Raison sans conscience

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La confiance sans borne que nous accordons au pouvoir des sciences de la nature tient de la superstition. Les dévots qui se prosternent devant ce nouveau veau d’or veulent pour preuve de sa toute puissance les innombrables merveilles de la technologies, les fantastiques progrès de la médecine et les prodiges de l’ingénierie du vivant. Plus rien ne semble pouvoir s’opposer à la volonté de l’homme, à sa soif de savoir. Peut-on se poser la question de savoir ce que nous avons perdu sur le chemin du progrès ?

Il est un sujet que nous refusons soigneusement d’aborder : celui du sens de notre existence. Nous sommes, d’un certain point de vue, devenus des hommes insectes, fruit des lois de l’évolution nous ne pouvons prétendre à une quelconque supériorité sur le reste du monde animal, nous sommes un accident parmi d’autres. Nous aimons parce que cela nous a donné un certain avantage compétitif sur d’autres espèces, nous parlons pour la même raison, et très certainement l’art est-il une sorte régulateur des sociétés, gageons qu’il existe dans un laboratoire quelqu’un ayant une réponse à cette question.
L’homme objet étudié selon les mêmes protocoles utilisés par les entomologistes ou presque, est une chose, son existence n’a pas beaucoup plus de sens que celle du papillon qui finira épinglé dans une vitrine.

À l’homme qui se révolte contre l’inéluctabilité de sa propre fin, la science répond que ce n’est là que la manifestation de son instinct de survie, comme les poèmes d’amour écrits à l’être aimé ne sont qu’une stratégie pour assouvir son besoin de copuler pour assurer la survie de l’espèce. « Face à toute cette misère, la philosophie sourit de son sourire vide et, de son index tendu, elle renvoie la créature, dont les membres sont chancelants d’angoisse pour son ici-bas, vers un au-delà dont elle ne veut rien savoir » disait Franz Rosenzweig, la raison ne donne aucune réponse au sens de notre vie.

Il est peut-être possible de donner une interprétation réductionniste à l’émerveillement d’un artiste devant un cerisier en fleur, une telle interprétation ne rendra jamais compte de son expérience ni de celle de ceux qui viendront contempler son œuvre. Nous portons en nous, indépendamment de toute conceptualisation, la capacité de nous ouvrir au monde, c’est même notre forme d’être. L’homme est unique, il est seul à pouvoir contempler la création et ses splendeurs et à se représenter lui-même comme en faisant partie. Ne serait-ce que par cette capacité, l’homme doit pouvoir conjurer la malédiction de la raison qui voudrait le ravaler au rang d’objet et ne lui dit rien sur sa propre fin.

La conscience ne se réduit pas à la raison et elle n’est pas un épiphénomène de l’évolution, elle est notre être même : trouverait-on un hypothétique centre de la conscience que cela ne nous dirait rien de notre existence elle-même, de la signification de nos symboles, de l’émotion que suscite la vibration d’une corde de guitare.
L’objectivisme, ultime argument d’une certaine forme d’athéisme sensualiste, ne nous dira jamais rien de ce que nous sommes, c’est une illusion, il se condamne à ne jamais pouvoir se retourner sur lui-même : « je ne peux me regarder passer dans la rue » disait à peu près Auguste Comte, c’est très vrai et tout est dit. D’autres s’imaginent aisément se regardant passer dans la rue, ils ne créent pas de montres mais pourront écrire :

Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Baudelaire disait aussi que « ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière », l’esprit crée sans cesse, la source et la nature de ce foisonnement ne s’explique pas plus par la structure biochimique du cerveau que la nature de la lumière ne s’explique par le mécanisme de l’ampoule qui brille et qui s’éteint.

Avec l’objectivisme triomphant des sciences de la nature, nous rejetons peu à peu tout ce qui n’est pas oint par le scientisme dans le domaine des fariboles. Les statistiques et la simulation par ordinateur permettent d’habiller les théories les plus absurdes de la livrée scientifique et transmettre au peuple le verdict des augures. Mais le pire n’est pas là : nos sociétés et leurs principes moraux n’étant finalement que l’aboutissement du hasard à l’image de la termitière qui se construit selon les aléas des dépôts de phéromones de leurs habitants, tous les principes se valent finalement et seule prévaut la raison du plus adapté, c’est le credo des extrémistes libéraux, double monstrueux du matérialisme historique. La conscience est peu de chose face aux processus obscurs des mécanismes historiques inventés par sa fille à l’orgueil démesuré, la raison.

57 Commentaires

  1. Guenièvre

    Nous en sommes arrivés à décrire  » la chimie de l’amour » dans un livre qui porte ce titre…
    On imagine Gabin dans « Quai des brumes » disant à Michelle Morgan :  » T’as d’belles molécules tu sais !  »

    Tibor votre texte me fait penser à la parabole des papillons :
    « Un jour les papillons se réunirent, tourmentés par le désir de connaître la nature de la flamme. Un premier papillon alla jusqu’au château lointain, et il aperçut, à l’intérieur, la lumière d’une bougie. il revint, raconta ce qu’il avait vu. Mais le sage papillon qui présidait à la réunion dit que cela ne les avançait guère. un deuxième papillon alla plus près de la bougie. Il toucha de ses ailes la flamme et la bougie fut victorieuse. Il revint, les ailes brûlées, et raconta son voyage : Mais le sage papillon lui dit : ton explication n’est pas plus exacte. » Alors un troisième papillon se leva, ivre d’amour. Il s’élança sur ses pattes de derrière et se jeta violemment sur la flamme. Ses membres devinrent rouges comme le feu. Il s’identifia avec la flamme. Alors le sage papillon, qui avait regardé de loin, dit aux autres: « Il a appris ce qu’il voulait savoir. Mais lui seul le comprend, et voilà tout.  »
    La conférence des Oiseaux – Farid Uddin Attar- Adaptation Jean-Claude Carrière

  2. … « T’as d’belles molécules tu sais ! « …
    🙂

  3. Et Ikea dans tout ça?

  4. … « La conscience est peu de chose face aux processus obscurs des mécanismes historiques inventés par sa fille à l’orgueil démesuré, la raison. »…
    L’amertume de cette phrase finale fait montre d’une immense tristesse. Mais dans son pessimisme elle recèle aussi l’espoir car si « la conscience est peu de chose », en écoutant bien tous les humains que l’on rencontre, elle se laisse apercevoir. Il arrive même qu’elle guide nos actes, en dépit de la raison.

  5. rackam

    Bel emportement, Skarda, à relire et emporter avec soi sur l’île déserte de notre conscience.

  6. Guenièvre

    « La confiance sans borne que nous accordons au pouvoir des sciences de la nature tient de la superstition »

    Oui, peut-être parce que tout ce qui pouvait autrefois représenter une transcendance ou une autorité s’est en grande partie effondré . Seule la « vérité scientifique » a encore le pouvoir de s’imposer à tous, c’est la seule référence qui peut encore être commune.
    En même temps et vous le dites bien en employant le mot  » superstition » je trouve que la science d’aujourd’hui avec la vulgarisation , ne nous rend pas plus rationnel, bien au contraire. Comme elle a déjà réalisé des choses qui semblaient impossibles pourquoi ne réaliserait-elle pas tout ce que l’on peut imaginer ? Voir tous les fantasmes autour du clonage et des nouvelles techniques de reproduction…

  7. Nous sommes en train de griller j’en ai bien peur Guenièvre.

  8. Si peu, Impat, si peu. Au Japon, les moines zazen se sont spécialisés dans les funérailles. Une des plus belles expressions du spiritualisme bouddhiste (athée, rappelons-le) s’est spécialisée dans un business, les Japonais vivent un désespoir confortable semblable au notre.

  9. Je suis vraiment triste en lisant ce fil… Si représentatif de cette France que j’ai aimée et que j’aime encore…
    Je ressens un abîme entre cette rive de la mer Méditerranée et celle qui effleure Nice ou Cagnes-sur-mer où je me baignai, il y a longtemps…
    La maladie française n’est-elle pas une dépression collective?
    Chaque jour j’entends dès 8 heures les parents qui amènent leurs enfants au « gan » (gan=jardin).
    Chaque jour je vois plein de femmes enceintes, porteuses d’avenirs, et je me dis que je suis dans un pays sain…

    Je me sens presque coupable de vous dire cela, à vous d’Antidoxe qui êtes mes amis, à vous de France.
    Je suis moi-même d’une famille française dont les racines remontent au moyen-âge, et je souffre…

    De ne pouvoir rien faire en France, mon choix stratégique a été de venir ici à Ashkelon.

    De tout coeur avec vous!

    Et Shana tova!

  10. Tout à fait Guenièvre, c’est ce qui m’effraie le plus dans toute cette histoire qui nous a agité en France et qui nous agitera encore je l’espère, on chamboule tout ce qui touche au sacré pour la seule raison qu’on le peut et que la moraline le justifie.
    Être rationnel ne permet pas d’aborder le sacré, ce sont d’autres capacités en nous qui nous permettent de le faire, et je crois que cela n’a non plus pas nécessairement à voir avec Dieu mais avec avec ce qui brille en nous athées ou pas. Pour ceux qui ont la foi, c’est l’oeil par lequel Dieu nous voit et par lequel nous voyons Dieu comme le disait à peu près Maître Eckart.

  11. kravi

    Tibor, j’ai peu de temps pour développer et ne dirai que ceci : je ne peux concevoir de pensée sans support physique.
    Cela n’a rien à voir avec un scientisme de mauvais aloi. Je ne cautionne évidemment pas les délires scientistes ou technologiques des apprentis sorciers dénués de conscience morale.
    Il me semble que votre dernier paragraphe confusionne les deux acceptions du mot conscience.

  12. Kravi, le support physique est le point essentiel, je ne crois pas que les bouddhistes pensent autrement, la question est de savoir si ce qui est essentiel en nous est la pensée justement.
    La confusion est délibérée, c’est de notre éveil en tant qu’homme, de notre conscience que naît la conscience morale.
    Ce que j’ai voulu dire, ce que je crois, c’est que la spiritualité qu’elle soit immanente ou transcendante découle de la conscience qui est notre être même, qu’elle est inaccessible à la raison qui la nie. Il n’est pas anodin qu’irrationnel soit synonyme de fanatique, incontrôlé, obscure. Le terme même de ‘Lumières’ veut tout dire. L’aveuglante clarté de la raison nous empêche de voir cette autre lumière en nous, qui nous est nécessaire pour éclairer d’autres lieux, d’autres recoins de nos âmes.
    L’opposition entre athées et théistes n’a pas beaucoup de sens en dans cette perspective.

  13. Guenièvre

    Il faut retrouver la sagesse grecque qui consiste à éviter la démesure et qui considère la limite de manière positive et l’illimité de manière négative alors que nous faisons aujourd’hui exactement le contraire. La limite est ce qui définit les choses, ce qui les fait surgir du néant en traçant une figure. La « rationalité’ qui engendre la démesure n’a plus rien à voir , à mon avis, avec la raison. Une pensée qui, pour reprendre cet exemple, élabore des théories et des pratiques de clonage n’est pas gouvernée par la raison mais par l’inconscient .

  14. « La limite est ce qui définit les choses, ce qui les fait surgir du néant en traçant une figure. »
    Je retiens !

  15. Lisa

    Tout cela me rappelle ce q’à dit le serpent à Adam et Eve.

  16. Lisa

    La vertu d’espérance existe t-elle dans la religion juive ?
    Ici il faut la cultiver….

  17. desavy

    Bonsoir à tous.
    C’est curieux, j’ai plutôt l’impression de l’existence d’une méfiance envers la science. Le nucléaire ou les OGM sont un exemple de cette méfiance, qui se transforme souvent en peur irraisonnée. Le principe de précaution, si cher à JC et aux écolobobos aurait empêché le feu d’être inventé.
    La sagesse grecque certes, mais dans une civilisation très peu technologique. Lorsqu’elles ont eu l’occasion de le faire, les cités grecques ont montré leur sagesse en se livrant des guerres acharnées.
    Lorsque l’homme peut faire quelque-chose, il le fait. Connait-on des inventions, des techniques qui n’ont pas été utilisées ? L’homme ira jusqu’au bout du bout.

  18. « Être rationnel ne permet pas d’aborder le sacré, (…) »

    Est-ce bien sûr? Et quelle est la frontière entre le rationnel et l’irrationnel?

  19. Yaakov Rotil

    D’accord avec vous, Kravi, mais ne peut-on pas concevoir une âme sans support physique?

  20. Desavy, je crois que vous avez raison, mais votre analyse ne s’oppose pas à celle de Skardanelli.
    On peut être méfiant envers la science, et on l’est, mais prosterné devant la raison au point d’occulter la conscience.

  21. Lector

    un bravo pour votre texte et ce commentaire; j’adhère.

  22. Lector

    Pour Tibor, à Rotil…

    La dépression collective française ?
    Français, nous assistons à la dissolution de notre pays –qui a offert au monde les valeurs qu’ont construites nos aïeux– dans le piège régionaliste et fédéral européen.
    La francophonie (des pays du sud et de ceux de l’est) réduite sous l’hégémonie d’une langue véhiculaire et l’universalisme pris dans la tenaille anglo-saxonne, anglaise et germanique, que reste-t-il de notre séjour ? Un souvenir de plus en plus lointain. Celui d’une langue, qui disparaît sous l’oppression vernaculaire, celui aussi d’une idée, d’une pensée qui avait conquis le monde par l’esprit.
    Une minorité de bretons, basques et corses se réjouissent sans doute de ce que la France sera bientôt découpée en länder et l’Europe en états vassaux d’une administration sous tutelle.
    Il y a là de quoi être triste et amer. Ce qui explique le déploiement festif, i.e. l’aveuglement volontaire de nos contemporains autant que l’écran spectaculaire que dressent nos élites ou nos élus, comme un linceul bariolé qui recouvre le cadavre de la souveraineté des peuples, autrement dit de la démocratie, littéralement.

    L’universalité des droits de l’homme, donnait au citoyen sa foi –et celle de celui-ci pouvait s’enrichir de celle du croyant–, un sens à sa vie : celui à tout le moins d’exister pour faire vivre cette idée.
    Le testament laïc ne trouve pas de descendance chez le catéchumène européiste qui nous commande de synchroniser l’horloge française à l’heure mondialisée d’une harmonie fictive.
    Nous mourrons et cette mort n’est pas belle car sans renaissance ; les Immortels la savent vide de sens.
    Nous sommes des mohicans, les avant-derniers sans doute –quoi de plus terrible quand nous allons disparaître coûte que coûte. Ce territoire qui nous a fait, cette langue qui unit notre tribu, se meurent sous les traits de félons à qui nous versons un injuste tribut. Ajoutant à notre fin prochaine et intime celle de notre Histoire, comme sous le joug d’une haine qui mine le jour et ourdit notre soir, nous devinons notre sort. C’est l’ADN de la France qui est détruit dans la spirale de cette double éclipse, nous ne chantons plus la Marseillaise mais l’apocalypse.

    Le temps s’est arrêté. Nous ne comprenons plus pourquoi nous vieillissons et le comment se préoccupe davantage de maintenir l’illusion d’une jeunesse éternelle. Nous gaspillons chaque grain de notre sablier sans plus penser à l’offense qu’ainsi nous infligeons à la vie, obnubilés que nous sommes par les affronts que les années font au corps. L’index de l’horloge pointe-t-il encore notre cri lorsque l’heure déploie ses minutes comme le paon ses plumes ? Qui oserait dire que c’était écrit ne le ferait sans quelque amertume.
    Mais si dans le port d’Ashkelon, y a nos voisins qui prient, non loin de Tel Aviv, pour que la France vive, alors, pour que trompettes sonnent, à nos amis épris, et que France rayonne, je veux dire ceci : de la perfide Europe subissant le ravage en jour répété d’Azincourt nous louerons le proche sevrage ; de la France c’est l’ultime recours si à peu qu’elle se rende à merci. Priez pour que France ne brûle ni jamais ne déchoie, priez pour qu’elle ne capitule, en votre cœur taisez le désarroi. Frères de Jérusalem, et toi d’Ashkelon, qui lamentez notre sort au temple d’Hérode, priez pour notre schème aimé qui étalonne, dans les cœurs, cet amour des humains qui s’érode hélas, et lasse de fatigues interlopes, verrez la France se séparer de l’Europe.

  23. kravi

    Précisément, Rotil, c’est ce que je ne peux concevoir.
    Je respecte absolument ceux qui cherchent quelque lumière en dehors de notre monde physique pour tenter de donner un sens au chaos. Je les envie, mais pour ma part je ne le puis. Croyez bien que je le regrette.

  24. Lector, votre texte est magnifique…mais il s’égare. Néanmoins il rejoint l’article en ce sens que ceux qui verraient… « la France se séparer de l’Europe. »…assisteraient à une France qui peut-être conserverait son âme, un temps, mais se trouverait séparée de son corps. Et, à terme, mourrait.

  25. Lector

    Merci Impat. Toujours un peu je m’égare et souvent sans crier gare… je dis, moi, que si la France en régions rétrécit à mesure que l’Europe grossit, c’est qu’on ne les aime plus et que cela ajoute à l’absurde que le rationalisme occultant la magie de la conscience a instillé à son corps défendant. Pour le reste, puisque j’ai fait promesse d’un billet sur ce thème, eh bien nous en reparlerons.

  26. Finalement donc:

    Nous tombons dans un état dépressif si aucun « irrationnel » ne permet à nos âmes de s’épanouir. Une distribution gratuite de smartphones (puisque c’est actuellement le cas) ne fait pas l’affaire.

    Mais nous sommes des bêtes de troupeau; nos âmes ne s’épanouissent qu’en grappe; leur épanouissement, un luxe ET une nécessité, n’a rien d’individuel, de solitaire.

    Pour que s’épanouissent les âmes il faut que fleurisse l’âme du troupeau, La Nation.
    Rien de mieux donc que qq bonnes guerres pour chasser mélancolie et dépression.

    On dirait une nouvelle loi de conservation comme celles de Newton (énergie, masse…). La somme des bonheurs, matériel et spirituel, est constante. Si le premier augmente, l’autre baisse.

  27. roturier

    Que ce que je raconte?
    Moi aussi je m’égare. Donc je me gare.

  28. Oui, Lisa, je dirais même qu’elle est essentielle, centrale ou même « centrante » si je peux oser ce vilain néologisme…

  29. Yaakov Rotil

    Lector,

    Votre très beau commentaire nous rend impatient de lire un billet de vous.

  30. kravi

    Tibor, vous dites : « la question est de savoir si ce qui est essentiel en nous est la pensée justement ». C’est en effet la question. Pour ma part, je le crois. Mais les mots pensée, raison, conscience ont tous des acceptions différentes. Ainsi que, Rotil, âme.
    Opposer conscience et raison — au motif que des idéologues veulent nous vendre le consumérisme comme but ultime de l’humanité, ou que des savants fous nous concoctent le meilleur des mondes sans trop réfléchir aux conséquences de leurs expériences, ou encore que des manipulateurs politiques assurent leur réélection par des textes de loi aussi démagogiques qu’inconséquents — me semble erroné et réducteur.
    Nul besoin d’être croyant pour essayer d’être quelqu’un de bien. Nul besoin de spiritualité pour tenter d’acquérir une conscience morale et accepter l’altérité, i.e. la reconnaissance de l’autre comme un autre soi-même.

  31. Il existe une technique de guérison par la faim. Un régime draconien, allant jusqu’à plusieurs semaines, est susceptible, nous dit-on, de guérir maux physiques et spirituels.

    L’optimisme et l’énergie nous sont donc insufflés par le message « danger », croissant et durable, transmis au cerveau par des terminaisons nerveuses.

    Autrement dit, l’absence du danger (physique, concret, éventuellement mortel) provoque dépression et mélancolie ; la disparition d’une raison d’être.
    Nous, troupeau, ne sommes pas faits pour l’absence du danger. Il faut vivre dangereusement.

    Suis-je, Maître Lector, ici et hier 23 :56, hors sujet ?

  32. Guenièvre

    @ Desavy,
    Ce n’est pas parce que l’on ne suis pas un précepte qu’il est mauvais. Ce n’est pas parce que les Grecs n’ont pas toujours fait preuve de sagesse que cela condamne la philosophie élaborée par certains auteurs ou contenue dans les mythes. Je crois que le « Connais-toi toi même » qui signifie  » Sache que tu es un homme avec des désirs et des préjugés  » ainsi que le « Rien de trop », toute cette condamnation de l’hubris qui n’apporterait que le malheur est à redécouvrir aujourd’hui.
    Je comprends bien ce que vous voulez dire et il ne s’agit pas de condamner la science mais de se pénétrer du fait qu’aujourd’hui elle ouvre sans doute davantage de possibilités technologiques que de moyens d’en prévoir et d’en maîtriser les effets. C’est là que ce que dit Tibor est important :le scientifique ne doit pas se perdre dans ses raisonnements et agir sans conscience. Il doit se poser certaines questions . En ce qui concerne les biotechnologies se demander par exemple si on agit seulement en fonction d’un motif thérapeutique …
    Mais bon je suis assez d’accord avec votre dernière phrase : » L’homme ira jusqu’au bout du bout », reste à savoir ce qu’il y a « au bout » !

  33. Lisa

    Merci, « centrante » me permet de mieux comprendre, vive les néologismes.

  34. Lector

    Je crois que vous êtes en plein dans le sujet, Elève Aventurier… que Tibor a lancé ou auquel nous invite son texte.
    Si nous considérons l’art ou ‘l’idée’ comme partie de ‘l’irrationnel’ ou du ‘divin’ je ne peux qu’être d’accord avec votre première phrase de 23:56.
    En grappe ? C’est possible. Sûrement. Tenez, je pense au Cat that hated people de Tex Avery… de là à Céline… enfin je m’comprends…

    http://www.wat.tv/video/the-cat-that-hated-people-13h71_2gfw9_.html

    Troupeau ? Guerres ? Belle paire…
    Pour sortit de la mélancolie, ça ! Enfin, c’est surtout le général 5 étoiles que ça distrait.
    La Nation, en tant qu’idée républicaine…
    J’aime assez votre théorie conclusive.
    Quant à votre 9:35 il me parait bien résumer… pardon, il m’intéresse, je le trouve assez juste pour ma part, nonobstant son identification de l’optimisme à ou par la neurologie… danger et adrénaline, pour ça d’accord, l’optimisme en revanche, dans cette affaire… notion vague plus encore que celle de nation ; lequel d’optimisme ? Prenez la parabole que l’on nous sert chaque fois qu’il est en question du verre à moitié rempli, je prétends que l’optimisme qui voit le verre à moitié plein est de nature passive. S’il en est un. L’optimiste devrait être celui qui, voyant le verre à moitié vide, demande qu’on le lui remplisse.
    Mais je ne fais ici qu’un ménestrel, Tibor vous entretiendrais sans doute mieux que je ne puis le faire de ces notions que la philosophie explore.
    D’accord avec vous : nous, humains, nous ne sommes certainement pas fait pour « l’absence de danger » comme vous l’avez écrit, et c’est le « désespoir confortable », tel que Tibor le nomme, qui nous le dit.
    Et si nous pouvons nous passer de religion nous ne saurions être sans spirituel.

  35. Comment se fait-il que personne ici n’a encore cité Rabelais:
    « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »?
    L’avantage du francophone tardif et autodidacte…

  36. Ah bon? Mais j’aurais juré que cette phrase était de Goethe…

  37. Yaakov Rotil

    Ou de Puccini… Trou de mémoire!

  38. Lector

    Erratum : …dont Tibor vous entretiendrait ; bien sûr. Fffff ! Cette orthographe française de malheur ! (en plus pour quelqu’un qui voudrait défendre le français… et l’autre jour j’ai même commis un anglicisme en écrivant connection en place de connexion… ‘tain d’interférence !)

    @Rotil, merci Yaakov… et, c’est ce que je supposais en postant :  » bon alors il l’envoie son papier ! « 

  39. Lector

    Ouiiii ! Bravo Roturier ! Rabelais bien sûr….

  40. roturier

    Naturellement Tibor ne l’ignore pas vu que le portrait en illustration est celui de Rabelais.
    J’enfonce donc des portes ouvertes.

  41. Lector

    @Roturier (suite à vote rappel de Rabelais)
    Tenez, je vous offre un aphorisme que j’avais construit dans ma jeunesse :  » La génétique ? Retirez-lui l’éthique il ne reste que la gêne… »

  42. Lector

    quel nul je fais, je me disais bien que je connaissais ce portrait… mais voilà j ne dors pas assez….

  43. roturier

    Retirez l’éthique à l’informatique, elle restera informe.
    En revanche, retirez les tiques à mon chien, il restera Colley Barbu.

    Moi aussi, je ne dors pas assez.

  44. Lector

    Hahaha! : le JT du soir fait la même citation de Rabelais ! France2 lit Antidoxe ! 😀 😀 😀

  45. Je suis crevé, je réponds demain. Juste un mot Kravi, je ne crois pas que la spiritualité suppose que l’on croit que que queque chose persiste de nous après la mort, je me suis mal exprimé, c’est en tout cas ce que j’entends par spiritualité immanente.
    Lector, quelle plume !

  46. Lector,… « France2 lit Antidoxe ! »…
    Bonne nouvelle, le JT va s’améliorer…

  47. QuadPater

    Enlevez sa roture à un roturier, il reste l’œillet.

    in Q. Pater, « Couenneries Cosmiques« , opus XLII

  48. Cher Kravi,

    Vous dites qu’opposer conscience et raison vous semble erroné et réducteur. Tout d’abord je ne les oppose pas, j’affirme seulement à la suite de Kant que la raison ne peut rien dire de Dieu par exemple, et suivant Rosenzweig je considère que l’existence et son expérience sont antérieure à la raison : avant même de raisonner nous avons une expérience du monde, de notre être et de Dieu (que ce soit pour l’accepter ou le rejeter). Ce qui est en jeu ce n’est pas une opposition de la raison et de la conscience mais une brisure de la totalité de l’être qui a longtemps dominé notre civilisation (des iles ioniennes à Iéna pour reprendre l’expression de Rosenzweig) en trois entités Dieu, l’homme et le monde. Ce qui peut donner à penser que j’y vois une opposition c’est mon refus de la prétention de la raison à toujours vouloir reconstituer cette totalité.
    Je crois que la conscience de soi, de Dieu et du monde précède la raison et qu’elle s’y soustrait en grande partie. Ce qui fait dire à Kant que tout principe moral doit valoir de façon universelle, que c’est à ça qu’on le reconnaît comme tel, ne dit rien de pourquoi cela nous semble évident, il est des choses sur les fondements de notre être qui ne sont pas accessible à la raison, et je réfute les explications biologiques à ce sujet, l’éthique n’est pas un avantage compétitif dans la course à la survie, pas plus que l’acte créateur. Je considère que ces principes sont partie intégrante de notre conscience, de notre ouverture au monde qui a son autonomie propre.
    Voilà, je ne fais pas de procès à ceux qui considère qu’il n’y a rien sans support physique, je dis seulement qu’il me semble que même dans ce cas ce qui est antérieur à la raison : le sacré, l’art, la morale enfin tout ce qui fait notre conscience, tout ce qui s’impose à nous avant que même que nous raisonnions mérite la plus grande considération.
    L’évolution de la morale, le refus du sacrifice humain par exemple, n’est pas le résultat d’un principe darwiniste, l’amour de l’autre n’est pas un instinct même si il commande de manière aussi impérieuse.
    Je n’ai nul sentiment de supériorité, en tant que théiste, en tant chrétien, sur mes frères et mes sœurs athées, je tends seulement une main, n’avons nous pas une même lumière intérieure ?

  49. kravi

    Tibor, merci d’avoir pris le temps de me répondre. Je ne suis pas aussi armé que vous en matière philosophique et, quand bien même j’en aurais envie, ne saurais discuter ces différents points.
    D’évidence, la conscience de soi – tout au moins la fine couche qui recouvre l’inconscient – et du monde précède la raison. Mais  » la conscience de Dieu  » ? Le sacré, l’art, la morale ne me paraissent pas relever d’une métaphysique. Ce sont là créations humaines, certes magnifiques, admirables, échappant au domaine de la stricte raison. Est-il besoin de l’intervention d’un dieu pour les expliquer ?
    Ne peut-on s’extasier sur la perfection de la nature — et de la culture quand elle élève l’humain et l’éloigne du chaos, ce qui est loin d’être toujours le cas — sans verser dans une croyance en dieu ?
    Je ne veux pas réduire votre foi — ou spiritualité, choisissez — à un besoin de réassurance, de consolation ou de merveilleux. Vous avez de toute évidence réfléchi beaucoup plus que moi à ces choses.
    Et je ne veux pas plus convaincre que  » nous n’avons pas besoin de cette hypothèse « .
    Du respect mutuel avant toue chose.

  50. « Est-il besoin de l’intervention d’un dieu pour les expliquer ? »
    Non je ne crois pas, et c’est bien ce que je voulais dire, la spiritualité n’est pas le domaine des théistes
    Ne peut-on s’extasier sur la perfection de la nature — et de la culture quand elle élève l’humain et l’éloigne du chaos, ce qui est loin d’être toujours le cas — sans verser dans une croyance en dieu ?
    C’est j’entends par spiritualité immanente…

    Pénètre-toi bien de ceci: un jour, ton âme tombera de ton corps, et tu seras poussé derrière le voile qui flotte entre l’univers et l’inconnaissable. En attendant, sois heureux ! Tu ne sais pas d’où tu viens. Tu ne sais pas où tu vas.
    Omar Khayyam

  51. kravi

    Ma foi, si je possède sans le savoir une spiritualité immanente, j’en suis heureux. Je continue cependant à penser que mon existence n’a pas plus de sens que celui d’un éphémère ou d’une galaxie dans le chaos du monde. Et si je me trompe, tant mieux.

  52. desavy

    Je ne sais pas, Guenièvre, si le scientifique se pose des questions. Mais il me semble que nos dirigeants s’en posent beaucoup et qu’ils ont créé un certain nombre d’instances chargées de réfléchir à ces questions. Ces comités Théodule n’auront sans doute aucune utilité mais la volonté est là.
    L’autre solution serait d’interdire toute trop grande avancée technologique dans le cadre d’une dictature.

  53. desavy

    @ Impat (9 septembre 20 heures 39)

    Notre ami évoque une « confiance sans borne ». C’est cette confiance sans borne qui pour moi n’existe pas.

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