Salut l’artriste

Jofo

« Imposer à tous des œuvres d’art est une logique de domination »

Je n’ai jamais entendu son nom, je n’ai jamais vu ses œuvres, mais je connais tout de Jofo, ou presque tout — trop, en tout cas. Cent fois, déjà, j’ai eu sous les yeux des peintures, semblables. Mille fois j’ai entendu la louange suspecte des compagnons du désastre prêts à s’enthousiasmer pour tout ce qui déconstruit. Trop souvent, il m’a fallu subir, dans la prétendue neutralité de l’espace public, la vision grotesque de la culture d’État qui n’est jamais que celle d’ignares dépensant un argent qui n’est pas le leur pour payer des artistes minables haïssant toute forme de beauté, d’élévation, d’esthétique.

Les grilles du Jardin Public ne portent plus les images des Totos rigolos avec le plus bo de Bordo sur leurs chapos. Le concept, en effet, était ambitieux, original, révolutionnaire. Il s’agissait d’un grand geste artistique : représenter en série des têtes toutes rondes, tracées à gros traits colorés, coiffées chacune d’un chapeau orné d’un monument bordelais.

La puissante inspiration ne pouvait que séduire l’Office de Tourisme de la ville qui songe à créer un quiz à l’usage des touristes. Après tout, si l’on vient à Bordeaux, pourquoi bêtement aller voir les monuments qui s’y trouvent alors qu’on peut disserter sur des dessins dignes de livres pour enfants un peu simplets ?

“— Oh, my dear, vu ce chapeau en forme de plum-pudding violet, avez-vous ?

— Yes, it is le Grand Théatre ou le Colisée, à moins que ce ne soit l’Arc de triomphe ou le Pont de pierre, perhaps ?”

On a les touristes que l’on mérite et si on continue à les prendre pour des imbéciles, il est bien possible qu’ils le deviennent plus encore.

Certes, cela n’est pas fait, mais cela se fera peut-être et que ce soit de l’ordre du possible devrait, déjà, inspirer une sainte colère contre ceux qui veulent donner une telle image à notre ville. D’ailleurs, il ne serait pas étonnant qu’une décision en faveur de cette initiative soit prise. Après tout, à Bordo, on aime Jofo. Il suffit de rappeler la vache « Marine » de la Cow Parade… Sans doute, faut-il supposer, à ce propos, que le taureau Jean-Marie n’a pas été retenu de peur de transformer les écolos en aficionados de l’estocade de toro bravo…

Mais pourquoi donc font-ils cela, vous demanderez-vous ? Et pourquoi, diable, une telle colère et une telle véhémence de la part de l’auteur de la présente tribune ? Répondre à la première question sera répondre à la seconde. Vous savez, l’homme n’est qu’un animal, rien de plus. Maire ou mâle dominant, cela revient au même. Imposer à tous des œuvres d’art que l’on a choisies, c’est un peu comme comme pisser contre un arbre et, ici, la logique de la domination rejoint celle de l’âge par le biais de l’incontinence.

Ainsi donc, chaque fois qu’un bordelais, qui a le goût suffisamment sain pour être pris de nausée à la vue des tablos du coco Jofo, est confronté, dans la rue, à l’un d’eux, s’il a l’oreille fine, voilà ce qu’il doit s’entendre dire par le visage rondouillard et faussement jovial : “je suis là parce que tes maîtres m’ont mis ici. Si tu n’es pas content, arrache-moi et ses larbins en uniforme te frapperont, t’humilieront, t’arrêteront. On te jugera, on te condamnera, on te méprisera. Je suis le vivant témoignage du Pouvoir aussi sûrement qu’un étron à la limite du territoire d’une bête cupide et cruelle et, toi, tu n’es, comme disent les Anglo-saxons, rien d’autre qu’un underdog.”

Moi, quand on me dit de telles choses, personnellement, j’avoue que cela me met un peu en rogne. Grognant tout seul dans mon coin comme le chien efflanqué qu’un imbécile a frappé sans raison, il me vient à rêver d’une flash mob festive ou d’un happening citoyen — d’un geste artistique, tu vois, quoi, quelque part — lors duquel tous les Bordelais qui ont l’ouïe assez fine pour entendre l’insulte, viendraient se soulager la vessie et l’âme sur les pieds des dominants du moment. L’arroseur arrosé, en somme… Mais, ce n’est qu’un songe. Pour l’instant.

Tribune Libre de Jean Sageret pour Infos-Bordeaux

[cc] Infos Bordeaux, 2010-2013, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d´origine [http://www.infos-bordeaux.fr/].

86 Commentaires

  1. kravi

    N’étant pas de Bordo, il m’a fallu cliquer sur la page d’accueil pour me rendre compte de l’importance des apports du Jofo en question.
    Vous avez de la chance, Bordelais. Tout le monde n’a pas l’occasion d’affiner son regard et d’approfondir ses émotions ou sa nostalgie. L’image m’a tout de suite ramené à l’époque où m’a fille aînée apprenait la lecture :  » l’élu a une culotte en tissu vert « . Merci et bravo, l’artiste.

  2. QuadPater

    Le site « gavébon.com » (ça vous tente vous, de faire confiance à un site qui s’appelle gavébon ?) nous annonce « Chapo Bordo by Jofo : une chouette expo au Jardin Public » et nous explique que J. est un « artiste lucide, sensible et libre » caractérisé par l' »énergie, l’esprit grinçant et la frivolité contrariée ».

    « Imposer à tous des œuvres d’art est une logique de domination »

    Bravo M. Jean Sageret.

  3. Pourtant, Bordo a un maire de drouate, non ?
    Un repris de justice, il est vrai !
    Ceci dit, il serait temps effectivement qu’on arrête d’appeler « art » ce qui n’est que graffiti.

  4. Ces graffitis sont d’autant plus attristants dans une aussi belle ville.
    La plus belle ou l’une des plus belles du monde selon que l’on est objectif, ou tolérant avec les autres…. 🙂

  5. QuadPater

    C’est drôle je viens de parcourir plusieurs « tribunes libres » de Jean Sageret et à certains moments j’avais l’impression de lire du Souris Donc. 🙂

  6. Quad, ah ces multiples pseudos !…:-)

  7. Souris donc

    J’ai trouvé le site de Jofo où l’on voit chacun des monuments en chapo :
    http://jofoland.fr/portfolio/chapo-bordo/
    Le petit personnage récurrent, un classique, zéro +zéro = la tête à toto, pourquoi pas. Le trait plein et les couleurs saturées sont plaisantes. Seulement voilà, n’est pas Hello Kitty qui veut…
    (Et je ne suis pas l’auteur de ce papier, Quad, avec lequel je ne suis pas totalement d’accord)

  8. Souris donc

    Comment Jofo a-t-il pu se laisser aller à illustrer un médiocre concept d’Office du Tourisme ? Telle est la question.
    Dali, René Magritte, René Gruau… ont travaillé pour la publicité. Le Rouge Baiser est dans toutes les mémoires.

    Il se développe un affichage à prétention artistique omniprésent, promu par les services « culturels » des mairies qui semblent avoir un budget illimité pour jeter l’argent du contribuable par la fenêtre. Le premier que j’ai vu, était des photos militantes (je ne sais plus pour quelle cause, mais à tous les coups contre le blanc raciste, colonisateur et saccageur de planète) sur les grilles du Jardin du Luxembourg.
    Autre exemple bordelais, place Pey Berland commune à la mairie et à la cathédrale, des panneaux sur socle en béton vantant le métissage. Photos de métis. Disposés côté cathédrale. Le message : montrer aux cathos qu’ils sont racistes ? Je ne vois que ça. Et l’évêque qui ne pipe mot.

  9. Souris donc

    Gaspillage de l’argent du contribuable (suite)

    Les « arts giratoires » …
    http://www.artgiratoires.com/index_2.php
    L’esthétique nain de jardin puissance 1000. On plante une « œuvre d’art » au milieu du rondpoint et les enveloppes de la corruption municipale circulent. Qui est à même de vérifier la cote artistique d’une merde réalisée par un obscur artiste local censée vanter l’industrie locale ? Il suffit de payer à « l’artiste » 500 000 €, il se fera une joie d’en rétrocéder 250 000 en black.
    J’ai demandé à la Chambre Régionale des Comptes les comptes d’une commune qui m’est « chère », ils ne prennent même pas la peine de vous répondre.
    Les Contribuables Associés ont réalisé un « Argus des Communes » (critères page suivante). Edifiant. J’ai cru m’étouffer d’indignation. Car quand je regarde les réalisations, je sais à peu près évaluer le coût et l’utilité d’un projet. Pourtant les administrés gobent le discours de la « Vulgarisation de la Culture et du Beau ».
    http://www.contribuables.org/argus-des-communes/

    Fromage Plus pointe un autre must du gaspillage culturel, les médiathèques (plus de personnels que de lecteurs). Un collector :
    http://fromageplus.wordpress.com/2013/07/30/bienvenue-dans-le-quartier-coeur-de-ville/

  10. QuadPater

    Et je ne suis pas l’auteur de ce papier, Quad

    Quoi que puisse insinuer Impat je ne l’ai même pas pensé ! J’ai eu le sentiment de quelques points communs dans le style – la forme donc. C’est tout ! 🙂

  11. Souris donc

    Je viens de me faire sucrer un post, excusez l’éventuel hoquet.

    Gaspillage de nos campagnes, les « arts giratoires » :
    http://www.artgiratoires.com/index_2.php
    L’esthétique nain de jardin puissance 1000. On plante une « œuvre d’art » au milieu du rondpoint et les enveloppes de la corruption municipale circulent. Qui est à même de vérifier la cote artistique d’une merde réalisée par un obscur artiste local censée vanter l’industrie locale ? Il suffit de payer à « l’artiste » 500 000 €, il se fera une joie d’en rétrocéder 250 000 en black.
    J’ai demandé à la Chambre Régionale des Comptes les comptes de la commune qui m’est « chère », ils ne prennent même pas la peine de vous répondre.
    Les Contribuables Associés ont réalisé un « Argus des Communes » (critères page suivante). Edifiant. J’ai cru m’étouffer d’indignation. Et les administrés gobent le discours de la « Vulgarisation de la Culture et du Beau ».
    http://www.contribuables.org/argus-des-communes/

    Fromage Plus pointe un autre must du gaspillage culturel, les médiathèques (plus de personnels que de lecteurs). Collector comme il dit :
    http://fromageplus.wordpress.com/2013/07/30/bienvenue-dans-le-quartier-coeur-de-ville/

  12. Souris donc

    Au lieu de vous moquer de moi, les deux compères, essayez donc de récupérer un des deux posts qui n’impriment pas, je ne sais pas pourquoi. Il s’agissait du gaspillage à prétention culturelle, version rurale des « arts giratoires »

  13. QuadPater

    Au lieu de vous moquer de moi

    Pfff. On peut faire les deux, se moquer et ressusciter vos messages.
    Je ne me moquais pas, mais vos 2 commentaires sont en ligne. Je pense que c’est le nombre de liens que WordPress n’a pas aimé>.

  14. Souris, après réflexion, peut être masculin ou féminin?

  15. QuadPater

    Un art giratoire sur la commune de St-Selve : un tortilloussse hideux censé représenter une vrille de cep de vigne :

  16. Guenièvre

    Ma commune n’existe pas souris !!!

  17. QuadPater

    1er lien : Grasse et Paris, où j’ai vécu, sont à l’opposé. 20/20 pour M. Leleux contre 0/20 pour Delanoë

  18. Guenièvre

    Dans une commune proche de la mienne un « artiste » avait commis « une chose en bois » pour égayer un rond-point. Au bout de quelques années la chose commença à être recouverte de champignons et à pourrir. L’artiste porta plainte pour détérioration d’oeuvre d’art et la commune dû payer une amende…

  19. QuadPater

    L’artiste porta plainte pour détérioration d’oeuvre d’art

    Il a porté plainte contre l’humidité ?

  20. Guenièvre

    Vous êtes terrible Quad !!!
    Oui, je me suis mal exprimée. ( je ne posterai plus quand je suis pressée…) Sans doute que le motif de la plainte était libellé de la façon suivante :  » Défaut de protection d’oeuvre d’art … »

  21. QuadPater

    Je ne suis ni terrible ni méchant, tout le monde a compris, Guenièvre.
    Il est possible que votre artiste giratoire a porté plainte tout simplement pour non-respect de contrat.
    Je récolte des infos de 1ère main sur les rapports entre les municipalités et « l’art giratoire », et je vous tiens au courant.

  22. QuadPater

    Mouais, Tibor.
    Après tout, peut-être que ce P. McCarthy est plus heureux que moi. Dans ce cas, pourquoi irais-je le critiquer ?

  23. Parce qu’il fait de la merde !

  24. QuadPater

    « Parce qu’il fait de la merde ! »
    Oui, j’ai vu. Il doit être fier de lui, il est connu, reconnu, il est peut-être aisé, il se fout du monde et doit s’amuser de la réaction dudit monde. Que lui importe notre opinion ? À mon avis lui et nous sommes d’accord à son sujet.
    Pour ma part je réserve mon mépris à ses clients. 😉

  25. Comment se fait-il que dans ce contexte personne n’a encore mentionné le célèbre Christo, ayant sévit il y’a qq années, célèbre pour avoir « emballé » des monuments et même des éléments de paysage (le Pont Neuf à Paris, une vallée en Californie) etc?

  26. Le documentaire sur la vallée californienne est vraiment intéressant. Dans cet ordre d’idées que pensez-vous alors de « L’origine du monde » ?

    Ou bien encore du « Sonnet du trou du cul » ?

    Obscur et froncé comme un oeillet violet
    Il respire, humblement tapi parmi la mousse
    Humide encor d’amour qui suit la pente douce
    Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.

    Des filaments pareils à des larmes de lait
    Ont pleuré, sous l’autan cruel qui les repousse,
    À travers de petits caillots de marne rousse,
    Pour s’en aller où la pente les appelait.

    Ma bouche s’accoupla souvent à sa ventouse ;
    Mon âme, du coït matériel jalouse,
    En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

    C’est l’olive pâmée, et la flûte caline ;
    C’est le tube où descend la céleste praline :
    Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !

    Paul Verlaine

  27. Et même, à la limite, puisque l’on est à Bordeaux, lle grand Goy

  28. Il faut dire que j’ai eu 1/20 au bac à l’épreuve de philosophie, le sujet était : « Quelle est la différence entre l’artiste et l’artisan ? »

  29. Donc, chers amis, je vous pose la question : à quoi reconnait-on une oeuvre d’art ?

  30. Souris donc

    Est-ce que les soutiers pourraient supprimer le doublon ? Merci !

  31. Souris donc

    Info de première :
    Bourdieu n’a pas dit que des conneries militantes. Dans l’Amour de l’Art (à moins que ce soit un article des Actes de la Recherche en Sciences Sociales), il analyse les conditions sociales de la pratique cultivée et la structuration de la diffusion culturelle.
    Il raconte une version suisse de « Picasso ? Mon fils de 5 ans en fait autant » :
    Des cantonniers chargés de nettoyer les talus découvrent des postes de télévision enterrés, les écrans affleurant. Croyant à une décharge sauvage, ils les retirent, puis les évacuent à la déchetterie.
    Sauf que c’était une œuvre d’art.
    « No souçaille, dit le maire, on va récupérer des vieilles télés et on va les remettre à leur place.  »
    L’artiste faillit avoir une attaque.

  32. Souris donc

    Touche pas à mon Christo, Roturier !
    Christo est un artiste qui donne à voir autrement la structure d’une architecture en l’emballant. Son tissu soyeux, ses drapés jouent avec la lumière, c’est somptueux. Christo, de plus, est dans l’éphémère, ses œuvres sont découpées puis jetées, le passant peut s’en emparer, il n’y a pas de marché en aval. Les photos sont les seules traces et n’ont pas de valeur marchande. Le Land-art, ce sont des artistes qui transforment la nature, de façon éphémère, utilisent ou détournent des matériaux qu’ils trouvent. Leur démarche est cohérente, interroge les catégories plastiques propres à leur art, et s’inscrivent dans la lignée des Impressionnistes, eh oui. L’invention de la photo ayant privé les artistes de la reproduction du réel, il reste : la couleur, le geste, la trace, l’outil, le support, la matière, la lumière, le rythme…

    La peinture à message est un nouvel académisme, toujours les mêmes ingrédients : le pipi-caca, les nazis et des tartines sans fin sur le concept. Idem dans tous les arts, cf opéra.

    Ne nous enlisons pas dans des considérations esthétiques, il n’en sort que des platitudes.

  33. Souris donc

    Dommage que la discussion se perde dans les banalités d’usage sur l’art contemporain, car enfin, nous avions amorcé un débat sur le gaspillage des deniers publics. Que le marché de l’art surestime les provocs des tristes épigones de Duchamp* parce que des gogos friqués les achètent, c’est son problème tant qu’il ne s’agit pas de nos sous.

    @Skarda :
    *Duchamp a dit en substance « est oeuvre d’art ce que je décide », donc un urinoir du commerce EST une oeuvre d’art si l’artiste en décide ainsi. La démarche de Duchamp a été une aubaine pour les « artistes » militants, ainsi les Pussy Riot se plantant un pilon de poulet dans le fion, c’est une oeuvre d’art.
    Le problème, selon moi, ce sont les épigones justement qui vident le concept de sa substance, par exemple le happening, les installations.

  34. Guenièvre

    @ Tibor,

    A défaut de savoir répondre moi-même je vous donne la définition de Christine Sourgins :
    « L’art est l’incarnation d’une inspiration dans la matière, grâce à un travail des formes. Dans cette inspiration, il peut y avoir des idées, des émotions, des rêves…peu importe. Mais il faut re-présenter, c’est-à-dire rendre présent, manifester une présence. L’art est médiation entre le réel et un plan plus élevé, plus spirituel qui devient ainsi sensible, visible grâce au travail artistique. L’Art dit contemporain, détourne, s’approprie, refuse la médiation : c’est une prédation du réel. Il nie toute transcendance, c’est un art de l’Absence. Bien sûr il existe des zones frontières où les deux définitions se chevauchent, en particulier parce que la confusion (subie ou entretenue volontairement) règne chez beaucoup d’acteurs de l’art. »

    « Dans l’art contemporain : Fini le travail des formes, celui de la « main pensante » : l’artiste est d’abord un intellectuel « qui crée une pensée nouvelle » pour cet objet qu’il s’approprie. Ce qui compte, ce n’est plus l’objet exposé mais le projet qui est derrière. A l’origine, cela a l’air d’un gag et beaucoup ont bien ri, Duchamp le premier. Mais au fil du temps, il s’est avéré que cette seconde définition de l’art est prédatrice de la première. Qu’en manipulant des projets plutôt que des objets, c’est le spectateur qu’on manipule. »

    http://sourgins.over-blog.com/pages/Pour_une_premiere_visite-1555952.html

  35. C’est un peu tout le monde ici qui donne des avis sur la chose et en quoi est-ce différent de « mon fils de trois ans en ferait autant » ?
    Je comprends que l’art conceptuel agace, moi aussi, bien souvent, mais il y a certainement des pépites que personne ne voit. En quoi nos opinions diffèrent-elles des lazzis du public au « Salon des refusés » ?
    Quant aux deniers publics, ce n’est tout de même pas nouveau, combien d’artistes officiels ont-ils été grassement payés par l’État depuis que le monde est monde ? N’y avait-il que des nuls parmi eux ?
    Lauzier, dans « les mémoires d’un jeune con », je crois, décrit un artiste régional, prototype de ceux qui décorent nos rond-points : est-ce l’attitude qui fait l’artiste ? Rimbaud commerçant dans la corne de l’Afrique n’est-il plus un artiste ? Le Caravage était aussi un méprisable bagarreur de rue.
    Duchamp a dit ce qu’il a dit, comme répondait Moore (de mémoire) à qui l’on posait la question de ce que signifiait ses sculptures, « si les mots étaient suffisants je ne les aurais pas faites », ce que disent ou font les artistes en dehors de leurs productions artistiques est absolument inintéressant.

  36. Guenièvre, je suis assez d’accord. J’ajouterais cependant que l’art n’est pas immanent à l’oeuvre mais vient aussi du regard qu’on lui porte, et je dois dire que bien souvent certaines performances me sortent par les yeux tant la référence conceptuelles est lourde, je revendique donc ma propre liberté dans mon appréciation : bien sûr il est peut-être sot de dire qu’un gosse de trois ans pourrait en faire autant en parlant de Picasso qui était un oeile t une main, mais c’est mieux que de s’extasier hypocritement alors que finalement on ne ressent rien, pas même du dégout ou de la colère.

  37. Guenièvre

    Sur le gaspillage des deniers publiques :
    « http://www.lecri.fr/2012/06/04/letat-au-coeur-du-marche-de-lart-contemporain-interview-de-christine-sourgins/32867

    Parfois ce sont les élèves des collèges, promus experts qui décident de l’achat :
    http://www.sauvonslart.com/modules/news/article.php?storyid=68629

  38. Bah, ce pouvait être autrefois la femme de l’échevin spécialisée dans le hareng, ou le soudard à particule. Donde hay mucho dinero hay mucha bendicion.

  39. L’art ici et maintenant a toujours été sous le signe de l’idéologie, l’art des musées aussi, il faut dire.

  40. Guenièvre

    @ Tibor,

    « Quant aux deniers publics, ce n’est tout de même pas nouveau, combien d’artistes officiels ont-ils été grassement payés par l’État depuis que le monde est monde ? N’y avait-il que des nuls parmi eux ? »

    L’art contemporain a le droit d’exister et d’être subventionné. Le problème est que cet AC, qui n’est qu’une petite partie de l’art d’aujourd’hui, phagocyte tout le reste et est devenu en quelque sorte un « art officiel ».

    http://www.amazon.fr/Lart-cach%C3%A9-dissidents-lart-contemporain/dp/2212539339

  41. Bon de peur, de trop faire dévier le sujet tellement plus intéressant des deniers publics, je vous laisse à votre passionnante discussions et garde mas banalités d’usage.

  42. QuadPater

    Comment le primaire que je suis décide qu’un bidule est une œuvre d’art :
    – il faut que je trouve le bidule très beau,
    – il faut qu’en observant le bidule je sois saisi d’admiration devant l’imagination ou le savoir-faire de son concepteur.

    Ces deux critères me suffisent amplement. Comme ils s’appuient sur des émotions, ils sont à jamais intransmissibles.

    Illustration : pour moi la colombe de Picasso n’est qu’un dessin plutôt joli mais sans plus, tandis que le viaduc de Millau est une œuvre d’art.

  43. Guenièvre

    Voilà une interview d’Aude de Kerros ( peintre, graveur ) ( en 4 parties, les autres parties sont à droite) . Elle y aborde de nombreux problèmes dont celui de la situation particulière de la France – le seul pays où il y ait des « inspecteurs de la création » – celui du financement…

    Tibor, voyons ! vous n’êtes jamais « banal » !

  44. Souris m’a un peu pris en grippe j’ai l’impression, j’ai eu ma dose d’agressions autre part, je n’ai pas envie de recommencer ici les séances que je me suis infligé ailleurs, d’autant que j’aime assez son esprit fin et sa culture.

  45. Guenièvre

    Je n’ai pas eu l’impression, moi, que le commentaire de souris vous visait particulièrement …

  46. Alors, c’est de la paranoïa et je m’en excuse, mais j’ai de toute façon ce désagréable sentiment depuis un moment.

  47. Depuis l’affaire IKEA Tibor est susceptible.

    Cela dit, la réaction souriesque à ma sortie sur Christo (y’a pas que Tibor qui est visé…) ne démontre qu’une chose:
    Nous sommes dans le subjectif le plus total.

    Si Souris approuve la dépense publique (car sans doute qq1 a dû payer) pour Christo (ce que conçois parfaitement) tout l’art giratoire peut être approuvé car goûts et couleurs etc…..
    Y compris ce qui se passe à Bordeaux.

    D’autant plus que de Michel-ange à Bach etc… (Wagner pour Souris) de tous temps des artistes, et non les moindres, respectaient un cahier de charges publique reflétant le goût d’un mécène.

    Donc circulons.

  48. Guenièvre

    Le problème roturier c’est qu’en France toute la culture, y compris la création passe par l’état. Depuis 1982 et J.Lang on a embauché des centaines de fonctionnaires qui sont devenus en 1993 des « inspecteurs de la création ». En France c’est donc un corps de fonctionnaires qui administre la création et qui décide à qui seront données les subventions – décisions qui ne peuvent être contestées par personne même par les élus…statut unique au monde…De plus tout ce beau monde se connait et se coopte ( entre directeur de maisons de la culture, inspecteurs…) . Aucune diversité comme c’est le cas aux E.U par exemple où de multiples associations promotionnent des arts totalement différents.
    Ecouter ce propos la 4e partie de l’interview d’Anne de Kerros.

  49. Non, je ne suis pas d’accord avec vous Roturier, ce que fait Christo tient du Mandala tibétain, ce n’est pas destiné à durer, à enlaidir durablement. Par contre je suis assez d’accord avec vous en ce qui concerne le financement, la ‘running fence’ de Christo a été financé par l’artiste lui-même qui a été supporté par des fonds privés. Son succès initial a peut-être justifié des investissements institutionnels plus tard (ça marche donc on paie, on paie bien les feux d’artifice).

    Mais au-delà il y a une véritable crise de la création en Occident qui avec le romantisme a placé l’acte artistique créateur au-dessus de tout. Si l’on compare la fin du XIXe et le début du XXe avec la fin du XXe et le début du XXIe la création scientifique par exemple c’est littéralement effondrée (quels sont les concepts équivalents à la relativité, à la mécanique quantique ou aux découvertes de Gödel découverts aujourd’hui) . Notre capacité à extirper des choses fantastiques du néant semble s’être épuisée. Il y a comme une résonance entre l’Art et la recherche scientifique, le génie de l’Occident semble s’être figé dans une sorte de matérialisme comme le pressentait Spengler : je n’arrive pas à m’en convaincre vraiment mais je trouve le parallèle troublant.

    Ce ne sera de toute façon pas incitations bureaucratiques qui changeront quoi que ce soit, mais ne serait-ce que parce qu’il y va de notre âme collective, il faut soutenir les artistes et particulièrement ceux qui veulent révéler l’être des choses, on ne peut empêcher la jeunesse brûlante de donner parfois dans la provocation et la posture, c’est lorsque ces attitudes si figent chez de vieux cons que cela devient franchement pathétique.

  50. Oui Guenièvre, cet aspect proprement français est insupportable mais il me semble que le nouveau pompier convenu ne fleurit pas qu’en France.

  51. On peut accepter n’importe quelle œuvre due à la réflexion, à la création, à la provocation d’un artiste. Ce qui à mon sens est inacceptable de la part des « créateurs » et des « inspecteurs de la création », c’est de défigurer l’art existant.
    Jofo défigure Bordeaux comme les colonnes de Buren ont défiguré les jardins de Palais Royal, comme Murakami (?) défigurait Versailles, comme les statues de Botero avaient défiguré les Champs-Élysées.

  52. Beaubourg a eu au moins le bon goût de ne pas s’accoler à Saint-Eustache! Mais le boulet n’est pas passé loin…

  53. Souris donc

    Faux. Ce raisonnement conduit à la muséification des villes. Tinguely et Nicky de Saint-Phalle à la Fontaine Stravinsky, Moore à Bagatelle, Murakami dans le kitsch versaillais, les colonnes de Buren là où il y avait un parking, je trouve le contraste intéressant.

  54. Guenièvre

    Là je suis plutôt d’accord avec souris…

  55. Eh bien, moi je suis plutôt d’accord avec moi. Quand je reçois un ami américain qui a (presque) traverse l’Atlantique pour admirer Versailles, et qu’il tombe sur Murakimi, il se montre très très déçu, et j’ai honte.
    Accessoirement, Souris, une opinion artistique n’est pas vraie ou fausse. Elle est…une opinion.
    Accessoirement encore, ce qui est admirable sur les quais de Bordeaux, c’est qu’ils sont identiques à ce qu’ils étaient au 18e siècle.

  56. Lector

    @Souris donc
    Evidemment si l’on compare l’emballage Christo aux merdes scatologiques de l’Art qui s’arroge le contemporain par dénomination alors qu’il n’est que bassement conceptuel… Christo c’est beau, majestueux, somptueux, pourquoi pas.
    Problème tout de même ; en l’Histoire, l’œuvre d’art, pour autant que son esthétique appartienne à celle-là, développait une émotion qui traversait les frontières du temps, tout en faisant trace ; l’œuvre s’affranchissait de la date ; or tout art prétendu mais surtout éphémère qui s’y inscrit n’est de fait qu’un non-art. C’est un art d’insecte qui essaye de se faire aussi gros qu’un vieux pont neuf, et ne vit que quelques jours, autant dire qui meurt, ce n’est qu’un pied de nez, une farce, une cabriole, un avortement, une soumission, un malheur, une patate de Rauschenberg, l’illustration même de l’échec de Duchamp : c’est de l’ouvrage politique, militant, godillot, pas le moins du monde artistique ; esthétique oui ; mais qui n’a plus affaire avec les tenants (la matière transcendée –et donc le divin) et les aboutissants (accessoirement la postérité de l’artiste mais surtout l’éternel de la beauté –et donc le divin) de l’art, de ce qui agissait dans l’art. Faudrait-il encore, à tout le moins, mettre la main à la pâte !
    Ils ont un nom ces nihilistes, pardon ces concepteurs, pour leurs œuvres, leur ouvrage : des installations ! Voilà ! Ils installent ! Ou plutôt font installer. Mais quoi ? La marchandise précisément. Héritiers du Pop-art’ plus exactement que des impressionnistes. Ceux-ci allaient sur le motif, celui-là donnait pour motif les produits de distribution (la cohérence de Warhol se faisait par l’outil de production sérigraphique) ; Christo vous emballe… je ne saurais dire mieux. Cash. Quant aux art-landeurs, plus primitifs que les rupestres, ils n’ont pas même la dignité de disparaître tels ces Pascuans mangeurs de dauphins de l’île de Pâques… en voilà une de Pâques consommée ! Z’ont fait leur propre croix ! Et puis question land-art, excusez, le désert de Nazca offre de bien plus impressionnants géoglyphes ! De véritables totems ! Processions ! Alors, les p’tits z’artistes qui pondent du nombre d’or installé dans la nature… blabla tout au plus, ça chie mou, c’est médiocre, nul, arrogant, et toute en fausse modestie appuyée de discours stratégique, médiatique, publicitaire ! Pas d’argent ?! Sonnant comme le glas d’un art trébuchant ! Pour des platitudes exactement ! C’est doublement le cas. De tristes épigones du Marcel comme vous dites.
    L’art ne s’est jamais préoccupé de représenter le réel voyons ! La technique oui ; l’art c’est autre chose.
    Chose connue, répétée mais vraie : l’artiste ne saurait se passer de technique ni s’en débarrasser pour accomplir son art.

    @Tibor
    Sur la différence entre l’artiste et l’artisan : fut un temps, un lieu, elle n’existait pas ; les peintres dits de figures remplissaient de scènes les toiles des peintres paysagistes. Ceci dit, la différence tient à peu de chose mais d’importance : l’artisan fabrique de l’utilitaire, qui a une valeur tangible, concrète, définie, finie ; l’art en revanche construit du spirituel, l’émotion qu’il procure fait sa valeur, ou l’impossibilité de la fixer.
    A quoi reconnait-on une œuvre d’art ? Si elle est utile, c’est à l’âme. Et depuis ma réponse au post de Souris : si l’art est le lieu du temps, le temps n’est pas son lieu ; définition théologique d’ailleurs, autant que de physique quantique… l’art est Harkonnen si vous voulez, pour faire bref, l’art à l’art de plier le temps.
    A l’inverse l’Art Contemporain d’appellation non contrôlée se plie à son temps.
    (Heu… Rimbaud n’est plus un artiste lorsqu’il commerce, trafique, pas plus que Duchamp cherchant une martingale pour gagner à la roulette ou se consacrant aux échecs… çui-ci avait déjà fait clown avec ses ready-made, Picasso lui botte le cul d’un guidon de vélo une selle formant tête de taureau : toute l’histoire de la corrida en un self-made d’opération basique. Ciao Marcel. Au clou la pissotière !)

    @Guenièvre : Impec ce que dit la Christine ! Rarement lu d’aussi perspicace analyse. Suis positivement enchanté ! Je partage totalement. Je ne découvre qu’après ci-dessus… J’aurais pu me taire, enfin satisfait. J’y retournerai… que oui ! Blog dans mes favoris de suite. Bonjour chez vous.

  57. Lector

    @Guenièvre et Sourisdonc, à l’élite je vais devoir faire ilote voire zélote :
    Les colonnes de Buren ?!!!!!!! Et l’autre qui fait des mobiles genre Miro 3D… et la tâche avec sa galerie des morceaux de glaces pourrave dans un saint géant… nan mais même le facteur Cheval la déclasse… c’est de ce tabac là ! Enveloppé c’est pesé ! Mais donnez nous donc un Rodin qu’on vous fasse un Jeff Koons !
    Et le vin de Bordeaux donc, son élaboration, son alchimie, son blanc d’œuf battu en neige s’il vous plait, faut-il qu’on se charge de le déconstruire… un p’tit beaujolpif les amis ? Je dis ça… vous sortez le cubi là… faut pas déconner… woh ! L’article de Christine S. et puis derrière le Télérama du bon goût… rhôôô ! c’est pas très antidoxique ça les amis…
    Les vins vous les comparez ou pas ?! Les millésimes, vous les hiérarchisez, non ?! Le palais, ça se fait oui?! Ou bien fait-on Palace tous les jours ?! Le subjectif c’est Jean préfère le Pomerol et Paul le Saint-Julien ; l’objectif : le beaujol c’est du vinaigre avec beaucoup de publicité. L’art n’a pas besoin de publicité, il s’en passe très bien.
    Alors dites-moi donc messieurs-dames, pourquoi tant de précautions et là si peu ? Et pourquoi ne pas faire confiance à vos papilles ?! Une langue trop chargée ? Un discours emmailloté ? Une simple fatigue… on vous a fatigués la salade… c’est à croire… allez, je n’en crois rien ; mais quoi ?! Ceux là ! C’est trop pour moi, trop peu… quand ça existe…
    J’ai rencontré des experts auprès de la cours d’art du XXème qui achetaient à rebours de ce qu’ils promouvaient, et de ces gens bien nés qui en art font aujourd’hui la pluie plus que le beau temps : ils manquent, elles, en fait –accessoirement–, d’émotion ; l’art ne leur est qu’un passe-temps, il faut bien être actif… s’intéresser ou faire semblant, avoir quelque chose à dire surtout, d’avant-gardiste, donc de daté, d’obsolète, en vendant l’iconoclasme et la prise de risque de rigueur comme de bien entendu. Choses dont l’artiste se moque. Mais il y a les faiseurs, sacrément faisandés, et la critique sectatrice ; et puis, croisés aussi, beaucoup de créateurs pour qui l’art n’est qu’une thérapie. En somme des semi-sociopathes et des moitiés de psychotiques, peu d’anachorètes, beaucoup de mondanités, peu de passionnés, nombre d’exaltés, et du blabla interminable sans fin sans feu ni loin, le foin hic et nunc du culte… stop !

  58. Guenièvre

    @ Lector,

     » L’article de Christine S. et puis derrière le Télérama du bon goût… rhôôô ! c’est pas très antidoxique ça les amis… »
    En ce qui me concerne j’étais d’accord avec souris sur le principe uniquement : si l’on ne touche pas à l’art existant ( en ce qui concerne l’architecture ) on risque de transformer les villes en musée…Après tout dépend effectivement de l’artiste en question…

  59. Souris donc

    Merci Lector, où il est question d’esthétique.
    L’émotion esthétique est de l’ordre de l’indicible, de l’ineffable voire de l’effusion mystique. C’est beau parce que ça me touche. Sorti du nombre d’or, les mots pour le dire deviennent subjectifs, échappent à la communication, risquent d’être perçus par l’autre comme des nunucheries, et ne sont pas différents, pour l’œuvre d’art, de ceux employés pour toute beauté, un visage, un paysage par exemple. L’esthétique est aussi une question de mode, fortement conditionnée.
    Des œuvres sont aux oubliettes parce qu’elles ne correspondent plus aux critères du beau. C’est le mérite du musée d’Orsay d’avoir réhabilité la peinture académique ridiculisée sous l’appellation de peintres pompiers.

    Pour en revenir au coût pour la « collectivité ». Le mécénat est une activité noble, sauf quand il est coercitif pour le contribuable. Or le concept de rencontre de l’œuvre d’art hors les murs est du n’importe quoi avec les impôts locaux.

    http://www.musee-orsay.fr/fr/info/mecenat/soutenez-le-musee.html
    La fréquentation des musées est forte, les actions en direction du public populaire nombreuses, les conférences et ateliers ouverts à tous. Il y a aussi les externalisations des musées (Le Louvre à Lens, Pompidou à Metz). Le Louvre à Abou Dhabi a suscité des controverses qui ont coûté son poste à Françoise Cachin, la petite-fille de Signac, fondatrice du musée d’Orsay, virée comme une malpropre par Donnedieu de Vabres. Une femme formidable, décédée il y a 2 ans.

    Une critique de Verdier-Molinié contre Cachin et pour le mécénat privé, voire la privatisation des musées.
    Aujourd’hui, tous les grands musées ont des départements mécénat. Cela fait peur aux conservateurs quand ils voient arriver des diplômés d’HEC chargés du mécénat. Ils pensent certainement que ces nouvelles recrues aux nouvelles méthodes seraient une concurrence avec, en filigrane, l’idée que c’était mieux quand ils étaient entre eux !
    http://www.ifrap.org/Musees-la-peur-du-mecenat-au-nom-de-l-etatisme,625.html

    J’aime bien l’IFRAP quand il part en guerre contre la bureaucratie gaspilleuse des deniers publics, j’aime bien Pinault qui s’est délocalisé à Venise quand la bureaucratie lui a cherché noise à l’Ile Seguin. Cependant, la logique boutiquière est-elle mieux que l’entre-soi des conservateurs ?
    Encore un effort, et Verdier-Molinié trouvera le moyen de nous expliquer qu’on n’a qu’à vendre les tableaux de nos musées pour combler le trou de la Sécu ou rembourser la Dette.

    @ Skarda
    Tordre le cou au stéréotype du rejet de l’avant-gardisme des Impressionnistes (Salon des Refusés).
    Les Impressionnistes promeuvent des valeurs profondément bourgeoises, la nature, les paysages français, la jeunesse, l’hédonisme, le festif, le rejet de l’angoisse métaphysique. Ce sont des valeurs qui ont rapidement plu à un public bourgeois et réactionnaire. Et non leurs conceptions plastiques, nouvelles pour l’époque.
    (de grâce, ne prenez pas pour une insulte personnelle chaque fois qu’on ne partage pas votre point de vue. merci)

  60. Guenièvre,… « si l’on ne touche pas à l’art existant ( en ce qui concerne l’architecture ) »…
    Dans mes remarques ci-dessus il ne s’agit pas de ne pas faire évoluer, ou laisser évoluer, l’art vers d’autres formes plus ou moins heureuses. Il s’agit de ne pas abîmer un monument existant en y insérant quelque chose qui ne se marie pas avec lui. C’est, vis-à-vis des visiteurs, une tromperie sur la prestation offerte.
    Si un jour vous venez en Médoc, et si vous savez résister aux injures visuelles, je vous montrerai un joli château du 19e siècle dont le propriétaire a cru bon d’orner la façade d’une immense poutre métallique noire de section carrée d’un demi-mètre, de hauteur une quarantaine de mètres, plantée obliquement à quelques mètres. C’est une grue pour travaux ? Non, c’est de l’art…

  61. Lector

    erratum: « un saint géant »… hohoho, oh non mais n’importe quoi, un « sein » nom de d…
    complètement ufologique cette théorthographe

  62. Lector

    oui oui oui… la muséification… à voir… expliquez un peu plutôt. Ce sont les colonnes débiles qui muséifient l’espace qui ceint le musée je trouve… et la pyramide minuscule, simple puits de lumière tout au plus… tjrs mieux qu’un parking c’est sûr.

  63. Lector

    Chère musaraigne,
    oui, la subjectivité est essentiel en art, de toute façon ; en même temps qu’un sujet s’éduque. Les palpitations, il n’y a que cela de vrai. La peinture, ce sont les poètes qui en parlent le mieux. La mode… bien sûr vous avez raison… des canons de beauté… mais l’art est hors temps, le talent l’affranchi de la mode et de la date. Van Gogh aurait pu passer aux oubliettes mais qu’on y relègue quelques pompiers académiques n’est pas pour me déplaire : j’envisage très bien qu’on enterre un jour l’académisme iconoclaste de l’AC.
    Pour le reste vous m’en apprenez ! Vous savez, la Culture… les ministres successifs… l’actuel… aïe ! Je crois aux collectionneurs, aux amateurs éclairés… si mécène ou salle des ventes pourquoi pas… le reste… une désolation mienne : les artistes ne cohabitent plus vraiment, ils se croisent, la Culture les a mis en résidences… bon sentiment…
    Heu… keske connait Pinault à l’art en réalité ? Que dalle !
    Très bien votre réponse à propos des impressionnistes ! Soit dit en passant. Fortiche.

    Et mon salut à Impat.

  64. Lector,… « mon salut à Impat. »…
    Salut à vous, et merci pour vos commentaires toujours denses et brillants.

  65. Souris donc

    Subjectivité.
    Françoise Cachin m’a rendu un fier service. Et, accessoirement changé mon regard sur la peinture académique. Et comme chuis snob, encore plus snob que tout à l’heure, on me pardonnera de faire mon petit Saint-Simon :
    Françoise Cachin, outre d’être la petite-fille du peintre Signac, fut la fille du coco Marcel Cachin. Et l’épouse de l’historien Pierre Nora. Lequel est maintenant le compagnon… d’Anne Sinclair. Elle-même petite-fille du marchand d’art Rosenberg.

    C’était la rubrique People du « site d’élite » à ne surtout pas retoucher, il est parfait, aéré, une simplicité de bon aloi, de géniales illustrations. Mettre le consternant « site d’élite » entre guillemets n’est même plus nécessaire, ça a fait rigoler la blogosphère et c’est très bien ainsi, ça montre qu’on a de l’autodérision. Et puis, après tout, il existe des prophéties autoréalisatrices.

  66. C’est bien beau tout ça.

    MAIS qui a dit que la décoration giratoire est de l’art ? Les qq politiciens et décorateurs sur commande, tous intéressés, qui le prétendent, ne sont nullement des autorités en la matière.

    Il suffirait de la considérer comme de l’artisanat ou de la « déco » urbaine et utilitaire pour ne plus plonger dans la laborieuse définition de l’art, et surtout de ce qui ne l’est pas, forcément subjective, voire impossible, qui occupe ce fil.

    La même chose dite autrement : les ronds-points sont obligatoires. Dès lors :
    Vous mettriez quoi, dedans ? Des fleurs ? Il y’en a déjà pas mal. La « créature » au centre du rond-point est utile ; elle permet, entre autres, de se situer sur la route et dans l’espace urbain par rapport à un objet défini (une statue de vache, une guitare, que sais-je).

    Les ronds-points, sinon à toutes fins utiles identiques et anonymes, en deviennent des repères dans un environnement autrement uniformisé. Les fleurs, passablement semblables pour le commun des mortels, ne rendraient pas ce service.

    Et finalement, si une de ces « œuvres » sur cent fini par sortir du lot, voire devenir « classique », c’est déjà ça de gagné.

    L’évaluation qualitative est question de goût et largement d’origines socio-professionnelles.

    Voire des égos « artistiques », d’intérêts politiques et autres ; finalement semblables à ceux qui avaient donné naissance à la chapelle Sixtine et à la plupart des œuvres de Bach et j’en passe.

    Laissons cent fleurs fleurir, disait Mao ; il y’en aura forcément, certes pas toutes, des magnifiques.
    Et cessons de râler et faire la fine bouche et tortiller du c….

  67. Souris donc

    Bon, cependant la question du gaspillage de nos impôts reste entière. Mobilier urbain ou artriste

    Un petit HS.
    Accaparement de subventions :
    Je tournais laborieusement un papier sur la violente querelle de la musique contemporaine suite à la conférence L’Atonalisme, et après ? de Jérôme Ducros. Nicolas d’Ilys m’a coupé l’herbe sous le pied en trouvant la solution élégante : la vidéo de la conférence qui a mis le feu aux poudres. Et point. Chacun se faisant son idée. Je vous recommande de la visionner, vous ne regretterez pas l’heure passée,
    http://ilikeyourstyle.net/2013/08/20/lart-entarte-poeme-symphonique-pour-cent-heterophones/
    On peut cependant aller directement à la seconde moitié moins technique.

  68. QuadPater

    roturier :

    qui a dit que la décoration giratoire est de l’art ?

    Celui qui a inventé l’expression « art giratoire » !!

    D’après quelques informations de sources autorisées ( 😉 ) il semblerait que le cas le plus fréquent est l’achat de l’œuvre ronpointique par la commune (ou par deux communes si le carrefour appartient aux deux). Étant propriétaire, elle s’en occupe ensuite comme elle l’entend, le créateur – qui n’est donc qu’un fournisseur – n’a rien à dire.

  69. Souris donc

    Pour rester pargmatique, Roturier et Quad, on entretient déjà une armada de jardiniers dans toutes les communes, pourquoi ne pas leur confier la tâche d’exercer leurs talents créatifs ? Je suis sûre qu’ils vous trouvent une vieille brouette à fleurir, un puits en pneus à décorer, un arbuste méditerranéen à flanquer de jarres à huile, surtout dans les villes du nord.

  70. QuadPater

    Je n’ai pas d’avis particulier là dessus Souris, sinon que l’argent public devrait toujours être utilisé avec parcimonie. Je suis certain que de nombreux jardiniers seraient heureux de montrer leur créativité.
    Il est vrai qu’un objet inattendu au milieu permet de repérer le rond-point (« tourne à gauche au rond-point que y’a une huître au milieu, après va tout droit à çui que y’a une pomme de pin à l’envers »).

  71. roturier

    Exact, Quad. C’est utile comme repère et pas désagréable, ce rappel des futilités essentielles, au milieu d’une chaussée faite, somme toutes, pour mieux courir à sa perte.
    Ce qui n’empêche pas les fleurs. Avec brouette? Pourquoi pas.
    Et que le « créateur » soit fournisseur est parfait.
    Miche-Ange était fournisseur du pape et Bach, celui de plusieurs aristocrates.
    Vive le commerce et les bons comptes qui font….

  72. Lector

    à mon tour : j’adore vos commentaires Souris, cultivés sur une branche qui m’est chère (vous êtes du métier ou « simplement » passionné?), ils visent juste et peuvent devenir dès lors si agréablement divertissants, d’un humour pince-sans-rire qui a fait ma joie en lisant celui ci-dessus 11:25 ; ils possèdent un je ne sais quoi de discret ou de retenu, de bien mené, qui convient à une élégance que l’on ne rencontre guère plus que chez les mélomanes. Vous êtes à cordes mon cher ; quant à moi, plutôt cuivre, j’ai parfois le sentiment de faire plus souvent la fanfare que le bebop.

  73. Donc vous considérez Souris comme « mon cher ».
    J’hésite, moi, avec « ma chère ».
    D’accord, certes, désormais c’est la même chose, nous dit-on.

  74. QuadPater

    Lector, le pseudo version longue est « Souris donc », un impératif qui tient plus du conseil que de l’ordre, comme dirait un médecin*
    Bref, reconnaissez qu’un conseil aussi judicieux et généreux ne peut être donné que par une femme.

    ——————–
    * voilà que je plagie Hathorique maintenant !

  75. QuadPater

    … les bonzes amis.

    Un philosophe bavard aurait plein de choses à dire sur ces ronds-points décorés. Ce sont des endroits censés être attirants pour les piétons, comme un parc, mais leur surface est minuscule et il est interdit de la fouler.
    Un micro-parc au milieu de la route où on n’a pas le droit d’aller !
    Certains sont superbes. J’ai vu un rond-point joli comme tout avec des rochers, une cascade, un petit pont enjambant une mini-mare, un chemin parmi des plantes hautes… le tout interdit d’accès !
    Étrange.
    D’un autre côté, je ne me vois pas déclarer « allez les enfants ! on va passer la journée au carrefour de la Libération ! » (ils s’appellent tous comme ça).
    Ni, traversant une commune inconnue et séduit par la déco giratoire, garer mon véhicule et visiter ou photographier.
    Ces trucs sont faits pour créer une sorte de frustration.

  76. roturier

    Mais, Quad, c’est vous qui assimilez ça à un parc.

    Effectivement si la « déco » le suggère, multipliant végétation et arrangements floraux, l’erreur est possible.
    Mais c’est une faute d’architecture, voire d’urbanisme, de déguiser un rond-point en square ou en parc.

    C’est un rond point; dispositif utile à la circulation qu’il faut différencier de ses semblables.

    Frustration? Et pourquoi ne pas créer chez les citadins une frustration les poussant à rechercher l’environnement végétal et aéré pour lequel nous sommes faits?

    Quelle est l’alternative à une (bonne!) déco giratoire? Créer un autre type de frustration? La pub?

    On pourrait, et le cauchemar nous pend au nez, imaginer des ronds-points plantés de publicités, éventuellement mobiles, scintillantes, LasVegasiennes. Et on nous expliquera que ça comble les déficits municipaux.

    « Tournez à gauche au rond-point Samsung et tout droit jusqu’au rond-point Findus ».

    Continuez à râler et c’est ce vous aurez.

  77. QuadPater

    Frustration? Et pourquoi ne pas créer chez les citadins une frustration les poussant à rechercher l’environnement végétal et aéré pour lequel nous sommes faits?

    On peut, et les adultes peu névrosés que nous sommes devraient supporter cette frustration. Cependant c’est du pur sadisme !
    « Oh j’aperçois un petit coin bucolique verduré fleuri mignonou ! Oh p… de aaaaaargl c’est un faux ! »

    Je ne râle pas. Non je ne veux pas Samsung. Une bonne déco c’est du vert des fleurs des massifs, entretenus par les jardiniers de la ville.

  78. Lector

    si Souris est masculin ces posts possèdent des qualités que l’on attribue au féminin et l’ayant d’abord considérée femme je ne voulais pas porter atteinte non plus à sa virilité en le féminisant… j’ai vaguement cherché un accord qui pourrait identifier, sexuer, la personne derrière le pseudo… en vain ou pas assez…

  79. Lector

    @Quad; c’est ce qu’il me semblait mais bon…

  80. Souris donc

    N’en jetez plus, Lector ! Je ne suis qu’une amatrice, autodidacte de bric et de broc. De métier, je faisais plutôt dans le répressif et le contrôle, le genre qui jette un froid quand on le décline. L’art restaure alors votre self esteem, on s’adresse à vous dans un autre langage. Plutôt plus policé, sauf exception.
    Sur Ilys, ils contestent le droit à la musique de se prétendre un langage (une histoire de signifiant/signifié), je pense au contraire que c’est un langage qui s’adresse à d’autres « récepteurs », essayez donc de vous empêcher de marcher au pas avec la fanfare ou de ne pas remplir votre caddie au son de l’euphorisante musiquette. Il est vrai que le mot langage a un champ sémantique tellement vaste, la mode est langage, le corps est langage. Qu’est-ce qui n’est PAS langage ? Mais j’aime bien la démonstration de Ducros, quand il dit que la dissonance nous heurte autant que « Longtemps je me suis levé de bonne chèvre ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :