Avignon Off

Ubu

Festival Off d’Avignon : trois compagnies et un chanteur.

L’ambiance était au rendez-vous quoique le public fût  un peu moins dense qu’à l’habitude : effets de la crise ? Peur de l’annulation des représentations ? Dans le Off pourtant, quasiment toutes les troupes jouaient, même les trois jours de grève prévus, alors que le In vit la suppression du  » Prince de Hombourg » et du  «Mahabharata» de Satoshi Miyagi. De ces trois semaines dépend leur gain annuel …La recette des entrées à laquelle s’ajoute éventuellement la vente du spectacle et les tournées futures …Pour moi, la saison fut excellente. J’ai déjà dit les années précédentes que l’une des façons de s’y retrouver dans la quantité impressionnante des prestations proposées est de repérer les troupes qui font un travail sérieux et de les suivre. Bien sûr on a parfois des surprises : parce que le théâtre est quelque chose d’éphémère  et que la troupe évolue au cours du temps; des acteurs s’en vont, d’autres les remplacent pas toujours pour le meilleur. Il est cependant trois compagnies que je cours voir régulièrement quand j’arrive à Avignon :

Le Théâtre du Kronope est une troupe professionnelle fondée en 1983. Ses créations révèlent un univers baroque où le masque de théâtre permet de mettre en résonnance le mot,  le corps de l’acteur et le personnage. Chaque année elle propose des spectacles en forme de tableaux musicaux dansés, burlesques ou poétiques, drôles parfois, qui mettent en jeu les grands mythes sociaux de notre époque aux travers de classiques ou de textes originaux. Elle est aussi capable de belles prouesses : adaptation de romans fleuves – cette année « Les Misérables » -, une réussite- ou acteurs interprétants une multitudes de personnages – j’ai vu il y a trois ans un  » Songe d’une nuit d’été  » joué par seulement deux comédiens.

 http://www.citylocalnews.com/avignon/2013/10/15/derriere-le-masque-les-miserables-vus-par-le-kronope

« L’ Envolée lyrique » dont je vous avais parlé il y a deux ans à propos de son admirable « Cosi fan Tutte ». La troupe est composée d’artistes complets, comédiens et chanteurs excellents servis par un metteur en scène de talent. Tout est réglé au millimètre. Ils se sont, disent-ils, donnés comme ambition de « mettre l’Opéra à la portée de tous sans renier sa musicalité de haut vol ». Pari réussi  jusqu’à maintenant !

http://www.envoleelyrique.fr/La-compagnie.htm

« La Compagnie Alain Bertrand ». Créée il y a 20, cette compagnie  grenobloise enseigne les bases du Théâtre Populaire. Spécialiste de la  » Commedia dell’ Arte son metteur en scène / acteur, Alain Bertrand anime avec Carlo Boso ( ex comédien du Picolo Teatro de Milan ) un lieu particulier du « Off » appelé « La Cour du Barouf », espace convivial où j’ai pu voir chaque année d’excellents spectacles. Cet année « L’Avare » avec un Harpagon aux accents de De Funès. J’ai aussi le souvenir, dans les années précédentes d’un « Ubu » délirant et d’un  » Maure à Venise » une adaptation très libre et effrénée du « Marchand de Venise ». Evidemment il faut que ce style de théâtre plaise. J’aime beaucoup : sous des dehors légers et faciles il y a là un travail exigeant demandé à chaque acteur. Rien n’est laissé au hasard, les postures doivent être impeccables, pas question de se laisser aller ou de s’avachir sur scène. C’est une école de tenue du corps et ça devrait être enseigné dans les écoles à tous nos ados indolents.

https://www.youtube.com/watch?v=ErcLv-_9IjE

Enfin, je voudrais vous parler de quelqu’un que j’ai vu pour la deuxième fois cette année en Avignon : il s’agit de Yanowski. Yanowski c’est une voix puissante et profonde et tout un univers. On l’appelle, non sans raison, le Jacques Brel russe. C’est surtout un personnage fascinant qui raconte et chante des histoires imprégnées de fantastique, d’humour et parfois d’un grain de folie. Son dernier spectacle : « La passe interdite » nous entraîne dans les troquets de Buenos Aires et dans les cabarets slaves. Quand la lumière revient dans la salle on reste encore subjugué quelque temps …

https://www.youtube.com/watch?v=hVBd5WlG0hU

 

 

 

72 Commentaires

  1. plantigrade69

    Quand je lis Guenièvre ainsi avide de partager ses enchantements, je me dis que parfois, le talent est dans le public.

  2. Guenièvre

    Il faut lire : Le « Prince de Hombourg » … et pas de Hambourg , excusez-moi…

  3. Guenièvre

    C’est le ravissement qui est dans le public ! Et si je vous donne ce compte-rendu c’est pour que vous ne manquiez pas l’occasion de partager ce ravissement, si ces troupes passent dans votre région cher plantigrade,dans le 69 donc !

  4. À coup sûr, c’est cette quasi homonymie qui lui valut d’être supprimé. 🙂

  5. … « On l’appelle, non sans raison, le Jacques Brel russe « …
    Mimiques et surtout timbre de voix sont en effet très proches.

  6. Guenièvre

    Corrigez-moi cher Impat ! Si par exemple vous supprimiez aussi ce Z qui s’est malencontreusement glissé à la place du R à la fin du verbe parler dans le dernier paragraphe je ne vous en voudrais pas du tout …:-)

  7. Je suis sûr que ces fautes, Guenièvre, c’était un coup monté par les intermittents. À ce propos, y a-t-il eu, au cours ou en début des spectacles auxquels vous avez assisté, des interventions intempestives d’intermittents ? Et en journée, dans les rues ?
    Cette fois vous allez m’en vouloir de ces basses considérations peu artistiques, je le crains.

  8. Souris donc

    Les spectateurs ont dû se fader les proclamations des intermitteux à chaque début et fin de spectacle. Lesquels n’ont pas voulu trop chahuter Olivier Py, en appui à son chantage à la démission en cas de victoire du FN aux municipales. Et ne pas perdre leur statut s’ils ne faisaient pas leurs heures. Pas fous.
    D’après ce que j’ai pu lire, la nouveauté fut des spectacles interminables, l’un de…18 heures.
    Et ce contre-ténor congolais qui a mélangé le baroque avec la rumba congolaise. L’incontournable multicul. Mais bien, à ce qu’il parait.

  9. Souris donc

    Pas de grande perte, si c’est le Prince de Hombourg de Kleist, superchiant, même Die Marquise von O.
    Pire que la Princesse de Clèves. C’est dire.

  10. hathorique

    @ Guenièvre

    Merci pour ce compte rendu du Off , mais « le songe d’une nuit d’été » jouée par deux comédiens, me laisse un peu songeuse en cette belle nuit d’été où je vois les étoiles .

    J’ai trouvé un lien sur « le Cosi fan tutte » est ce le spectacle de « l’Envolée lyrique ?

    Cet opéra de Mozart est pour moi le plus chatoyant, un feu d’artifice musical, il est d’une somptuosité vocale sans égale dans ce que l’on appelle « l’opéra bouffe  » avec ce merveilleux trio du « suave el vento » :

    et surtout « Fra gli amplessi » le duo chaud brulant entre Fiordiligi et Ferrando,

    Ce festival a été aussi chaud brulant pour son directeur Olivier Py qui a déclaré :

    «Ce que l’on a réussi de mieux, à Avignon, c’est le public!».

    Lui qui voulait un festival politique il a du être satisfait au delà de ses espérances qui étaient grandes , par contre son bilan financier est moins réussi et il sera surtout chaud brulant pour les finances publiques, car si la culture n’a pas de prix elle a quand même un coût.

    http://www.laprovence.com/article/loisirs/2978457/festival-davignon-le-bilan-dolivier-py.html :

    « Le directeur du Festival In préfère les lettres aux chiffres… Surtout lorsqu' »ils ne sont pas bons », comme il l’a déploré en brossant le bilan comptable de cette 68e édition, particulièrement mouvementée, sur le plan météorologique et social. »Intranquille » pour reprendre Olivier Py dans le texte.
    « Il y a un cumul de 300 000 euros de pertes en recettes (268 000 € au préjudice de la billetterie et 32 000 € pour la buvette et les produits dérivés). Et si ça peut sembler être une petite somme pour les responsables du Medef, la situation est pour le Festival extrêmement grave ». D’où son appel insistant lancé à l’adresse de l’État. « S’il (cet État) ne prend pas ses responsabilités, nous serons dans l’obligation de revoir à la baisse les budgets compressibles (créations, actions sociales…) voire d’envisager un festival plus court. « 

  11. Guenièvre

    @ Impat 27 juillet 2014 à 21:14

    Je n’ai pas assisté à la moindre intervention d’intermittents . Il parait qu’il y a eu une manif à la place de la traditionnelle parade du début.
    Il est arrivé , dans les salles où nous allions, de voir que certains spectacles étaient supprimés les jours de grève ( le samedi 12 par exemple) mais très peu . Les troupes faisaient seulement un courte annonce en disant « qu’elles soutenaient » la lutte des intermittents. Un fois seulement on nous a dit que le spectacle avait été choisi pour les circonstance de cette lutte :  » La résistible ascension d’Arturo Ui « . C’était magistralement raté ! Le texte de Brecht est déjà indigeste mais les acteurs hurlaient sans arrêt et ils étaient affublés de nez de clown qui leur donnaient une diction épouvantable !

  12. Guenièvre

    Impat je voudrais un peu expliquer les conditions dans lesquelles on joue dans le OFF.
    Le Off aujourd’hui , c’est plus de 1000 compagnies et plus de 1250 spectacles à l’affiche sur 130 lieux différents . Dans une salle (qui peut compter des centaines de places ou seulement 50 ) , il y a 8 ou 9 spectacles par jour. Les comédiens ont deux heures, montre en main pour entrer, monter, jouer et démonter le spectacle. Cela veut dire qu’un spectacle d’une heure et demie ce n’est pas possible ! Il ne faut pas que ça dépasse une heure vingt. Il faut donc, en un laps de temps très court, mettre en place les projecteurs, installer le décor pendant que la compagnie d’avant enlève le sien, jouer, démonter. Et en plus, il n’y a pas de loges. Quand on fait la queue pour voir un spectacle on voit des acteurs du spectacle précédent qui déménagent leur décor, qui se démaquillent, ceux du spectacle que vous allez voir qui passent avec leurs costumes. C’est ça l’ambiance du off… Après la représentation , pas question pour les comédiens de se reposer, il faut faire la parade dans les rues puis passer par la case tractage. Savoir bien tracter, c’est avoir un discours tout prêt qui donne en trois phrases les éléments-clés du spectacle et crée une envie chez le festivalier. Parce que les troupes jouent là leur survie !! Le Off est le premier marché du théâtre au monde, c’est là que sont les journalistes , les critiques et les gens qui viennent acheter des spectacles , programmateurs de salles ou adjoints culturels…
    Les 2/3 des spectacles sont de piètre qualité, et puis je vois de plus en plus de solos, de one man show, de spectacles soi-disant  » hilarants ». Les grandes salles de cinéma sont trustées par des humoristes déjà bien connus et qui passent régulièrement à la télé. Je ne citerai pas de noms …mais ceux là attirent toujours un nombre impressionnant de festivaliers. Alors, je tire mon chapeau à ces jeunes comédiens ( il faut être jeune pour tenir ce rythme là pendant trois semaines ) , ceux qui ont du talent et qui se battent pour mener malgré toutes ces conditions difficiles un travail exigeant.

  13. Jolie louange, traduisant un enthousiasme auquel on ne peut que se sentir sensible, et adhérer.

  14. Guenièvre

    @ Souris 27 juillet 2014 à 21:44,
    Vous parlez du « IN » souris . Dans le « IN » il y eu beaucoup plus de représentations annulées. Et les spectacles qui durent des heures en sont une spécialité depuis longtemps ! Je me souviens de l’un d’entre eux ( pour en avoir lu des critiques ) qui se devait se terminer juste au moment où le jour se levait…

  15. Guenièvre

    Chère Hathorique !
    Si vous êtes endormie  » sur le banc où s’épanouit le thym sauvage , où poussent l’oreille d’ours et la violette » prenez garde aux facéties de Puck qui pourrait oindre vos paupières du suc de la fleur « love in idleness » ! On ne sait jamais qui s’exposera à vos regard lors de votre réveil ! 🙂
    Oui c’est bien cette troupe que j’ai vue il y a deux ans jouer  » Cosi fan tutte  » . Ils sont toujours en tournée avec ce spectacle , si vous les voyez près de chez vous, courrez-y !

  16. … « se terminer juste au moment où le jour se levait »…
    Bah j’y aurais assisté volontiers, mais en arrivant à 4 heures du mat…

  17. plantigrade69

    Souris,
    « la princesse de Clèves », lu vers 16 ans, m’a très fortement marqué. Mais ce n’est certes pas cet amour resté chaste pour un homme autre que celui épousé qui m’avait impressionné mais, alors que je grandissais dans la cité au milieu des machos de service, voir que jamais le Prince ne s’est permis de violenter sa femme ni par le geste ni par la parole et qu’il souffrait plus de ne pas être aimé en retour que d’être éventuellement cocufié, voilà ce que j’avais trouvé admirable.
    Je trouve que « Le Prince de Clèves » eut été un meilleur titre.

  18. Guenièvre

    @ souris ,

    « Pas de grande perte, si c’est le Prince de Hombourg de Kleist, superchiant »
    C’était bien cela …Pas vu, mais suis allée dans le OFF assister au travail d’une troupe qui avait adapté une nouvelle du même Kleist : « Michael Kohlhaas » l’histoire, au XVIe siècle, d’un marchand de chevaux, devenu hors-la-loi et meurtrier pour défendre son droit et qui finit par déclencher une révolte sanglante et incontrôlée . Histoire chiante aussi , mal scénarisée, mal interprétée … Avec  » l’Arturo Ui », pour moi, ce sont les deux nullités de cette année 2014.

  19. hathorique

    @Guenièvre,

    « Allons, ma reine, dans un grave silence, Suivons en dansant l’ombre de la nuit. Nous pouvons faire le tour du globe D’un pas plus rapide que la lune errante. »

    Si je vous lis bien et je vous lis toujours avec attention, le festival officiel ne me parait plus tout à fait être ce qu’en écrivait Antonin Artaud dans son ouvrage « Le théâtre et son double  » .

     » le théâtre a pour fonction essentielle de réveiller chez le spectateur des forces endormies, en exposant devant lui ses conflits les plus profonds, ses rêves et ses obsessions. Le choc nécessaire sera obtenu non par le dialogue, relégué au second plan, mais, comme dans le théâtre asiatique, par le langage concret des gestes symboliques, des mouvements, des sons, de la lumière, du décor.
    «Nous supprimons la scène et la salle qui sont remplacées par une sorte de lieu unique, sans cloisonnement, ni barrière d’aucune sorte, et qui deviendra le théâtre même de l’action. Une communication directe sera établie entre le spectateur et le spectacle, entre l’acteur et le spectateur, du fait que le spectateur placé au milieu de l’action est enveloppé et sillonné par elle »

    Cela je crois correspondait aussi à ce que Jean Vilar préconisait à l’origine pour Avignon, mais qui s’est peut être un peu dévoyé dans la provocation militante, l’épatage égologique et la redondance verbiageuse
    un lien sur le OFF

    http://www.festi.tv/Festival-Avignon-Off-2014-Reportage-Cie-Orlando-Furioso-Cie-Scuola-Teatro-Dimitri_v1140.html

    @Impat ,

    Vous ne pourriez donc assister au Mahabharata, poème épique de milliers de vers racontant en détail les légendes guerrières indoues aussi compliquées que la guerre de Troie, la tétralogie wagnérienne du « crépuscule des vieux » avec la lutte fratricide umpéiste entre les coriaces et les voraces, ce qui vous permettrait d’apporter votre tente, votre lit de camp, votre badine, votre brandy et votre club sandwich car ce spectacle dure 9 heures.
    Il a été joué à Avignon dans une carrière et mis en scène par Peter BROOK.

    http://www.ina.fr/video/CAB85101033

  20. Me semble un vrai Mégabaratin, votre poème hindou. Et je ne me sens pas digne du moindre diplôme hathoricien car vous me proposez tout ce que je déteste :
    tente, lit de camp, brandy, club sandwich, spectacle de 9 heures. Au secours !

  21. Guenièvre

    Le Mahabharata compte plus de deux cent mille stances écrites en sanscrit, quinze fois la Bible ou l’Iliade.
    Cet immense poème épique de l’Inde raconte “la grande ‘histoire de l’humanité”, une furieuse querelle de famille qui oppose deux groupes de cousins les Pandavas et les Kauravas.
    Elle se termine par un combat sanglant et titanesque mettant en jeu le sort de l’univers tout entier.
    Certes Impat c’est très long et éprouvant mais c’est très fort et c’est d’une terrible et brûlante actualité parfois ! J’ai vu le film que Peter Brooks a fait après sa pièce , c’est magnifique ! Regardez le dans votre lit…

    On connait mieux la partie centrale du Mahabharata, appelée la Bagavad Gita, l’un des textes sacrés des hindouistes, leur Bible en quelque sorte. Un dialogue entre le guerrier principal du Mahabharata, Arjuna en plein désarroi et Krisna, l’avatar du Dieu suprême Vishnu. Très poétique.
    « C’est moi qui suis, de l’univers entier
    et l’origine et le terme.
    Au delà de moi, rien n’existe Arjuna,
    Tout l’univers est suspendu à moi
    comme sur un fil
    des myriades de perles.
    Je suis la saveur des eaux, Arjuna,
    je suis la lumière, et du soleil et de la lune,
    je suis dans le Veda le mantra om,
    je suis le son dans l’éther
    et je suis la vitalité dans l’homme.
    Je suis le parfum sacré de la terre
    et je suis l’éclat dans le feu,
    je suis la vie dans tout ce qui existe
    et je suis l’ardeur chez les ascètes.
    De ce qui est, je suis le germe, sache le Arjuna,
    le germe immémorial.
    Je suis la clairvoyance chez les sages,
    je suis la gloire des héros,
    je suis la force des forts,
    affranchie de désir et de passion.
    Je suis en toute chose le désir,
    le désir en harmonie avec l’ordre cosmique.
    Et les états de la nature, la transparence de l’aurore,
    la fièvre de midi, la pesanteur du soir,
    sache que c’est de moi qu’ils viennent,
    mais moi je ne suis pas en eux,
    c’est eux qui sont en moi (…) »

  22. Si vous vous y mettez à deux, avec 100.000 stances chacune, je vais finir par me rendre. À moins qu’on ne me propose une manif de protestation, de 20.000 personnes selon la police !

  23. Guenièvre

    Hathorique, je ne saurais vraiment parler du « IN » parce que je n’y suis jamais allée! J’en ai des échos par un ami dont j’apprécie le jugement. Il a vu quelques très bons spectacles mais il a dû aussi se retenir plusieurs fois pour ne pas partir avant la fin. D’après ce que j’ai compris la volonté d’originalité, tout à fait respectable, se transforme parfois en volonté de « choquer le bourgeois ». Sauf que « le bourgeois » aujourd’hui il va justement là pour ça et que , de toutes façons plus grand chose ne le choque. Le summum a été atteint en 2005 avec les pièces de Jan Fabre où les acteurs pissaient sur scène et se livraient à une séance de masturbation collective. La justification conceptuelle étant que le dramaturge/metteur en scène travaillait sur « les humeurs et sécrétions humaines »! Le concept légitime l’oeuvre.
    On semble revenu depuis à des spectacles… disons… moins intimes! Il y a du bon et du mauvais…comme dans le OFF sauf que ça revient plus cher quand on se plante!
    Ah! J’avais noté cet  » Orlando Furioso mais je n’ai vu que la moitié de ma liste!

  24. hathorique

    Cher Impat comme vous semblez apprécier à sa juste mesure la littérature sanscrite, je m’en voudrais de vous priver de cet autre chef d’oeuvre de la littérature hindoue : le Ramayana poème épique de 24.000 vers qui aurait été écrit au Ve siècle. Il relate ‘histoire de Râma, un des avatars de Vishnu, enlevé par le roi des Râkchasas qui n’est pas un avatar de Rackam au cours de son séjour à Kho-kânda.

    Il est divisé en 7 livres:
    1) Bâla-kânda,
    généalogie de la race solaire, incarnation et enfance de Râma;

    2) Ayodhyâ-kânda,
    Jeunesse de Râma, et son éducation Sa première lutte contre les Démons. Son mariage avec Sitâ; l’exil de quatorze ans auquel son père le condamne en cédant aux ruses d’une de ses femmes;

    3) Aranya-kânda,
    Vie de Râma dans la forêt de Dandaka jusqu’à l’enlèvement de Sitâ par Râvana,roi des Râkchasas;

    4) Kichkindhyâ-kânda
    Séjour de Râma dans le Pays des Singes, et son alliance avec leur roi Sougrîva;

    5) Sundara-kânda,
    Marche de Râma et son arrivée en de vue de Lanka;

    6) Yudoha-kânda,
    S iège et prise de Lanka, délivrance de Sitâ et retour à Ayodhyâ;

    7) Ut-tara-kânda,
    Vie de Râma à Ayodhyâ jusqu’à son ascension au ciel.

    il y a des vers magnifiques comme ceux de Sita s’adressant à son époux Rama qui ne veut pas l’emmener avec lui dans son dangereux périple.

    « Sans toi, mon amour, il n’y a rien dans tout l’univers qui puisse me réconforter.
    Les oiseaux et les biches seront ma suite, la forêt ma cité et les rubans d’écorce mes robes chatoyantes.
    Avec toi, Rama, une hutte de branchages sera comme le palais des dieux.
    Tu m’as énuméré les nombreux dangers de ces régions, mais tout cela n’est rien comparé à la douleur d’être séparée de toi, sans même être sûre de te revoir un jour.
    Emmène-moi avec toi, Rama, ne m’abandonne pas ! Imagines-tu que si je reste ici, je survivrai à la fin de ton exil ? »

  25. roturier

    Sans oublier le Baba-Yaga.

  26. Souris donc

    Métissage culturel :
    Voici le contre-ténor congolais, star du Festival, avec « Coup Fatal ».

    Rassurez-vous, il chante aussi Monteverdi, Mozart, Schubert, Vivaldi. Pas très bien, il a une tendance à grasseyer, rien à voir avec Gérard Lesne ou Philippe Jaroussky.
    Il y a une autre video sur YouTube, « Une journée au festival d’Avignon, Pauline G »
    On dirait l’Eurodisney, c’est la vision d’une vidéaste de 16 ans.

  27. Souris donc

    J’aime beaucoup le clin d’œil aux « sapeurs ».

  28. Hathorique,
    … «  »Sans toi, mon amour, il n’y a rien dans tout l’univers qui puisse me réconforter.
    Les oiseaux et les biches « ……….

    Les six vers magnifiques cités par votre commentaire 28 juillet 2014 à 21:44 se suffisent à eux-mêmes, tout est dit. Je suis prêt à renoncer aux 23.994 autres.

  29. Guenièvre

    Ah ! Mais ce n’est pas désagréable souris ce métissage culturel là ! Puisque vous parlez de Monteverdi , j’ai vu, par Comédiens et Compagnie,  » L’Odyssée » d’Homère avec des morceaux de l’Opéra « Le retour d’Ulysse » et c’était réussi !
    http://www.citylocalnews.com/avignon/2014/07/20/l-odyssee
    Oui, je viens de voir la vidéo de la môme… Elle a choisi ses sujets : je ne me rappelle aucun de ces « paradeurs » !

  30. hathorique

    ce clin d’ œil aux sapeurs ??? LES POMPIERS 🙂

  31. hathorique

    Impat peut être préfèrerez vous cette version « des Indes Galante  »

    Pour les vers :
    « tout choix est un renoncement » selon ce que vocalise les oiseaux qui gloutonnent allègrement les lombrics de mon jardin.
    çà marche aussi en sens inverse :
    « tout renoncement est un choix »

    Bien à vous

  32. Pour ma part je ne renonce à rien. C’est mon choix.

  33. Ah, mes amis merci ! Merci Guenièvre, merci Noble Lionne, dire que j’ai failli rater ce fil ! Je n’ai pas la culture suffisante pour vraiment y participer, le théâtre, comme la grande musique, j’aime bien, vraiment, mais je n’y connais rien. Merci Souris pour tous les liens qui ont ouvert l’esprit un peu lourd que je suis, j’écoute certains morceaux sur mesmachines. Et peut-être, peut-être, vraiment peut-être, irais-je un jour de nouveau au théâtre, bien souvent pourtant ce sont des lieux ennemis des personnes handicapées: pas de strapontin pour les fauteuils roulants.

  34. Guenièvre

    Bonsoir Tibor !
    Si vous aimez c’est suffisant ! Pas besoin de s’y connaître beaucoup vous savez .
    J’ai vu plusieurs fois des personnes handicapées dans les salle , on trouve toujours une solution…

  35. Guenièvre

    Pour tous ! une des sublimes tirades de Cyrano de Bergerac que j’ai revu il y a trois ans à Avignon. Celle que l’on devrait conseiller à nos politiques :

    Acte II scène 8

    Et que faudrait-il faire ?
    Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
    Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
    Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
    Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
    Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font,
    Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
    Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
    Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
    Non, merci ! Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
    Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
    Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
    Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
    Non, merci ! D’une main flatter la chèvre au cou
    Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
    Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
    Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
    Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
    Devenir un petit grand homme dans un rond,
    Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
    Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
    Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
    Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
    S’aller faire nommer pape par les conciles
    Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
    Non, merci ! Travailler à se construire un nom
    Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
    Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
    Être terrorisé par de vagues gazettes,
    Et se dire sans cesse : « Oh ! pourvu que je sois
    Dans les petits papiers du Mercure François » ?…
    Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
    Préférer faire une visite qu’un poème,
    Rédiger des placets, se faire présenter ?
    Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
    Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
    Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
    Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
    Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
    Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
    À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
    N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
    Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
    Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
    Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
    Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
    Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
    Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
    Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
    Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
    Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

  36. Guenièvre

    …et encore ce passage :

    Sens-tu, mon âme, un peu, dans cette ombre, qui monte ?..
    Oh mais vraiment, ce soir, c’est trop beau, c’est trop doux !
    Je vous dis tout cela, vous m’écoutez, moi, vous !
    C’est trop ! Dans mon espoir même le moins modeste,
    Je n’ai jamais espéré tant ! Il ne me reste
    Qu’à mourir maintenant !

  37. Souris donc

    Non, non, Hathorique, ce sont des jeunes Congolais qui aiment se saper, pour parader, il parait que la sapologie est tout un art, et qu’elle serait entrée dans le Larousse. Je n’ai pas vérifié.

  38. hathorique

    merci Guenièvre pour Cyrano

    « Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
    Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
    Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
    Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?

    un nom me revient pour illustrer cette tirade : MOSCOVICI dit Pierrot le Mou, hélas peut être futur commissaire européen

    Merci Souris pour les sapeurs et la sapologie
    les adeptes de cette religion de la sape seraient donc des sapologues.

  39. plantigrade69

    Ah! la tirade des « non merci! »
    J’adooore!

  40. … »peut-être futur commissaire européen »…
    J’y préfèrererais Roxane.

  41. Guenièvre

    Madeleine Robin ?
    Ce serait mieux que Catherine Ashton ou Viviane Reding c’est vrai ..

  42. Il est vrai qu’il avec ces deux-la je n’aurais guère envie de jouer les Cyrano, même avec un faux nez et même cache dans un buisson.

  43. hathorique

    Ah mes amis, j’enrage ; n’ajoutez pas à ma douleur de voir l’Europe, dans l’ivresse triomphale de grands discours d’amphigouriques ventriloques miser sur des chevaux de retour incompétents, je ne vois que Baudelaire pour apaiser mes souffrances :

    « Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
    Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
    Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
    Aux uns portant la paix, aux autres le souci. »

    Les fleurs du mal que l’on pourra déposer sur la tombe de cette Europe en déshérence avec cette épitaphe :

    « Ci-gisent l’espérance et la volonté de dépasser notre passé pour devenir avenir  »

    Merci à vous pour ce dialogue au fil des rimes qui coulaient de source vive.

    D’ailleurs au vu de l’état de la France, il n’y aura plus que les rîmes pour être riches

  44. Et la France sans l’Europe ne rimerait plus à rien. 🙂

  45. hathorique

    Oui mille fois oui, vous connaissez mon attachement à l’Europe et c’est cela qui me navre et me désole : voir recaser à l’Europe les incompétents qui ont échoué en France comme on fourgue en fin de marché un cageot de fruits blêts inconsommables dont personne ne veut plus.

  46. Junker va peut-être avoir l’audace de refuser ce fruit blet. J’aimerais bien mais c’est peu probable.

  47. Souris donc

    Hathorique
    28 juillet 2014 à 17:08, ce que dit Artaud à propos de la participation du public fut aussi mis en application par Mnouchkine. J’ai vu, mais quoi ? à la Cartoucherie, il y avait un dispositif scénique qui demandait au spectateur de tourner son siège tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, le spectacle fut repris à Avignon.
    En regardant Wiki, je vois que c’est Mnouchkine qui a conseillé la nunuche du Poitou pour sa gestuelle au Zénith, robe bleue new age et cheveux frisés, allumée.
    Je crois que ça lui a coûté la présidentielle, tant elle s’est ridiculisée.
    Guenièvre,
    J’ai relu votre plaidoyer du 28 à 11:36 pour les petites troupes du OFF, très émouvant, on en aurait envie de soutenir le statut des intermittents. Quelle galère.

  48. Guenièvre

    Je me souviens de  » 1789″ et « 1793 » à la Cartoucherie dans les années 70. Les acteurs se déplaçaient parmi les spectateurs. Beaucoup de metteurs en scène ont utilisé ce procédé par la suite…
    Souris, ce n’est pas le statut des intermittents en lui-même qui est scandaleux, ce sont les abus : ceux qui gravitent autour des comédiens ou dans le domaine de la radio et qui profitent de ce statut pour glander. Il est bien évident qu’un spectacle digne de ce nom nécessite des mois de travail pendant lesquels on ne gagne rien.

  49. hathorique

    Bonjour à vous deux

    Dans l’antiquité, à Athènes, au Ve siècle avant J. C. le siècle d’or de Périclès le théâtre n’était pas qu’un divertissement culturel mais aussi cultuel en fait , Aristote n’a fait que codifier le genre que d’après les tragédies anciennes et mêmes de rituels mystiques .

    Comme les Mystères D’Eleusis culte célébré en l’honneur de Démeter et de Dionysos le mystère central était celui de la mort et de la résurrection, symbolisé par la décomposition de la graine dans la terre et sa réapparition sous la forme d’un être vivant qui s’élève vers la lumière
    En l’honneur de Déméter qui avait appris à Triptolème l’art de l’agriculture, on célébrait la fête dite des Thesmosphories, à laquelle correspondait la période de la sortie du blé des silos, où il avait été placé après le battage, jusqu’à ce qu’en octobre, le moment des semailles soit venu. Cette fête était célébrée dans de nombreux pays grecs, en novembre, après les récoltes de l’année et les semailles mais seuls pouvaient y assister les initiés et ces rituels devenaient des « mystères »

    le théâtre a une origine religieuse, mais je crois aussi mystique, il avait probablement aussi une fonction civique et fédérative citoyenne au sens que lui donnait les grecs « Celui, celle qui, jouissant du droit de cité, prenait part à la vie politique et religieuse de la cité »
    Fête civique autant que fête religieuse, le théâtre occupait donc une place privilégiée dans la culture de la Grèce antique.

    Pour Aristote, par le biais de la  » catharsis « , il contribuait à rendre les hommes meilleurs en provoquant en eux la  » terreur  » et la  » pitié  » devant les malheurs qui frappaient des personnages auxquels la plupart pouvait s’identifier. Quant à la comédie, née, durant l’Antiquité grecque, des processions burlesques (kômos) qui se déroulaient lors de fêtes de Dionysos (encore lui) où des gens au visage barbouillé se lançaient, et adressaient en direction des badauds, des plaisanteries lestes, des apostrophes violentes, et improvisaient des batailles verbales sous la protection de leurs dieux populaires

    Elle a toujours prétendu corriger les mœurs par le rire. Au Moyen Age, les représentations des mystères chrétiens sur les parvis des cathédrales étaient les auxiliaires (les alliés utiles ) de l’église.

    la représentation théâtrale a évolué depuis son origine , au départ, un seul acteur, le protagoniste, jouait tous les rôles et portait un masque qui imposait une impassibilité au visage de l’acteur. Eschyle fit intervenir un deuxième personnage, le deutéragoniste et Sophocle introduisit un troisième acteur, le tritagoniste. Les rôles des femmes étaient tenus par des hommes. Les acteurs étaient tirés au sort. Pour être le mieux visible possible, l’acteur portait des cothurnes, Les choreutes étaient eux aussi masqués et ne pouvaient être que des hommes. L’auteur de la pièce était à la fois metteur en scène et chorégraphe. Le spectacle était gratuit, pauvres et riches y assistaient.

    C’est ce que je crois cette spontanéité très maitrisée qu’essaient de retrouver sans toujours y parvenir les metteurs en scène modernes

  50. Souris donc

    J’aimerais beaucoup que vous nous expliquiez, Hathorique et Guenièvre, le rôle du chœur. De la musique. Je vous dirai pourquoi, mais je crains de dire une sottise.

  51. hathorique

    Bien mieux que je ne saurais le faire, voici ce que j’ai trouvé sur le rôle du choeur. dans le théâtre et çà commence mal :
    « Quel que soit l’angle sous lequel on l’observe le choeur est encore largement terra incognita au théâtre »
    Bonne lecture

    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_2003_num_131_3_1812

    Pour ce qui est de la musique du peu que j’en sais il semble qu’elle existait dès la préhistoire, on commence aujourd’hui à le savoir, grâce à des survivances dans les sociétés primitives et à leur recoupement avec des témoignages archéologiques : dessins rupestres, objets musicaux trouvés dans les fouilles, etc. Dans ces sociétés la musique avait souvent un rôle magique et les instruments, parmi lesquels de nombreuses percussions tenaient une place importante, on a retrouvé des flutes datant de plus de 35.000 ans :
    « En septembre 2008, dans la grotte de Hohle Fels (dans le jura Souabe en Allemagne) ont été découverts les fragments d’une flûte en os de vautour. Elle mesure 22 cm et comporte cinq trous. Elle est datée (par la méthode du Carbone 14) de plus de 35 000 ans !
    « C’est sans ambigüité le plus vieil instrument de musique dans le monde ! »a déclaré l’archéologue Nicholas Conard lors de la publication de la découverte dans la revue Nature (en juin 2009).
    Trois flûtes ont en fait été mises à jour par les chercheurs. La seconde est en ivoire de mammouth et la dernière en os de cygne. »

    Chaque  » clan » possédait son répertoire traditionnel, souvent relié à des rites précis ou à des tabous impératifs. Dans ce répertoire, figuraient de nombreux chants, rattachés à un moment déterminé de la vie sociale : guerre, chasse, union, funérailles, etc.

    Le répertoire se transmettait par tradition orale, parfois même par initiation ésotérique. La musique n’était pas une œuvre d’art, mais avait une fonction sacrée dévolue à de seuls « initiés » Elle est aussi magie.
    Elle ne s’écrit pas, ne se « répète » pas, ne se « dirige » pas : elle se vit comme principe vital primordial, comme élément de communication avec les divinités, comme un exutoire libérateur participant au défoulement du corps par le chant, par la danse, par l’incantation psalmodiée mais aussi par la communication avec le monde de l’au delà celui des esprits ; c’est l’art total qui je crois s’est peut être perdu avec la civilisation, qui a occulté cette dimension mythique de l’imaginaire et du sacré.

    Je pense, mais cela n’engage que moi que le premier instrument musical a été la voix humaine.

    Pour ce qui est de dire des sottises, rassurez vous je partagerai volontiers avec vous ce droit inaliénable et imprescriptible 🙂

  52. Souris donc

    Gloup. Gros morceau. Mais je vais m’y atteler (c’est un des charmes d’internet, d’être emmené sur les chemins inattendus des terra incognita).
    Le chœur, la musique, liait Dionysos et Apollon. L’ivresse, le tumultueux, le convulsif, la transe, la catharsis. Et l’esthétique, la retenue, la mesure, l’harmonie. C’est la thèse de Nietzsche dans Naissance de la Tragédie. Selon lui, Euripide a fait perdre cette fonction primitive au choeur, en détachant le héros mythologique, pour le mettre sur le devant de la scène.
    Le chœur moderne tel que nous le connaissons ne faisant plus que ponctuer le récit.
    L’art total que Wagner revendique dans ses opéras restaure la tragédie en tant qu’union du dionysiaque et de l’apollinien.
    Vilar et Artaud, et Avignon plus généralement, aussi. Mais cela date du 19e siècle.
    C’était la sottise du jour : l’esprit d’Avignon n’est pas si novateur que ça. Vieille lune nietzschéenne.

  53. roturier

    Hatho: Mosco n’est probablement pas toujours si mou que ça. Faut voir la nana moitié de son âge qu’il se trimballe.
    C’était ma contribution culturelle.

  54. Guenièvre

    Merci Hatho ! Je lirai cela avec intérêt .
    Voici un texte un peu synthétique pour les moins courageux .
    Ils avaient déjà une machinerie pour monter les acteurs dans les airs !
    http://helios.fltr.ucl.ac.be/auge/oedipe/Commentaire4-1.html

    Le choeur, dont l’existence remonte aux origines mêmes des représentations dramatiques, est un élément essentiel de la tragédie grecque, que celle-ci soit issue de rituels funéraires (1), de cultes dionysiaques (2) ou du dithyrambe (3), elle s’est constituée à partir du moment où a été introduit un personnage distinct (le chef de choeur ou coryphée, sans doute l’auteur lui-même), donnant la réplique au choeur par des vers non chantés. C’est à Thespis, dramaturge grec contemporain du tyran Pisistrate, dont les oeuvres théâtrales ont été perdues, qu’est attribuée cette innovation : il aurait ainsi fait représenter la première tragédie vers 535 à Athènes, à l’occasion de la fête des Grandes Dionysies (4). Vers 510 Phrynicos inventa le premier acteur ou protagoniste : masqué comme les choristes, il pouvait jouer plusieurs rôles. Puis, au Vè siècle, Eschyle institua le deuxième acteur ou deutéragoniste, et Sophocle le troisième ou tritagoniste …

    Cette double polarité entre choeur et personnage … est mise en évidence, dans le théâtre même, par l’organisation de l’espace scénique qui conditionne les évolutions respectives des choreutes et des acteurs. En effet, même si des déplacements et des rapprochements étaient possibles – et parfois nécessaires comme semble l’indiquer le texte de certaines pièces, – ils se produisaient généralement sur des lieux distincts.
    L’orchestra (lieu aménagé pour la danse), et la skéné qui lui était tangente. L’orchestra, espace circulaire nivelé, était réservé au choeur et accueillait ses évolutions chorégraphiques. Une thymélé, ancien tumulus funéraire devenu un petit autel de pierre consacré à Dionysos, marquait son centre : c’est là que venait s’asseoir le joueur de flûte qui accompagnait les chants et les danses des choreutes. Ceux-ci pénétraient dans l’orchestra par les parodoi (ou accès latéraux), puis ils y évoluaient collectivement, sans doute en colonnes, pendant leurs interventions chorales et chorégraphiques. Ils s’y maintenaient pendant toute la durée de la pièce, qui se déroulait sans entracte.
    La skéné, installée sur une plate-forme un peu surélevée, constituait l’espace de jeu des acteurs. Elle communiquait sans doute avec l’orchestra par quelques marches. Décoré de peintures et complètement intégré au lieu scénique, le simple vestiaire est devenu l’élément essentiel du décor : la façade du palais, qui sert de cadre privilégié à un grand nombre de tragédies. Une machine appelée ekkykléma (ce qu’on roule dehors) permettait de montrer ce qui s’était passé à l’intérieur, notamment les dénouements violents avec meurtre ou suicide, qui faisaient l’objet d’un récit rapporté par un messager. Elle a peut-être été utilisée dans les scènes finales d’Electre, Antigone ou Œdipe-Roi. Le toit de la skéné servait probablement de théologéion (lieu d’où parlent les dieux), espace élevé où apparaissaient les divinités intervenant dans l’action. Une méchané (sorte de grue de scène) pouvait soulever les acteurs dans les airs, et un bronteion (machine à bruitage) servait à imiter le bruit du tonnerre.

  55. Guenièvre

    La signification du rapport entre choeur et personnages d’après J.P.Vernant :

    (…) d’un côté le choeur, personnage collectif et anonyme incarné par un collège officiel de citoyens, et dont le rôle est d’exprimer dans ses craintes et dans ses espoirs, ses interrogations et ses jugements, les sentiments des spectateurs qui composent la communauté civique ; de l’autre, joué par un acteur professionnel, le personnage individualisé dont l’action forme le centre du drame et qui a figure de héros d’un autre âge toujours plus ou moins étranger à la condition ordinaire du citoyen. A ce dédoublement du choeur et du héros tragique correspond, dans la langue de la tragédie, une dualité. Mais ici se marque déjà l’aspect d’ambiguïté qui nous paraît caractériser le genre tragique. C’est la langue du choeur, dans ses parties chantées, qui prolonge la tradition lyrique d’une poésie célébrant les vertus exemplaires du héros des temps anciens. Chez les protagonistes du drame, la métrique des parties dialoguées est au contraire voisine de la prose.

    J.-P. Vernant, Mythe et tragédie en Grèce ancienne,

  56. hathorique

    @Roturier
    pour ce qui est du CULturel, les socialistes sont des maîtres queux qui s’accommodent de toutes les sauces, surtout pourles restes, des archers bandant leur arc pour faire feu de toutes flèches et à la fin de l’envoi, ils touchent.
    Moscovici me fait songer à Arnophle et Agnès dans l’école des femmes. vous savez « le petit chat est mort ».

    Merci Guenièvre de votre contribution très intéressante qui nius ramène aux fond, j’ai beaucoup aimé entre autres, cette définition : « Une méchané (sorte de grue de scène) » je crois que c’est une espèce de volatile assez répandue dans le milieu culturel

    En fait tout ou presque nous ramène à l’Antiquité et aux grands mythes fondateurs issus du Moyen Orient où ils sont nés et il est irritant de voir que l’on on essaye de les substituer par d’autres étrangers à notre culture.
    D’ailleurs sur ce sujet des mythes fondateurs, il faut lire les ouvrages de Jean Bottèro.

  57. hathorique

    Mon message parti aussi vite que les flèches des Parthes

    « Merci Guenièvre de votre contribution très intéressante qui nous ramène aux fond »
    en fait je voulais écrire

    « qui nous ramène aux fondamentaux « 

  58. Souris donc

    C’est que le pouvoir rend sexy. Regardez Mou-Président-Je, normalement il est repoussant. Ben non.
    Après, y a une justice immanente, ils se font cocufier et dépouiller. C’est dans l’ordre des choses.

  59. Guenièvre

    « C’est que le pouvoir rend sexy. Regardez Mou-Président »
    Heu ! ben non souris…Vous y croyez une seconde vous au « pouvoir » du Président Hollande ? L’homme qui se revendique « normal » est tout simplement ordinaire, rien d’autre!
    Enfin ! des goûts et des couleurs hein… il a sûrement d’autres qualités moins apparentes cet homme!
    Les apparences… ce qui nous ramène à la théâtralité…

  60. Guenièvre,… « Vous y croyez une seconde vous au « pouvoir » du Président Hollande ? « …
    Si vous me le permettez, je m’immisce sur ce point.
    Je pense en effet que FH dispose de peu de pouvoir pour agir sur la France, sauf toutefois un pouvoir certain de nuisance au plan du rassemblement des Français (le MPT) et des non-réformes économiques.
    En revanche il dispose et use d’un pouvoir important en matière de nomination de toute sorte à des postes publics important. Et cela lui donne une autorité certaine vis à vis de ses amis politiques et fonctionnaires.

  61. Souris donc

    Chœur à ne pas manquer, là tout de suite, Zygel sur France 2, Boîte à musique consacrée à la guerre de 14-18, chœur de l’armée française dirigé par une gendarmette. La Fille du Régiment ?
    Ah mes amis quel jour de fête, Je vais marcher sous vos drapeaux…
    Surtout à 6 :00
    Pour mon âme, quel destin ! J’ai sa flamme… où il pousse avec aplomb les fameux 9 contre ut .

  62. Guenièvre

    Impat je suis d’accord avec vous.
    Mon message était un peu une boutade. Je voulais surtout souligner que Hollande n’a pas, comme il est coutume de dire  » investi la fonction » ni  » endossé le costume du Président de la République ». Un Président n’est pas un « homme normal ». C’est cela qui fait aussi son  » aura » et qui peut le rendre « sexy » aux yeux des autres pour reprendre le terme de Souris. Reste à savoir si Hollande ne fait pas Président parce qu’il s’est déclaré normal ou s’il s’est déclaré normal parce qu’il n’arrive pas à être Président.

  63. Guenièvre

    Ah! Bien le Péruvien! merci Souris!

  64. hathorique

    Merci j’y étais, mais je n’ai pas compté les contre ut 😉

  65. Souris donc

    A la fin de la vidéo, sur la mosaïque, vous avez deux « Pour mon âme, quel destin », vous pouvez compter les 9 contre ut du latin lover, c’est le morceau de bravoure. Les mauvaises langues disent que certains « mélomanes » ne viennent que pour entendre le ténor rater ses contre ut.
    Je n’ose pas remettre le lien, pour ne pas encourir les foudres d’Impat.
    Il y a aussi un morceau de bravoure pour la Soprano dans la Fille du régiment, c’est l’aria « Chacun le sait, chacun le dit », que toutes les fanfares jouent.
    Je n’ose pas non plus mettre le lien.

  66. Les foudres d’Impat sont d’une redoutable efficacité, je l’admire.

  67. Souris donc

    youtube.com/watch?v=QeVmNs1rRTA#t=160
    encore plus impressionnant, il est bissé, à cause de sa vaillance dans le contre ut.
    mettre devant www.
    (pour ménager les foudres de qui vous savez)

  68. hathorique

    merci je vais entamer le décompte, comme à Cap Canaveral pour aller sur la lune avec Juan Diego Flórez.
    J’espère être épargnée par les coups de foudre même bordelais

  69. Méfiez – vous quand même, Hathorique. Un foudre peut renfermer un coup de foudre, et ce peut- être Graves.

  70. Guenièvre

    Waouh! Quel organe! Merci souris, moi qui ne connaît pas beaucoup l’opéra je vais devenir fan!

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