Tous inégaux

 

 L’univers comporte quelques caractéristiques étonnantes.

Un circuit d’eau ne fonctionne que s’il existe une différence de niveau ou de pression entre deux zones. Un circuit électrique ne fonctionne que si on peut mesurer une différence de tension, des « volts », entre deux points. Et l’intensité du circuit est d’autant plus grande que cette différence de tension est grande.

Il faut s’y faire. La « différence » est source de vie, elle est la vie, elle est l’énergie.

Vouloir l’uniformisation, le plat, le tous pareils, c’est vouloir l’immobilisme. Si tout est identique, aucune force ne se déclenche pour que « ça bouge ».

Alors on peut toujours imaginer que les revenus financiers des citoyens deviennent identiques. Dans cette construction abstraite tout le monde se retrouve avec les mêmes moyens concrets d’existence. Et comme à ce jour la production de richesse est une grandeur certes variable mais non infinie, comme tout le monde ne peut être riche, pour être tous au même niveau il faut que tout le monde soit pauvre. Et c’est, au fond, cela qui est souhaité par quelques rêveurs trop cartésiens. Il leur apparaît logique que la même richesse bénéficie à tous, et cette logique les conduit à vouloir sciemment, ou inconsciemment, appauvrir tout le monde.

Néanmoins d’autres « penseurs », certainement moins logiques mais plus pratiques, s’emploient plutôt à rechercher comment enrichir tout le monde quitte à enrichir certains plus que d’autres. Mais comment ?

Si la répartition très inégale des richesses  consistait à voir les « riches »  s’enrichir au détriment des « pauvres » il faudrait y voir une injustice profonde et la nécessité d’y remédier. Mais c’est le contraire qui se produit. L’enrichissement de quelques uns conduit à l’enrichissement d’un plus grand nombre. Ce que certains appellent sottement la théorie du ruissellement n’est ni une théorie ni un ruissellement : c’est un constat et une cascade. En effet que se passe-t-il quand une personne devient fortunée, que ce soit par son travail ou par héritage ? Si l’on excepte quelques sordides grippe-sous qui collectionnent les billets ou les lingots dans une lessiveuse, lorsqu’une personne, ou une famille, dispose d’un excès d’argent elle ne peut en faire que deux choses : consommer ou investir. Ou les deux.

Or dans les deux cas cette opération constitue un transfert de richesse, soit directement par la consommation, soit indirectement par l’investissement. Parallèlement ce transfert entraîne de l’activité rémunérée, donc de l’emploi.

Qu’on ne se méprenne pas. Ce transfert ne s’apparente en rien, de près ou de loin, à un acte généreux de la part du décideur de ce débours. Il le fait, le plus souvent, pour le simple et unique motif de rentabiliser son argent. Si, par ailleurs, il a une âme de généreux mécène et distribue quelque don, eh bien tant mieux pour les bénéficiaires du don mais cet acte est marginal en regard de la cascade d’enrichissement déclenchée par l’activité de rentabilisation de l’argent dépensé. Cette dernière opération est un acte insensible, dénué de tout sens moral, mais dont l’effet cumulé est incommensurablement plus conséquent que celui des actes généreux évidemment plus rares.

C’est par ce biais naturel que la richesse des riches entraîne la décrue de la pauvreté des pauvres. La sagesse populaire le dit depuis longtemps, partout et toujours, à l’instar du proverbe chinois : « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent de faim » tandis qu’à l’autre extrémité du spectre sociétal, le président Abraham Lincoln ne disait pas autre chose : « Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche ».

La conséquence majeure de cet état de choses, il faut la mettre en pleine lumière et la répéter inlassablement : un pays qui diminue le nombre et la richesse des riches, inéluctablement, appauvrit les pauvres et augmente leur nombre.

Mais quel pays aurait l’idée d’inciter ses riches à devenir moins riches, voire à les faire partir ? On vous le demande…

On pourrait rétorquer que ce rôle indispensable de consommateur et d’investisseur, au lieu d’être laissé aux riches, devrait être confié à l’État. C’est tout à fait imaginable. Ce fut même imaginé, et pratiqué pendant 70 ans en Russie. Pourquoi cela n’a-t-il pas marché ? Passons sur les conséquences liberticides et limitons-nous aux conséquences économiques. Ces dernières tiennent en une phrase : un État ne sait pas créer et investir dans les petites unités, les PME. Un État sait consommer, il sait emprunter ( !), il sait parfois décider de très gros investissements à l’échelle nationale. Mais ce sont les PME qui créent l’emploi et la richesse, et aucun État n’a jamais su les créer et les faire vivre. Les PME, c’est une affaire de liberté économique, de créateurs imaginatifs, de goût du risque calculé. Une affaire d’entrepreneurs. C’est un fait d’expérience : l’État, avec ses politiques et ses administrations, n’est pas apte à exercer en ce domaine. Ce n’est pas un hasard si la France, où l’État est roi dans les esprits et dans les faits, manque de petites entreprises et ne manque pas de chômeurs…

Le mal de ce pays, du moins l’une de ses sources, c’est qu’il manque de riches. Alors  l’inégalité est peut-être, selon certains, un mal,  mais un mal nécessaire. D’ailleurs on prône la diversité, et on veut que  tous soient au même niveau ? Est-ce vraiment un mal que d’accepter la diversité du monde ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

34 Commentaires

  1. Belem

    M. Impat, puiqu’ici vous vous nommez ainsi.
    Je vous lis toujours et suis rarement en accord avec vous. En fait, je suis aussi rarement en accord qu’en désaccord. J’ai toujours le sentiment qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans votre discours, avec la certitude que vous parlez du simple bon sens.
    j’interviens assez peu ici pour prétendre ou supposer être compris en quelques phrases. ceci même si beaucoup me connaissent plus ou moins; d’autres avartars.
    Ceci posé, je me permets un coimmentaire qui vaut ce qu’il vaut.
    L’intervention du pouvoir suprême pour la marche d’une collectivité ne peut s’analyser la simple vision de l’URSS. Revoyez « Misson » de Joffé. Vous pourrez me répondre qu’il s’agit de petites communautés. Je vous répondrai, certes. Mais n’est-ce pas justementun sujet de réflexion, un des axes maujeurs que nous devrions gardeer en tête ?
    Après tout, le bonheur de l’humanité n’est-il pas notre cause commune, notre combat, e sujet de notre réflexion attentive ?
    Continuez à parler le vrai, M. Impat; mais ne négligez rien dans votre recherche.
    Je ne sais pas,faire; je ne veux pas, que l’avenirde l’humanité ne trouve son équilibre qu’en l’iinstant « t » d’un mouvement de balancier; lequel ressemble à une chanson de Claude François, ça s’en va et reviernt…
    J’aime tellement et suis tellement persurdé que la est l »équation universelle.
    Tiens, je vais vous dire, en lisant le titre je pensais que Dame Guenièvre nous parlarait de Mme Taubira.
    J’en rajoute, Taubira et ses vers de mirliton…

  2. kravi

    Ah mais pardon ! En Union soviétique, ça a parfaitement réussi : la nomenklatura, s’est notablement enrichie, sans parler de tous les avantages non pécuniaires.
    Évidemment, l’immense majorité n’en a pas profité et le système a fini — 70 ans quand même ! — par exploser.
    Cette leçon n’a pas été tirée par tous : il reste encore de gens à l’extrême gauche. Étonnant, non ?

  3. Souris donc

    Bravo Kravi ! L’enrichissement de la nomenklatura. Et les sovkhozes qui avaient un rendement tellement minable qu’il a fallu reprivatiser des lopins, alors que les derniers petits propriétaires, les koulaks, avaient été durement persécutés. Si l’on voulait ravitailler les villes. La honte : l’utopie socialiste censée répondre à tous les besoins de l’homme qui affame la population. Comme les Kim-Jong-Eux, sous nos yeux.

    Il reste des gens à l’extrême gauche, parce qu’ils vont vous tenir un raisonnement tortueux selon lequel les crimes contre l’humanité du communisme prouvent que ce n’est pas le VRAI socialisme, mais une dérive qu’ils ne sauraient approuver. Un détail de l’histoire.

  4. kravi

    Le vrai socialismeauquel vous vous référez est vivant, se porte bien et fait ses petites affaires avec l’Iran, vraie théocratie. Les deux ont des points communs, comme l’écrasement des peuples au nom d’une idéologie mortifère bien qu’antinomique.

  5. J’apprends, d’après la photo qui illustre cet article limpide, que Gérard Larcher a eu une liaison avec Zahia. On ne prête qu’aux riches!

  6. Mouai mouai mouai, Impat.

    Quid du problème français, connu depuis longtemps mais mis en lumière pas l’opération hollandaise actuelle dite « transparence » ?

    A savoir l’épargne (très importante) des Français qui se concentre sur la pierre et les placements pépère et qui de ce fait ne participe pas à l’économie vivante (commerce et industrie) ?

    Les ministres s’étant livré à ce strip-tease récent en sont un exemple classique : aucun investissement de tout ce petit monde dans une quelconque entreprise ; ils ne possèdent pas de portefeuille d’actions, sont absents de la bourse, nullement propriétaires de parts de sociétés ; non plus d’entreprises « proches » (dirigées par une connaissance, PME familiales etc connait pas).

    Mise à part l’aliénation du monde politique de l’entreprise (la droite n’est pas bcp mieux), qui est une des tares fondamentale de la France (la paresse m’empêche d’approfondir), ça démontre que les riches peuvent très bien cumuler (épargner…) sans que cela rapporte forcément aux autres.

    Avec pour corollaire la facilité des « possédants » d’investir, légalement ou pas, hors de France. Auquel cas, rien à espérer pour les autres.

    Le mécanisme que vous citez « la richesse des riches entraîne la décrue de la pauvreté des pauvres « est, en France, largement inopérant.

    Par ailleurs et partiellement hors sujet :

    L’incapacité de l’Etat à créer des richesses, que vous pointez justement, est due à l’absence de motivation personnelle à l’effort sauf bien rémunéré.
    Un fonctionnaire ne se tuerait pas à la tache pour un salaire médiocre et qui n’évoluerait point en fonction de ses mérites.
    Le système collectiviste (étatisé) ne prend pas en compte la nature humaine et par conséquence est condamné à l’échec.

  7. « Un circuit électrique ne fonctionne que si on peut mesurer une différence de tension, des « volts » »
    En réalité, une différence de potentiel…
    Et s’il touche il peut envoyer le pote en ciel !

  8. Blague d’électricien, Patrick.
    Un métier où on n’est jamais au courant et toujours à la masse.

  9. Pas branché, alors !

  10. QuadPater

    En effet un arc électrique se produit entre deux électrodes dont le potentiel est différent.
    Mais pourquoi ?
    … parce que dès que la Nature repère une différence, hop ! elle la résout comme elle peut. Étincelle, courant d’air, chute d’eau, tous les moyens sont bons pour faire chuter une tension.
    Mais pourquoi ?
    … parce que la Nature a horreur des différences. La Nature aime l’uniformité, la tiédeur, le potentiel moyen-moins partout. La Nature est communiste.

    Moralité : une économie libérale au départ tend à évoluer spontanément vers le communisme si personne n’intervient pour créer artificiellement des différences.

    Or les libéraux prônent la non-intervention…

  11. Florence

    Tiens, une blague !
    Quelle est la différence entre Hollande et un électricien ?
    Aucune : Il n’est jamais au courant et toujours à la masse.

  12. Florence, ce n’est pas gentil pour les électriciens !
    😉

  13. kravi

    C’est la pulsion de mort que vous décrivez, Quad. Au reste, il me semble avoir repéré quelque part (mais où ? sans doute à propos du MPT) sous votre plume la notion de parents internes.
    Je reconnais bien là votre appétence pour les notions psychanalytiques.
    😉

  14. QuadPater

    Tout tend à se mélanger, à s’uniformiser. Appelez cela la pulsion de mort, je préfère dire que c’est l’entropie qui augmente avec le temps.

    Parents internes, moi, j’ai dit ça, moi ? non… c’est pas dans mon dico.

    En revanche j’ai causé naguère d’images parentales, ce qui est peut-être équivalent.
    Ainsi je fais appel à des notions élémentaires de psychanalyse sans m’en rendre compte. C’est vous dire si ça me tirlipotte, l’adoption homo.

  15. roturier

    Avec cette propension au plagiat vous pourriez faire Grande Rabine.

  16. Florence

    Roturier,
    non je ne démissionnerai pas , les yeux dans les yeux

  17. De l’entropie un peu réchauffée si je puis dire ! Avez-vous entendu parler des systèmes dissipatifs Quad ? Savez-vous qu’il existe une chose merveilleuse qui s’appelle la vie ? Les histoires de chaudières qui se refroidissent c’est le XIXe, de l’eau a coulé sous les ponts, Prigogine a reçu un prix Nobel depuis.

  18. Roturier, il y a bien sûr des riches qui cachent leurs pièces en or sous un matelas (ou leurs billets, je ne sais plus), mais sans riches, sans hommes voulant le devenir tout le monde s’appauvrit.

  19. QuadPater

    Tibor, les mécanismes de la vie ne contreviennent aucunement aux lois de la physique ! L’organisme consomme de l’énergie externe – juste ce qu’il faut – pour rester cohérent (en ordre). Si l’énergie vient à manquer, il devient… du bazar désordonné. Si en revanche l’apport d’énergie est trop important pour qu’il puisse l’utiliser à bon escient (gâteaux à la crème 4 fois par jour pendent 30 ans ou 2 doigts dans la prise un soir d’ivresse), ça se passe mal aussi.

    Ce que je voulais rappeler tout à l’heure c’est que le courant circule à l’instant T s’il y a une différence de potentiel, mais si on veut qu’il continue à circuler à T+1 il faut intervenir pour maintenir la différence de potentiel.
    Intervenir.
    Ni l’organisme, ni la lampe torche, ni les mécanismes économiques ne sont un mouvement perpétuel…

  20. Souris donc

    La nature est communiste ? Et la loi de la jungle ? De la prédation ? A la fin, quand les loups ont mangé tous les agneaux, ils se mangent entre eux et reste le plus fort. La caulerpe colonise les fonds marins au détriment des endémiques (autochtones). Demandez aux écolos ce qu’est l’équilibre d’un biotope. Et si moi je file la métaphore, je deviens logiquement islamophobe. C’est la nature.

  21. Prigogine est un prix de Nobel de chimie, je vous rappelle, il devait être un peu au courant des lois de la physique. Ce qui caractérise les systèmes dissipatifs c’est justement de consommer de l’énergie et par rapport à ce que vous disiez on ne peut pas dire que la nature a horreur des différences, bien au contraire puisque les systèmes dissipatifs comme les systèmes vivants créent de la différence à foison, luttent contre l’entropie…

  22. Mais vous avez finalement raison Quad, hélas pour vos croyances athées, il y a bien quelqu’un qui intervient.

  23. Vous êtes devenue rare ici et ce qui est rare…

  24. Guenièvre

    @ Tibor,

    Hors sujet – Quoi que….Vous nous aviez fait ici une promesse : un texte sur la dispute entre Einstein et Niels Bohr ! 🙂

    Le « principe de complémentarité » élaboré par Niels Bohr est intéressant …en rapport avec cette maxime populaire de la « complémentarité des contraires » peu exploitée dans notre civilisation occidentale..
    Et si l’équilibre n’était pas statique mais une oscillation permanente et modérée comme une respiration ?

  25. QuadPater

    … Escher !

  26. Dès qu’IKEA me laissera en paix !

  27. Hé oui, Guenièvre, je suis d’accord la vie est une vibration, la physique des particules le confirme.

  28. Sans parler, Tibor, de la chimie des parties faces!

  29. Je ne connais rien à cette physique particulière Rackam. Je crois que c’est Clémenceau qui disait de Lyautey :  » c’est un homme courageux, il a des couilles au cul : dommage que ce ne soit pas souvent les siennes ! »

  30. Bêlem, je lis votre commentaire, le 1er du fil, et il m.intrigue. Vous écrivez que vous êtes souvent en accord avec Impat, et souvent en desaccord. Pouvez-vous préciser, accord sur quels thèmes, désaccords sur quoi? Cela pour me permettre d’avancer en raison, ou au moins en raisonnement. Merci.

  31. Lisa

    Première foi que je rien grâce à Hollande !

  32. Sans les riches où va le monde mon bon monsieur, où va le monde ? D’ailleurs on voit bien que plus il y a de riches depuis des années, moins il y a de pauvres

  33. Impat,
    belem n’explique jamais ses posts. Lui-même ne les comprend plus, une fois publiés. C’est le mètre-étalon du jaillissement instantané, de la fureur rieuse, du vrac plein de vide et de pépites. Mais il ne sait discerner ce qui tenait de l’un ou des autres… C’est pour cette raison qu’il faut le lire, comme un rébus. Mais chercher à s’améliorer une fois lu… comment dire… c’est ardu. Le médecin non plus ne peut relire son ordonnance.

  34. … « Le médecin non plus ne peut relire son ordonnance. »…
    Le patient encore moins. Et le pharmacien…hésite.

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