Du personnage d’Arlequin au beauf

Du personnage d’Arlequin au beauf

Les évolutions des stéréotypes appliqués aux classes populaires

 

Les personnages stéréotypés ont toujours été constitutifs des spectacles comiques, des dessins  humoristiques ou des caricatures. On se souvient d’Arlequin, valet famélique, superstitieux et poltron, qui revendique haut et fort la satisfaction de ses besoins naturels élémentaires : boire, manger, forniquer et dormir. Les origines d’Arlequin sont très diverses mais, dès son apparition dans la commedia dell’arte, on est sûr de son extraction populaire : il est doté d’un accent traînard particulier aux gens du peuple de Bergame, à ses débuts assez  rustre, naïf et balourd, le personnage est devenu, avec le temps plus rusé, vif, cynique, immoral et usant d’un langage scatologique. Optimiste, il trouve toujours une solution à tout. Paresseux, gourmand et coureur de jupons, il sait aussi être gentil, fidèle et sympathique. Arlequin aime à s’amuser et à faire de l’esprit. On rit d’Arlequin mais on rit aussi souvent avec Arlequin.

Parmi les zannis ( les valets de la comédie italienne, représentants des classes populaires ) trois auront quelques succès en France : Pierrot candide, badin, pourvu d’une certaine dose de bon sens , Polichinelle d’origine paysanne, rusé, simple, disgracieux et gourmand et Scapin dont Molière fera le héros d’une de ses comédies.

Né de cette tradition de simplicité, Guignol apparaît aussi comme le porte-parole des petites gens, prenant la place d’un Polichinelle qui avait fini par lasser  le public. Le personnage qui est l’archétype de l’homme du peuple est inventé par Laurent Mourguet en 1808. Guignol est assez complexe. À la fois naïf et malin, honnête et sans scrupules, il évolue sans cesse au cours des pièces. Ses traits dominants restent le côté bon vivant, l’attrait pour la bonne chère, le bon vin et l’amitié. On peut comparer Guignol à l’Arlequin de la Commedia dell’arte : tantôt courageux, tantôt poltron, farceur sans scrupules, capable d’apporter son aide en cas de besoin, parfois agile et rusé, d’autres fois balourd et franchement bête mais finalement assez sympathique.

Même s’il n’est pas dénué d’ambiguïté, lorsqu’il s’exerce aux dépens de ce petit peuple, le rire provoqué par ces personnages n’exclut pas une certaine complicité , il peut même parfois apparaître comme une forme de contre pouvoir quand ceux-ci se jouent des puissants ou osent quelques critiques. Beaumarchais poursuivra cette tradition en renforçant cette dernière caractéristique avec son Figaro auquel il donnera une dimension politique.

Dans les années 1970 le dessinateur Cabu va créer un personnage qui rencontrera rapidement un grand succès et aura un bel avenir puisqu’il passera dans le langage  courant : Mon beauf. Représenté à l’origine comme un homme bedonnant et moustachu, et conçu dans sa première version comme un patron de bistrot, le beauf va devenir la caricature du français de la classe ouvrière ou petite bourgeoise. (1) Le beauf, Français typique, Français moyen est souvent électeur du FN. L’une de ses activités favorites est la chasse au grand gibier, ou au petit lapin. Le beauf part généralement en vacances en famille, fréquente les campings ou les clubs de vacances dans des « lieux exotiques » tels que la Grande Motte ou Palavas les Flots pendant que les gens plus aisés émigrent dans le Lubéron. Le beauf boit du pastis, du Pernod, du Ricard, ou du gros rouge, du gros rouge qui tache bien sûr ! (2). Bien entendu, il rote, il éructe, il pète, il crache, il est sale, il profère des insultes, il raconte des blagues grasses et il fait des jeux de mots stupides. Mais surtout, il est raciste, forcément raciste. En même temps que Cabu crée son personnage de B.D, le cinéma l’incarne, dans Dupont La Joie sous les traits de Jean Carmet décrit comme une bête avinée et lâche qui accuse les immigrés du crime qu’il a commis.

Pendant longtemps était raciste celui qui était persuadé d’être d’une race, d’une ethnie ou d’une nation supérieure, et qui s’autorisait ainsi à maltraiter ceux qui étaient censés ne pas être de la même race que lui. Avec le beauf on va inverser le processus. Le raciste n’est plus celui qui est convaincu de sa supériorité mais celui qui est assigné à une « race » inférieure. Ce n’est pas l’homme hautain, arrogant et haineux : c’est celui que l’on va désigner d’autorité et d’abord sur son physique. Tout fait du beauf un individu d’une « sale race » : il est petit et presque aussi épais que haut. Il est gras, ses yeux globuleux saillent sous ses sourcils épais. Il a un gros nez épaté, le front bas et étroit ; il n’a pas de cou mais un double menton. Le beauf est laid et sa laideur fait signe. Elle souligne la bassesse de son  âme : si le beauf est moche, c’est parce qu’il est vil …Les vices les plus haïssables, fascisme, xénophobie, délation, veulerie lui sont en effet attribués (2). Fasciste et raciste en même temps, ça fait beaucoup, mais nos « antiracistes » ne sont pas chiens, ils prêtent sans compter. Sous prétexte de comique salvateur ou de caricature dénonciatrice nous assistons là à un discours de haine qui se moque des petits, des ploucs, des illettrés, bref des « inférieurs », qui ne méritent plus d’être invités au grand banquet sans frontière, fraternel et convivial de l’universel humain. En affligeant les gens de peu de toutes les tares, les antiracistes ne font que reproduire les stigmatisations haineuses qu’ils prétendent combattre. Le racisme dont le beauf est accusé exprime souvent un vrai  » racisme »-ou plutôt un mépris de classe- qui nourrit les journaux qui publient ses « méfaits », les lecteurs qui s’en délectent et les spectateurs qui vont rire de lui.

Les vertueux antiracistes assignent au beauf la place inférieure du rustre pour pouvoir parader. Son racisme supposé implique la supériorité de ses accusateurs. Entre eux et lui un abîme se creuse. Plus celui-ci est veule, bas, stupide, ignoble, immonde, laid plus ils se pensent hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux et vigilants surtout vigilants. Ils ne le rabaissent que pour rehausser le piédestal où ils se sont installés. Car le beauf c’est souvent la représentation spontanée que « les élites », enfin ceux qui se pensent comme tels, se font des gens ordinaires.

Au  rire complice, au rire qui dénonce pour corriger, au rire subversif dont la finalité est de faire se fissurer les certitudes et les préjugés on a substitué un rire qui les conforte et qui rassemble les bien-pensants d’aujourd’hui dans un grand bain de bonne conscience, de  suffisance et d’indignation .

(1) Depuis les années 2000, un nouveau type  de beauf a été mis en scène par Cabu: plus urbain, adepte du modernisme. La créature de Cabu n’est plus le gros lourdaud mal rasé même si celui-ci  est toujours bien là dans l’imaginaire collectif.

(2) Toute ressemblance avec le vocabulaire utilisé par certains blogueurs sur d’autres sites qu’Antidoxe est évidemment pure coïncidence.

 

64 Commentaires

  1. Magnifique, Guenièvre! Factuel, drôle, sérieux, analytique, conclu.
    Si seulement les étudiants que j’ai eu à l’oral (prépa HEC) ce matin avaient le dixième de vos talents…
    Une colle pour vous: je n’ai que quatre beauf(rère)s mais suis le beauf(rère) de huit personnes, comment diantre est-ce possible?

  2. Guenièvre

    Merci rackam ! Venant de vous qui écrivez si bien, si juste et si joliment ce compliment me touche beaucoup.
    Vous avez compris qu’il n’y a là aucune mythification du ‘Peuple », ni idéalisation des gens appartenant aux milieux populaires. Il y a parmi eux des cons et des racistes aussi…

    Pour votre colle : peut-être que votre épouse a 4 frères ( vos 4 beaux-frères donc) . Vous êtes, vous, le beau-frère de ces 4 personnes là et ( par extension ) de leurs 4 épouses . Non ? Cela me semble trop simple.

  3. Rackam connaît des beaufs qui comptent double. Des beaubeaufs ?

  4. Guenièvre, vrai pour la première partie mais… trois frères ne sont pas mariés… cherchez encore…
    Impat, vilain garnement.

  5. … « les bien-pensants d’aujourd’hui dans un grand bain de bonne conscience, de suffisance et d’indignation . »…
    Pile dans la cible ! Guenièvre, vous avez fait du tir ?

  6. Rackam j’ai trouvé. Vous avez 8 frères et sœurs et vous êtes très beau.

  7. QuadPater

    Bravo, c’est du grand Guenièvre ! ça donne envie d’être traité de beauf !

    Rackam, le relation « être le beauf de » est moisie car elle n’est ni réflexive, ni symétrique, ni transitive.
    Quand vous avez 4 beaufs vous êtes le beauf de 4 hommes. Si vous êtes le beauf de 8 personnes en tout, les 4 restantes sont des femmes.
    Donc vous avez 4 beaufs et 4 belles-sœurs. Plusieurs solutions possibles, par exemple votre femme a 4 frères et votre sœur, lesbienne et polygame, a 4 épouses.

  8. … « plus ils se pensent hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux et vigilants surtout vigilants »…
    Vigilance orange comme d’hab maintenant chaque jour, mais tendance rouge.

  9. Bravo Guenièvre. J’ai eu plaisir à lire votre texte.
    … « plus ils se pensent hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux et vigilants surtout vigilants »…
    Oui, vigilants, comme ces contre-manifestants à Strasbourg qui exerçaient la vigilance et guetter tout propos « homophobe » pouvant émaner de la « manif pour tous » !
    Ces moralisateurs exerçant leur « vigilance » rose, ces « khmers roses », selon l’expression d’une personne s’exprimant parfois sur ce site.

  10. Le plus pénible chez ces gens qui « se pensent hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux et vigilants surtout vigilants » réside en cette faculté qu’ils s’attribuent de décider ce que sont les pensées des autres.
    Plus que malhonnête, cette volonté d’inventer la pensée d’autrui est devenue chez certain(e)s une vraie maladie, une sorte de paranoïa qui leur est nécessaire pour se protéger contre leur propre vacuité. Ou leur propre phobie.

  11. Guenièvre

    @ Quad,
    « ça donne envie d’être traité de beauf ! »

    heu ! je crois que c’est fait Quad, non ? Je vous avoue même que c’est certaines discussions avec des gens qui ne savent pas le sens précis des mots mais qui connaissent, comme le dit Impat, les pensées secrètes des autres,qui m’ont donné l’envie d’écrire ce texte.

  12. Guenièvre

    @ rackam,
    Je jette ma langue aux chiens comme aurait dit Mme de Sévigné !

  13. Méfiez-vous, Guenièvre. Socrate risque d’apprécier et d’en redemander.

  14. Guenièvre

    @ Impat,

    « cette volonté d’inventer la pensée d’autrui est devenue chez certain(e)s une vraie maladie, une sorte de paranoïa qui leur est nécessaire pour se protéger contre leur propre vacuité. Ou leur propre phobie. »

    Certainement Impat, mais il y a aussi, chez d’autres une méconnaissance totale du « peuple » et, paradoxalement, une idéalisation de celui-ci : il doit être comme ils l’imaginent et non pas tel qu’il est.

  15. Et sauf exceptions il est bien meilleur qu’ils ne l’imaginent !

  16. Guenièvre

    Socrate en redemande toujours, il est trop gras, il va falloir le mettre au régime !

  17. QuadPater

    Je m’en doutais un peu. On ne peut débattre sur un sujet quelconque qu’entre personnes qui s’accordent implicitement et mutuellement le statut « interlocuteur valable ». Cela implique de renoncer aux attaques personnelles et à la diabolisation. Pour moi ne sont pas des interlocuteurs valables ceux et celles qui vous accusent d’entrée de jeu de beaufitude, de faire le lit de la famille Le Pen, à qui votre discours rappelle (au choix) les heures les plus sombres ou radio mille collines, qui vous répondent peu mais parlent beaucoup de vous à la cantonade ou avec des « complices ».
    Ce comportement et leur vigilance vertueuse ne sont que deux indicateurs de leur incapacité à soutenir une opinion – quand ils en ont une.

  18. Quad, votre commentaire, que j’approuve totalement, me fait irrésistiblement penser à ceux et celles qui critiquent l’entre-soi (sur ce site et ailleurs) pour mieux encenser, sur d’autres sites celles et ceux qui écrivent ce qu’eux (ou elles) pensent mais ne savent pas trop bien agencer. Tressant d’ampoulées couronnes aux contradicteurs habituels, ils (elles) ne font que se congratuler eux-mêmes (elles) d’avoir les idées qui sont les leurs. Ces péronnelles (péroneaux) devraient entrer au cirque, ils (elles) écrivent avec leur nombril. Essayez, ce n’est pas donné à tout le monde.

  19. QuadPater

    Test :

    zeqù__beauf__mqé5shQ&!AÜP«  »DV__mon cher__K@\f**17__mille collines__dù00²°*Y

    Oui, en effet.

  20. Guenièvre

    Accompagnant le « beauf » il y a aussi  » le blaireau » que notre président de la République lors de l’une des bonnes blagues dont il a le secret , s’est proposé d’exterminer…
    http://24heuresactu.com/2013/03/14/socialisme-hollande-et-leradication-des-blaireaux-video/

  21. Guenièvre

    H.S :
    Pierre Bergé, a posté sur son compte Twitter un message inquiétant que certains ont associé à un appel au terrorisme et qui en dit surtout long sur la conception de la démocratie de la gauche au pouvoir : « Vous me direz, si une bombe explose sur les Champs à cause de #laManifPourTous c’est pas moi qui vais pleurer« .
    http://24heuresactu.com/2013/03/17/manif-pour-tous-pierre-berge-et-la-bombe-des-champs-elysees/

  22. Nul doute; le camp du Bien, c’est nous.

  23. Ce Pierre Bergé se montre vraiment nul. Nul ne peut douter qu’il voulait plaisanter, mais c’est plutôt lourd.

  24. Guenièvre

    Pas du tout roturier, ne nous faites pas le coup de la similitude entre les deux camps qui  » se renverraient la balle » : on n’est certainement pas dans la camp du Bien si on ne débusque pas les propos racistes dans les paroles anodines, si on ne dénonce pas les fascistes qui diffusent leurs idées nauséabondes et si on émet des doutes sur le bien-fondé du mariage et de l’adoption pour « tous ». Certainement pas.

  25. Alors Rackam, votre collection de beaux-frères, vous l’avez rangée ?

  26. Oui, impact, dans une cabine téléphonique…
    Mais je voulais répondre à Guenièvre et vous m’avez coupé mes effets. (ce qui n’équivaut pas à « tailler un costard »).

  27. rackam

    un « c » inopportun s’est glissé dans mon post précédent, en raison d’un correcteur intempestif , saurez-vous l’identifier?

  28. Mais oui Rackam, et ce « C » entraîne un sérieux impact sur mon moral. Mais, je vous en prie, reprenez vos effets. (ce qui n’équivaut pas à « allez vous rhabiller »)

  29. Fringant, ce soir, impat?

  30. Bien sûr, c’est dimanche, non ?

  31. QuadPater

    C’est quelle marque, le Socrate ?

  32. C’est un Grec. 🙂

  33. QuadPater

    Encore un inverti déviant ? Décidément ! ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés, dirait-on.

  34. Un C en plus et une majuscule en moins.
    Double message subliminal.

  35. roturier

    @ Dame G 17/3 19H07.
    C vous qui avez raison; comme d’hab.
    Je reformule donc:
    Nul doute; le camp du Mal, c’est les Autres.

  36. Guenièvre, votre commentaire du 17 mars 2013 à 18:40 me laisse douloureusement sur ma faim : je n’arrive pas à différencier le blaireau du beauf.
    Qui saurait me renseigner ?

  37. Beauf ou blaireau, ce jour en est encombré : on lit un peu partout des articles et des commentaires qui hurlent contre la taxation des comptes bancaires à Chypre…alors que les mêmes prônaient depuis des mois une dévaluation !
    Entre ces deux mesures il y a une différence aussi ténue qu’entre beauf et blaireau.

  38. impat, vous avez déjà essayé de vous raser avec un beauf?

  39. Guenièvre

    @ Impat,

    Il n’y a peut être pas de notion de racisme dans l’appellation  » blaireau » . En tous cas il partage avec le beauf le fait d’être particulièrement borné !
    @ rackam,
    On est impatient de connaître la réponse..

  40. Rackam,… « vous avez déjà essayé de vous raser avec un beauf? »…
    Chaque fois que j’en ai rencontré un, il se chargeait lui-même de me raser. Donc nous n’y pouvons rien, ça ressemble vraiment à un blaireau.

  41. rackam

    Guenièvre: la réponse à la question que je pose à impat?

  42. Guenièvre

    🙂

  43. rackam

    Guenièvre, la réponse n’a aucun intérêt comme on me l’a justement fait observer, il s’agissait d’animer le fil en quelque sorte. Bref, j’ai quatre beaux-frères et quatre belles soeurs, quatre frères… Donc…. on va voir si Quad avance…

  44. QuadPater

    Moi j’ai 4 enfants et je n’en fais pas tout un plat. 🙂
    … quoique… un jour de grande disette…

    Bref. Vous êtes le beauf de vos 4 beaufs. Vous êtes aussi le beauf de vos 4 bell’s (j’avais deviné, héhé). Ça fait 8, le compte y est.
    Maintenant voyons si les infos que vous nous avez données (3 frères célibataires) sont suffisantes.
    –> D’où viennent vos 4 bell’s ? L’une est la femme de votre frère marié, les 3 autres ne pouvant venir ni de vos frères célibataires de vos sœurs éventuelles viennent forcément de votre épouse, qui a donc 3 sœurs.
    –> Maintenant d’où viennent vos 4 beaufs ? Chacun d’eux est soit un frère de votre épouse soit l’époux d’une de vos éventuelles sœurs. On ne peut rien dire sur le nombre de vos sœurs mariées qui peut être quelconque. Mettons x. Idem pour les frères de votre femme (mariés ou pas), mettons y. On sait seulement que x + y = 4.
    Deux inconnues, une équation, données insuffisantes pour une réponse pertinente me souffle le fantôme de mon prof de math…
    >>> Langocha !

  45. hathorique

    Bonjour à tous
    @ Guenièvre, vous avez été honorée comme il convient par Rackam -:)

    « Il semble que le rire ait besoin d’un écho. Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun » disait Bergson dans son essai sur le rire.
    Après la disparition programmée du vivre ensemble, voilà que se profile, celle du « rire ensemble », on ne rit plus avec mais contre, souvent pour discréditer, déconsidérer et c’est encore mieux lorsque les émissions de télévision se transforment en jeux de cirque, j’en veux pour preuve les imbécilités télévisuelles avec rires télécommandés et applaudissements programmés, il devient alors une arme de destruction massive pour celui qui le subit et d’exercice de l’absolutisme du pouvoir médiatique qui se transforme en rituel d’exclusion sociale comme ce fut le cas récemment pour une actrice de télévision, car même si l’on est pas d’accord, on rit (ollé) par lâcheté , on se moque pour être en conformité avec le groupe par crainte d’en être exclu, car sans lui on n’existe plus : on est néantisé.

    Pour comprendre le rire, il faut le replacer dans son contexte naturel, qu’est la société car il a aussi une fonction sociale comme une soupape permettant d’éviter les embrasements populaires, comme ce fut le cas au moyen âge avec les fêtes des fous qui est attestée de la fin du xiie siècle à la fin du xvie siècle, principalement dans les villes françaises. Elle peut être définie comme une mascarade de Nouvel An, à laquelle les ecclésiastiques participent activement elles permettaient tous les excès et beaucoup de de débordements collectifs, dans l’antiquité avec les bacchanales et les saturnales durant cette courte période, la puissance des maîtres sur leurs esclaves était suspendue ; ils disaient et faisaient ce qui leur plaisait, ils changeaient même de vêtements avec leurs maîtres. les exécutions étaient suspendues, la fête terminée la hiérarchie de l’ordre social reprenait sa place.

    Pour ce qui est du rire dont parle Guenièvre il n’est pas libérateur mais au contraire avilissant car se nourrissant du mépris de l’autre pourtant son semblable, ou alors on rit par peur de se reconnaître dans celui que l’on raille.

    Je ne sais pas dans nos sociétés comment restaurer le rituel cathartique du rire.

     » langocha »

  46. Rire et railler, rire éraillé…
    La police de la pensée veille: quand le gendarme rit, le cathare tique.
    Normal, ces albigeois n’avaient aucun humour.
    À part bûcher, ils ne savaient pas faire grand chose.
    Bien, je repasserai plus tard pour prendre ma volée de bois vert: quad? Patrick? impat? en piste!

  47. Prem !
    … « ces albigeois n’avaient aucun humour »… Z’avez qu’à parler leur langue, avoir la tête moins dure, et enlever vos chapeaux ronds ! Alors sans vous brûler la sainte inquisition vous fera rire.

  48. Le rire serait donc l’accusé de réception d’un message subliminal d’appartenance au groupe?

    « Mettre les rieurs de son côté » relèverait donc d’une tactique politico-électorale?
    Manière de séparer les « nôtres » des « autres » ?
    Donc, effectivement, une technique de cimentation d’une identité « d’esprit » commune (« identique ») et d’exclusion de ceux qui en sont « en dehors » ?

    Je comprends maintenant pourquoi les Bedos père et fils m’inspirent ce vague malaise. Il n’est pas de vrai humour qu’allant à l’encontre du groupe présent.
    Eux, ils le chatouillent dans le sens du poil.

    Et naturellement, le rire est le propre de l’Homme vu que c’est par excellence l’espèce incapable de survivre en individuel.

  49. QuadPater… « quoique… un jour de grande disette »…
    Pitié pour eux ! Épargnez vos enfants, faites un rôti de beauf.

  50. sausage

    Super article.
    En complément, un sketch des Deschiens. Canal + n’a pas été le dernier à s’engouffrer dans la brèche. Tout le monde ne rit pas, moi ça me fait toujours autant marrer.

  51. sausage

    J’ai peut-être une petite idée pour la devinette de rackam, mais ça ne compte pas. J’ai un bottin à proximité.

  52. J’en mangerais bien, un sausage de beauf.

  53. QuadPater

    Oh oui ! accompagné de blé rond et de poireaux* c’est délicieux.

    ———–
    * ou le contraire, je ne sais plus…

  54. Guenièvre

    Bonjour Hathorique !
    Et merci d’avoir rappelé la fonction cathartique du rire, celui qui nous permet de lâcher prise avec la réalité, de décompresser et de prendre un peu de recul sur la vie dans ce qu’elle a de plus sérieux. Au rappel de vos fêtes bouleversant l’ordre social je rajouterai le Carnaval ce moment d’inversion et de transgression qui a aussi pratiquement disparu de nos moeurs sauf dans certaines régions.

    « ou alors on rit par peur de se reconnaître dans celui que l’on raille.  »
    C’est une possibilité à laquelle je n’avais pas pensé …

  55. Guenièvre

    Merci sausage ! ravi de vous relire. Bien sûr les Deschiens sont dans le créneau. Je ne connais pas bien leur répertoire mais j’ai l’impression que c’est un tout petit peu plus subtil. Non ?

  56. sausage

    Subtil, je ne sais pas, mais drôle oui. C’est inégal mais il y a quelques pépites. Et puis ils ont bien chargé les bourges et les aristos avec Palace.
    De toute façon, on ne rit qu’aux dépens des autres.

  57. QuadPater

    Chez les grands singes dont nous sommes les proches cousins, montrer les dents en poussant des cris, loin d’être un signe de joie, est un prélude à l’agression. Le rire humain est issu de ces mimiques et postures, que nous avons édulcorées et castrées au fil des millénaires : il démarre de la même façon qu’un signal agressif simiesque mais on ne va pas au bout. Faire semblant inverse la signification du signal, qui devient « je ne veux pas t’attaquer, je veux jouer ». En fait le rire est très proche de l’agressivité. Quand on entend du bruit et des cris dans la rue on ne sait pas toujours si les gens s’amusent ou s’ils se battent. De même certains fou-rires des bébés ressemblent fortement au début à une crise de colère.
    Dans tout rire il y a une part de cruauté, quelle que soit le déclencheur.
    En réalité c’est le sourire qui est le propre de l’Homme.

  58. Souris donc

    Guenièvre, vous mettez brillamment en évidence le passage du rire au ricanement. Le retournement de perspective où la gauche en vient à s’en prendre aux classes populaires dont elle se prétend le défenseur.
    Avec Guignol, on était automatiquement du côté du plus faible contre l’imbécile qui tient le bâton, qui est du bon côté du manche.
    Avec les beaufs, le plus faible change de statut, il devient celui qui n’a pas les bons codes.
    La petite bourgeoisie intellectuelle qui-pense-à-la-place-des-autres et les ayant-droits à subvention se défoulent en toute bonne conscience. Le beaufisme est un stéréotype racoleur, commode pour chasser en meute et se sentir supérieur à bon compte.
    Moi, ces chasses aux petites gens m’ont toujours mis mal à l’aise. Les Deschiens ne m’ont jamais fait rire ( Yolande Moreau et François Morel géniaux, mais en fromagers, BOF…)
    Ou les Bidochons. Au départ, oui, tant qu’on les voit dépassés par la technologie ou la bureaucratie.Puis la veine de Binet s’épuise à mesure qu’il se moque, non plus des institutions, mais du « beaufisme » des personnages. Leur façon d’être à côté de la plaque, dénués des bons codes.
    Bref : s’en prendre aux classes populaires est indigne, le rire qui conforte est un sinistre ricanement.

  59. Guenièvre

    « s’en prendre aux classes populaires est indigne, le rire qui conforte est un sinistre ricanement. »

    Souris, vous complétez parfaitement ce que j’ai essayé de montrer. J’ai , comme vous, toujours été mal à l’aise avec ce genre de spectacles ou ces B.D.

  60. Lisa

    Je crois que Cabu avait fait un beauf de gauche, avec catogan, aucun succès en librairie….pas contents les intellos lecteurs de BD.

  61. Lisa

    Moi j’en ai beaucoup plus, et je pourrais poser la même colle…
    Sinon notre Finkie parle assez bien de ces ricanements qui ont remplacé le rire.

  62. Lisa

    C’est quoi Radio mille collines ?

  63. QuadPater

    Lisa, c’était une radio de propagande Hutu qui incitait à exterminer les Tutsi au Rwanda, lors du génocide.
    C’est aussi une métaphore très fréquemment utilisée par J. Leroy, le rédacteur en chef culture du site Causeur.

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