Les arènes virtuelles

d1

Cher Tibor,

Votre dernier texte témoigne de votre écœurement causé par le comportement de certains commentateurs du site Causeur. Je ne reviendrai pas sur les circonstances que vous avez abondamment décrites, mais j’y trouve l’occasion de m’interroger sur les motivations qui nous poussent à participer à des forums sur Internet.

Ces discussions virtuelles présentent une particularité fondamentale : l’anonymat général permet tous les débordements. On peut à juste titre le regretter, mais c’est un fait inéluctable et irréversible. Toutes les formes de commentaire sont alors possibles, de l’information factuelle à la bordée d’injures. Comme l’alcool, l’anonymat est un leveur d’inhibitions, et cette décharge peut à l’occasion être jouissive dans l’immédiat.

Commenter sur un forum est source de plaisir divers.

– Celui de débattre, si possible intelligemment à l’aide d’arguments rationnels et d’un raisonnement construit, dans un style lisible et agréable. Cela existe, j’en suis témoin.

– Apporter des informations estimées fiables à  de supposés demandeurs. Certains, au demeurant, n’en demandent pas tant puisque leur religion est déjà faite. Mais des croyances demandent rectifications, les mensonges réclament à être combattus. Nous savons combien l’idéologie règne en maître au sein de la presse « mainstream ». Il n’est que de voir l’ahurissante désinformation, quasi générale dès que l’on aborde le sujet du Moyen-Orient et en particulier le conflit israélo-arabe. Il est salutaire que des voix discordantes s’élèvent contre un discours convenu ou mensonger.

– A rebours, l’occasion de recevoir des informations ou opinions forçant à réviser nos préjugés et parti pris impose un effort de souplesse — beau paradoxe — mais élargit nos horizons mentaux. Il est plutôt sain de parfois changer de paradigme, cela ne fait pas de nous d’inconséquentes girouettes — étant bien entendu que je ne pense à personne en particulier.

– Trouver compréhension, empathie voire complicité avec d’autres anonymes partageant certaines de nos convictions. Le sentiment d’appartenance renforce notre narcissisme — cette  » instance  » si nécessaire à notre survie psychique. Quelle déception quand l’un de nos prétendus « amis » se retourne contre nous, rarement par trahison pure, souvent par incompréhension mutuelle ou maladroite interprétation.

Nous savons que toutes pièces possède son avers. Ces satisfactions rencontrent aussitôt leurs inéluctables contreparties. Sur le net, les fâcheux de tous poils sont multitudes. L’imbécile congénital, le propagandiste haineux, le pervers destructeur, se mêlent et se conjuguent à proportions variables. Il est à noter que nous-mêmes, pouvons parfois, et de façon délibérée (ou non), appartenir à l’une ou l’autre de ces catégories. Le plaisir de la provocation ou l’humour sarcastique restent parfois la seule attitude possible devant un bloc d’imbécillité autosatisfaite ou une malignité patente. Sans compter la rage éprouvée par l’impuissance à transformer les imbéciles en malins, les ignares en savants, les salauds en honnêtes hommes, bref à transformer le monde.

Je ne rentrerai pas dans une énumération fastidieuse des crétins, des propagandistes ou des idiots utiles de Causeur. Pour les avoir fréquentés, chacun les connait par cœur. J’aimerais en revanche insister sur un des points que vous mettez en évidence et qui a causé votre légitime colère et indignation. [un de mes principaux griefs à l’égard du sieur Hessel — sans même parler de son attitude abjecte envers Israël — est qu’il me prive souvent du plaisir d’employer le mot indignation ; je ne veux plus lui donner la joie posthume de me priver de ce beau mot de la langue française.] Certains des rédacteurs de Causeur se permettent — j’emploie le présent car ce cirque continue –, à l’abri de leur statut, de vilipender tel ou tel commentateur au motif que ses opinions ne leur conviennent pas. Injures grossières, jugements suffisants, procès d’intention, abjecte diffamation, grotesques tartarinades allant jusqu’aux menaces physiques (à l’abri du clavier, cela va de soi).

Tibor, mon ami, ne perdez ni de votre temps, ni votre énergie, ni votre calme, ni votre alacrité à cause de ce venin et de cette mesquinerie. Ces procédés minables ont été perçus par la plupart des lecteurs. Leurs auteurs ont ainsi perdu le respect qui aurait pu leur être dû à la lecture de leurs articles qui, parfois, ont quelque valeur. Ils ont voulu amuser la galerie, mais seuls leurs inconditionnels groupies ont servilement claqué des mains. Les autres savent maintenant à quoi s’en tenir et à qui ils ont affaire.

http://www.skardanelli.com/2014/07/arenes-virtuelles-par-kravi-reponse.html

 

30 Commentaires

  1. Guenièvre

    Bravo kravi et merci de nous donner toutes les clés cette étrange addiction qui nous conduit à participer aux forums ! Je souscris à votre conclusion !
    Essayons de faire que l’expérience nous serve de leçon ici ! Les imbéciles diront alors que nous faisons de  » l’entre soi » et que nous avons tous le même profil ( raciste et facho de préférence ) mais laissons dire les imbéciles qui sont incapables de voir les différences d’opinion quand elles ne se traduisent pas par des procès d’intention, des insinuations ou des insultes.

  2. Souris donc

    Les insultes sont aussi une forme d’affolement qui prouve que la propagande n’est plus aussi aisée, que le lavage de cerveau rencontre de la résistance, que l’endoctrinement se heurte au refus.
    Nous autres beaufs avinés, racistes et fachos, sommes tout à fait satisfaits de participer au contre-pouvoir de la cyber-réacosphère que les dominants rêvent de museler, ce qui prouve qu’ils la craignent.
    Même si, parfois, nos débats tiennent de la réunion Tupper-war.

  3. Merci Kravi ! On ne m’y reprendra plus, même pour lire des commentaires sur un beau texte.

  4. roturier

    J’adore, Liebchen, le « réunion Tupper-war ». Même pas « café du commerce ».
    Accessoirement: « ware ». Lapsus guerrier?

  5. Lisa

    Skarda, la question qui se pose aussi je trouve, c’est pourquoi la taulière de notre ex site préféré ne vire pas certaine personne, de la charité judeo-chrétienne sans doute.

  6. hathorique

    Il y a sur les médias internet et Causeur n’y échappe pas un phénomène de réappropriation de la parole par l’expression écrite venant de ceux qui jusqu’ici n’avaient ni les moyens ni la liberté de le faire ailleurs, cela provoque parfois des bouillonnements de passion et de colère, mais ces excès, me semble t il étaient régulés par les intervenants, cette auto-régulation ne se pratique plus , et pour l’intervenant il est très difficile de faire la part de l’inimitié personnelle, amoureuse, professionnelle journalistique.
    IL se pratique sur ce journal une chasse en meute en mal de mordant et surtout l’insulte poissarde qui tient lieu de verbatim, ce vertige d’un cynisme philosophique sous les oripeaux de l’indépendance intellectuelle, cette ascèse asymétrique qui fait que l’on condamne sans appel autrui au nom de la tolérance dont on se réclame à son bénéfice en posture de supériorité sémantique

    « Puisque les valeurs, les désirs et les conventions sont des «tyrans», des nécessités que l’individu se donne ou reconnaît à l’égard du monde extérieur ou d’autrui, le cynisme se présente comme libérateur.  »

    il y sévit une troupe de chiens courants dressés pour la chasse à courre, mais il ne s’agit plus là de vènerie mais de veulerie, Il faut que çà saigne.

    Causeur n’est pas épargné par ces phénomènes de bandes passantes ou permanentes qui se coalitionnent, s’agrègent et se désagrègent au gré des circonstances même si parfois ce sont des “communautés réduites au baquet ». Il y a des connivences qui varient en fonction des inclinations personnelles des inimités ; c’est parfois la concertation des médiocrités avec les vertiges d’un cynisme plus tiers-mondiste que mondain,
    J’ai eu parfois un sentiment amer d’insignifiance, de médiocrité intellectuelle et comme je redoute la contagion de l’erreur, des préjugés et de la sottise ; j’ai fui craignant la fatale inoculation car je ne suis pas sure de ne pas avoir succombé à cette propension au verbiage

    C’est hélas la rançon de la liberté de parole,qui s’accompagne trop souvent d’un débraillé excessif mais à part l’expression blogiste où donc avons nous la possibilité de faire étalage de nos connaissances et de notre culture, ce désir égotique et narcissique génère aussi un phénomène naturel de suivisme et de courtisanerie : presque tous sont frappés et peu sont épargnés.

    Je crois surtout que le journal Causeur importe plus à Madame LEVY que le site.

    Je crois cependant que Causeur soit dans la même posture idéologique que celle que ce journal prétendait combattre

    Certains rédacteurs sont pourtant très intéressants à lire , mais curieusement leurs articles sont les moins commentés.

    Tibor, j’ai répondu sur votre site ce que je pensais de certains de ces indécrottables impénitents 🙂
    il me revient en mémoire un passage de Dickens dans les « Grandes Espérances » je résume :
    « Nous mettons plus de temps à convaincre ceux qui nous dédaignent qu’à nous préoccuper de ceux que nous aimons  »

    @ Souris, j’ai essayé de faire court mais je ne suis pas sure d’y être parvenue

    j’ai bien aimé votre tuper-war

  7. hathorique

    Puisque il est question du fonctionnement des sites d’expression blogueuse et de ses « gentils animateurs » je voudrais ici remercier Impat pour son attentive sollicitude, son inégalable courtoisie et son inaltérable cordialité. 🙂

  8. roturier

    Tupper-ware, ai-je dis ci-dessus. WARE. Mal aux yeux, ça me donne.

    Sinon, la communauté des commentateurs (sur Causeur ils ne sont pas pire qu’ailleurs) est un groupe humain normal, l’anonymat en plus.

    Très majoritairement des hommes, me semble-t-il. Le pourquoi ne serait pas inintéressant.

  9. Un cordial shalom de Tel Aviv, Kravi. Je repars demain pour une base vers la frontiere libanaise. Merci pour cette belle analyse.

  10. Kol hakavod, mitnadev. Bet oded n’est pas loin de la plage, j’espère que vous en avez profité. Vous serez moins harcelé dans le Nord.
    Merci pour ce soutien au moment où Israël on a le plus besoin.

  11. QuadPater

    Bonjour !

    Les 3 spécificités de la communication sur Internet (elle est publique, elle est anonyme et elle se fait uniquement par écrit) sont d’égale importance pour expliquer les débordements, flood, flames et autres trolls.

    Ce sont des avatars qui communiquent. Rares sont les intervenants dont la personnalité colle complètement à l’avatar mais inversement toute attaque de l’avatar est vécue comme une blessure personnelle.

    Il est drôle de constater que certains comportements comme la bouderie sont inopérants.

  12. Guenièvre

     » certains comportements sont inopérants »
    Ah ! c’est bien vu Quad !

  13. Souris donc

    Alors la modération, quand elle existe, est empêtrée dans l’alternative suivante : privilégier la liberté de parole, au risque de tous les défoulements, c’est le choix de Causeur, ou conserver au blog une certaine « tenue » ou une identité ou une lisibilité, et écarter les fâcheux. C’est le choix de Didier Goux, de Corto…d’Antidoxe. Entre les deux, FromagePlus a un onglet « parking » où il envoie les bagarreurs mal intentionnés. Ça les calme.
    Je note aussi que quelques excellents sites de la réacosphère se sont apparemment sabordés. Sans qu’on sache pourquoi. Dommage.

    Le paradoxe de l’avatar est, en effet, assez curieux.

  14. « Conserver aux blogs une certaine tenue »… Essayez donc de poster un commentaire pro-israélien sur les sites des médias courants, y compris de droite : vous pourriez être surprise par le taux d’échecs rencontrés.

  15. … « j’ai essayé de faire court mais je ne suis pas sure d’y être parvenue « …
    Oh mais Hathorique, avec des interventions comme votre 25 juillet 2014 à 22:27 je trouve que vous ne serez jamais trop longue ! 🙂
    Merci mille fois (au moins).

  16. Villaterne

    Quand on est droit dans ses bottes, l’insulte n’atteint pas!
    Relisez « de la constance du sage » de Sénèque et revenez sur Causeur Hathorique !
    Causeur est comme la vie quotidienne. Il y a ceux qu’on a plaisir à retrouver et ceux qu’on ne peut éviter! Sinon comme le soupçonne Guenièvre on finit dans un entre-soi qui limite votre vision!

  17. Noble Lionne, j’encourage tout le monde à visiter votre galerie de portraits http://www.skardanelli.com/2014/07/les-planteurs-depines.html. J’ai ri de bon coeur !

  18. Guenièvre

    Bonjour Villaterne !
    Je ne « soupçonne rien » , je reprends le grief que j’ai lu sur Causeur à l’encontre de ce site. Celui de faire de l’entre-soi. C’était gentil, direz-vous, vus les adjectifs dont on qualifie parfois ceux qui écrivent ici. Et cela devrait nous importer peu vous avez raison. Je fais juste remarquer qu’il y a ici des opinions et des positions politiques qui sont loin d’être les mêmes et que les discussions sont souvent âpres.
    Vous êtes parmi ceux qui restez toujours courtois dans les mêlées en tous cas. Bien que l’on ne vous épargne pas certaines fois. Bravo !

  19. …  » les discussions sont souvent âpres »…
    Vraiment, Guenièvre ? 🙂

  20. hathorique

    @ Villaterne,
    Bonjour le plaisir de vous croiser car vous êtes l’un des rares à ne pas être atteint par la contagion du syndrome de « pontifiance étriquée » et je lis ailleurs avec plaisir vos commentaires toujours bien construits rarement hors sujet au milieu de tant de pédantesque niaiserie.
    Merci je relirai Sénèque en espérant ne pas subir pour mes écrits un sort aussi funeste que fut le sien ordonné par Néron, mais sur ce point particulier je ne risque rien ou si peu.

    @ Roturier

    « très majoritairement des hommes, me semble-t-il. Le pourquoi ne serait pas inintéressant »

    Plus d’hommes que de femmes dites vous ? Je ne sais pas toujours distinguer les unes des autres, car sous la variété des pseudos il n’est pas facile de déterminer, sans confusion possible, le sexe, ceci est bien sur une image 🙂
    Je crois quand même qu’appréhendant mieux les hommes qu’eux ne le font à notre endroit ; les femmes suppléent au nombre par la qualité, leur pratique aiguisée de l’entomologie masculine et la curiosité naturaliste et scientifique qui les anime, les pousse à entretenir un tissu complexe de relation sociales à la fois par des liens physiques et conceptuels avec  » ces chers Hominidés « .

    Il nous suffit de mettre en pratique le principe de Socrate philosophe lui aussi suicidé.

    « Connais-toi toi- même, laisse le monde aux Dieux »

    @ Impat,

    J’ai considéré que c’était ici le lieu d’acquitter ma dette pour votre aide sur les heurs et malheurs de l’arobaste que vous domptâtes tel Thésée le fit pour le minotaure

  21. Guenièvre

    🙂 🙂

  22. roturier

    Lorsque les réfugiés causeriens cesseront leurs apartés ici ce serait plus clair.
    Comme par ex. Villaterne? Quesaco?

  23. hathorique

    @ Roturier

    Vous croyez voir un aparté là où il n’y a que politesse, car je suppose que vous n’ignorez pas qu’il est de courtoisie lorsqu’on répond à un interlocuteur de le nommer, l’aparté est une conversation particulière entre quelques personnes, « à l’écart des autres et qui ne doit pas être entendue » ce qui n’est nullement le cas ici puisque ce qui est écrit ici est lisible par tous, vous y compris.

    Les réfugiés fussent ils causeuriens ont « droit de citer » sur Antidoxe mais peut être davantage encore devoir de civilité selon des règles du savoir-vivre et du respect des convenances qui régissent la vie en société même si ce n’est qu’une société d’avatars virtuels selon l’excellente définition de Quad.

    Pour ce qui concerne Villaterne il se définira lui et lui seul comme il lui convient.

  24. Villaterne

    Chère Hathorique je m’incline pour vous baiser la menotte ! Vous m’avez devancé pour répondre à Roturier dont le sens de l’hospitalité me paraît fort aristocratique ! Je ne lui en veux pas pour autant, et le rassure en lui disant que je ne suis qu’un simple nomade qui s’est arrêté un instant en ce lieu pour vous saluer !
    A une prochaine peut-être !

  25. roturier

    Etes-vous enseignante en maternelle, Hathorique?

  26. hathorique

    @ Villaterne

    « Reste devant la porte si tu veux qu’on te l’ouvre. Ne quitte pas la voie si tu veux qu’on te guide. Rien n’est fermé jamais, sinon à tes propres yeux. »

    Le cantique des oiseaux
    Farid al-din Attar poête persan

    à une prochaine !

  27. Souris donc

    Je le dis comme je le pense : Kravi et Skarda ont eu tort de se référer à Causeur. L’analyse de Kravi est pertinente, sauf les deux derniers paragraphes, superflus, car ils font jubiler la meute. Pour rien au monde je n’irais servir de punching-ball, faut déjà être maso. Eux, c’est eux, nous, c’est nous. On va traîner combien de temps encore cette référence à Causeur ? Le sceau de l’infamie, ça va bien un peu. Crapoto basta fuite.

  28. roturier

    Tant que Causeur aura cette qualité d’intervenants il fera référence.

  29. Balépat

    Ben non, cette « analyse » est on ne peut plus indigente. Quelle déception !
    Quant aux leçons de bienséance qui régirait la vie en société je rigole doucement… va voir à Dogville si j’y suis !

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