Soulages surréaliste

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 Grand raout ce week-end à Rodez, ouverture du Musée Soulages. Hollande est venu l’inaugurer. Les pages culturelles y vont de leur lyrisme ampoulé, on embaume un peintre de son viv ant. Noir, c’est noir. Non, je capte la lumière, dit Soulages. Et on met dans la bouche de Soulages des paroles sentencieuses et définitives sur l’art*.Sauf que Soulages est mal embouché. Même à 95 ans, ça m’étonnerait qu’il s’exprime comme un article de critique d’art.

J’ai eu la chance d’avoir Soulages comme guide au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne. C’était du temps où Bernard Ceysson en était le conservateur. Bernard Ceysson a l’heureux talent de parler normalement. C’est un érudit qui vous emmène dans d’ébouriffants décryptages sans jargonner. Cet enfant de Saint-Etienne, spécialiste des Support/Surface, est aussi l’ami de Soulages. Par le plus grand des hasards, j’ai réussi à me glisser dans un groupe cossu, parlant bas, sachant se tenir, style Rive Droite, mécènes ? Flairant le point de vue inhabituel sur les œuvres, j’ai tâché de me fondre avec mon air le plus passe-partout. Personne ne m’a éjectée. C’était dans les années Tonton, avant les badges et les portiques. Et j’ai eu le choc et la divine surprise de voir arriver Bernard Ceysson avec Soulages pour une visite personnalisée du Musée.

Le Musée d’Art Moderne, le MAM de Saint-Etienne, possède une collection unique, pertinente**. Les grands noms, Picasso, Rodin, Calder, Arman, Chagall, Kandinsky, Matisse, Miro, Klein, Léger, Picabia, Duchamp. Et des artistes représentatifs moins grand public, Vialat, Tanguy, Boltanski, Rancillac, Hélion, Télémaque, Judd, Hantaï, Sherman, Chaissac, Torres-Garcia, …

Et voici comment Soulages a guidé la visite :

« Çui-là, c’est un con »

« Là vous avez la nullité »

« Il fait n’importe quoi et ça se vend »

« Çui-là est un imbécile prétentieux »

« La médiocrité dans toute sa splendeur »

Et ainsi tout au long de la visite. Devant Léger, Miro, Picabia, Matisse, Picasso…Coquetterie de star ? Je pense que Soulages est vraiment comme ça, démystificateur.

Pour moi, Soulages est un antidoxien, au degré supérieur. Très supérieur. Ne se laisse impressionner par rien, ni personne, ne se laisse enfermer dans aucune école, courant, mode, idéologie, encensement officiel.

Le rire de Soulages.

Alors, Hollande à l’inauguration, et les journalistes habiles de la pompe funèbre…

_________________________

* « Le musée est, selon les mots du peintre […] une plateforme de référence pour la découverte de la création moderne et contemporaine internationale. »

http://musee-soulages.grand-rodez.com/le-concept-2/

**http://st-etienne.videomuseum.fr/Navigart/index.php?db=steti&qs=1

Soulages : « La peinture est le propre de l’homme. Les partis, les théories sont des carcans ».

http://www.dailymotion.com/video/x1xp4xz_musee-soulages-interview-de-pierre-soulages-toulouse_creation

 

41 Commentaires

  1. « j’ai tâché de me fondre avec mon air le plus passe-partout. Personne ne m’a éjectée. »
    Comme une petite Souris alors ! Dire que beaucoup aimeraient en être une pour voir et entendre ce qui leur est caché !

    🙂

  2. Guenièvre

    Merci Souris de nous avoir conté cette expérience . Je ne ferai pas de commentaire sur la peinture de Soulages mais je ne sais pas si vous avez suivi le discours de F. Hollande lors de cette inauguration – ( à 12h50 ). On se demande parfois si on ne rêve pas devant tant de platitudes , de « traits d’humour  » dont il a le secret et devant le phrasé saccadé, ponctués de euh ! ( ave-queue, la Fran-ceu). Si vous ne voulez pas tout vous farcir écoutez quand même l’allusion au travail du peintre et la comparaison avec le travail du politique ( en gros tout le monde agit – fait du noir ! – et un jour , miracle ! ça se transforme en lumière ! ( à 9 minutes 40 ).
    http://www.centrepresseaveyron.fr/2014/05/30/musee-soulages-l-inauguration-comme-si-vous-y-etiez,934009.php
    Si Soulages est comme vous le décrivez il doit se marrer .

  3. Hollande a tout faux : la lumière ne provient pas des ténèbres, mais elle les fait fuir.
    Le « noir » produit par Hollande et ce qui lui sert de gouvernement sont des ténèbres bien épaisses qui nous mènent au néant !

  4. Souris donc

    Quel enfilage de perles ! Hollande connaît certainement la gouaille de Soulages, donc il commence sur le ton de la blagounette, puis, à vouloir tout caser et placer les mérites du gouvernement, il nous fait un gloubiboulga presque parodique de lui-même.

  5. roturier

    De toutes manières les choses sont lancées sur leur propre dynamique: avec le temps il ressemblera de plus en plus à son guignol.

  6. … « Çui-là, c’est un con » …
    Je parie qu’il a répété ça pendant l’inauguration ce dernier week-end. Mais tout bas. 🙂

  7. kravi

    Souris, je vous trouve bien indulgente avec Soulages. Si j’aime à dire d’un ton sentencieux à mes amis « Bach c’est nul », c’est parce qu’ils connaissent et mon incapacité à composer et les raisons de mes comptes à régler avec lui.
    Soulages a peut-être de l’humour. Quant à avoir apporté quelque chose à la peinture, j’ai des doutes. Il est vrai que je ne suis pas plus peintre que compositeur.
    Je vous préfère armée de la dent dure du rongeur pourfendant la vanité des metteurs en scène post-modernistes.

  8. Souris donc

    Je ne supporte pas la musique contemporaine, j’aime la peinture. Sauf quand elle est militante et qu’elle entend véhiculer un message. Genre Piero Manzoni et ses boites de conserves à excréments dans une démarche qu’il veut apparenter à Duchamp. Et autres Piss Christ. D’ailleurs l’artiste qui s’épanche avec un peu trop de vanité sur sa démarche, à fuir !

    Soulages est toujours simple et direct quand il parle de sa peinture en restant dans ses catégories, couleur, matière, geste, espace, outils…

  9. Lector

    Salut Souris,
    j’avais beaucoup aimé les oeuvres de Soulages du temps de la biennale de Paris, l’avais visitée en compagnie d’E. Lebovici, je devais avoir 15 ans. Je dois dire que j’y avais préféré les tableaux de A. Kiefer. Si les sillons de Soulages « captent » la lumière, ou plutôt jouent de ses reflets, le noir absorbe tout le spectre lumineux ; bref on pourrait tout autant dire que Soulages noie la lumière dans la matière.
    Ce qui me paraissait beau, c’était ces épaisseurs de noir qui formaient comme une écorce recouvrant le lin. Par contre lorsque plus tard il a ajouté du bleu et réduit la matière, pfuiite, ça ne fonctionne plus. Le tableau en illustration c’est pareil, R. Motherwell faisait mieux dans les années 60 (la peinture gestuelle justement) ou Tapiès.
    Support/Surface, pas trop difficile d’être spécialiste, c’est souvent de l’art moins que cinétique qui a surtout déconstruit le support. Je me souviens à ce titre des « sol-mur » de L. Cane ; on en produisait encore en série à l’atelier de la rue St Maur : j’avais lâché l’ENSBA pour aller faire l’assistant chez Louis pendant deux ans.
    Picasso d’un guidon associé à une selle de vélo a détrôné à jamais les ready-made de Duchamp ; toute l’histoire de la tauromachie résumé là.

  10. Lector

    « résumée »

  11. Souris donc

    Salut Lector !
    J’avais suggéré à Impat des images où il y avait matière, épaisseur, sillons, et reflets.

    Il a choisi une œuvre de sa période brou de noix-pote avec Hans Hartung, avec une dame devant pour illustrer mon anecdote et m’être agréable ?
    Pour en revenir au discours, si l’artiste n’avait pas son grain de folie, il ne serait pas artiste. Il ne peut pas être prosaïque comme nous autres. Mais en privilégiant le concept ou la provocation du bourgeois, ceux qui occupent le devant de la scène par leur ramage et leur tapage dissuadent l’amateur.
    Nous connaissons tous des gens qui vont au musée mais évitent les galeries de peur de rencontrer l’artiste, d’avoir à dire quelque chose d’intelligent sur les œuvres ou d’être sommé de s’engager sur le terrain glissant du beau ou de l’ineffable. Voilà le résultat.
    Soulages évite cet écueil du message et de l’esthétique, il parle de ses outils, de ses découvertes fortuites, de son regard d’enfant sur la peinture rupestre, du geste, de la couleur bien sûr, et tout semble fluide et vrai.
    Moi ça me touche.

  12. … « et m’être agréable ? »…
    Comment en douter, Souris ? 🙂

  13. plantigrade69

    Il fallait bien que nous au moins une fois en désaccord chère Souris. J’applique les mêmes qualificatifs à la peinture de Soulages que ceux qu’il attribue aux autres peintres pendant votre visite.

  14. Souris donc

    Mais Nounours, vous pouvez tout à fait, les peintres contemporains sont assez divers et affranchis, pour qu’on trouve son bonheur et ses aversions. Ils ne sont pas confits dans la vénération d’un maître au point de scléroser toute production comme en musique avec Boulez depuis 60 ans. Et hors la peinture contemporaine, on a tous nos trésors depuis, depuis, depuis… Lascaux. Une richesse infinie.
    D’ailleurs, on n’est pas obligé de choisir. On peut tout aimer…même les artistes à message (Beuys obsédé par la graisse, la grosse couverture de survie, la Croix Rouge, Munch et son Cri, Mario Merz et son igloo Arte Povera…)

  15. Souris donc

    Une minorité dominante prétend rééduquer le peuple ?

    Ça tombe bien pour notre propos, c’est exactement ce que disait il y a 30 ans déjà le peintre et architecte Hundertwasser à propos de l’art :
    La mafia blafarde de l’art contemporain, coupée du monde, fuyant la lumière et le vrai, veut apprendre au peuple ce qu’est l’art. Mais elle est inaccessible et ignorée du peuple, se tient à l’écart sur des trônes, parle au peuple ignare avec des mots étrangers, des phrases vides, comme les médecins parlaient latin pour inspirer le respect et la crainte.

    Die falsche Kunst (on peu cliquer sur la traduction anglaise)
    http://www.hw-archive.com/text/view-1.1.5.2?language=ge

  16. roturier

    Genau.

  17. Souris,… « Mais elle est inaccessible et ignorée du peuple, se tient à l’écart sur des trônes « …
    Si seulement Hundertwasser avait dit vrai ! Mais hélas cette bien nommée « mafia blafarde de l’art contemporain  » impose volontiers ses horreurs hors de ses musées spécifiques : châteaux, rond-points, gares, jardins publics…

  18. Bibi

    Il me semble que ce qui plaît à Minnie est l’attitude simple, naturelle, de l’artiste. Sans les chichis-plumes qui le rendent « artiste » (l’image telle que le mortel commun est éduqué à se le représenter). Il y a aussi le côté aventuriste, avec les recherches et les trouvailles, pas tjrs heureuses, d’ailleurs, mais ô combien passionnantes. On peut en être satisfait sans fanfaronner.

  19. Lector

    ha tiens, Boulez en train de parler de Nicolas de Stael en ce moment surla 5

  20. Lector

    bon, il aime les oeuvres inachevées Boulez… hahaha on s’en serait douté… n’y a-t-il pas tjrs un go^ut d’inachevé dans les siennes ?

  21. Lector

    Hello Souris,
    oui, bon, je sais bien, moi aussi j’en ai un, grain, et je vais vous dire un secret, ce qui nous apparente aux fous, nous, les artissss, c’est de croire que c’est ce monde prosaique (¨) qui l’est, complètement dingue. Pour ma part le salariat, c’est complètement dingue, un asservissement volontaire ; la « retraite », c’est complètement dingue, une démission pour certains, un « repos bien mérité » pour d’autres dingues ; un espoir d’y parvenir : dingue. L’UE, c’est dinguos total ; la « révolution » de 68, dingue, le monde n’est pas poésie… et quelle poésie possible après la Shoah ? Oui, je refais mon complexe d’Adorno… Une poésie épique et apocalyptique, voilà ce que je crois. Et je persite à croire aussi que le pouvoir manque tjrs d’imagination (cf l’UE et plus d’utopie politique). Etc. (Cristophe Mae ? Siphonné, aucun intéret, avec un ^ et un ^^ !)
    Est-ce de la provocation ? Lorsque je peins, mon dernier souci c’est bien de provoquer… pas de message à transmettre, l’on peint d’abord pour soi ; ce n’est pas que le peintre n’ironise pas aussi dans l’atelier, devant la toile ou sur…mais, simplement… comment dirais-je… l’artiste, ne le dit-on pas oracle ? Souvent l’artiste fait pythié aux « bonnes gens ».
    La couleur est notre alcool, le murmure de la trace fait notre transe… car il s’agit bien de cela, une transe, c’est un peu plus élevé qu’une connexion numérique… 😀 Sommes en prise directe avec la matière, nous luttons contre elle. Le créateur communique avec la Création. Paf. Pas de chichis dans ce discours non plus.
    Garouste parle très bien des « outils »… l’habit, c’est un outil. Quand il enfile sa vareuse de peintre, l’homme entre dans sa peau d’artiste. Suis-je peintre ou bien le fais-je… c’est un métier… sur lequel l’artiste remet sans cesse son oeuvre.

    Les gens dans les musées ? Ils passent plus de temps à lire les cartouches qu’à regarder les tableaux. Ce n’est pas véritablement la destinée espérée ni m^me parfois la destination quise qu’une place dans un musée. Une consécration certes. Dans les musées aussi qu’est-ce qu’on entend comme conneries… « mon fils de six ans fait pareil », palais de Tokyo devant un Turner ! Pas pu m’emp^echer de répondre à l’époque, étudiant en art que j’étais, payant mes études avec la vente de mes tableaux (oui, contrairement à mes « profs » je soutenais qu’il n’est jamais trop t^ot pour exposer) : « eh bien inscrivez-le le plus rapidement possible dans une école d’art, vous y trouverez certainement bon profit ! »
    Finalement ce n’est pas en galerie mais dans les musées que je terrorise le plus souvent le profane 😀
    En galerie, il faut vendre… c’est un autre métier.

  22. Souris donc

    Joli rendu en haut relief et en creux, Lector.
    C’est vrai que dans les musées certains feraient mieux de se taire. On est aussi parfois surpris par l’application mise à restituer des souvenirs scolaires, toute la génération à qui on a essayé d’inculquer les règles de la composition censées livrer la clé, avec des tas de lignes imaginaires qui se coupent à tel endroit et pas à tel autre, et qui s’évertuent à les plaquer sur des propositions plastiques où ça n’a plus de sens.

    Dans la dérision que s’attirent les provocateurs dans la surenchère, on entend aussi, entre les lignes, le Mon fils de 6 ans fait pareil dans sa version C’est du n’importe quoi.
    Exemple le GrandN’ImporteQuoiD’Or attribué par le Plouc Emissaire :
    http://leplouc-emissaire.blogspot.fr/2014/06/le-gwannignporteukouah-dor-2014-est.html
    Ou les Inconnus, dans leur sketch « L’artiste contemporain destructureur d’intemporalité », savoureux, faut reconnaitre.
    A un moment, le grand public refuse de suivre. A tort ou à raison, c’est une autre histoire.

  23. Souris donc

    Je ne suis pas sûre qu’obliger l’artiste à parler soit toujours une bonne idée, son langage, c’est son œuvre. Soulages parle en artisan qui transforme de la matière, mais reprocher aux conceptuels d’exposer leur concept ?
    Est-ce que les artistes d’avant les archives INA étaient aussi prolixes ? Léonard avait ses carnets, les groupes comme Dada, les Futuristes écrivaient des kilomètres de manifestes. Quand Yves Klein organise Ci gît l’espace, où se situe-t-il ?
    L’artiste nous bouscule, c’est aussi son rôle social, après tout. Pas seulement de décorer nos murs ou d’emplir les coffres des spéculateurs.

  24. Souris,… « Je ne suis pas sûre qu’obliger l’artiste à parler soit toujours une bonne idée, son langage, c’est son œuvre »…
    Mon sentiment est plutôt que c’est une très mauvaise idée. Le langage de l’artiste est en effet son œuvre, laquelle forme sa langue maternelle. Demander à l’artiste d’être vraiment bilingue, talent rare, me semble trop lui demander.

  25. Bibi

    Surtout pas obliger!
    Et j’ai écrit « l’attitude » – ce n’est pas nécessairement l’expression verbale.

    Le rôle social de l’artiste est un sujet différent.
    J’ajouterai « Art » de Y. Reza.

  26. Guenièvre

     » toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions. »

     » sans arguties, sans syllogismes, sans déductions. » Certains devraient s’en inspirer…

  27. Lector

    Hello Souris,
    😀 ah il existe tjrs le PloucEm’ ? Fortiche ! Y tient le coup.
    Alors là je suis estomaqué par la nouvelle : du Orlan à travers les âges maintenant ! Et qu’on n’arrête pas le Progrès dans sa marche en disent les réacs ! En commençant le papier du Plouc, je m’étais imaginé que ça finirait en latex et me disais, oui, bon, c’est nul mais ce pourrit, pardon, ce pourrait être pire, genre clonage de cellules souches… et boum ! Elle a osé c’te croquemort batave ! Avec la complicité de la famille ! Fabricants de reliques 2.0 ! Ah les ladres ! C’est comme chez les Picassiette, pardon chez les Picasso avec la signature sur une aile de bagnole, quelle trahison ! Pire encore, bien sûr, et au nom de l’art et de la science ! Faut digérer l’info… Comme je dis tjrs : lorsqu’on retire l’éthique de la génétique seule reste la gêne. Van Gogh réduit à son trauma ; ça ne change pas ; l’ont tjrs pris pour un illuminé qui barbouillait. Quelle engeance ! Celui qui sortait du lot de ces suppôts d’ayant droit a été assassiné ; l’autre Théo. Le pauvre Vincent, lui, ça ne leur suffit pas qu’il se soit suicidé, faut qu’ils le tuent à nouveau ! Sans cesse ! Ils ne font que ça. Ils se servent grassement sur le cadavre du peintre tout en réduisant son œuvre à celle d’un fou ; tjrs comme ça qu’ils le présentent. La folledingue qui a commis ce crime génétique me parait bien plus dérangée ; elle ne sait pas ce qu’elle fait. Du destructeur d’intemporalité sommes passés à Frankenstein. Y aura-t-il des fous pour aller se recueillir devant cette espèce d’icône biologique ?!
    C’est de l’art pompier, même pas académique, officiel ! C’est en adéquation totale avec la folie de notre époque ! Les synesthésistes numériques ou les savants fous de ce geneticart ne sont que des pompiers à gadget, les agents mêmes de l’assise du nihilisme arrogant contemporain, ses créatures… déjà la compagne de celle dudit docteur de Mary Shelley en la personne d’Orlan… houla ! Je l’avais rencontrée avec Raynaud quand je débutais… très intello le Jean-Pierre, intéressant, et elle, une déconstructiviste comme pas ; ah ça pour être reconstituée comme elle l’est aujourd’hui !
    Voilà qui est bien pénible : on a tant assimilé l’artiste et le fou dans le romantisme bigot contemporain que n’importe quel timbré se croit autorisé ! Comme souvent ils ne peuvent faire fructifier un don qu’ils ne possèdent pas ou mettre à profit un enseignement qu’ils n’ont pas suivi, c’est-à-dire travailler, la moindre idée dolente en culture dans leur boîte crânienne leur sert de sacrement. Ces gens là sont incapables de produire quoi que ce soit sans assistant industriel ou scientifique. Le fait qu’ils soient élus artistes par cette civilisation décadente dit sa laideur. L’art c’est la signature d’une époque.
    Le grand public ne suit pas ? J’espère. Je me demande, j’en ai vu qqs exemples suivistes malheureusement. La critique les suit, les promeut, et/ou les engendre, ces malades de pseudos iconoclastes qui ne prennent jamais aucun risque, pour ainsi dire contre leur novlangue débile, et les gens sont de plus en plus soumis, notamment à la publicité… à ses icônes… du moment qu’on leur explique ils sont contents, très tolérants, ne demandent qu’à comprendre, à se plier aux modes ; la pomme d’Apple a supplanté celle de Cézanne… Ils ne devancent rien du tout ces pseudos artistes, ils sont dans l’air du temps comme de façon virale, faut faire du spore, asperger ; l’art aujourd’hui est un invalide, ils rêvent tous ensemble, ce sont des asperges, bien cultivés sur buttes… naguère il y avait les refusés, ceux dont le temps ne voulaient pas, le salon les indépendants, ceux qui marchaient plus rapidement que leur époque, maintenant et de plus en plus, public, critique et artiste stagnent dans l’avant-garde, main dans la main… c’est-y pas beau ?!

  28. Lector

    Ah, Guenièvre, dans la lente exécution du jour d’un soir d’automne taciturne, le tourbillon des feuilles mortes advient d’une écrasante beauté, comme funeste, tant alentour s’étirent en rampant les ombres élastiques au couchant, presque menaçantes, et je sais des rêveries dolentes qui, ne recherchant nul secret, envahissent l’esprit comme une armée mortifère d’occupation ; l’art y fait sa résistance et le peintre ainsi trouve libération.
    Immerger ses yeux dans les étoiles ou bien du bleu du ciel, siller sous l’effet de la diffraction du spectre lumineux que recèlent les écailles irisées d’une carpe, noyer son âme dans l’infini de la nuit spatiale jusqu’à s’y abîmer tout en voluptés gagarines… tout inspire le peintre introduit qu’il est à la découpe gracile d’une palme dont le turquoise fragile berce un cyan venimeux. Toute contemplation me subjugue tel un sortilège propice. L’Atlantique se révolte et communique sa force à tout le corps comme capté et l’arrache à la catastrophe ; son énergie dilate les narines iodées, emplit les poumons, et me garde du précipice. Dans l’atelier, au mieux du feu de l’action, la communion est encore plus intense. L’hostilité de la nature en sa beauté n’en fait point la rivale de celui qui, averti par le poète, connait ce duel perdu d’avance. C’est avec la matière que le peintre livre bataille, il ne dit pas, il fait comme, il imite la nature avec ce qu’elle lui procure, son moyen d’expression ne le condamne pas, il provient d’avant la Chute ; il y a une féérie cosmique dans la création picturale et il est sans nul doute encore cavernicole le peintre, il ne verbalise pas. C’est la nature qui lui livre ses secrets, elle s’exprime au travers de son geste. Nicolas de Staël disait cultiver l’accident… c’est très naturel et naturaliste, si je puis dire. La peinture abstraite, elle est abstraite de quoi ?, elle se soustrait de la figuration, mais pas de la nature ni même de sa représentation. Bon, faut que je réfléchisse… pas facile pour moi d’illustrer la chose… Ingres s’estimait-il vaincu, lui qui n’admirait que le beau ?

  29. Souris donc

    Oui, oui, bon pied bon œil, dent dure, le Plouc’Em.
    Et ses commentateurs qui proposent d’utiliser la technique de reconstitution de l’oreille de Van Gogh pour le zizi d’Abélard ou le bras de Nelson.
    Ces expérimentations trouvent peut-être leur légitimité dans le foisonnement de regards sur la peinture, dans les années 70, à la lumière de la sémiologie, de la psychanalyse, de la sociologie (Damish, Panofsky, Gombrich), pourquoi pas, ça n’a pas mené bien loin, mais ils ont peut-être influencé durablement la muséologie et ses discours perçus comme abscons. Et ouvert la porte au grand n’importe quoi comme cette oreille de Van Gogh, croisement du pseudo-clonage et de l’imprimante 3D, faut bien utiliser les technologies de pointe, c’est affreusement ringard de mettre des moustaches à la Joconde, et une Deudeuch dans le champ de l’Angélus de Millet.

  30. Lector

    ces zartistes à la va comme je te clone et autres déconstructuristes sont tout simplement sortis de l’histoire de l’art, voilà sans doute pourquoi ils entrent rapidement au cimetière/musée.

  31. Guenièvre

     » pas facile pour moi d’illustrer la chose… »

    Mais si lector, vous illustrez à merveille , je trouve .

  32. Souris donc

    Soulages réaffirme l’autonomie de l’artiste et de l’oeuvre, vous ne trouvez pas que ses tableaux sont étrangement classiques, d’une tranquille élégance ? Par rapport notamment à toutes ces pathétiques surenchères de la provocation et de la signification lourdement soulignée à destination de l’imbécile ?

    Destructureur d’intemporalité (table rase ?), l’incontournable marxisme, renaissant de ses cendres, le phénix. Inlassablement activé, surtout en France, et qui conteste l’autonomie de l’artiste et de l’œuvre.
    Les œuvres ne sont pas « intransitives » et ne possèdent pas leur sens en elles-mêmes, pas de qualités intrinsèques (JP Cometti). Leur signification est définie par des déterminants sociaux, institutionnels.
    Comme une vulgaire racaille de banlieue (dont on ne doit plus dire délinquant pas encore poissé par les keufs et que Taubira relâchera avec les excuses de la société, mais « jeune exposé à la délinquance »).

  33. kravi

    Considérant l’ambiance contextuelle, nous sommes contraints de prendre en compte la simultanéité des issues éventuelles, même si ce n’est pas facile, dixit pipotron en réponse à Cometti.

  34. Lector

    erratum « ne fait point la rivale de celui… » je devrais au moins me relire… enfin tout le monde comprend, on remanie une phrase et la forme première laisse trace dans la seconde.

    @Guenièvre. Bon, si vous le dites alors ça va. Au vrai… je suis suffisamment orgueilleux -un minimum syndical- et le montre, pour qu’un doute exprimé puisse ^etre entendu, sans confusion avec qq fausse modestie que ce soit… je crois qu’il y a comme de l’autisme chez les peintres… on pourrait dire ascétisme d’une certaine manière mais c’est d’autre chose qu’il… retourne… en tout cas pour ma part, si j’avais les mots de Baudelaire pour la décrire, je m’exprimerai contre son texte, tout contre, comme disait Guitry. Ma nature est ravie par la nature. En confession j’ai le sentiment que le poète éprouve la beauté, c’est pour lui une épreuve ; la vie de Vincent Van Gogh serait peut-^etre une illustration chez les peintres… hum… comment dire… peintres nous luttons avec la nature, dans la matière, du tangible, alors que le poète, son medium, c’est de l’anti-matière… Le logos ? C’est abyssal. C’est là que se tient le duel de cet artiste qu’est le poète. Les portraits ou biographies de nombre de peintres les disent « terriens ». Pourquoi pas, la terre plus que l’éther… La transe qui peut survenir dans l’action de peindre, dans le geste, c’est juste un sommet de concentration, extr^me. On peut dire communion, c’est un rien mystique aussi ou ce peut ^etre très croyant. Que dit-on en général ? On parle d’inspiration… de la muse de l’artiste… hum, les couleurs sont franches, les mots sont traitres, voilà. Terrestrement dit. 🙂 Trop brutalement pour ^etre vrai.
    Pour ma part j’aime dire transe ; finalement ça passe par l’ouie (¨), quand j’étais gosse déjà, je me souviens, le son du crayonné… il y a là quelque chose d’hypnotique… un mot psy ne serait pas loin d’obsession je suppose… hum, les sociolectes, les mots m^mes en leurs diverses acceptions, connotations, falsifications… quel monde ! Depuis Babel à la LTI… Le language, la parole, sont-il seulement en réparation ? Hum… nous n’avons plus de mécanicien de la trempe d’un Baudelaire… l’auteur contemporain lui, il est dans l’actualité, sinon c’est un conteur, alors que le peintre traverse les ^ages… nous sommes d’avant les poètes, en somme, plus grossiers, concrets… notre travail/activité le demande.

    Arfff, je bavarde… Déconstruire l’essence m^eme de ce qu’ont tjrs été les arts plastiques à travers les temps… l’art conceptuel que l’on a renommé Art Contemporain majuscule s’en charge… rien que ça… nihilisme totalitaire complet. C’est pire que pompier, ces zartistes qui sur la scène artistique ne comptent pas pour rien, refusent l’histoire de l’art et les principes m^emes de cette imitation de la Création qu’est la peinture. Romans, poèmes ou tableaux ne sont depuis longtemps que des palimpsestes, et c’est noble. L’arrogance des Zarts dits Contemporains est tout simplement vulgaire. Ou pire.

  35. Lector

    Souris, « une tranquille élégance », exactement ! Soulages c’est de l’art zen.
    Quant à l’intransitivité des oeuvres… d’emblée le language commun étrille le théorétique, les gens disent : « ça me parle » comme « ça me touche », bref ça palpite.

  36. Souris donc

    Le pipotron a de beaux jours devant lui.
    Spécial pour vous, Kravi, qui me préfèrez dans le registre de la guerre aux metteurs, les mémoires de Riccardo Muti « Prima la Musica ! » viennent de paraître en français.
    Quand il raconte son départ brutal de Paris, p.77 :
    …une conception bizarre en vertu de laquelle un metteur en scène me rabaissait au rang de simple pourvoyeur de bande-son pour les besoins de SON spectacle…
    Ne pas tomber dans la prostitution !

    C’était du temps de Rolf Liebermann qui lui avait imposé un metteur en scène pour Le Trouvère, Muti l’appelle « l’individu » ou « ce monsieur ». Je n’ai pas retrouvé son nom. Chéreau ?

    On demande au maestro de se prostituer, et le plasticien de la provocation se prostitue tout seul, sachant que SON spectacle a plus de chance de retenir l’attention des médias que le travail en atelier.

  37. Guenièvre

    Merci Lector !
    9 juin 2014 à 20:58

    Transe, hypnose, obsession, communion … Communion, c’est aussi ce que j’ai entendu de la part d’un calligraphe, non seulement communion avec ce qui l’entourait disait-il, mais aussi l’état qui lui permettait d’établir un accord entre l’esprit et la main sans que cela passe par une formulation concrète. Car pour bien écrire il lui fallait abandonner l’idée de bien écrire .
    La poésie est une autre forme de peinture – elle a aussi ses couleurs contrastées ou ses clairs- obscurs – qui passe par le langage au contraire, qui travaille sur lui , témoignage d’une tentative pressante, joyeuse ou désespérée de dire beaucoup plus encore que ce que ce langage articulé nous permet de dire . ( ? )

  38. Lector

    Voilà, belle synthèse zen : « pour bien écrire abandonner l’idée d’écrire bien » !
    Le poète dit tjrs plus et le peintre montre tjrs plus que mieux.

  39. Merci pour ces souvenirs, Sourisdonc, c’est très drôle, et je n’avais aucune idée de ça, mais je connais très mal Soulages.

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