis à une autorité bien plus effrayante et tyrannique : la tyrannie de la majorité « . De la majorité ou d’un groupe ou d’un seul individu d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir comment une classe peut partir en quenouille quand un loubard débarque et qu’il y fait sa loi…

  19. Voyons Guenièvre, vous ne mettez jamais votre voiture entre les mains d’un mécanicien? 🙂

  20. Guenièvre

    Si, Impat, mais je le choisis bien : c’est l’un de mes anciens élèves ! 🙂

  21. Vous lui avez donc appris la mécanique, bravo!

  22. rackam

    Et c’est chez un autre qu’elle fait floquer ses t-shirts, elle s’en est accusée publiquement. Dans son village gaulois, la solidarité n’est pas en carton-pâte. Il fallait voir Guenièvre, en col Claudine, clé de douze à la main, en bleu de chauffe maculé de graisse, donnant ses consignes à un groupe de jeunes gens hébétés. Cétautomatix, en comparaison c’était un petit rat de l’opéra d’Abbeville.
    Dans son centre de documentation, les ouvrages les plus empruntés c’étaient « Tout pour l’essieu », « Le carbu sonne toujours deux fois »,  » A la recherche du cardan perdu ».

  23. Guenièvre

    La mécanique non bien sûr ! Mais à comprendre l’énoncé d’un problème oui, un peu …
    Avant d’être documentaliste j’ai enseigné les lettres . A la fin des années 70 j’ai eu, pendant 2 ans, une classe de CAP mécanique dans un LEP de la région. Ils étaient 35, parfois bien dissipés mais jamais insolents. C’était pas vraiment leur truc le français mais ils aimaient faire des dictées et ils avaient à coeur de bien écrire et de comprendre comment on y arrivait. On a étudié Hugo, Giono,Verlaine ! Impensable aujourd’hui !

  24. … « Impensable aujourd’hui ! »…
    Le fer dans la plaie…

  25. Guenièvre

    Ah! merci,rackam, depuis quelques temps j’attendais le pastiche…
    « les vrilles de la vigne » aussi, c’était mon préféré …

  26. Souris donc

    Main basse sur l’école.
    Endoctrinement. Années 60. Sages et cons, les drôles.
    Accrochez-vous, vous ne sortirez pas indemne. L’adulte mielleux et sadique. Dégueulasse. A vomir.
    J’espère que ce n’était pas un module de formation pour les enseignants débutants…

  27. … « voir Guenièvre, en col Claudine, clé de douze à la main, en bleu de chauffe maculé de graisse, donnant ses consignes……« Tout pour l’essieu », « Le carbu sonne toujours deux fois », » A la recherche du cardan perdu »….
    Et voilà Rackam équipé pour gonfler le moteur de sa Ferrari rouge.

  28. rackam

    À pédales, la Ferrari, prête pour le mariage pour tous…
    Heu, dois-je sortir?
    Ou bien un pastiche de Guenièvre effacera la faute?

  29. … « À pédales, la Ferrari, prête pour le mariage pour tous… »…
    Avec un homoteur de secours, et un capitaine de pédalo en commandant de bord ?

  30. rackam

    Bon, voilà le pastiche (l’ami grandgil appréciera):
    C’est dans les années 1990, sous le ministère du père Gaillot que l’on a décidé de jeter le col romain, la catéchèse, la doctrine aux orties. Alors que, dans les paroisses, l’inertie et le snobisme poussaient à les conserver. Il fut décidé que la réforme passerait par les confessionnaux. Tous les curés furent réunis pour passer à confesse.
    Puis des apparatchiks de l’évêché passèrent dans les presbytères, extirper les derniers récalcitrants. On déchira les catéchismes, arracha les cols romains, descendit de leurs piédestals des statues par trop mièvres. Pour les remplacer par des photos de cascades, de champs de blé au couchant, et des portraits de Che Guevara, Hugo Chavez, Jim Morrisson.
    On confia les rares déviants à de jeunes psycho-pédagogues sortis des EEEE (Écoles Ecclésiastiques d’Éradication des Errements).
    Certains prêtres déprimèrent, d’autres s’en sortirent en célébrant des messes clandestines avec encens, rendez-vous compte!
    Les parents qui persistaient à vouloir inscrire leurs mouflets au catéchisme furent découragés. Seuls ceux qui pouvaient de rendre dans un diocèse voisin réussirent à donner à leurs enfants une formation vertébrée. Les autres anonnaient des bases de théologie de la libération, puisées dans le quotidien du même nom.
    Aujourd’hui les psycho-pédago sont moins présents, la plupart a épousé un sacristain, une chaisière.
    Certains paroissiens allument un cierge devant la statue de sainte Guenièvre (la sainte à la clé de douze) pour la remercier d’avoir intercédé pour que le père Gaillot soit nommé à l’évangélisation des sables mouvants.
    On recommence à transmettre des connaissances, la tradition, la réalité de Jésus-Christ et non ses avatars barbus et bardés de cartouchières.
    On a remis l’encens au centre des apprentissages…

  31. Guenièvre

    Eh! bien ce n’est plus la peine de vous tourmenter, nous voilà tirés d’affaire . Monsieur Peillon met sa réforme en route !

    http://www.lepoint.fr/societe/loi-sur-l-ecole-les-difficultes-ne-font-que-commencer-06-12-2012-1543860_23.php

    Je vois que l’on parle bien d’acquisition de connaissances mais on passe bien rapidement pour ajouter « comme mission première les valeurs de la République parmi lesquelles l’égale dignité de tous les êtres humains, l’égalité entre les femmes et les hommes , la solidarité et la laïcité…
    Cela peut devenir très vite du bourrage de crâne
    Et puis on prévient déjà : si ça ne marche pas c’est que les profs n’auront pas joué le jeu…

  32. Laissons sainte Guenièvre apprécier, grâce à la clé de douze apôtres qui lui ouvrira la porte. Du paradis?

  33. Guenièvre

    souris vous avez raison, c’est à vomir…

  34. rackam

    Du delco dans un premier temps. On verra ensuite.

  35. Guenièvre

    Heu, c’est excellent vraiment, j’en reste comme deux rondelles…

  36. rackam

    Deux auréoles voulez-vous dire.
    N’abusez pas du pastiche.

  37. rackam

    J’ai vomi aussi (la conclusion, la morale de l’histoire). Qu’est-ce qu’on gagne?

  38. Guenièvre

    Jamais ! le pastiche et la came, vous vous rendez compte de l’état des sous-papes après ?

  39. Souris donc

    La technique de l’interrogatoire « Qu’est-ce que tu préfères ? Et pourquoi ? Et si tu étais/avais… qu’est-ce que tu préfèrerais ? Et pourquoi ?… » peut être utilisée pour fourguer toute propagande. Pour le gender, la haine de soi, l’écologie… En cours de morale et d’histoire, notamment.
    On se croirait dans L’Aveu. On voit à quel point il est facile de manipuler avec un faux choix.

  40. Souris donc

    Franchement, Rackam, vous me décevez, dans votre pastiche et postiche, il manque un hommage à Saint-Nicolas, patron des écoliers.

  41. Mais dites-moi, jeunes gens…delco, arbre à came, carbu…vous faites dans les moteurs de musée, là !

  42. rackam

    On fait mumuse monsieur l’ingénieur.
    Guenièvre a demandé une panoplie de sainte et moi un moteur de Karmann-Ghia de 1964.
    Et souris se propose de faire Saint Nicolas.
    Antidoxe: crèche vivante!

  43. Souris donc

    Valls sur France 2. Il adopte le phrasé haché et pleurnichard de Hollande. Il pastiche ?
    Souris, ravie de la crèche.

  44. Guenièvre

    C’était pour s’a -musée un peu Impat, faut bien par les temps qui courent …
    Bonne soirée à vous et à tous !

  45. Je me disais aussi, c’est un peu dépassé à l’heure de l’injection et de l’allumage électroniques.

  46. Je me garderai bien d’en vouloir à votre muse…

  47. Souris donc

    « En pédagogie nouvelle, on n’enseigne plus, on organise des activités »

    Une pédagogie active n’est pas choquante en soi. Les bonnes sœurs nous proposaient des activités, mais avec un temps de récapitulation où les erreurs étaient décortiquées et où on formulait l’essentiel à retenir (par cœur). Les erreurs n’étaient jamais moquées, les soeurs avaient le temps, nous étions internes et elles se consacraient entièrement à leur vocation d’enseignantes. On dit parfois que l’enseignement est un apostolat, une mission et une vocation. C’est vrai. Plus dur que travailler au fond de la mine.

    Le drôle, chez Piaget, affirmait que le temps a été long, quand LUI a eu beaucoup d’activités, mais que le temps a été court quand il a dû attendre sans rien faire. Quand l’adulte dit, au contraire, que l’attente fut « interminable ».

    Attendre sans rien faire. Ecouter, les bras croisés. Ce n’est plus une option. Mettez un drôle dans une salle d’attente, il va tout saccager pour s’occuper, il ne lui vient pas à l’idée d’attendre sans rien faire. C’est pourquoi on leur met des jouets. Plein de microbes qu’ils se refilent, mais tant pis, le drôle entend s’activer.

  48. Souris, les bonnes sœurs vous organisaient des « activités » certainement intéressantes, utiles, enrichissantes. C’était une part de l’éducation, mais vous aviez aussi des cours, des devoirs à faire, des leçons à apprendre, des efforts à accomplir.
    Les « activités » ne remplaçaient pas l’enseignement, elles le complétaient. À l’inverse, pour
    les « pédagogistes » des sciences de l’éducation, les activités remplacent l’enseignement.

  49. Souris donc

    J’étais très scolaire, j’aimais l’école, je n’ai jamais eu l’impression de faire des efforts. A la maison, c’était l’irrationnel des contes de Grimm, des outre-mondes, de la croyance au paranormal, télépathie, fantômes et compagnie. La raison des mathématiques, le déchiffrement du réel, rassurant et structurant. Les soeurs nous gavaient de religion, c’est vrai. Moi, je négociais sec avec le bon Dieu, ça n’a jamais marché. J’étais trop exigeante. Un vélo NEUF demain matin dans la cour.
    Et puis, les soeurs, ça s’extasie pour un rien. Elles pratiquaient outrageusement l’encouragement, les félicitations, elles complimentaient hors de proportion la moindre de nos petites réussites. Plaisant.

  50. Guenièvre

    Souris, c’est vrai que les activités ne sont pas mauvaises en elles-mêmes mais baser tout l’enseignement sur des activités qui sont sensées faire découvrir à l’enfant ce que l’humanité à mis des siècles à découvrir c’est absurde . Un autre témoignage très édifiant qui date de 2007 dans l’émission d’ A. Finkielkraut . Encore une fois moi je ne comprends pas comment on a pu faire des choses aussi aberrantes…

  51. grandgil

    A Rackam,
    L’ogre, le croquemitaine que je suis adore.

  52. Guenièvre

    Et je ne suis pas contre la recherche pédagogique. J’ai même été passionnée, dans les années 80, par un certain Antoine de La Garanderie qui avait fait tout un travail sur de bons élèves. Il avait étudié en particulier les processus mentaux qui leur permettaient de réussir par exemple au niveau de la mémorisation. Très intéressant : selon lui l’acte de mémoriser aurait comme condition pédagogique de :
    -s’inscrire dans le projet d’user de l’acquis,
    – dans un avenir esquissé par un geste mental,
    – qui en structure imaginativement les lieux et les occasions ( conditions nécessaires mais non suffisantes)
    A.de La Garanderie avait aussi dégagé un certain nombres de « profils pédagogiques », les visuels, les auditifs etc..
    Il a été mis rapidement sur la touche au moment de l’offensive des pédagogistes. Ce n’était pas vraiment politiquement correct de s’intéresser aux bons élèves, en plus il avait le mauvais goût d’être catho…
    Il valait mieux s’occuper des « exclus du système » de ceux qui avaient du mal à suivre et décréter que s’ils avaient du mal à suivre c’est parce qu’on les assommait avec trop de choses inutiles à apprendre…

  53. rackam

    C’est la vieille histoire des pédagogistes et de la puce.
    Ils commencent par lui dire « saute », elle saute. Puis lui arrachent une patte, et, sur ordre, elle saute.
    Une deuxième patte, une troisième, la quatrième sont arrachées, jusqu’à l’avant dernière, à chaque fois, sur ordre, elle saute. Sauf que, après arrachage de l’ultime patte, malgré l’ordre, elle ne saute pas!
    Les pédagos en concluent que lorsqu’on arrache toutes ses pattes à une puce, elle devient sourde. CQFD.

  54. Lisa

    Je connaissais l’histoire avec un polytechnicien…

  55. Guenièvre

    Impat, j’espère que vous appréciez l’apprentissage du  » doute scientifique  » aux élèves de CE1 !

  56. C’est en effet à propos des polytechniciens qu’elle est le plus connue. À croire que ces derniers présentent de nombreux points communs avec les pédagogos…

  57. Souris donc

    Chez nous il n’y avait pas une considération excessive pour l’école. Mais des intangibles pour les enfants, comme le respect de l’adulte et des traditions, le qu’en dira-t-on, tenir son rang, même au niveau le plus modeste, ne pas se plaindre. Avant même d’avoir mis un orteil à l’école, les rôles étaient distribués et l’enfant savait ce qu’il avait à faire : apprendre. On va à l’école pour faire son boulot d’écolier. Point.

    Quand la télé et la voiture ont bousculé ces univers clos avec leur contrôle social, l’enfant a été sacralisé et la société infantilisée. Les diafoirus pédagogiques sont tombés au bon moment pour eux, sinon ils auraient été accueillis avec un grand éclat de rire. C’est le progrès, ma bonne dame. Qui nous a apporté moins de mortalité infantile, moins de pénibilité au travail, plus de confort domestique. Et le pédagogiste dans le paquet.

  58. Guenièvre… « j’espère que vous appréciez l’apprentissage du » doute scientifique » aux élèves de CE1 ! »…

    J’apprécie en tout cas beaucoup ces fortes répliques que votre remarque m’a incité à aller écouter. Je ne l’avais pas fait auparavant car je croyais qu’il s’agissait d’une video, et je n’aime pas les images : le plus souvent elles mentent. Je n’ai confiance que dans les textes.
    Cela dit, j’aime bien en effet l’idée de « doute scientifique ». Mais l’usage qu’en font les « sciences de l’éducation » tel qu’il est décrit dans l’émission est un dévoiement à faire hurler.
    J’en profite pour dire à quel point je trouve vos deux « Main Basse sur l’Ecole » excellents. Ils font preuve d’une remarquable pédagogie anti pédagogisme !

  59. Guenièvre

    Mise à part une grande considération pour l’école je me reconnais tout à fait dans votre premier paragraphe, souris. On ne peut pas nier qu’il y avait de la coercition et même un peu de tyrannie dans les anciens rapports d’autorité. Mais on a fait une erreur en pensant qu’il n’y avait pas QUE cela. A travers ces rapports un enfant pouvait s’inscrire dans le monde, prendre place dans une structure sociale. Aujourd’hui tout cela a volé en éclats et les jeunes sont le plus souvent complètement déboussolés. Une éducation permissive fait finalement beaucoup plus de dégâts qu’une éducation autoritaire.
    Sans compter comme le disait H.Arendt que, soustraits à l’autorité des adultes, les enfants sont soumis à la puissance de quelques uns, donc à la violence.

  60. Souris donc

    Le postulat du gai savoir sans contraintes ne colle pas avec d’autres constatations dans les comparaisons internationales. Et je ne parle pas du niveau, puisqu’on est toujours dans les derniers. Mais l’écolier français est aussi le plus stressé, le plus angoissé, nerveux, irritable, insomniaque, sans estime de soi. Bref, tout se passe comme s’il subissait de la maltraitance. Ça n’interpelle personne ?

  61. … « Une éducation permissive fait finalement beaucoup plus de dégâts qu’une éducation autoritaire.
    Sans compter comme le disait H.Arendt que, soustraits à l’autorité des adultes, les enfants sont soumis à la puissance de quelques uns, donc à la violence. »…
    Le don de Guenièvre pour peindre toute une société en deux lignes…

  62. Guenièvre

    Merci Impat mais ça fait plus de vingt ans que je suis confrontée à ces problèmes ( enfin, maintenant je décroche un peu ! ) et ça m’a mise parfois dans des colères noires. Cela a été la principale cause de mon désamour pour la gauche…là vous allez me dire que je ne suis pas vraiment clairvoyante et que j’ai mis du temps à ouvrir les yeux ! 🙂

  63. Guenièvre

    On verra ce que va faire Peillon…La dernière nouveauté que m’a apprise il y a trois jours une collègue documentaliste c’est le Projet « Trois C « , Centres de Connaissance et de Culture ». Là où il y avait 3 lieux – un Centre de documentation pour faire des recherches , une étude pour faire les devoirs et un foyer pour se détendre, il est prévu de n’en faire qu’un seul, immense. Un endroit qui réunirait les ordinateurs, les livres et les revues, les Télés et les baby-foot …Tous les personnels – les documentalistes, les surveillants, pardon les assistants d’éducation, y seraient regroupés et les élèves pourraient vaquer d’une occupation à l’autre….J’imagine déjà, en pensant à quelques uns des derniers élèves de 3 è que j’ai connus, ce que cela peut donner !

  64. Une vraie salle de shoot…:-)

  65. Guenièvre

    « . Mais on a fait une erreur en pensant qu’il n’y avait pas QUE cela »
    c’est : « . Mais on a fait une erreur en pensant qu’il n’y avait QUE cela »

  66. Guenièvre

    C’est une idée ! on pourrait aussi suggérer d’y transporter aussi l’infirmerie de l’établissement et l’infirmière…

  67. Marie

    Heureusement il reste ça , enfin pour l’instant
    http://www.ecole-sainte-odile.fr/ecole-catholique-montpellier/enfant-au-coeur-de-ste-odile-109.html
    Une salle pleine de petits attendants leurs parents sans hurler, ça existe! Des cahiers de maternelle propres et beaux aussi… je ne suis pas sûre que Peillon et consorts apprécient

  68. Marie

    « « Chaque enfant est un être unique »

    L’acquisition des connaissances est liée à l’épanouissement de l’enfant, c’est pourquoi nous apportons
    notre aide à l’éducation de l’enfant, afin de créer une cohérence entre la vie à la maison et la vie à l’école.
    Nos objectifs en partenariat avec les parents

    Aider l’enfant à grandir :

    En développant harmonieusement sa personnalité, son corps et son esprit.
    En apprenant à se connaître, en acceptant ses différences
    En éveillant son esprit
    En respectant et en accueillant l’autre
    En dialoguant, en apprenant à communiquer
    En s’ouvrant à la citoyenneté, à travers des valeurs d’écoute, de tolérance, de justice et de paix
    En acceptant le sens de l’effort et en savourant le goût du travail bien fait
    En découvrant une spiritualité humaine et chrétienne

    Nos moyens et actions

    Un climat et une ambiance favorable
    Une participation active des parents à la vie de l’école
    Un souci de réussite scolaire pour chacun
    Travailler en coordination avec les spécialistes (pédopsychiatre, orthophoniste, psychologue, psychomotricien…)
    Assurer le suivi de l’enfant d’une année à l’autre
    Proposer un soutien en groupe ou individualisé
    Proposer des conférences avec des professionnels aux parents sur les problèmes qu’ils peuvent rencontrer (Savoir dire non, la nutrition…)
    Respecter le rythme de chaque enfant
    Autoriser le droit à l’erreur
    Valoriser l’autonomie

  69. Souris donc

    C’est ce que j’avais lu, Guenièvre. Comme quoi. Lecture contextuelle.
    Les écoliers sont débarrassés de « la coercition et même…de [la] tyrannie des anciens rapports d’autorité », pourtant ils ne sont même pas épanouis, comme on pourrait le penser.

  70. Voici les trois premières lignes du règlement intérieur de cette école Ste-Odile :

    « La cloche sonne : je me range deux par deux pour rentrer en silence dans la classe.
    Je suis poli avec mon enseignant : bonjour – au revoir – merci madame, monsieur.
    Je prends la parole lorsque l’on me la donne et je la demande en levant le doigt. »

    Diable ! (pardon) mais si elle continue ainsi, cette école va fabriquer des enfants anormaux : agréables, heureux de vivre, bien dans leur peau, et qui sait, instruits !

  71. Souris donc

    Faut voir ce qu’ils mettent concretement derrière ces belles déclarations.
    « En s’ouvrant à la citoyenneté, à travers des valeurs d’écoute, de tolérance, de justice et de paix », ce genre ne m’inspire aucune confiance.

  72. Souris donc

    « En respectant et en accueillant l’autre »
    Au secours !

  73. Marie

    @souris, venez et voyez… étonnant comme cette école est prisée m^me par des non catholiques. Et oui on est loin de l’image enfant blanc propre sur lui… ils sont polis , un petit au parc c’est excusé de m’avoir bousculé, les autres interrogeant les plus petits on va pas trop vite ? Et bien quand je vois les gamins dans d’autres parcs oui je comprends ce que ces phrases signifient.

  74. Souris donc

    Marie, je voulais juste dire que ces principes sont également revendiqués par le progressisme le plus obtus.

  75. rackam

    De sales petits bourgeois soumis à l’ordre injuste de leurs aînés oui! « Sois poli avec ceux qui veulent te faire entrer de plain-pied dans l’Ancien Régime », dis bonjour aux bourreaux, lève le doigt pour savoir pour quel curé voter! Ces mômes seront bien dans la tête de leurs parents, pas dans leur peau à eux. Dès l’enfance on les prive de liberté. Ce système lobotomise les petits pour conforter les privilèges des anciens. Honte à Sainte Odile, cette montagne où s’écrase l’avion de l’essor social!
    (ce post m’a été dicté sous la contrainte par un sociologue de passage…)

  76. Marie

    si on écoute certains éducteurs qui font du psy à cent sous , oui…

  77. Guenièvre

    @ Marie,

    « Le développement de la personne
    L’ouverture à l’autre et au monde
    La relation solidaire et respect
    Le respect
    Le goût du beau »

    Tout cela ressemble tout à fait à nos « Projets d’établissements  » qui n’étaient que du vent puisque par ailleurs on appliquait les méthodes dont on a parlé plus haut, c’est-à-dire que les enfants ne savaient ni lire correctement, ni s’exprimer parce qu’ils ne faisaient pas de grammaire. Ici c’est une école maternelle à ce que je vois donc on n’en est encore pas aux apprentissages fondamentaux. Je n’en déduis donc rien pour la suite…
    Je crois que la mission essentielle de l’école devrait être la transmission de l’héritage culturel reçu des générations précédentes. Si on pratique quelques textes classiques on intègre tout ce qui est dit là sans faire du prêchi-prêcha …

  78. Marie

    Guenièvre c’est une école maternelle et élémentaire… la transmission culturelle est faite j’ai eu les cahiers de mon petit bout en main.

  79. Guenièvre

    Marie, ce qui se passe c’est que cette école ayant un contrat avec l’état, elle est obligée de présenter ce « Projet d’établissement » avec toutes les phrases obligées comme « ouverture à l’autre » « respect »etc… qui ne veulent plus rien dire tellement elles sont galvaudées. Comme le précise souris, vous trouverez ce genre d’objectifs avec exactement les mêmes phrases dans n’importe quel collège de banlieue , ou d’ailleurs, où la violence est endémique…

  80. Marie

    Petits bourgeois de tous horizons et de toutes couleurs! 😉

  81. Marie

    Peut être je ne suis au fait mais je constate ce qui s’y fait et j’apprécie , ça change!

  82. Guenièvre

    Marie, je n’ai aucun doute là-dessus : ma fille a fait un remplacement au Collège Sainte Croix Saint Euverte d’ Orléans. Elle a vu la différence avec les collèges publiques qu’elle avait pratiqués avant…

  83. Guenièvre

    Je me doute bien. Mais vous n’avez présenté que l’emballage et l’emballage il est partout le même, il faut le savoir …

  84. Guenièvre

    publics , pardon

  85. Marie

    « Dans le cadre de l’école, les plus grands apprennent à s’occuper des plus petits, en leur lisant des histoires ou en partageant leurs jeux le midi. « 

  86. Souris donc

    La morale laïque de Vincent Peillon : « distinguer le bien du mal ».
    Comme le mal, c’est le réac blanc hétérosexuel colonisateur raciste et saccageur de planète, la morale laïque va se parer d’ouverture à l’autre,
    En apprenant à se connaître,
    En acceptant ses différences,
    En éveillant son esprit,
    En respectant et en accueillant l’autre.
    En apprenant à distinguer le bon et le mauvais souchien.

    Halte aux mocassins à glands !
    C’est la lutte finale « contre les stéréotypes » de Vallaud-Belkacem dès la crèche.

  87. Souris donc

    Le souchien est tellement mal… barré que ma copine Dixie organise un Souchithon
    http://chezdixie.wordpress.com/2012/12/07/souchithon/#comments

  88. Souris donc

    Sur Amazon, on trouve On achève bien les Ecoliers avec 17 commentaires. Ce qui est plutôt rare. C’est que ça « interpelle quelque part ». Ensuite, le logiciel vous propose une bonne dizaine d’autres lectures édifiantes sur la french touch éducative, avec des titres aussi déprimants les uns que les autres, style Constante macabre.
    Bon, l’inénarrable Ivan Illich est là, avec sa société sans école.

  89. Guenièvre

    Souris, jusqu’aux années 70 l’école a parfaitement su fabriquer du  » souchien » avec tous les enfants qui passaient entre ses murs. Ce n’est pas un hasard – et pas non plus seulement à cause des nouveaux arrivants- qu’elle n’y arrive plus.

  90. Souris donc

    Je ne le pense pas non plus, les causes de la fabrique du crétin sont multiples et complexes. Les méthodes, les valeurs inculquées et l’aculturation induite par les programmes, le formation des maitres et, je crois, une différence culturelle entre les enseignants et les élèves, de vrais mutants, l’implication différente des familles, les cadences infernales des rythmes scolaires… et je dois en oublier.
    La fabrique du souchien est révolue, c’est clair.
    Ceci dit, j’ai lu quelque chose (où ?) sur la réussite scolaire du Vietnamien, troublant quand même.

  91. Souris donc

    Les valeurs inculquées. Lire : l’irruption de l’idéologie avec son formatage.

  92. rackam

    La France est un plateau de formatage.

  93. Souris donc

    Mais c’est vrai, non ? Regardez, Rackam, Guenièvre avec ses hussards noirs, moi avec mes bonnes soeurs, les valeurs n’étaient pas forcément les mêmes, mais ils avaient de la déontologie et s’asservissaient pas les enfants à une cause, ne se servaient pas d’eux comme vivier à militants.

  94. Marie

    Avez vous entendu Michel Serres ce matin chez Finkelkraut? inquiétant dans certains de ses propos…

  95. Guenièvre

    Pour en revenir aux souchiens…
    Vous arrivez à l’école avec vos traditions et croyances bien ancrées soit parce que vos parents vous les ont inculquées soit parce que vous venez de débarquer . On vous dit :  » mon petit, allez tu vas te construire , regarde ce que nous avons en rayon et choisis en fonction de tes propres tendances, tu sais nous on ne t’impose rien parce que tu vois on a été très très vilains dans le passé, on ne voudrait surtout pas que tu nous ressemble mon petit, garde bien ton originalité surtout, parce que ce sont les différences qui nous enrichissent et que tout se vaut tu sais… » En plus de cela vous êtes incapable même au bout de quelques années d’aligner des phrases correctes et de vous faire comprendre correctement des adultes qui vous entourent parce qu’on vous a mal enseigné la lecture. Par contre avec les potes des cités pas besoin d’échanger plus de 3 mots pour se comprendre…
    Je caricature un peu mais à peine… Et je n’excuse pas non plus mais il faut reconnaître qu’il y eu un concours de circonstances désastreux ( afflux massif de gens qui en plus venaient des anciennes colonies au moment où l’on abandonnait le modèle assimilateur ) qui n’a pas aidé…
    Chez tous les asiatiques il y a une volonté de se fondre dans la masse des écoliers dès le départ. On a eu un petit chinois qui a changé son prénom lorsqu’il est arrivé en 6è parce- que celui-ci était imprononçable. Les profs se sont émus – atteinte à la personnalité etc…, Non, il faut qu’il garde son prénom … les parents ont dû insister à plusieurs reprises pour qu’on l’appelle « Daniel » !

  96. Guenièvre

    Je n’ai entendu que la fin Marie, je vais essayer de réécouter entièrement. J’ai vu que Finkielkraut avait du mal…

  97. Marie

    souris,
    http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/michel-serres-bienvenue-a-l-homme-nouveau-14-06-2012-1474761_326.php c’est bien la première fois quand j’entends un prof trouver bien Wikipédia!

  98. Souris donc

    Merci Marie, je vais prendre le temps de regarder vos liens, je rentre de la manif, beau succès.

  99. Guenièvre

    J’ai écouté l’émission Marie. M.Serres essaie de prendre du recul et il a raison de dire que dans l’histoire de la connaissance il y a eu des déjà eu des coupures qui ont semblé des gouffres aux générations qui se trouvaient être dépassées : oral-écrit ( Socrate / Platon), imprimerie ( les Sorbonnards / Rabelais ) . Il faut faire attention à ne pas se transformer en  » grands papas grognons » comme il dit. Bien qu’ayant la nostalgie du livre, je ne peste pas contre les nouvelles technologies. Je trouve que ce sont des outils extraordinaires mais comme le dit Finkielkraut – citant Fumaroli je crois-  » elles n’enrichissent que ceux qui sont déjà riches.
    Ce que je déplore c’est l’abandon ces dernières décennies, des élèves à des charlatans qui ont fait tout simplement sur eux des expériences qui ne leur ont pas permis d’acquérir des bases. Pour se servir d’un ordinateur de toute façon il faut savoir lire…

  100. … « Pour se servir d’un ordinateur de toute façon il faut savoir lire…»…

    Encore un raccourci génial !… 🙂

  101. Marie

    Guenièvre ce que je cherche sur le net n’a rien à voir avec les livres que je lis, le papier reste pour moi essentiel. Je regrette que nos petits enfants soient collés sur l’ordinateur des le plus jeune âge, et croyez moi ils n’ont pas besoin de savoir lire pour jouer sur le net. Je sais bien qu’il y a eu des évolutions comme le souligne Serres mais je le pense bien naïf sur ce que le net apporte aux enfants.Il me fait penser à notre conseil général qui a offerte des ordis aux enfants pour qu’ils puissent consulter leurs notes et échanger avec leurs enseignants. Le progrès je suis pour mais pas n’importe comment. Copier coller sur Wikipédia n’oblige pas à lire un livre pour en tirer des références.

  102. Marie

    Pour moi cela aurait dû être ce soir à Cahors mais le temps et l’ indisponibilité de dernière minute d’une amie me font rester au chaud chez moi…

  103. Souris donc

    Sur le plateau de formatage : « Agir sur les mentalités ! »

    Vallaud-Belkacem :

    « la question de l’égalité entre filles et garçons est centrale dans la réussite scolaire…Pour obtenir l’égalité, il faut agir sur les mentalités
    – Comment ?
    – En premier lieu à l’école. Un module de formation à l’égalité et à la déconstruction des stéréotypes sera obligatoire dans les futures écoles supérieures du professorat, et dans la formation des autres personnels de l’éducation.
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/30/contre-les-stereotypes-et-le-sexisme-d-habitude-il-faut-agir-sur-les-mentalites_1798347_3224.html

    Elle est grave.
    Déjà qu’on retire Mademoiselle des formulaires, autant aller au bout et retirer Monsieur et le pronom il.
    Tous égales !

  104. Guenièvre

    Michel Serres est complètement déconnecté de la réalité des écoles et des collèges c’est certain. Mais il a raison sur un point , on ne peut pas revenir en arrière et il faut à tout prix essayer de comprendre le monde dans lequel on est. Le problème ce ne sont pas les nouvelles technologies, c’est la façon dont on les utilise. Il y avait une dizaine d’ordinateurs dans mon Centre de documentation. Les bons élèves, ceux qui lisaient des romans et des revues étaient aussi ceux qui tiraient le meilleur partie de l’ordinateur et du net. Ils s’y sont faits plus vite que moi. Pour les moins bons, ceux qui ne lisaient pas j’essayais de mettre des CD-ROM éducatifs pour qu’ils aient envie de revenir et, qui sait, s’intéresser un jour à autre chose. Mais pas question de jouer ! Pas question non plus d’aller sur le net sans surveillance et seulement si on avait une recherche. C’était dur à tenir mais il le fallait. Là c’est tout de même aux adultes d’être responsables, ça s’appelle éduquer …mais on est d’accord je pense !

  105. Guenièvre

    C’était @ Marie

  106. Marie

    Tout à fait Guenièvre mais il est bien difficile aux parents m^me responsables de faire que les enfants ne se baladent pas sur le net…

  107. Souris donc

    Plutôt d’accord avec Michel Serres, au sujet des mutations, même si son « optimisme de combat » est un peu forcé. Il gâche toute sa réflexion avec la fin :
    « l’homme a changé. Nous devons maintenant changer la société. »

    Le changement c’est maintenant !
    Qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir changer la société ? A leur façon socialiste, bien sûr, pas libérale, aucun danger de ce côté là.

  108. Guenièvre

    Oui, comme il a sans doute été difficile d’apprendre aux enfants que la route était dangereuse au débuts de l’automobile !

  109. Guenièvre

    Au début des ordinateurs, à l’entrée, j’avais dix ou quinze doigts qui se levaient :
    – « M’dame !M’dame ! je peux faire de l’ordinateur !
    – Faire de l’ordinateur ! On fait du vélo, on fait du cheval. Mais faire de l’ordinateur je ne connais pas . Tu as une recherche à faire ?
    – Heu, non …
    – Alors pourquoi veux-tu un ordinateur ? Tu ne veux pas lire un livre ? Une revue ? Un documentaire ?
    – heu, non… j’aime pas lire..
    – alors qu’est-ce que tu veux faire ?
    – Ben, regarder..
    – Regarder quoi ? Regarder un CDROM par exemple ?
    – Heu…oui..
    – Allez , tu choisis ! L’île au trésor ? Le petit Prince ? L’encyclopédie des instruments de musique ? etc…

    Deux possibilités : soit le môme était vraiment allergique et il ne revenait pas, soit il revenait pour tester les autres CDROM et c’était toujours ça de pris !

  110. Guenièvre

    Pas si génial hélas Impat, Marie a raison, il y a aussi des jeux sur le net…:-)

  111. Saul

    me souviens des premiers cours d’ordi au lycée, dans les années 80.
    y’a je ne sais plus quelle BD mettant en scène un prof
    « -tapez « print A », et dites moi ce que ça fait !
    – ben ça fait « A » m’sieur
    – exactement, merveilleux non ? »

    c’était à peine caricaturé, les cours « d’informatique » que l’on nous dispensait était de cet ordre là…
    me souviens aussi de ce prof de maths avec ces interros débiles : on devait répondre aux différents problèmes non pas sur le papier, mais sur un ordinateur. Bon là ok why not….le gros inconvénient était que le temps de réponse était limité, mais par question….genre « logarithme de X ? » et t’avais 10 secondes pour répondre. Non seulement la vue du décompte stressait et déconcentrait, mais il nous interdisait toute autonomie de temps pour répondre à l’ensemble des questions, c’est à dire que sur papier, en une heure, l’on aurait chacun pu consacrer le temps qu’on voulait à chaque question, à charge pour nous de répondre à tout dans le temps imparti. Avec sa méthode, impossible, fallait être des robots. j’ai detesté ce prof et considère toujours que sa compétence « pédagogique » était proche de zéro.

  112. Souris donc

    Je les ai accompagnés sur quelque 300 m. Très débonnaires, beaucoup d’enfants. Pas le moindre slogan vociféré, l’hélico de la police en vol stationnaire couvrant tout ou surveillant une misérable petite contre-manifestation gaie.
    C’était la répétition générale, avant le 13 janvier.

    Où trouve-ton le dialogue Serres-Finkie ?

  113. Souris donc

    « …faut reconnaître qu’il y eu un concours de circonstances désastreux ( afflux massif de gens qui en plus venaient des anciennes colonies au moment où l’on abandonnait le modèle assimilateur ) qui n’a pas aidé »

    « …un parchemin vieux de deux siècles, intitulé Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, nous fait obligation de loger correctement toute personne qui, partant d’un point ou un autre du globe, fait l’effort de venir jusqu’à nous, de pousser la porte (qui reste de toute façon ouverte jour et nuit : on n’est pas des sauvages) et d’entrer, avant de poser les questions fondamentales, constitutives de tout être humain :
    Quand est-ce qu’on mange ? Où est ma chambre ? À quelle heure passe le toubib, rapport à mon arrêt-maladie ?… »
    http://didiergouxbis.blogspot.fr/2012/08/paca-yfaukon.html

  114. Souris donc

    Serres/Finkie

    J’aime bien le passage sur la responsabilité de l’adulte par rapport au savoir « externalisé » du web.
    Finkie : Les SMS et facebook font écran au monde. Le rapport au savoir est « un brouhaha écoeurant d’échanges stériles et formatés ». La responsabilité de l’adulte est de sortir l’ado de ça.
    Serres est un peu manipulateur, avec son rappel rebattu de l’étymologie, autorité, auteur, autoriser.

  115. QuadPater

    Ben alors ! j’étais pas au courant ! Ça m’aurait fait du bien de marcher un peu.

  116. QuadPater

    Si je résume vite fait, les méthodes d’enseignement ont changé. Les promoteurs de ces méthodes n’ont pas évalué leurs résultats, alors que ceux-ci sont mauvais.
    C’est ça le problème ? pas d’évaluation officielle, donc pas de remise en question ?

  117. Guenièvre

    C’est plus compliqué que cela Quad, j’essaie de l’expliquer dans l’avant-dernier paragraphe. Les évaluations d’ensemble sont très moyennes. Comme il y a toujours des résistants au pédagogisme ( des instituteurs qui emploient la méthode syllabique, des profs qui font encore de la grammaire ),les pédagogistes disent que ces résultats très moyens sont la faute de ces résistants tandis que ceux qui sont attachés aux méthodes traditionnelles pensent l’inverse.

  118. Guenièvre

    Et au sujet de l’évaluation l’instituteur Marc Le Bris est très mal noté les inspecteurs parce qu’il n’utilise pas les « bonnes » méthodes.
    http://www.leparisien.fr/societe/pour-apprendre-il-faut-repeter-04-05-2009-500973.php

    …alors que parents et enfants sont très contents de ses résultats

  119. Guenièvre

    Et quand Darcos en 2009 a voulu décorer cet instituteur ça a été des levées de boucliers :

    http://sgen-cfdt.org/actu/article1800.html

  120. Guenièvre

    Finalement Darcos qui voulait un  » retour aux fondamentaux » a dû mettre beaucoup d’eau dans son vin et malgré cela sa réforme a été considérée comme « réactionnaire »

  121. QuadPater

    Les évaluations d’ensemble sont très moyennes.

    Qu’est-ce que ça signifie précisément ? c’est la moyenne des compétences de élèves d’une tranche d’âge qui sont évaluées – ce qui n’a aucun intérêt – ou les résultats des différentes méthodes utilisées (officiellement ou non) par les enseignants ?
    Les résultats moyens, chacun les constate chez ses propres ados, ou chez ceux avec lesquels il est en contact. La lecture d’un texte à haute voix est globalement lente, et surtout n’aboutit pas forcément à sa compréhension, ce qui est dramatique à 15-16 ans. Quand le texte contient des mots inconnus on n’observe pas un arrêt au début du mot nouveau puis une prononciation unique du terme : il y a plusieurs tentatives. « Anachronique » donne par exemple « chroni… », puis « ancr… », puis « a-na-chro-nique », ce qui semble témoigner du processus mental en action, à savoir plusieurs essais infructueux de reconnaissance globale du terme suivies par une lecture des syllabes.

  122. Guenièvre

    « c’est la moyenne des compétences de élèves d’une tranche d’âge qui sont évaluées – ce qui n’a aucun intérêt ».
    Oui on est bien d’accord…
    Les résultats des différentes méthodes on ne les évalue pas. Et les enseignants, ils sont évalués en fonctions des méthodes qu’ils utilisent : en général ceux qui utilisaient, dans les années 2009 ( et je pense que cela n’a guère changé) des méthodes traditionnelles étaient très mal notés.

  123. Guenièvre

    Vous avez très bien identifié l’origine du mal…

  124. QuadPater

    Vous avez très bien identifié l’origine du mal…

    Ce n’est pas difficile, il suffit de les regarder faire. Mon échantillon de sujets d’études se limite à mon plus jeune fils (16 ans), quelques-un(e)s de ses ami(e)s, et une nièce un peu plus âgée.

    Pervers que je suis, avec mon fils je suis allé plus loin. J’ai écrit une toute petite histoire banale, où un jeune se lève, se lave, prend son petit déj et part rejoindre ses potes à la piscine. J’ai remplacé ensuite quelques (pas beaucoup) mots connus par d’autres, aussi connus mais complètement hors-sujet (exemples, aux toilettes il tire la cheminée, dans la cuisine il beurre une demi-locomotive, etc…) et lui ai demandé de me la lire tout haut pendant que je faisais semblant de bricoler les branchements de la télé.

    Eh bien il ne s’interrompt ni même ne ralentit en lisant ces termes étonnants, ce qui me fait hélas supposer qu’il ne comprend pas ce qu’il lit, ou du moins qu’il déconnecte son jugement dans certains cas. En l’occurrence je lui ai demandé un service, il me le rend, et basta.

  125. Guenièvre

    C’est plus grave quand ils inventent des mots qui ne sont pas dans le texte. Là, il a au moins déchiffré ce qui était écrit. Devait penser à autre chose à mon avis…à ses sorties par exemple…

  126. QuadPater

    Il ferait mieux de penser à sa rentrée de janvier.
    Bon, j’admets que l’expérience n’était pas scientifiquement organisée, je vais travailler ça. 😉

  127. Je sens qu’il va recevoir des exemples de lecture pour Noël…

  128. QuadPater

    Il ne les déballerait même pas. Son allergie à la lecture est une de ses formes d’opposition adoléchiante aux valeurs paternelles honnies.

  129. Souris donc

    Toujours Serres/Finkie :

    Grand papa Ronchon (le réac dans le bouquin de Serres) = Sancho Pança, du côté du réel, par rapport aux moulins à vent virtuels (ou progressistes).
    Le rôle de l’adulte : NE PAS satisfaire la demande ( = le contraire du pédagogisme qui est dans la séduction)

    Ce que j’ai moins aimé, à la fin, c’est le passage obligé du cliché de l’Allemand cultivé et bête immonde. Car en retournant la proposition, on obtient Fofana, sans culture et pas moins bête immonde.

  130. Souris donc

    Allergie à la lecture dite cultivée, mais il est compétent pour lire les notices, les panneaux, tout ce qui, pour lui, est motivant et intéressant ou utile. Ce sont des approches pragmatiques. Celles de la plupart des gens.

  131. Souris donc

    La lecture globale développe une sorte de pensée magique. Quand on montre un mot composé, mais dans la police particulière et la couleur rouge de Coca-Cola, ils lisent « Coca-Cola ». Même si c’est marqué Père-Noël ou Camion-Benne ou Poupée-Barbie, ils lisent quand même Coca-Cola. Du moment que c’est dans la police de Coca-Cola, C’EST Coca-Cola.
    On trouve ça chez Dehaene.

  132. QuadPater

    Je recommande chaudement la lecture de Qu’on vire les pédagogistes !, de Pierre Van Ommeslaeghe (un autre pseudo de Guenièvre ?) sur « Boulevard Voltaire », le blog de Ménard.

  133. Guenièvre

    Me voilà démasqué Quad !
    Il faut aussi lire les commentaires qui sont sous l’article…

  134. QuadPater

    Exact, et c’est bien intéressant. Les commentaires n’existaient pas quand j’en posté le message.

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