A Alain, Marc, Pierre, Claire et les autres

 

Que de bons et beaux moments nous avons passés ensemble ! Au travail et dans les  fêtes, celles que nous improvisions très souvent ensemble chez l’un d’entre nous. Notre amitié est née au détour d’une conversation à propos de nos élèves, au hasard d’un échange sur les films ou la musique que nous aimions ou plus généralement à l’occasion  de nos inquiétudes ou de nos espoirs concernant ce métier d’enseignant que nous aimions tous. Quand ai-je su que vous étiez  » homosexuels » ? Je n’en ai pas le moindre souvenir sauf pour toi Claire qui, après quelques délires et fous rires partagés à propos des « beaux mecs » qui te faisaient craquer, est venue un jour m’avouer « que tu étais amoureuse d’une femme » ! J’avais bien vu, Alain , que ta vie sentimentale était compliquée : nous avions connu « ta copine » puis  « ton copain ». Finalement après quelques années  c’est « ton copain » qui est resté partager ta vie et qui s’est joint à notre groupe.. . Je soupçonnais aussi que la tienne Marc était très chaotique  : dans les thés dansants que nous fréquentions – c’est toi qui m’a appris à danser le tango- tu invitais parfois un  » minet » qui avait l’air de s’ennuyer mortellement pendant que nous évoluions sur la piste…Mais cela n’avait strictement aucune importance et je n’aurais jamais eu l’idée de vous classer dans une « catégorie » à cause de vos amours.  Vous- mêmes n’approuviez pas des manifestations comme la Gay Pride  qui, selon vous, véhiculaient  et accentuaient les clichés  . Vous étiez bien trop pudiques pour afficher ainsi votre intimité mais surtout vous considériez que cet événement était la quintessence du communautarisme tout comme l’était la notion de « culture gay et lesbienne ». Votre « communauté » si vous en aviez une, c’était la nôtre, faite de gens de générations différentes aux goûts différents. L’amitié, la complicité n’avaient que faire de savoir qui chacun mettait dans son lit. A l’occasion, on pouvait blaguer sur la chose ou en faire un sujet de connivence. En 2007 devant je ne sais quelle ineptie de Ségolène Royal, j’ai eu cette réflexion idiote  que les néo-féministes s’empresseront d’analyser comme une acceptation inconsciente des préjugés machistes :

« Décidément quand les femmes se mettent à être bête elles sont encore pires que les hommes ! ». Tu m’as fait un grand clin d’œil, Pierre, et tu m’as répliqué :  » Ah! j’aime te l’entendre dire ! » et nous avons éclaté de rire…

Nous avons été séparés . Séparés par la vie : vous avez arrêté de travailler ou vous avez changé de région. On se fait signe parfois et l’on se retrouve de temps à autre, trop rarement, mais toujours avec le même plaisir. La deuxième séparation, la plus inattendue, même si nous en parlons peu parce que cette histoire de mariage vous agace, celle qui s’est faite à notre insu, c’est celle qui s’est développée insidieusement depuis une trentaine d’années et qui a préparé les esprits à un changement de la représentation que nous avions du monde. Moi qui n’avais jamais songé à vous autrement qu’au travers de la différence homme- femme je m’aperçois que certains pensent d’une autre manière et me font sentir impérieusement que je suis dans l’erreur. J’étais une femme comme toi Claire et nous parlions de nos maux communs en cachette de la gent masculine. Pour moi, Alain, Pierre et Marc vous étiez des hommes. Vos inclinations, vos désirs , votre « orientation sexuelle »  comme on dit aujourd’hui, n’y changeaient rien. C’était une affaire secondaire, une particularité à laquelle nous faisions rarement allusion même s’il vous arrivait d’en plaisanter avec le plus grand naturel. L’humour était toujours de la partie et nos relations étaient simples alors !

J’avais tout faux ! En fait, la différence, je le découvre avec stupéfaction aujourd’hui, elle est entre vous et moi :  vous êtes tous homosexuels  et je suis hétérosexuelle. Homme et femme sont interchangeables mais  c’est l’objet du désir de chacun, selon qu’il s’adresse à l’autre ou au même qui constitue le clivage et les demandes d’égalité qui en découlent.  Et ce n’est pas tout ! Le nouveau groupe que vous constituez tous s’oppose irréductiblement au mien. En tant qu’hétérosexuelle j’ai toujours exercé sur vous une dictature, je me suis déclarée comme étant « la normalité » et je vous ai rejetés dans l’ombre de la minorité, minorité opprimée, forcément opprimée. Je vous ai privés de « droits » que je me suis réservée à moi seule et je suis sommée aujourd’hui de vous les accorder. Sinon ce serait la preuve de mon hostilité voire de ma haine à votre égard. Entendez-vous !  On me dit que je vous hais, une haine qui s’ignore, la pire de toutes, parce que j’ai des doutes sur un « droit au mariage » et un « droit à l’enfant » que vous n’avez jamais réclamés!

Les plus âgés d’entre vous avaient connu , dans les années 70, les débuts difficiles d’une acceptation sociale. Cette demande de reconnaissance, légitime, s’est transformée aujourd’hui, sous l’emprise d’un groupe minoritaire qui parle en votre nom, en accusation violente contre la société, vindicative contre ceux qui osent contester le bien-fondé de cette demande qu’ils affirment « égalitaire ». La situation actuelle, de nouveau, vous enferme et vous particularise alors que vous n’avez toujours demandé que le droit à l’indifférence.

 

 

59 Commentaires

  1. roturier

    Excellente, la dernière phrase. J’ignore si elle est d’origine, mais quelle importance.
    La minorité a certes le droit à la différence; mais aussi, et surtout, à l’indifférence.
    Riche de potentialités à développer.

  2. Hors sujet (mais pas trop…):
    On dirait qu’il existe des thème plutôt féminins et plutôt masculins dans les débats sur ce site…..
    Nul doute que les intérêts se focalisent sur des choses différentes (au minimum sur des aspects différents des mêmes choses?…); idem pour la manière de s’exprimer.
    Et vlan pour le « genre ».

  3. En mal selon beaucoup, en bien selon d’autres, nous assistons à l’œuvre d’un État ouvertement destructeur de civilisation. L’État, qui se veut et était souvent protecteur, devient destructeur. Y aurait-il du bon à limiter son rôle ?

  4. Guenièvre

    @ roturier, vous allez vous faire écharper – j’ai dit écharper – par les féministes du dit « genre » cher ami ! Elles vous diront que tout cela est une construction sociale, que l’on oriente les petites filles et les petits garçons, que l’on façonne leurs goûts pour renforcer la société patriarcale et la domination des hommes !
    Et quand bien même la société façonnerait les goûts ( je pense que c’est vrai dans une certaine mesure seulement ) il y a, dans ce jeu des différences et des complémentarités tout le sel de la vie. L’essentiel est de reconnaître l’égale dignité des femmes et des hommes et de ne pas rejeter ceux qui ne sont pas dans le moule. Cette obsession de la similitude et de l’égalitarisme tue les rêves et le désir…

  5. Guenièvre

    Dans les thèmes masculins, voyez le poste suivant d’Impat, vous avez l’intervention de l’Etat qui revient régulièrement 🙂 !

  6. C’est les écolos qui devraient militer pour le maintien des différences.
    TOUTES les différences.
    Il y va de biodiversité, condition sine qua non de survie.

    Gommer les différences menace, au moins la civilisation qui en aurait l’initiative suicidaire; sinon l’espèce.

    Nous touchons là aux limites du sacro-saint principe d’égalité.
    La liberté ayant déjà été fortement relativisée (vu que celle des uns s’arrête là où commence celle des autres), il ne reste que la fraternité.

    Mais alors, on dirait une religion…

  7. Guenièvre,… « voyez le poste suivant d’Impat, vous avez l’intervention de l’Etat qui revient régulièrement »…
    Ce n’est pas bon genre ? re 🙂

  8. … « Entendez-vous ! On me dit que je vous hais… »…
    Belle colère, saine colère. Inventer la haine chez l’adversaire est un procédé dialectique fort utilisé, et plus souvent (je ne sais pourquoi) à gauche qu’à droite.
    Il est bien vrai que transformer l’adversaire en personnage haineux le rend plus facile à attaquer. Le procédé est peu honnête mais très efficace.

  9. Guenièvre

    Oui, Impat, c’est un procédé très efficace mais au delà de mon vécu et des anecdotes j’ai voulu tenter d’expliquer comment nous avons changé de perspective en un peu plus de 25 ans. Jamais on n’aurait, même dans les années 80 , imaginé un « mariage  » entre deux personnes du même sexe. L’humanité se divisait alors en hommes et femmes. Aujourd’hui, on essaie d’y substituer, avec assez d’efficacité, deux autres catégories : les homos et les hétéros. Et puis on tente de faire croire que l’hétérosexualité serait une  » norme « que les hétéros imposent aux homos. Je pense qu’il ne faut pas se laisser enfermer dans cet argument là – comme je l’ai fait d’ailleurs au début des débats – car si c’est une norme, toute norme peut être changée pour une autre norme. L’hétérosexualité n’est pas une norme c’est une réalité , un principe biologique qui fait que pour concevoir un enfant il faut deux individus de sexe différent. Que le désir sexuel puisse aussi s’adresser à une personne du même sexe est une autre question. Il restera de toute façon que ces deux individus du même sexe ne peuvent pas faire un enfant sans l’intervention d’une autre personne ou/et de la médecine. C’est l’intervention de cette troisième personne de même que le changement de finalité de la médecine qui s’opère alors qui posent problème .
    Ce changement de paradigme s’accompagne d’une action importante au niveau de l’éducation, sous couvert de lutte contre l’homophobie. Si on est conscient de la nécessité de cette lutte on s’étonne de la présentation de l’homoparentalité qui fleurit dans les livres pour enfants y compris pour les enfants de maternelle. Et ce phénomène explosera si cette loi est appliquée.
    http://lamareauxmots.com/blog/et-si-on-parlait-dhomoparentalite-et-dhomosexualite-aux-enfants/
    Vous remarquerez que le but avoué est de  » casser les codes des contes traditionnels » parce qu’ils seraient le ciment des stéréotypes. Cela n’a plus rien d’une éducation à la tolérance c’est « une volonté de  » rééducation ».

  10. … « Et ce phénomène explosera si cette loi est appliquée. »…
    C’est pour moi tout le sens de l’opposition à cette loi.

  11. Marie

    Les homos masculins seront les perdants de cette pantomime , les lesbiennes les ont bien roulés dans la farine

  12. QuadPater

    Guenièvre, votre article est parfait.
    Que dire sinon « Bravo ! » et « Encore ! » ?

  13. QuadPater, votre commentaire est parfait.
    Guenièvre, bravo, encore.

  14. À Guenièvre, Marie, Souris et quelques autres,
    que de mauvais moments nous avons passés ensemble, dans des fêtes où votre hétérosexualité ruisselait sur notre choix de vie, manifestement hors de vos propos. Quand ai-je su que vous étiez « hétérosexuelles »? Dès le début, alors que vous dansiez en mixte sur « Let it Be », « La danse des canards », « Jo le Taxi ». Nous étions révulsés de voir ces hommes et ces femmes enlacés, comme pour une procréation sans assistance vétérinaire. À aucun moment vous ne vous êtes excusés de flirter de cette visqueuse manière avec qui n’était pas comme vous. Nous vomissions en cachette, tant vous étiez nombreux et nous, soucieux de ne pas vous déplaire. Mais c’est fini, aujourd’hui nous sommes aussi légaux que vous, nous jouons au légaux entre hommes du même sexe, ou presque, entre femmes du même bord. Nous ne réclamons rien si ce n’est l’effacement de vos photos, de vos films, des fictions de tout poil qui véhiculent la domination masculine sur la femme et vice-versa, désormais la femme terrorisera la femme et l’homme, l’homme.
    Nous avons un peu de pitié de vous aussi n’exigeons nous pas réparation des spectacles avilissants que vous avez exhibé sous nos yeux purs. Ni que vous renonciez à cette hétérosexualité barbare. Mais cachez vos émois, ils nous écoeurent.

    Rapat, imckam, quagil, grandd, patrage, sausick

  15. Oh Rackam est converti, ça devait arriver… 😦

  16. Impy chéri, ne joue pas tes surprises, je danse avec Grandgil, fais pas ta jalouse et conte fleurette à Quad, ses grands ciseaux t’ont toujours émoustillé….

  17. Impy, en plus! Me voilà bon pour l’enfer.

  18. Prononcer « immpie », ça va mieux ma grande? Remets ton rimmel, tes faux-cils et ton vertugadin, il y a du monde, tiens-toi.

  19. Il me faut prendre une tarte ? C’est pire. Je sors de l’enfer, mais on m’enferre.

  20. Guenièvre

    Ce décriptage est édifiant Marie ! Plus on avance dans les débats et plus je trouve que ce projet relève du fantasme pur et simple !

  21. Guenièvre

    Merci pour le pastiche rackam !
    Ne soyez pas si dur avec Impat ! encore que… vous êtes resté relativement sympa avec votre vertugadin, il y a des  » tournures » qui auraient été encore plus désobligeantes …

  22. Et pourtant il m’affole, les faux-cils qu’il m’attribue me rendent marteau.

  23. Guenièvre

    La « tournure » était encore appelée  » faux-cul »…

  24. Bon, avec ça je vais essayer de lui plaire. Si j’en trouve à ma taille…

  25. QuadPater

    Impi ! wo ‘nans’ impi iyeza
    Obani bengathinta amabhubesi ?

  26. Quad (18h37),
    Y a du bruit, j’ai mal entendu.

  27. QuadPater

    Impat, il s’agit de la référence musicale du jour : le refrain de la chanson « Impi » de Johnny Clegg (de l’époque Juluka). La meilleure version est en public, enregistrée à Cape Town en 1983. Hélas je ne l’ai pas trouvée sur le Net.
    Comme c’est en zoulou, je n’ai aucune idée de ce que cela signifie ; en tout cas, Jojo vous interpelle très clairement.

  28. Guenièvre

    Un joli texte- peut-être un peu optimiste- de Denis Tillinac qui a au moins le mérite de tenter une analyse un peu plus fouillée que tout ce que l’on lit sur la question :

    http://www.valeursactuelles.com/enfin-barjot-vint20130506.html

  29. Mais il est magnifique, ce texte de Tillinac. Le parallèle entre Cohn-Bendit et Barjot est une trouvaille fort juste, il fallait y penser. Et le rappel sur le long mûrissement des idées qui suit un événement majeur est plein de sagesse.
    Optimiste, oui, mais l’optimisme est devenu si rare qu’il faut le goûter, sans réserve.

  30. Guenièvre

    Ce qui est aussi très juste dans ce que dit Tillinac, c’est que le refus du mariage homo n’est qu’un symptôme de quelque chose de plus profond :
    « Au-delà des justes hantises liées à la filiation, une certaine France pressent que, sous couvert de “modernité” ou de “progressisme”, on veut l’embarquer dans un monde qui la révulse. »

    J’ai été par exemple très étonnée, en arrivant à la manif du 24 mars, de voir autant de jeunes gens, des kyrielles de jeunes gens ….Et le mouvement des veilleurs confirme cette tendance. Je ne crois pas que ces jeunes s’engagent uniquement contre le mariage homo…

  31. Bof… Si le parallèle entre Frigide et Cohn-Bendit est valable, les mêmes causes provoquant les mêmes effets, va bien falloir conclure que in fin elle n’aura eu aucune influence sur le Pays.
    Car tel était le cas de Dany; gueulard amateur sans conséquence aucune, en somme.

    La raison étant son refus de s’insérer dans la machine politicienne « démocratique »; celle qui broie le vrai, qui nivelle par le bas, qui exige compromis et compromissions.

    Dany sera oublié (sauf auprès des amateurs de foot, puisque il en deviendra, parait-il, commentateur).

    Frigide n’a même pas ça pour rester à flots. Sic transit…

  32. Guenièvre

    @ roturier,
    Je ne les vois pas comme des gens « qui influencent  » la société et je ne crois pas que ce soit le propos de Tillinac : ce sont plutôt des  » révélateurs ». Si la société n’avait pas été « mûre » les discours de Barjot n’auraient pas  » pris », tout comme ceux de Cohn- Bendit seraient tombés à plat en 68.

  33. Guenièvre,… « Je ne crois pas que ces jeunes s’engagent uniquement contre le mariage homo… »…
    Et même pas du tout, probablement. On peut penser que nombre d’entre eux sont favorables au « mariage » homo mais opposés aux autres dispositions de la loi : mise en œuvre de la « gender theory » et bouleversement possible de la filiation.

  34. roturier

    Concernant les masses de jeune gens enthousiastes dans les manifs contre « donnons des enfants à n’importe qui ».
    Ils étainet bien plus nombreux et plus engagés en 1968.
    Faut-il que je m’attarde sur les conséquences?
    Les jeunes enthousiastes n’ont qu’une seule caractéristique commune: la capacité d’avoir tort, de se tromper, de remettre le pouvoir, une fois les manifs dispersées, aux politicards.

  35. Guenièvre

    « Les jeunes enthousiastes n’ont qu’une seule caractéristique commune: la capacité d’avoir tort, de se tromper  »
    Sans doute roturier, sans doute mais ( on l’a vu en 68, même si la droite est revenue au pouvoir les idées soixantehuitardes ont largement irrigué la société ) ce sont ces mouvements de balancier qui font l’Histoire, quand je dis l’Histoire je ne parle pas des « grands événements » mais des évolutions de fond, des tendances souterraines qui travaillent les sociétés .

  36. Guenièvre

    Oui mais je crois que ça va encore plus loin.

  37. Lisa

    C-B est peut être oublié, mais pas son livre de 75 qui lui cause des ennuis à l’etranger, si il était de droite tout le monde serait au courant.
    Donc vraiment pas de parallèle avec Frigide Barjot.

    Sinon très beau texte, Guenièvre, et à bas le communautarisme.

  38. Lisa

    Jacques Guillebon a écrit un texte dans le journal La Nef sur la sociologie des veilleurs.
    Il rappelle que depuis 40 ans seuls les immigrés et les cathos ont des enfants, on en voit les fruits, divers et variés.

  39. Guenièvre

    « Donc vraiment pas de parallèle avec Frigide Barjot. »
    Le parallèle est dans le fait d’être tous les deux des  » révélateurs » Lisa .

  40. Guenièvre,… « ce sont plutôt des  » révélateurs ». Si la société n’avait pas été « mûre » les discours de Barjot n’auraient pas  » pris », tout comme ceux de Cohn- Bendit seraient tombés à plat en 68. »
    Je vous suis totalement sur ce point.

  41. desavy

    Bonsoir les amis 🙂

    Juste quelques mots sur le texte de Tillinac, un très bon texte d’écrivain. Comme Tillinac s’agite beaucoup sur divers fronts médiatiques, on a un peu tendance à oublier son talent.

    Sur son contenu, il me semble qu’il donne trop d’importance a posteriori à DCB. Quant à Frigide Barjot, je n’arrive pas plus à la prendre au sérieux maintenant que lorsqu’elle était une icône bobo gay. Elle a surtout compris que les médias ont besoin d’une figure de proue et que l’époque est au festif.
    Toujours sur le contenu, plusieurs éléments renforcent quelques modestes réflexions et interrogations que j’ai pu reproduire en ces lieux à différents moments.

    Guenièvre :

    « Ce qui est aussi très juste dans ce que dit Tillinac, c’est que le refus du mariage homo n’est qu’un symptôme de quelque chose de plus profond :
    « Au-delà des justes hantises liées à la filiation, une certaine France pressent que, sous couvert de “modernité” ou de “progressisme”, on veut l’embarquer dans un monde qui la révulse. »  »

    C’est la position que j’ai défendue en prétendant que le mariage pour tous et la filiation ne me semblaient pas suffisamment importants pour justifier ce mouvement. Je parle d’interrogations, pas de certitudes.

  42. Taubira a gagné ! Ce matin, après avoir pondu, une de mes poules chante comme un coq et commence à poursuivre ses copines.

  43. Guenièvre

    Bonjour desavy !
     » C’est la position que j’ai défendue en prétendant que le mariage pour tous et la filiation ne me semblaient pas suffisamment importants pour justifier ce mouvement »
    Personnellement plus j’en discute et plus je trouve que c’est important : l’inscription dans une filiation a une part importante dans la construction des êtres humains. J’emprunte cet argument à Olivier Rey : savoir de « quelles causes » nous sommes « les effets » a quelque chose à voir avec la raison ( ne dit-on pas indifféremment  » à cause de  » ou  » en raison de » )
    Mais il est vrai que cela s’inscrit dans une tendance plus large qui veut aujourd’hui que pour « être libre » il faut révoquer le passé et la tradition et ne regarder que l’avenir ; il faut  » se faire tout seul ». Je crois que confusément, beaucoup de gens commencent à sentir que cela n’apportera pas la liberté mais la folie. Parce que nous serons ( nous sommes ?) alors gouvernés par nos inconscients. Qu’est-ce qui est à l’oeuvre dans ce processus d’indifférenciation qui veut nous faire croire qu’un homme et une femme, qu’une mère et un père c’est la même chose sinon ce fantasme de l’androgyne, cet être complet des origines selon certains mythes ? Qu’est-ce qui est à l’oeuvre dans ce désir de « fabriquer » des enfants avec des procédés où la technicité devient de plus en plus importante sinon le vieux projet démiurgique ?

  44. 100% d’accord, Guenièvre, coup au but, strike, carton plein

  45. desavy

    Guenièvre,

    J’en veux à Tillinac qui a beaucoup plus de talent que moi. Vous écrivez être d’accord avec lui puis, lorsque je répète la même chose, moins brillamment certes, vous ne l’êtes plus.

  46. Guenièvre

    @ desavy,
    Non, je suis d’accord avec vous et Tillinac quand vous dites tous les deux que ce mouvement dépasse ( va au- delà ) de la simple opposition au mariage pour tous. C’est mon deuxième paragraphe !
    Mais je voulais aussi faire part de mon évolution sur le sujet au fur et à mesure des débats – premier paragraphe –
    Oui ce n’était pas très clair….:-)

  47. desavy

    Me voilà pleinement rassuré 🙂

  48. grandgil

    On a l’impression qu’au fond ce que veulent beaucoup d’homosexuels c’est que la société les console ou tout du moins les guérisse de leur mal être, à leur place, car ce mal être vient du fait que ceux qui ont le plus de mal à assumer leur orientation c’est eux.
    Alibi utile pour ces personnes beaucoup plus dangereuses qui voient là un alibi parfait pour hâter un changement de civilisation, civilisation selon eux encore trop proche de ses racines chrétiennes

  49. Grandgil… « Alibi utile pour ces personnes beaucoup plus dangereuses qui voient là un alibi parfait pour hâter un changement de civilisation, civilisation selon eux encore trop proche de ses racines chrétiennes »…
    Hypothèse vraisemblable.

  50. Lisa

    Très vraissemblable, même sans sombrer dans le complot kataro- maconnique !

  51. grandgil

    Qui vous parle de complot ? Il n’y en a même pas besoin

  52. Guenièvre

    Un texte – une lettre au Président de la République- d’une grande cohérence qui développe brillamment les arguments contre le mariage gay.
    http://www.valeursactuelles.com/politique/groupe-cambac%C3%A9r%C3%A8s-mr-pr%C3%A9sident-il-nest-pas-trop-tard-%C3%A9viter-effets-n%C3%A9fastes-mariage

  53. Ce texte, Guenièvre, a déjà été cité ici; peut-être sur un (le?) fil précédent.

    Provoqué une montée de vitriol de ma part non à cause du contenu (effectivement, un énarque ça sait écrire; parfois il ne sait que ça) mais du fait même qu’il est écrit par 82 énarques.

    J’arguais qu’ils étaient à peu près aussi qualifiés pour ce faire que 82 tonneliers. Etc….
    L’énarque a, en tant qu’individu et citoyen, autant de qualité et de compétence que vous et moi sur la question.
    En tant que corporation ils n’en ont aucune. Sur rien d’ailleurs.

    Mais aveugles au problème, pourtant crucial en France, ils s’expriment à 82.

    C’est aussi saugrenu que 82 tonneliers qui auraient le même avis sur une question sociétale étrangère à leur dénominateur commun: le tonneau.

    Vous diriez quoi d’un texte identique signé par 82 tonneliers? (Cordonniers, charcutiers…) Bizarre?

    Pourquoi tolérer les 82 énarques?

  54. Guenièvre

    Je n’avais pas pensé à cet aspect du problème et je ne m’engagerai pas là-dessus roturier : j’ai regardé uniquement l’argumentation et je trouve qu’elle est solide mais bien sûr que l’on peut la trouver ailleurs que sous la plume d’énarques…

  55. C’est un détail non Roturier ? Un énarque peut AUSSI avoir raison

  56. Belem

    Ils ont gagné ! Non, pas les homosexuels. Je ne sais pas qui a gagné, je ne sais pas qui ils sont, je ne sais pas ce qu’ils veulent. Je commence juste à l’entrevoir en pensant qu’eux-mêmes ne savent pas, qui ils sont et ce qu’ils veulent.
    Mais le résultat, cette victoire amère, est bien là devant nos yeux.
    J’ai lu avec attention Dame Guenièvre sur Causeur. Je sais, tout le monde sait sa patience infinie, son honnêteté intellectuelle, sa pédagogie et la taille du mouchoir qu’elle met sur son ego pour la servir. Enfin, je veux dire tout le monde le sait qui accepte de la lire sans la travestir, de la commenter sans la dénaturer, de l’écouter sans la railler et dérailler.
    Deux fois, dix fois, cent fois comme pour beaucoup la seule réponse a été, directement ou par une salllie, « homophobe ». Deux fois, dix fois, cent fois elle a ramassé son cahier qui venait d’être stupidement souillé, parfois méchamment, elle a gardé son sourire, sa patience et les déliés de sa plume, elle a recommencé à aligner les substantifs, les verbes et les adjectifs pour parler à tous, peut-être à tout.
    Une fois je l’ai vu baisser les bras et dire, oui c’est ça, je suis homophobe.
    Une seule fois.
    Une fois comme ça en passant, une fois de rien, non, une foi remise en cause qui l’a ébranlée. Le sait-elle ? Où l’a-t-on menée ? A venir écrire ici il y a quelques jours qu’elle n’est pas homophobe. Elle est venue chercher un endroit, non pas où elle sera crue, mais où il ne lui sera pas fait de mauvais procès. Elle est venue là où le marteau ne va pas s’abattre dans l’énoncé de la même condamnation… homophobe.
    Dame Guenièvre est venue se justifier là où elle n’en a pas besoin parce que ceux qui lui ont fait ce mauvais procès ne lui rendront pas justice. Il ne s’agit pas de quelques Causeurs agités et de peu de constitution. Ils ne sont eux-même que le bras armé, la langue chargé d’un « quelque chose » de bien plus vaste. Ceux qui ont gagné.
    DAME GUENIEVRE S’EST JUSTIFIEE.
    Là est l’expression de leur victoire. Et j’en suis bien triste, pour elle, pour l’humanité, pour moi et pour le verbe dont la mort est actée.
    Vous êtes agnostique, Dame Guenièvre, mais vous devez savoir que le verbe est dieu. Le verbe est mort, dieu est mort, la période est barbare. Le monde est chaos, fractale, mouvant. Le verbe reviendra, dans une autre salle de théatre, une autre civilisation.
    Bien plus que les délires inclus dans la loi Taubira, ou consécutifs, notre France a coupé le cordon du verbe dont elle est enfant. Elle se meurt maintenant. Ils ont gagné.

  57. Guenièvre

    Je vois seulement votre commentaire aujourd’hui Belem…
    Mon intention, en écrivant cet article, était d’essayer d’analyser, au travers de mon expérience sur 25 ans, le changement de point de vue qui s’était opéré. Il me semble que l’on est passé d’une humanité qui se pensait partagée entre hommes et femmes, à une humanité où la coupure se définit de plus en plus par une  » orientation sexuelle ».
    Mais je ne dis pas que vous avez tort , c’est a peut- être été un prétexte pour me justifier…

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