Les faucheurs d’éthique et le gavage des élites

fé1

« Ainsi quand on oppose l’élite à la masse, on est sans ressource pour comprendre comment un individu se hausse au-dessus de ses propres représentations collectives ».

Paul Ricœur.

Pour commencer il faut d’abord connaître l’origine du mot élite, et comme j’avance en terrain miné, je vais utiliser un bouclier lexical.

On apprend des dictionnaires classiques de la langue française, que « Élite » s’est construit à partir du mot féminin élit, ancien participe passé d’élire eligere, Il vient du latin classique legere renvoyant l’action d’élire (cueillir, enlever, trier, choisir) c’est à partir du XIV° siècle, que ce vocable prend le sens de élu, choisi, éminent, distingué, qualifiant ce qu’il y a de meilleur dans un ensemble d’êtres ou de choses, dans une communauté ou parmi divers individus.

Progressivement, on parle de l’élite de la noblesse, d’une profession ou d’un métier, bref de « faire élite ».

Au début du XIX° on trouve dans le très prestigieux «Dictionnaire de la conversation et de la lecture », dont Honoré de Balzac a été le directeur d’édition (1832-1839) la définition suivante : « élite » ce mot fait du latin « electus » choisi, indique ce qu’il y a de mieux, de plus parfait dans chaque espèce d’individus ou de choses, et désigne aussi cette opération mentale ou physique par laquelle on sépare d’un tout ce qui est de nature à en former l’élite.»[1]

La notion d’élite en introduisant le choix et l’élection qui permettaient de désigner les meilleurs mais pas forcément les plus compétents, renforçait la méritocratie républicaine s’opposant à la prééminence aristocratique des privilèges qui eux étaient octroyés parfois de façon arbitraire par une autorité à une personne ou à un groupe en dehors de règles communes.

Ce terme a subi une évolution au cours du temps mais dans notre société furieusement égalitariste il a une résonance très restrictive, comme si nos culturants endogènes avaient érigé des rangées de barbelés, ne reconnaissant que les élites soigneusement sélectionnées dont ils font partie intégrante, excluant tous les autres de ce champ de culture transgénique, pratiquant sur les esprits ce qu’ils réprouvent pour le maïs.

Déjà dans la Grèce antique, celle d’avant l’euro et l’ouzo, les héros de la Grèce assemblaient les élites, sauf les macédoniens qui étaient considérés comme Barbares parce que les Grecs ne comprenaient pas leur langue, bien qu’il s’agisse d’un dialecte grec. Archaïque, peu urbanisé, très continental, le petit royaume macédonien contrastait avec le monde grec. C’était un peuple de paysans et de pâtres même pas grecs qui habitaient des bourgades et ignoraient la vie urbaine et les bienfaits du vin rosé en été . La vie sociale et politique macédonienne était à l’opposé de la Grèce. Leur système politique était une survivance de l’époque archaïque : une monarchie héréditaire appuyée sur une aristocratie terrienne et militaire avec de violentes crises de succession, un peu comme chez nous Valls aimé de César et Taubira aimée de Césaire.

Cette société archaïque fondée sur l’élite, qui a quand même donné naissance à l’un des plus grands génies de l’Humanité Alexandre le Grand.

Bien des siècles plus tard, durant la Renaissance, bien sûr inspirée des anciens, la pensée de Machiavel a influencé la philosophie politique moderne. Le propos de Machiavel n’est pas de construire un État idéal car tous les citoyens ne peuvent pas gouverner, il faut pour cela des qualités qui ne se trouvent que dans le petit nombre, par exemple au hasard ces fameuses élites.

François Mitterrand avait dit-on comme livre de chevet « le Prince », pas le « petit Prince », celui là c’est le livre de chevet de l’actuel Président qui l’utilise pour équilibrer sa table de travail, c’est plus facile que de stabiliser les dépenses de l’Etat.

Machiavel fait du suffrage du grand nombre le meilleur moyen de déterminer qui composera le petit nombre des meilleurs. Ce qu’il traduit ainsi: si le peuple ne sait pas bien ce qu’il faut faire, il se trompe rarement pour désigner celui qui doit occuper les dignités et les charges, en fait il délègue le pouvoir de gouverner à ceux qu’il considère comme les plus compétents, comme exemple, par hasard toujours, ces fameuses élites.

« On doit donc remarquer que, quand on dit qu’une autorité donnée par de libres suffrages n’a jamais été nuisible à une république, on suppose qu’un peuple n’aille jamais la donner, sinon avec des précautions adéquates et pour un temps déterminé. Si, parce qu’on le trompe, ou pour toute autre raison qui l’aveugle, il la donne imprudemment et à la manière dont le peuple romain la donna aux « decemvirs, » alors il lui arrivera ce qui arriva à celui-ci ».[D,I, 35, 251/108].« Or il ne devrait jamais arriver dans une république des événements que l’on doive traiter avec des moyens extraordinaires. Car, bien que le moyen extraordinaire ait été profitable, néanmoins l’exemple est nuisible. Car on crée ainsi l’habitude de violer les institutions pour le bien de l’État, et ensuite, sous ce prétexte on les viole pour son malheur ». [D, I, 34, 249/107]

Machiavel étudie les relations entre le peuple et les grands et en tire une profonde opposition parfaitement résumée dans la phrase, toujours d’actualité :

« le peuple désire ne pas être commandé ni opprimé des grands, et les grands désirent commander et opprimer le peuple ».

Je m’interroge sur cette appropriation du concept de l’élitisme presque devenu un droit de l’homme, qui est utilisé comme une forme de nettoyage syntaxique, en attendant, comme ce fut le cas en Chine maoïste, le « grand bond en avant » de la révolution prolétarienne, qui grâce à une exacerbation artificielle de la lutte des classes élimina des millions de chinois. Ce fut les heureux temps du « Mouvement d’éducation socialiste »

L’élitisme n’est pas une maladie contagieuse, pas davantage un des symptômes de l’autisme, mais bien au contraire une connivence intellectuelle qui est aussi une des formes de l’empathie.

Ce qui me demeure inconnu c’est le mode de fabrication des élites qui je crois a peu varié au cours des deux derniers siècles : par couvaison, par portage, par gavage, par incubation, par tirage, par grattage, par gestation pour autrui.

Pour ma part, ma modeste part, je pense qu’il devrait il y avoir un Schengen des élites, la libre circulation des élites : c’est-à-dire que quelqu’un qui n’était pas membre de l’élite puisse y accéder et inversement dessaisir l’incompétent de sa qualité de membre de l’élite, ou encore instituer des « panem et circenses » : comme dans les arènes romaines « le combat des élites » on les appellerait les fêtes de Juvénal et on les célébrerait sur le Champ de Mars ou le Tocadéro, et le chef des élites distribuerait des « tocards d’or, d’agent et de bronze ». Le reste des élites non consommées servirait de repas pour les lions.

1] Sociologie des élites – William Genieys

L’auteur s’est librement inspiré de « Philosophie politique – la théorie de Elites » de Denis Collin.

36 Commentaires

  1. kravi

    Merci, Hathorique.
    Pour ma part, j’ai noté une fonction particulière du mot élite : il sert d’épouvan-tail à certains esprits étroits prétendants y voir la marque infâme de l’inégalité érigée en principe d’oppression.
    Pour moi l’élitisme est un des leviers de l’ascenseur social permettant de réduire les inégalités de naissance.

  2. kravi

    prétendant (raâh ! la dictée vocale non relue)

  3. hathorique

    Bonjour à tous

    Surtout ne croyez pas que je fuis, mais comme je le disais à Impat, je pars deux jours randonner dans le Vercors, non pas pour entrer en résistance, mais pour acheter des fromages frais, et si je ne réponds pas,
    c’est que je vais défendre la plus noble des cause celle qui me tient à coeur, bien à coeur : la fromagère .

  4. Bonne randonnée Noble Lionne ! Et merci pour cette mise au point salutaire !

  5. kravi

    Les fromages de cette région, berceau — secondaire — de ma famille maternelle, sont parmi mes préférés. Roblechon — je sais, on peut écrire les deux, mais chez nous on prononçait ainsi –, tomme de Savoie, Emmental, Beaufort, Abondance…
    Bonne marche et conservez-vous.

  6. Association d’idées indisciplinées :
    • « Les meilleurs mais pas forcément les plus compétents ». Aucun sens. Les meilleurs sont forcément les plus compétents. Dans les domaines où ils sont les meilleurs.
    • « La Grèce antique, celle d’avant l’euro et l’ouzo ». Touche pas à mon pote l’ouzo. Si ça se trouve précédait la Grèce, même antique. Et sera là bien après l’Euro.
    • « Valls aimé de César et Taubira aimée de Césaire ». Connu Hathorique en meilleure forme.
    • « Equilibrer sa table de travail, c’est plus facile que de stabiliser les dépenses de l’Etat ». Idem ci-dessus. Dire ça est encore plus facile.
    • « Ce qui me demeure inconnu c’est le mode de fabrication des élites ». Hérédité et cooptation, ma chère, oubliées sur votre liste. Pour ne pas dire népotisme. Pourtant les plus fréquents, aujourd’hui comme jadis. Je vous fais grâce de réitérer mon discours sur le fonctionnariat propriétaire de la France.
    • « Panem et circenses ». Du pain et des jeux de cirque, n’est-ce pas. Toujours en vigueur. Cf. « La fête de la musique ».

  7. Marie

     » le fonctionnariat propriétaire de la France. » que voilà une excellent image ! Depuis le temps que je considère que ceux qui devraient être à notre service ne le sont plus depuis un certain temps , qu’ils se servent dans nos poches en vantant le service public …. Suppression de l’ENA et des IEP et zou quelles économies… parce que des « élites » sorties de ces machines à fabriquer des fonctionnaires congratulent, et se croient sortis de la cuisine de Jupiter (petit clin d’oeil à Coluche)

  8. Puisque vous accentuez cet aspect je dois qd même rappeler, Marie, mon argument principal concernant la mainmise du fonctionnariat sur l’Etat et sur le pays.

    Cela n’a pas gd chose à voir avec le haro traditionnel sur les fonctionnaires (nombreux, privilégiés etc.) ; cela est la conséquence d’une règle française déjà ancienne ; devenue tellement naturelle que son aberration passe inaperçue, même aux yeux des intéressés.

    Celle permettant aux fonctionnaires de présenter une candidature à l’élection à un post électif politique (national, local, maire, député, conseiller général, régional, n’importe) sans risque car sans perte d’emploi ni de droits.

    Non-élu, le fonctionnaire, ayant simplement pris un congé sans solde pour la campagne, retrouve sa situation.

    Elu, il peut faire carrière politique de nombreux mandats, de durée illimitée ; au terme de laquelle, quelle qu’en soit la cause et si il le souhaite, il retrouve sa position de fonctionnaire ANCIENNETE de ces années CUMULEE.
    Il ne court donc aucun risque à tenter la carrière politique.

    Ce qui n’est pas le cas du commun des mortels gagnant sa croute dans le « privé » : allant à la chasse (du mandat), il perd (souvent) sa place. Normalement, pas suicidaire, il ne tenterait pas l’aventure.

    Ceci explique l’omniprésence des fonctionnaires, majoritaires dans les instances politiques gouvernantes, locales et nationales ; alors qu’ils sont minoritaires dans la population.

    Ceci imprime sa marque sur la nature profonde de la gouvernance française, dont les acteurs principaux, d’origine fonctionnaire, sont étrangers, voire hostiles, à l’économie « réelle », l’entreprise, l’industrie et le commerce.

    Ceci est à l’origine de leur fréquente incompétence dans ces domaines malgré une (souvent) longue scolarité; à l’origine du temps qu’ils mettent pour comprendre ce qu’une caissière d’hypermarché (exemple parmi d’autres…) sait depuis toujours.

    Ceci est à l’origine des difficultés de ce pays à se reformer ; à reconnaître et accepter le monde.

    Et surtout : ceci transforme la démocratie en farce.

    Car des deux droits fondamentaux du citoyen en démocratie : celui de voter et celui de présenter sa candidature aux élections, la majorité des Français est, à toutes fins utiles, privée du second.

    La France est donc, non une monarchie, mais une sorte d’aristocratie menée par une minorité inamovible, se perpétuant par hérédité et cooptation, n’ayant que le mot « démocratie » à la bouche.

    Et l’ENA et l’ENA et l’ENA….

  9. Marie

    @roturier
    Comment ne pas partager votre dernier commentaire:)

  10. hathorique

    Bonsoir à tous
    @ roturier
    Association d’idées indisciplinées :
    • « Les meilleurs mais pas forcément les plus compétents ». Aucun sens. Les meilleurs sont forcément les plus compétents. Dans les domaines où ils sont les meilleurs. »
    Si je puis me permettre ce désaccord les meilleurs ne sont pas les plus compétents, même dans les domaines où ils paraissent les meilleurs ,
    Le meilleur est celui qui possède le maximum de qualités requises pour répondre à certains critères d’appréciation, ce qui ne signifie pas qu’il possède les connaissances nécessaires pour résoudre des problèmes généraux ou même particuliers qui se poseraient à lui .
    Celui qui sort major de sa promotion de l’E.N.A ou de X.Mines et sera recruté dans les cabinets ministériels ou nommé à la tête d’une Administration est le meilleur d’entre eux, mais aura t il toutes les compétences nécessaires pour mener à bien les projets collectifs conçus hors de lui (c’est juste une image).
    Le compétent est celui qui est capable de porter un jugement de valeur dans un domaine dont il a une connaissance approfondie, ce qui signifie qu’il a les outils pour juger de l’efficacité pour la réalisation des projets qui lui sont soumis et surtout les capacités pour les mener à bien.
    Dans l’idéal, il faudrait une conjonction de ces deux qualités.
    Vous souvenez vous de l’arrachage systématique des haies et bocages préconisé par les politiques publiques de l’époque par les meilleurs des majors énarqués, pour agrandir les parcelles cultivables, les paysans leur disaient que ce serait nuisible pour la faune et la flore et ils avaient raison, maintenant sous la pression des associations de défense de la nature on reboise et on replante les haies anciennes
    et les politiques suivent.
    Vous souvenez vous des manifestations de cultivateurs contre la construction de Disneyland stérilisant les meilleurs terres arables de la Brie, projet porté à bout de bras par les politiques de l’époque dont je ne sais pas s’ils étaient les meilleurs ou les plus compétents
    Tout récemment encore l’aéroport de N. Dame de Landes projet des meilleurs ou des plus compétents ?

    Je ne parlerai pas en ce jour de rentrée scolaire des multiples réformes de l Education Nationale, dont j’ai perdu le décompte

    Pour les fonctionnaires élus vous avez fait mieux que moi leur panégyrique et si vous me le repermettez conforté mon propos, les meilleurs dans la démagogie, mais pas forcément les plus compétents pour l’exercice des responsabilités politiques.
    Et puisque vous faite allusion au Petit Prince : François Hollande gouverne et a mis en place dans son conseil le plus proche et les Administrations publiques presque toute la promotion Voltaire (1980) sauf Madame Royal et Monsieur de Villepin pour des raisons qui m’échappent, j’espère que ce n’est pas pour leur incompétence, sur le meilleur j’ai une petite idée.
    Sur la réduction de la dette publique, ce serait trop long et nous ramènerait aux fonctionnaires que je ne voudrais pas ici stigmatiser, car il y en a de très utiles et même indispensables.

    Pour faire fonctionner, sa boite à outils Monsieur Hollande est il le meilleur ou le plus compétent ??

    Mais soyons plus sérieux , L’histoire de l’ouzo est incertaine, il était connu en Asie Mineure sous l’Empire Ottoman et s’est répandu en Grèce avec l’arrivée des réfugiés grecs au début du 20ème siècle.
    L’origine du mot ouzo est aussi incertaine. Le plus probable est qu’il provient du mot turc « uzum » (grappe de raisin).

    Pour l’euro son destin pour les grecs sera peut être aussi incertain .

  11. « Mal nommer les choses augmente le malheur du monde », n’est-ce pas, Hathorique.

    Et une culture proche de certains ici (et pas vraiment loin des autres) dit même : «La parole décide de la vie et de la mort ».

    Nous ne savons rien faire d’autre que de donner des noms aux choses. Le tenter, au moins. Nos sciences ne consistent qu’à ça.

    D’où l’importance de donner toujours le même nom à la même chose ; ne jamais lui donner deux noms différents ; ne jamais donner le même nom à deux choses différentes.

    Difficile mais vital. Car sinon, on nomme mal les choses…

    « Le meilleur » est donc le meilleur. Ne pas confondre avec celui qui est considéré par certains comme tel. Il l’EST. C’est une définition.

    « Le plus compétent » est le plus compétent. Ne pas confondre avec celui qui est considéré par certains comme tel. Il l’EST. C’est une définition.

    Le meilleur pour diagnostiquer un problème est le plus compétent pour le diagnostiquer. Par définition.
    Le meilleur pour le résoudre est le plus compétent pour le résoudre. Idem.

    Peu importe et hors sujet si ce n’est pas toujours la même personne. Et la question « selon l’avis de qui » est court-circuitée ici ; on définit et on se conforme à la définition.

    Oserais-je dire rigueur mathématique ? Sinon, malheur au monde.

  12. kravi

    Je me souviens qu’un prix Nobel de physique dont j’ai oublié le nom avait été conseiller de Ronald Reagan. Je crois qu’il avait découvert une particule élémentaire ou quelque chose d’approchant.
    Ce compétent dans son domaine tenait des propos imbéciles sur le rôle des femmes dans la société.

  13. Souris donc

    Elite, Kravi
    Fi !
    Prononcez avec juste ce qu’il faut de dédain pour faire celui qui ne s’en laisse pas conter.
    Il faut qu’on entende les guillemets.
    Vous n’êtes pas dupe :
    Vous savez qu’il suffit d’être franc-maçon
    Vous n’ignorez rien du Bilderberg ni du Siècle
    Cahuzac a planqué ses économies de capilliculteur pour échapper au fisc de l’enfer fiscal qu’il a « contribué » à renforcer.
    Mais sans aller jusqu’à faire votre Jean-Marie Le Pen avec son « établissement ».
    Car dans ce cas vous passerez pour un beauf aviné et jaloux.

    Car élite fait piètre figure. On entend bien qu’élite est acoquiné avec consanguinité. Pire, avec sélection. La sélection, c’est pas bien, ça discrimine et assassine des tas de Mozarts des cités. C’est pourquoi les grandes écoles doivent y recruter avec des aménagements, des ménagements et des quotas. Descoings trichait un peu avec ses comptes mais n’en était pas moins visionnaire. Le quota, c’est la sélection mais en bien, ça discrimine positif. L’ascenseur refonctionne. Chance pour la France.

  14. Souris donc

    Roturier, vous galéjez là en forçant sur le radotage sentencieux ? Vous vous dépassez, je trouve…

    Sinon pour en revenir aux élites, dans leur Mystère Français, Todd et Lebras considèrent que la démoralisation des classes moyennes vient de l’inversion de la pyramide des diplômés (« éduqués »). Il y a maintenant plus de diplômés que de non-diplômés. Ce qui démonétise le diplôme, mais surtout ouvre une perspective négative comme disent les agences de notations, un gouffre de déclassement aux classes moyennes, pour elles et leurs enfants. Comme tout le monde est diplômé, il n’y a plus d’ascenseur social vers l’élite, mais il y a un risque de chute vers le bas, vers le sort des nouveaux laissés-pour-compte sans qualification et sans avenir. Ce qui, selon Todd et Lebras, expliquerait la dépression française (et la droitisation de l’opinion)

  15. Chère Rongeuse.

    Pourrais-je savoir quelles sont vos origines socio-professionnelles?
    Etes (étiez…) vous dans la fonction publique? Au fisc?

    Honnêtement SVP.

  16. « ne jamais donner le même nom à deux choses différentes. »
    Dans le registre sémantique:
    Un sou est un sou
    Le commissaire aboie
    Un cheval sans fin dans un labour aigri (René Char)

    Dans le registre syntaxique:
    La petite brise la glace

    Dans le registre lexical:
    Le car entre par la porte de l’est.

    Il est impossible de nommer les choses hors contexte, c’est ce qui fait la plasticité de la langue.

    « …entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé,… »
    Comment sait-on que l’on parle de torture ?

  17. hathorique

    « Le meilleur » est donc le meilleur. Ne pas confondre avec celui qui est considéré par certains comme tel. Il l’EST. C’est une définition.
    « Le plus compétent » est le plus compétent. Ne pas confondre avec celui qui est considéré par certains comme tel. Il l’EST.

    Il l’EST est un argument qui me parait davantage relever de la mystique biblique , que de la raison métaphysique Kantique des Kantiques

    Toujours avec votre permission j’y vois une légère contradiction quels sont donc les critères définissant le meilleur ou le plus compétent par tirage au sort, par cooptation, par affinités sélectives, par couleur des cheveux, la longueur de la barbe 🙂

    définition de la définition :

     » Analyse sémantique d’un mot par l’indication de son genre prochain et de ses traits spécifiques, et/ou par sa mise en relation avec un ou plusieurs autres mots du discours ou de la langue.

    Dire qui est le meilleur ou le plus compétent, c’est assurément parce qu’il est considéré comme tel par ses pairs, j’exclue les mères qui pensent toutes avoir enfanté les génies du siècle. Il y entre donc bien une notion de jugement et un critère de sélection, ce mot honni et banni de notre vocabulaire républicain

    Je viens d’apprendre qu’Einstein, ce génie mathématique jugé le meilleur par ses pairs, était un mauvais père et un époux exécrable.

    Pour le fromage je croyais que vous parliez de celui d’une certaine fonction publique, pour le vrai, vous touchez au sacré, je suis la vestale des fromages au lait cru du pays des chèvres qui ont la chance de ne pas être privées de boucs (émissaires ).

    Bonjour Souris,
    votre 15 H 34, c’est exactement cela, que vous avez résumé bien mieux que moi dans votre état des lieux,
    je dirais même état des vieux lorsque l’on regarde la tranche d’âges des politiques en responsabilité, de plus, même quant ils sont jeunes ils ont l’air vieux .

  18. Je précise donc ce que je voulais dire m’apercevant que ce peut être interprété dans un sens différent de celui que j’avais en tête : pour ainsi dire, par définition, il est impossible de ne jamais donner le même nom à deux choses différentes.

  19. Ne serait que parce que nous donnons le même nom à des choses des choses que nous voyons sous un angle différent.

  20. hathorique

    @ Kravi,

    Lorsque j’irai dans ces régions que je connais bien surtout le Beaufortin je ne manquerai pas de penser à vous en visitant les caves de Beaufort, bien plus agréables que celles dont parle Skarda
    Je partagerai avec vous par la pensée ce voyage au pays des odeurs et des saveurs .

  21. Guenièvre

    Le beaufort Hathorique, quelle merveille en effet !
    Mais un crottin de Chavignol avec un verre de Sancerre, je vous assure que ce n’est pas mal non plus !

  22. @ Hathorique.
    Rien de biblique ni de mystique dans mon discours. Mon point de vue est purement mathématique.
    « Il EST » est une définition.
    Le vôtre, en revanche, est idéologique voire affectif.
    Aucun doute: dans un domaine donnée, celui qui est le meilleur est le plus compétent.
    DANS LE MEME DOMAINE, dis-je.
    Le meilleur médecin d’un hôpital est le plus compétent EN MEDECINE.
    Pas forcément le plus compétent pour diriger l’établissement.
    Ni le meilleur père.
    Votre exemple d’Einstein illustre donc mon propos, pas le vôtre.

    @Tibor: nous sommes humains donc faillibles. Si nous voyons la même chose sous deux angles différents et croyons par l’erreur de perception ou de perspective qu’il s’agit de deux choses différentes, nous lui donnerions deux noms différents.
    Mais nous aurions TORT. Et nous mettrions du temps (une semaine? Dix siècles?) pour nous rendre compte qu’il s’agit de la même chose. Pour lui donner le même nom.
    Donner toujours le même nom à la même chose est donc une finalité à atteindre; souvent difficile.
    Et d’ici-là nous sommes en tort.

  23. hathorique

    Oui Guenièvre, définitivement oui les fromages de terroir ne valent que consommés avec les vins de ces mêmes terroirs , c’est mon éthique d’épicurienne

  24. hathorique

    « Aucun doute : dans un domaine donné , celui qui est le meilleur est le plus compétent.
    DANS LE MEME DOMAINE »

    Vous ne me semblez donc pas en contradiction avec ce que j’affirmais parlant de mandat électif :
    « La notion d’élite en introduisant le choix et l’élection qui permettaient de désigner les meilleurs mais pas forcément les plus compétents »

    S’agissant de nos élites politiques, le meilleur ne sera pas forcément le plus compétent hors de son
    domaine de compétence, le champ du politique qui est très vaste n’est pas celui de la raison mathématique, mais celui de l’idéologie et son corollaire l’affect .
    « le meilleur médecin, ne sera pas le meilleur maire ou député  » quelle sera sa compétence par exemple en matière d’urbanisme, de transport, de santé, d’éducation, ou autre.
    D’autant qu’à cause du cumul des mandats, de trop nombreux élus délèguent souvent les prises de décision qui devraient être de leur ressort à des personnes qui ne sont pas élues.
    J’ajouterais qu’un choix électif est presque toujours idéologique c’est sur des idées que nous élisons nos responsables politiques.
    L’idéologie se fonde sur des idées, et non pas sur la raison pure.

  25. Certes, certes, Hathorique. Je signe des deux mains votre:
    « Le meilleur ne sera pas forcément le plus compétent HORS DE SON DOMAINE DE COMPETENCE. ».
    Ce qui revient à mon « le meilleur sera forcément le plus compétent DANS son domaine de compétence ».

    Et, Idéfix comme pas deux, j’en tire une conclusion pratique sur le politique et la gouvernance:

    L’excellence scolaire est un domaine de compétence en soi; en dehors duquel les excellents peuvent bien s’avérer incompétents.

    Encore de l’eau à mon moulin ci-dessus 3/9 15:48. CAR:
    L’enfant de fonctionnaires et notamment de profs, prédisposé par hérédité et familiarité à l’excellence scolaire, pourrait bien finir à l’ENA.

    Où il atteindra, voir la loi de Parkinson et alia, son stade d’incompétence. D’où il nous gouvernera.
    Alors que RIEN de ce qui explique sa réussite scolaire ne le prépare à la gouvernance.

    Citons Régis Débray (assagi) : « ce n’est pas rien que de monter, à 23 ans, dans une voiture avec chauffeur et ne jamais en sortir ».

    Si je dis « pauvre France » Souris radoterait encore que je radote.

  26. roturier

    La fin de mon élucubration 09:50 me rappelle ma question à Souris hier 17:18.
    A laquelle rien ne l’oblige de répondre.
    Et rien ne m’interdit d’en tirer des conclusions.

  27. hathorique

    merci pour Debray , le révolutionnaire en culottes courtes, je ne connaissais pas cette phrase, preuve que notre échange fut fécond `
    Mais je ne parlais pas de la fonction publique, mais de la charge élective

  28. roturier

    MOI je parle de la fonction publique… Idéfix que je suis.
    Mille excuses d’avoir rebondi « sur vous » (si je puis…).

  29. La phrase de Machiavel citée par l’auteur: « il ne devrait jamais arriver dans une république des événements que l’on doive traiter avec des moyens extraordinaires. Car, bien que le moyen extraordinaire ait été profitable, néanmoins l’exemple est nuisible. Car on crée ainsi l’habitude de violer les institutions pour le bien de l’État, et ensuite, sous ce prétexte on les viole pour son malheur ». [D, I, 34, 249/107] »…
    Fut très discutée et est très discutable. Il semble bien que certains
    événements nécessitent une autorité forte qui en situation ordinaire serait insupportable. C’est la raison de l’article 16 de la constitution qui n’est pas sans danger mais n’est pas non plus inutile.
    Juin 40, mai 62, mai 68…

  30. roturier

    C’était la constitution de 1958; voulue par De Gaulle sachant ce qu’il allait faire en Algérie et se préparant au chaos/guerre civile.
    Dispositif sauf erreur jamais mis en oeuvre?
    On n’y est pas. Du tout. Heureusement.

  31. hathorique

    @ roturier
    Pas de problèmes nous sommes là pour ping ponger, comme on dit dans la fonction publique éducative soit avec un ballon de football « référentiel bondissant » soit avec un ballon de rugby un « référentiel bondissant aléatoire »
    Mais pour causer jeune, il parait que ces expressions sont des fakes, il y aurait donc à l’Education Nationale des « tronches de fakes » ??

  32. … « Dispositif sauf erreur jamais mis en œuvre? »…
    L’article 16 fut mis en œuvre en 1961 pour contrer le putsch des généraux.

  33. roturier

    @Hathorique 15:08.

    Attention, je ne tape pas ici sur les fonctionnaires en général ni sur l’EdNat en particulier. Voir mon 3/9 15 :48 ; « Cela n’a pas gd chose à voir avec le haro traditionnel sur les fonctionnaires (nombreux, privilégiés etc.) ».

    Mon propos consiste à pointer une aberration flagrante dans la sélection du personnel politique français, ayant des lourdes conséquences sur la gouvernance et la nature du pays.

    La majorité des fonctionnaires l’ignore vu que comme le reste de la population ils ne cherchent pas tous à « embrasser » la carrière politique.
    Et ceux qui le cherchent sont souvent de bonne foi ; même pas conscients de bénéficier d’un avantage indu, scandaleux et nuisible.

    C’est aussi naturel pour eux que les brioches pour Marie-Antoinette. Innocents.

  34. Souris donc

    Y a aussi Noam Chomsky, formidable linguiste, imbécile patenté dont on a pu mesurer toute la vacuité lors du ChomskyTour organisé par Daniel Mermet. Chomsky n’était plus qu’un vulgaire militant d’extrême gauche exhibé par Mermet capitalisant sur son expertise en linguistique.

    Où l’on voit qu’expertise dans un domaine n’est pas compétence universelle. C’est exactement comme la conscience sociale qu’on demande aux people d’exhiber. Et gare à celui qui n’est pas dans la ligne, plus de contrats, plus de boulot, plus d’invitation sur les plateaux.
    Josyane Balasko et Emmanuelle Béart ont donné des gages de bienpensance, Stéphane Bern a osé dire du mal de Patricia Clarke, mon Dieu, mon Dieu, le dilemme : comment dire à Bern qu’il faut pas sortir des énormités pareilles sans passer pour homophobe ?

  35. Souris donc

    Bien vu, Hathorique, comme toujours. Vous ouvrez un vaste débat, celui de la solidité et de la probité peut-être. La pauvre Batho sans répondant, sans expérience de rien sinon des syndicats étudiants, dont les hauts-fonctionnaires n’ont fait qu’une bouchée et qui n’a toujours pas compris ce qui lui était arrivé.
    Le pauvre Désir, même parcours, qui n’ouvre la bouche que pour dire des âneries mais arrange tout le monde parce qu’il ne fait de mal à personne.
    vaste débat aussi de la connaissance du terrain. le meilleur médecin n’est pas forcément le meilleur malade.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :