La Brouderie de Marie. 1/4.

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La Brouderie de Marie, histoire d’une fontaine.

 Oyez, oyez braves gens, approchez, ici va commencer le mystère, comme jadis au porche des cathédrales. N’ayez pas peur, point de leçon de catéchisme, ni de sermon du curé de Cucugnan, à vous promettre l’enfer, et vous faire compter vos péchés sur vos doigts tâchés de mûres ou d’encre. Ici votre modeste serviteur s’en vient juste vous conter des histoires, pas besoin d’être grand clerc, ni diplômé de théologie, pour écouter mes chapitres; voyez-moi plutôt comme un bateleur du Bon Dieu, un clown de Marie, pardi c’est qu’elle aimait faire des risettes à son petit la Marie, c’est qu’elle adorait rire et chanter, et se promener dans la campagne, et quand son doux Jésus s’en va dire à sa troupe de bonshommes bien tannés, qui n’avaient d’yeux que pour le bouc et le poisson, « regardez les fleurs des champs.. », vous reconnaissez tout à fait le fils de sa maman. Elle Marie, je crois l’entendre à la promenade, « regarde Jésus, regarde les fleurs des champs, » et Jésus qui lui faisait des bouquets, et qui courait si vite qu’il se cassait la figure,… « mais non ne pleure pas mon petit bonhomme, ne pleure pas mon gros bêta,  maman va souffler et puis tiens, tu vois la source ici, tu vois comme elle belle l’eau de la fontaine, donne ta petite main, on va juste la tremper dedans et tu ne sentiras plus rien. »

Tenez pour vous mettre encore un peu plus dans l’ambiance de ma petite parlerie, souvenez-vous quand vous étiez sur les genoux de votre maman, et qu’elle vous apprenait toutes les choses de la vie, des plus ordinaires aux plus spirituelles,  et que bien entendu il n’y avait pas de séparation. Elle avait peut-être commencé par joindre ses mains qui sentent bon la marjolaine et le romarin, sur les vôtres et vous apprendre les mots du « Je vous salue Marie », mais ensuite vous ne vous souvenez même plus très bien comment elle est passée de l’un à l’autre, ça continuait par des chansons qu’elle vous chantait à l’oreille, votre jolie maman, tout en continuant ses câlineries, et quelque chose dans sa voix devenait plein de songerie, il vous semblait entendre la petite musique de son cœur, et dans le vôtre elle coulait comme de l’eau vive… « A la claire Fontaine, m’en allant promener, j’ai trouvé l’eau si claire... » Et là peut-être passait dans ses grands yeux rêveurs, l’image d’un beau chasseur, que vous ne connaissiez pas mais que vous brûliez de devenir…un jour, un jour le chasseur viendrait.

Premier Tableau : Ciel, prés, fontaine, jeune-fille…Marie.

Voilà, le décor est planté, les plus belles histoires de Dieu, qui peut-être s’approchent de lui presque aussi bien que tous les traités des grands savants et des grands théologiens, commencent sur les genoux d’une maman, qui cajole son enfant en songeant à quelque belle fontaine, où elle serait à la fois cette maman si heureuse avec son petit dans ses bras, et cette jeune fille qui n’a point encore connu d’homme mais qui rêve au bord des eaux si claires, ce chasseur qu’elle espère autant que la fiancée du cantique des cantiques.

Je vous avais promis un livre d’images, vous voyez comme la première est venue toute seule, une fontaine, de l’eau claire, le souffle d’une brise légère, le ciel, la terre, et Marie qui est là en filigrane, est-ce déjà une maman, encore une jeune fille, Dieu qui rêve hésite entre les deux images, qu’il pose près de cette source auprès de laquelle tout commence…Les théologiens qui parfois peuvent être aussi géniaux que des poètes décideront plus tard, que notre Marie porte du ciel, elle est les deux à la fois, à la fois jeune maman et jeune fille.. Première image donc, une rêverie de Marie, le ciel et la terre, une fontaine.

Au commencement donc était une fontaine, entre prés et forêts. Une fontaine c’est une source que les hommes ont commencé à remarquer. Alors pour le passant, pour le voyageur, pour la bergère elle devient un lieu béni, un lieu pour s’arrêter, boire, s’asseoir,  rêver, regarder le ciel, bénir le Dieu qui nous donne l’eau si claire. Loué sois-tu Monseigneur pour notre sœur l’eau qui est pure et chaste, et par qui tu nous donnes la vie. François d’Assise quand il composa son cantique des créatures devait avoir dans les yeux, une telle fontaine au milieu des prés. A la fontaine de Bellefontaine, nous nous abreuvons en chemin pour reprendre des forces….Oui auprès de cette source devenue fontaine, une grâce arrive qui relie la terre et le ciel, il suffit de l’appeler belle et elle le devient comme une jeune fille quand on lui dit qu’elle est jolie…Belle c’est un nom qu’on a inventé pour elle. Il n’y a pas encore de chapelle, ni même une statue, mais déjà une présence, dire d’une place qu’elle  est belle c’est la bénir et en retour elle vous bénit. Avant toute histoire, avant toute légende, il y a cette parole qui vit que cela était beau, que cette source était belle et qui la nomma Bellefontaine.

 

 

 

4 Commentaires

  1. Guenièvre

    Elle écrit toujours aussi bien Anne Miguet !

    Son histoire me fait penser à celle-ci :
    Pas très loin de chez moi , près de la ville d’Henrichemont on trouve une fontaine sur un domaine appelé  » Boisbelle « . On raconte plusieurs légendes à son propos :

    « La Fontaine de Boisbelle ainsi que le bourg, devrait son nom au passage du roi Henri IV venu voir son ami Sully. Il passa devant la fontaine avec son escorte où une jeune fille était affairée à remplir une cruche. Effrayée par tout ce beau monde elle la brisa. Le roi Henri IV qui n’était pas insensible aux charmes la gente féminine, descendit de son cheval, pris de l’eau dans le creux de ses mains et dit en les tendant à la jeune fille : « Bois belle » »

    http://berrichou.free.fr/fontaine-de-boisbelle.htm

    On raconte également que l’eau de cette fontaine était miraculeuse et permettait aux jeunes femmes stériles de tomber enceintes . Certains malveillants ajoutent aussi que les galants qui passaient par là n’y étaient pas étrangers …

  2. Guenièvre, … « les galants qui passaient par là n’y étaient pas étrangers « …C’est pour cette même raison que dans la ville de Luxeuil-les-Bains (en Franche-comté) où l’on soigne la stérilité féminine, on a aussi installé une base aérienne. 🙂

  3. rackam

    Ah! le rase-mottes…
    Je sors.

  4. …  » Ah! le rase-mottes… »…
    À tire d’elle ?

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