Good bye My Lady

Good-bye Lady Maggie

My Lady,

aurais-tu jamais cru qu’on t’appellerait ainsi quand tu balayais les épluchures devant l’étal de l’épicerie paternelle ?

En apparence tu n’avais rien pour percer : ni la naissance, ni la beauté, ni la rouerie. Au contraire, tu étais d’un milieu simple, d’une silhouette ordinaire, d’un tempérament droit.

Le milieu t’a façonnée, la silhouette ne t’a pas obnubilée, la droiture t’a menée aux sommets. Exemple pour plus d’une, gifle pour notre époque.

Margaret tu avais de l’admiration pour ton père. Malheur à ceux qui méprisent leurs parents ! Simple épicier, assidu au prêches du dimanche, puis maire de sa petite ville, il t’a enseigné par l’exemple plus que par de pesants sermons le sens des valeurs qui durent, le poids de la volonté, le bénéfice du travail.

Femme, roturière, sans charme avéré, tu t’es élevée par ta volonté et ta ténacité au premier rang, dans un monde d’hommes bien nés, fortunés sans mérite, adonnés aux beautés et aux avantages que donnent naissance ou hasard, sans révérence pour le labeur.

Dans l’Angleterre des années soixante, adonnée au socialisme comme un junkie aux drogues anesthésiantes, tu as affronté les échecs, les rebuffades, les machismes, les corporatismes et les habitudes, sans jamais te départir des idées simples qui font les grands destins. Tu les as attelées à une puissance de travail qui garantit les résultats attendus.

Que te reproche-t-on, mylady, qui vaille qu’on crache tant sur ton cadavre ? Car les voici les vaincus, les rancuniers, les aveugles et les salauds qui vomissent, au passage de ta dépouille qui ne mérite, comme toute autre mort, que respect et silence !

D’avoir compris qu’un système qui s’essouffle à maintenir en survie des activités moribondes, déficitaires et contagieuses ne peut durer sans entraîner dans sa chute les forces saines, les générations à venir, les vieux pays enchaînés à leur passé ?

D’avoir libéré les talents qui ne demandaient qu’à s’exprimer, alors que les caciques réclamaient l’abondement à de vieilles lunes mortes dont la lueur était passée et les ombres portées factices ?

D’avoir affirmé qu’une terre qui avait choisi le rattachement à la Couronne ne pouvait être cédée à un pays fascisant, pour mieux sauvegarder le quarteron de généraux sanguinolents qui essayaient de se maintenir aux commandes d’un peuple épuisé ?

D’avoir contribué à fissurer par tes « non, non, non » fermes et définitifs, une abomination planétaire vouée au malheur des peuples qui y étaient soumis et aux autres qui n’en voulaient pas ?

D’avoir aimé ton pays, les valeurs reçues de ton père, ton mari qui avait accepté de se faire discret, tes enfants qui, comme tant des nôtres, n’avaient pas donné ce que tu aurais rêvé ?

D’avoir souligné les faiblesses et les renoncements de tes amis mêmes, quand il est d’usage de pardonner aux siens, y compris lorsqu’ils trahissent les idéaux qui vous unissent ?

D’avoir été toujours la même, prévisible et fidèle, intransigeante et pleine d’amour  pour ce qui ne se voit pas mais compte tellement ?

Mylady, tu viens de nous quitter et les chacals dansent sur le passage de ta dépouille. Car ceux qui pleurent et se souviennent font toujours moins de bruit, et dressent de plus éternelles couronnes que ceux qui vocifèrent.

Je me souviens de toi et j’admire ton courage, ton refus des compromissions et des reculades. La prospérité a résulté de ton action, les souffrances nées des amputations nécessaires se sont muées en regain, en renaissance d’un pays apte pour demain quand tant de tes contemporains le voulaient taillé pour hier.

Mylady, c’est l’amour qui définit ta vie et ton œuvre. Amour de ton père et de son exemple, amour de ton travail et de ton pays, amour de la fonction qui t’avait été confiée, amour de ton mari et de tes enfants. Ce que nous avons accompli par amour n’est jamais perdu. Qu’importe ce que disent les historiens étroits, les journalistes psittacisants, les adversaires qui ne t’ont pas combattue, absents des champs de bataille pour être aux journaux du soir.

Tu as fait ton devoir, avec passion et panache. Les siècles dépassionnés te rendront hommage. Comme je te le rends ce soir, triste que tu nous aies quittés après cette horrible maladie qui t’a isolée, heureux de t’avoir connue, suivie, admirée, reconnaissant de ce que tu as fait pour que vive le monde libre, l’entreprise libre, la femme et l’homme libres.

Que ton Créateur t’accueille, mylady Margaret, Lui qui aime ceux qui aiment et vomit les tièdes.

29 Commentaires

  1. desavy

    J’aime bien cet hommage, même si j’aime moins la dernière partie de la dernière phrase.

    La droite française a eu Sarko,, la droite anglaise Margaret Thatcher, cherchez l’erreur 🙂

  2. Désolé, desavy, la phrase est tirée de l’Apocalypse, chapitre 3 verset 16…
    Toute plainte doit être adressée à l’auteur.

  3. Je partage la désapprobation de Desavy pour la dernière phrase. Nul besoin et contre-productif d’invoquer « Lui » dans ce qui n’est finalement qu’une harangue politico-idéologique, quelque soit mon avis sur sa teneur.

    Et si « Lui » existe, rien ne permet l’anthropomorphisme; le ramener à notre échelle insignifiante prétendant qu’Il « vomit ». Non que ça soit surprenant de la part de ceux qui voudraient « Le » départager en trois.

    Encore et toujours Voltaire: « je crains le ciel et me méfie de ceux qui prétendent parler en son nom ».
    En vérité je vous le dis: Il na pas dit « méfie », J’utilise ce terme par charité non-chrétienne.

    Sinon, un détail: ce n’est jamais « mylady ». C’est soit en deux mots « my lady »; soit en un: « Milady ».

    Sinon j’apprécie avoir qualifié La Dame de « roturière »; Merci.

    Sinon RAS.

  4. La France en effet a eu sa Thatcher avec Sarkozy. Il a fait le même travail, mais adapté au peuple de France moins porté sur l’efficacité pratique, davantage sur la défense des grandes idées même s’il les sait nocives, moins mature politiquement. La présidence Sarko fut moins dure, plus ouverte, plus française. Il est allé dans le même sens que Thatcher, trop timidement sans doute et surtout hélas moins longtemps : il n’a pu faire en 5 ans ce que Maggie a superbement réussi en 11 ans. Et les successeurs de Thatcher ont su ne pas détruire ce qu’elle avait construit.

  5. desavy

    Certes, mais ne l’avez-pas choisie ?

  6. desavy

    Seulement la dernière partie de la dernière phrase.

  7. Je me souviens…
    À la fin des années 70 nous habitions en Normandie, face aux côtes anglaises. Au fil des ans, les nombreux Anglais que nous avions l’habitude de croiser l’été, sur la digue, de faisaient de plus en plus rares. Un ami de la banlieue londonienne nous expliquait en 1978 que d’une part les moyens de voyager « sur le continent » manquaient maintenant à beaucoup de ses compatriotes, d’autre part que ces derniers rasaient les murs et évitaient de se montrer, craignant les quolibets qu’on leur servait sur la déliquescence politique et économique de la Grande Bretagne semblant plongée dans un inéluctable déclin depuis les « règnes » désastreux de Harold Wilson puis James Callaghan et leurs dévaluations.. À l’inverse, la France grâce à De Gaulle avait retrouvé son rang.
    En mai 1979 arriva Margaret Thatcher.
    Dès le début des années 80 , nous vîmes le flux des promeneurs britanniques reprendre son rythme sur notre digue…

  8. Nous sommes d’accord.

  9. Merci Rackam, vraiment, du fond du coeur. Quant aux tièdes c’est une longue histoire pour ceux que cela intéresse : http://www.caef.net/servir/sel_1995/1995_02_06_lettrealaodicee.htm
    J’ai aussi une version pdf de ce texte, écrivez-moi si vous en voulez un exemplaire.

  10. Florence

    Bel hommage Rackam
    j’ai beaucoup d’admiration pour cette femme énergique,intelligente, courageuse, droite, sachant où elle allait.
    Une grande dame
    Comparer Sarkozy avec Thatcher est très osé. Si Sarkozy est énergique, intelligent et non totalement dénué de courage, il lui manquait la droiture et les convictions fortes.
    Si on ne sait pas où on va, si on en n’est pas totalement convaincu, toutes les autres qualités deviennent j’allais dire inutiles. Pas complètement inutiles quand on voit Hollande qui en est dépourvu …

    Pour savoir où l’on va, pour être convaincu d’y aller, il faut avoir le sens de l’Etat. On ne fait pas ça pour soi, pour sa réélection, on fait ça pour son pays, pour le bien de son pays. Il n’y a que ça qui donne la droiture, la force de ne pas dévier. C’est bien ça qui a manqué à Sarkozy. On en a eu tout de suite la preuve avec l' »ouverture ». Dommage pour nous

  11. Pourquoi conspuer Sarkozy en passant ? Il y a un temps pour tout…

  12. roturier

    Bientôt Boris Johnson.
    Rule Britannia; God save the Queen. On est encore loin d’avoir payé la dette.

  13. Florence

    Tibor
    Où voyez-vous que l’on conspue Sarkozy ?
    On a le droit de vouloir une Thatcher pour la France et ceux qui on espéré que Sarkozy le soit ont été déçus et disent clairement pourquoi. De toutes les manières, si on n’analyse pas les choses au fond, on n’ira jamais bien loin.

  14. Sur le précédent fil Guenièvre voulait que je traite Maggie à la bouillie bordelaise, comme ses rosiers et sa glycine. Elle aimait bien les tailleurs bleu ciel, mais je n’aurais quand même pas osé. Elle eut été capable, depuis son caveau, de me renvoyer la bombe à la figure.

  15. Guenièvre

    Vous pensez bien que dans le milieu prof on la jugeait très sévèrement Maggie. Mais je me souviens que nous avions eu un assistant d’anglais qui s’appelait Charles et qui nous en avait dit le plus grand bien. Comme il était véritablement charmant certaines d’entre nous s’étaient posées quelques questions 🙂 !
    Quoi qu’il en soit votre texte est très beau rackam !

  16. … « dans le milieu prof on la jugeait très sévèrement Maggie »…
    Oh vraiment ? 🙂

  17. Florence

    Regardez cette vidéo, Cette dame nous donne la pêche, ça change des tout mous !

  18. Comme on s’amusait aux Communes ! Un vrai plaisir…Et Madame Thatcher n’était pas la dernière à rire!

  19. Autre chose, après avoir regardé cette video de Florence, on voit qu’en GB aussi, chez les travaillistes, fait florès cette stupidité de préférer réduire les écarts, plutôt qu’enrichir tout le monde. C’est consolant, la Manche ne fait pas obstacle à la bêtise.

  20. Lisa

    Quelle femme ! et les socialistes ont l’air partout pareil…

  21. La mort de Madame Thatcher déchaîne, re-déchaîne, les passions dans la presse britannique. Pour et contre. Passions plus fortes, semble-t-il, que tout ce qu’aucun premier ministre ou président ait jamais déclenché en France.

  22. Euh… Passions?
    De Gaulle en a bien déclenché; en deux époques différentes.
    Mais c’était une autre stature.

  23. Non, quand De Gaulle est mort il n’a pas soulevé les passions. Seulement beaucoup de regret, beaucoup d’admiration, et de la part de quelques uns un peu de haine.

  24. plantigrade69

    Thatcher a trempé ses mains dans la boue pour établir des fondations plus solides alors que les anciens bâtiments s’effondraient. Les humains ont toujours méprisé ceux qui se tapaient le boulot ingrat. Les décorateurs, les champions de l’apparence ont toujours emporté l’adhésion. Pourtant, comme le disait Dard pour d’autres raisons, un bon coup de Ripolin n’a jamais empêché un vieux mur de s’écrouler.
    Las, il ne sert de rien de le constater, l’homme reste le même.

  25. Oui, malgré les prisonniers irlandais morts de faim, mais qu’avaient-il fait ou fait faire auparavant?
    Malgré les morts du « Général Belgrano » et les autres, mais fallait-il laisser les Malouines (Falkland) aux mains des fascistes argentins?
    Malgré les chômeurs des mines et d’autres activités artificiellement maintenues en vie, mais fallait-il hypothéquer l’espérance de survie de tout un peuple pour préserver un musée, un mouroir économique, un symbole gangrené?
    Malgré d’autres souffrances et choix douloureux, mais fallait-il pour autant ne rien faire comme tes prédécesseurs congédiés de ce fait?
    Malgré la gestion des conséquences de tes choix qui en a amené beaucoup à exagérer, à tricher, à virtualiser l’économie, mais fallait-il reproduire les modèles anciens qui n’avaient pas fait leurs preuves?
    Malgré les protestataires qui vont souiller tes obsèques…
    Maggie, tu fus courageuse, visionnaire, utile et prophylactique.
    S’il n’y a pas de rue à ton nom dans Paris, je ne pleurerai pas.
    S’il y a, un jour, une rue Bobby Sands à Paris, tout catholique que je sois, j’irai cracher sur sa plaque.
    Les morts qu’il a sur la conscience, tout poète qu’il soit devenu, je ne les oublie pas.
    Même s’il y avait, mais comme j’en doute! une rue Robert Brasillach, un jour…
    La balance des injustices ne fait pas une justice.

  26. plantigrade69

    Tout à fait d’accord avec ce dernier message de Rackam et je retiendrai sa magnifique phrase conclusive.

  27. Merci.
    Content de vous lire ursidé rhodanien.

  28. Souris donc

    Nounours exagère avec le ripolin qui n’a jamais empêché un vieux mur de s’écrouler, il me semble bien, sauf erreur, qu’il y avait des étais : la tutelle du FMI comme la Grèce maintenant.
    Et merci Rackam, pour le bel hommage à Maggie qui n’avait peur de rien ni de personne, et ne se sentait pas obligée de flatter chaque composante de l’électorat et chaque lobby. Le sens du bien collectif, c’est elle qui l’avait, contrairement à nos nouilles qui s’en réclament et dont on découvre, jour après jour, à quel point ils s’en tapent, du bien collectif.

  29. rackam

    Souris,
    ses successeurs ont bénéficié du ménage qu’elle a su faire. Mais elle défendait le « enrichissez-vous » quand eux se sont adonné au « enrichissons-nous ».

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