Colonisation ?

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Entretien exclusif avec Renaud Camus : « l’Europe fait l’objet d’une véritable colonisation »A l’occasion des élections européennes, Infos-Bordeaux a souhaité interviewer un des « petits » candidats qui se présente dans la circonscription Sud-Ouest. Ce brillant écrivain, ami d’Alain Finkielkraut, est dans les années 1980 un habitué des soirées branchées du milieu culturel parisien, et l’une des voix de la communauté homosexuelle. Depuis quelques années, Renaud Camus alerte les français sur le grand nombre d’immigrés s’installant en France chaque année, et les dangers d’une telle situation.

Infos-Bordeaux : Pourquoi êtes-vous candidat aux élections européennes ?

Renaud Camus : Parce que nous sommes désespérés de constater que le phénomène qui nous semble de très loin le plus important de notre époque, celui que retiendra l’histoire comme le plus marquant, le changement de peuple, et nécessairement de civilisation — l’un entraînant l’autre, car les êtres ne sont pas des pions, des robots qui arrivent et agissent indépendamment de leur propre histoire, de leur culture —, que ce phénomène énorme, donc, la transformation radicale du paysage démographique, culturel et physique de notre pays et de tout le continent européen, se déroule dans le plus complet silence politique, sans que les peuples d’origine aient jamais été consultés, sans que cette question majeure, capitale, auprès de laquelle toutes les autres, même les plus graves et les plus douloureuses, sont secondaires, ait jamais été posée.

Infos-Bordeaux : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce que vous appelez le « grand remplacement » ?

Renaud Camus : C’est très simple : il y avait un pays, il y avait un peuple, et, en l’espace d’une génération, sur le même territoire, il y a plusieurs autres peuples, avec leurs propres cultures, leurs propres civilisations, leurs propres religions, bientôt leur propres langues et leurs propres rapports au travail, à la vie civique, à la loi, à la vie publique, à la vie privée, aux relations de voisinage, à l’espace sensible, au territoire. C’est une conception bien basse et bien humiliante de ce que c’est que l’homme, et de ce que sont les peuples, que de penser qu’avec d’autres hommes, d’autres femmes, d’autres peuples, d’autres religions, d’autres cultures, on pourra continuer la même histoire, la même nation, la même Europe. Nous luttons contre cette conception de “l’homme remplaçable”, désafilié, déculturé, hébété par l’enseignement de l’oubli et par l’imbécillisation de masse, délocalisable à merci, que promeuvent les intérêts de la finance internationale et les exigences du village universel.

Infos-Bordeaux : Comment mettre en œuvre concrètement « une remigration humainement menée » ?

Renaud Camus : Certainement pas en imitant la brutalité de l’Algérie lorsqu’elle a estimé en 1962, et le monde entier n’a rien trouvé à redire à cette façon de voir, qu’avec dix pour cent de sa population étrangère à ses jeunes traditions, elle ne serait pas vraiment indépendante : et ces minorités européennes, françaises ou espagnoles, chrétiennes ou juives, ou bien juives et parfaitement autochtones, elle les a jetées à la mer, avec la violence qu’on sait : la valise ou le cercueil. Et ne parlons pas des harkis massacrés. Non, rien de tel, bien au contraire : l’In-nocence est une non-violence. Mais nous avons l’intention de prendre au mot ceux qui renient en toute occasion leur nationalité française, proclament haut et fort qu’elle ne leur est rien, et défilent dès qu’ils en ont l’occasion sous des drapeaux algériens, éventuellement en cassant tout sur leur passage. Ceux-là, il faut exaucer leurs vœux, et les rendre à leur vraie patrie. Il faut aussi rétablir la mal nommée “double peine” et en élargir le champ d’application. D’autre part des incitations financières au retour vers les pays d’origine sont parfaitement concevables : elles coûteront toujours moins cher que l’immigration elle-même.

Infos-Bordeaux : En quoi votre discours diffère-t-il de celui du Front national ?

Renaud Camus : Le Front national veut quitter l’Union européenne et l’euro. Nous ne proposons rien de tel. Nous désapprouvons autant que lui et même plus les politiques suivies par l’Union, nous croyons nécessaire de les changer radicalement, et de changer l’Union elle-même, mais nous ne voulons pas plus renoncer à l’Europe que nous ne voulons renoncer à la France sous prétexte que leurs gouvernements ne font que des bêtises. Ces gouvernements, ces politiques, il faut les changer du tout au tout. Mais sans détruire les édifices au sein desquels ils opèrent (mal). À l’heure où l’Europe fait l’objet d’une véritable conquête, d’une colonisation qui ne dit pas son nom, on a l’impression que l’adversaire numéro 1, pour le Front national, c’est l’Europe. Non, l’Europe, c’est ce qu’il faut défendre, au contraire, en union avec les autres peuples européens qu’il faut appeler au réveil, à un retour à l’histoire, à une conception de l’Europe comme acteur de l’histoire, appuyé sur une des plus hautes civilisations que la terre ait portées. Personnellement je me sens aussi européen que français, même si je suis accablé par les politiques européennes — mais pas plus que par les politiques françaises.

J’ajouterais que le Front national, dans la mesure même où il devient un très grand parti, est obligé de prendre acte, électoralement, comme les autres grands partis, du changement de peuple, et que la tentation est grande, pour lui, d’entériner le Grand Remplacement — la chose, pas le nom : de le considérer comme un fait accompli, irréversible. On a l’impression que l’immigration, et a fortiori la remigration, ne sont plus au premier chef son affaire. Il est passé à autre chose.

Propos recueillis par Bertrand Lescure pour Infos-Bordeaux

[cc] Infos Bordeaux, 2010-2014, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d´origine [http://www.infos-bordeaux.fr/].

20 Commentaires

  1. desavy

    Le journal de Renaud Camus est à lire. A mon avis, la création d’un parti politique et sa candidature aux élections européennes n’ont pas été une bonne chose. Les écrivains sont davantage entendus en restant des écrivains.

  2. QuadPater

    R. Camus lui-même vous donne raison, desavy. Ce matin on pouvait lire dans Boulevard Voltaire ceci :

    – Votre liste a obtenu 0,05 % aux élections européennes. Quel bilan en tirez-vous ?

    – Ah ah ! Le bilan que je suis nul, un homme politique de vingt-cinquième ordre et que je ferais mieux de m’en tenir à mes chères études… Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenu…
    D’un autre côté, à défaite politique indubitable, victoire idéologique incontestable : le Grand Remplacement, le « concept », gagne tous les jours du terrain, presque aussi vite que la chose elle-même, l’horrible chose. […]

  3. La phrase clé, celle que si j’étais instit je ferais copier en cent lignes après chaque bavardage indiscipliné :
    … « Nous luttons contre cette conception de “l’homme remplaçable”, désafilié, déculturé »…

  4. desavy

    Avec une couleur différente pour chaque lettre Impat 🙂

  5. QuadPater

    Renaud Camus se situe politiquement dans une zone fréquentée par quelques politiques, analystes, penseurs, philosophes… qui est « autrement à droite » que l’UMP et le FN. Pas entre les deux : vraiment ailleurs.
    Lorsque Copé armé de sa chocolatine a été accusé de droitisation, le mot était incorrect. En fait il se rapprochait de cette « zone autrement à droite », qu’on peut décrire comme adepte d’une économie libérale, soucieuse de sécurité, favorable à une Europe profondément remaniée et inquiète devant le Grand Remplacement.

  6. Quad (17h58)
    Il me semble que les critères cités comme appartenant à une « zone autrement à droite » sont simplement des critères de droite classiques. Mais naturellement les priorités accordées à ces critères varient selon telle ou telle personne.
    Je crois en particulier que les critiques dérisoires exprimées l’encontre de Copé à propos de la chocolatine émanaient presque toutes de gens de gauche.

  7. Le changement, c’est maintenant.

  8. QuadPater

    Impat, non, on ne peut pas parler de l’adhésion plus ou moins importante au libéralisme comme un critère de droitisme : quelqu’un d’extrêmement à droite serait alors extrêmement libéral… Ce n’est pas le cas, au contraire.
    L’Union ? Zemmour est à droite (pas au FN) mais l’Europe l’horrifie.

    C’est intéressant le coup de la chocolatine parce que cela montre la pression monstrueuse que met la gauche sur l’UMP : « Attention mon Copé, si tu dis ça, tu deviens le porte parole du FN ». Et comme Copé et bien d’autres ont juré leurs grands dieux qu’ils ne s’allieraient jamais au Petit Satan car leurs valeurs étaient radicalement différentes, il remet la chocolatine dans sa poche en grommelant que oui mais quand même alors…

    La sensibilité aux conséquences de l’immigration africaine et nordaf massive varie de 0 à moyen dans l’UMP mais est très élevée au FN. Elle était également très haute dans le PC de Marchais.
    Elle dépend non pas du parti mais de l’expérience personnelle, directement en lien avec la CSP. Exemple, j’ai assisté en même pas 10 ans au remplacement de la population du centre ville de Grasse (la « vieille ville »), et à l’évolution catastrophique de l’insécurité, la délinquance et la criminalité dans cette ville. J’avais de la famille dans un HLM. Elle a déménagé après que les parkings aient été envahis par des bandes.

    Le FN a toujours soulevé le problème « immigration ». Hélas ils ont été les seuls. Ils n’étaient pas audibles car ils réagissaient par un rejet tandis que parallèlement la pensée de gauche, dominante, promouvait en France à la fois l’amour de l’étranger et la détestation du compatriote.

    Le résultat est un verrouillage des esprits. Renaud Camus est évoqué comme un facho. Les gens qui pensent en toute bonne foi qu’il dénonce un phénomène réel et menaçant ne peuvent pas le dire, compte tenu du poids du couvercle. Mais la pression doit sortir. On vote FN, alors qu’on n’a rien contre l’Euro.

    Je suis loin d’être le seul à rêver à l’éclosion d’un parti situé dans la zone que j’évoquais, balisée par des Camus, des Rioufol.

  9. Des Finkie et des Zemmour n’en sont pas loin. Et d’autres.
    On dirait que le couvercle a sauté. Le rire change de côté.

  10. Quad,… « quelqu’un d’extrêmement à droite serait alors extrêmement libéral… Ce n’est pas le cas »…
    Mais si c’est en général le cas.
    Écrivant cela, vous pensiez au FN. Mais le FN, qu’on appelle extrême droite, n’est pas extrêmement à droite. Il n’est pas à droite du tout.
    Pour le reste de votre 28 mai 2014 à 23:47, d’accord.

  11. QuadPater

    Impat, nous sommes d’accord sur le positionnement du FN, mais ce n’est pas l’avis de centaines de millions d’Européens qui répètent et s’approprient ce que leurs journaux disent.

    roturier, le couvercle a sauté dans la population. Quelques journalistes, penseurs et analystes l’ont soulevé (Finkie, Zemmour, Ménard, Lévy… Dans la classe politique il est encore vissé à fond.

    Un mot amical sur Camus : quelqu’un que le MRAP colle aux tribunaux et que Libé qualifie d’idéologue d’extrême-droite (sic !) ne peut pas être un mauvais homme.

  12. QuadPater

    R. Camus (ci-dessus) :

    On a l’impression que l’immigration, et a fortiori la remigration, ne sont plus au premier chef [l’] affaire [du Front National]. Il est passé à autre chose.

    Ah ?
    Je ne me suis pas aperçu de cela.
    Ce serait un calcul idiot.

  13. Quad,… (29 mai 2014 à 14:41)
    Cette phrase est étrange. Elle m’avait choqué en première lecture, et je ne suis toujours pas sûr de bien la comprendre.
    Si c’est un calcul c’est en effet un calcul idiot. Si c’est un constat (« une impression ») il traduit une erreur d’appréciation de même ordre que la célèbre « impression d’insécurité » de Jospin.
    De plus la phrase cadre mal avec le reste de l’entretien. Bien étrange en vérité…

  14. Superbe couverture du Point.
    Photo de la Marine avec en légende: « merci qui ? »

  15. Souris donc

    Si la droite la plus bête du monde n’avait pas voulu se centriser en UMP, nous aurions encore le RPR, dont le programme était similaire à celui de R. Camus, le Grand Remplacement n’aurait pas eu lieu, et l’intimidation permanente en racisme-fascisme n’aurait pas eu de prise. Je ne connais pas trop l’histoire de la transformation du RPR en UMP, encore un calcul électoraliste, je pense.

  16. QuadPater

    Les voteurs populaires à droite ont deux points de fixation qui ne passionnent pas les politiques.

    Le chômage : ils ne comprennent pas qu’on importe annuellement des centaines de milliers de chômeurs dans un pays qui en compte déjà plusieurs millions. Ils disent qu’il faut arrêter. Le Gauchien leur répond que, comme l’interruption de l’immigration ne supprimera pas le chômage, il faut la maintenir en l’état. Il les prend pour des cons. Que répond le Centrard sur l’immigration ? je n’en sais rien, il n’a pas dû aborder souvent le sujet. L’Élu UMP dit qu’il faut « la diminuer ». La diviser par deux, quatre… ou pi, on sait pas.

    L’insécurité quotidienne : c’est sérieux ! les trajets en bus seront bientôt aussi dangereux que les voyages en diligence. Mais quand M. et Mme Toulemonde se plaignent d’avoir été cambriolés, l’Élu Gauchien leur fait remarquer la différence entre le prix de leur télé et les sommes considérables détournées par la délinquance en col blanc. Il semble défendre l’argent des banquiers plutôt que celui des petites gens. Il parle aussi de sentiment d’insécurité. Bref, il les méprise. Le Centrard, lui, est certainement fort compatissant, mais bon, il ne va quand même pas se salir en abordant des thèmes d’extrême-droite. L’UMPiste affirme qu’il va s’en occuper si on vote pour lui.

    C’est désespérant.

  17. roturier

    Le Titanic file droit sur l’iceberg.
    Son inertie est telle qui’il faut des années pour le faire changer de trajectoire.
    Et encore, à condition d’avoir une main ferme et compétente sur le gouvernail.
    Or, il n’y en a aucune.
    Il ne reste qu’à faire jouer l’orchestre histoire d’amuser les passagers en attendant l’inévitable l’issue.
    Festival de Cannes, Roland Garros, bientôt la fête de la musique.
    Dansez maintenant.

  18. Lisa

    Le couvercle de la France saute par la quantité de gens dedans

  19. Vous avez oublié : coupe du monde, tour de France…

  20. QuadPater

    Mouais… il y a des différences de taille avec le drame du Titanic. Sur le pont il n’y avait pas des millions de personnes apeurées regardant arriver l’iceberg et se demandant quand Mou-Capitaine cèderait la place à un être moins grotesque.

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