Le socialisme et l’été

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Chaque idéologie à sa saison. Le socialisme se révèle en été. Songeons au festival de belles paroles qui s’épanouissent à La Rochelle chaque fin d’août. Le socialisme n’est jamais si séduisant qu’en paroles. Dès qu’il passe à l’action, son visage de vieille femme aigrie se devine sous les actes. Le ressentiment, qui en est la source et le pétrole, sourd sous le fond de teint coloré dont les tribunes l’ont peinturluré.
Cet été 2014 ne faillit pas à la règle. Non seulement les augures sont mauvais, mais encore les critiques se font acerbes, en particulier celles qui proviennent du camp des roses. Un peu comme si une guerre des deux roses allait éclater…
Mentionnons rapidement la fiction que publie chaque jour le Figaro, en page deux, qui relate les circonstances et suites de la démission de François Hollande en 2015. Drôle et alarmante à la fois, elle prête à sourire sur les plages, entre averses et vents violents. Quelques ego surgonflés y sont dépeints avec une ironie poivrée: Montebourg, Valls, Attali,…
Tiens, Attali, justement, sorte de Cassandre mâtiné de Pic de la Mirandole, avec un zeste d’Icare qui se serait brûlé les ailes à force de conseiller le soleil ! Voici qu’il compare le hollandisme avec le queuillisme, ce temps béni (?) du  » ne rien faire et voir venir ». Avec des envolées sur la lâcheté, dont le destinataire est à l’Élysée. Sévère sans être injuste, il pointe ce qui cloche: l’absence conjuguée de vision et de courage pour y parvenir, s’il en surgissait une au sommet de l’État.
Il ne suffit pas d’invoquer Jaurès pour en avoir l’audace, ni Mendès pour en recueillir l’aura.
D’autres critiques viennent du camp au pouvoir, où l’on semble craindre bien plus les désaffections de quelques élus à la Chambre, que le rejet profond que signale le pays entier d’élection en sondage. » Le roi est nu » dit un hiérarque socialiste. La rentrée s’annonce lugubre, comme le soulignent sites de gauche et organismes publics ou internationaux. Si elle s’avérait telle pour le seul Flanby, ça ne tirerait pas une larme à un sac en crocodile. Mais c’est un cortège de chômeurs, de fermetures d’entreprises et de jachères qui s’annonce…
Le « Pacte de responsabilité » dont on n’a, en fait, rien vu et tant parlé (combinaison archétypique du socialisme) n’est pas de nature à créer un élan vital dont la France à besoin. Comme ces risibles « Chocs » dont Solférino se gargarise, qui produisent plus de papier que d’emploi… Le choc dont on se prend à rêver viendrait, lui, heurter le fondement du président. Comme le suggère espièglement André Bercoff qui rappelle, à l’occasion des 60 ans de Hollande, que la retraite à cet âge figure au programme sur lequel il a été élu…
Bref, tout va véritablement de mal en pis, et ce n’est pas se montrer vache que d’espérer que le Sénat « rebasculera »  en septembre. Non pour ajouter un blocage à l’immobilisme, mais pour inciter le pouvoir à dissoudre. En priant les saints du mois d’août, dont Louis IX, qu’une majorité de gouvernement sorte des législatives, et non une cohorte de grognons, rodomonts, et autres revanchards, plus soucieux de ne rien faire dans un palais que d’en faire autant à sa porte…
Attendons La Rochelle pour mesurer l’ampleur de la sidération socialiste. L’été les aura-t-il insolés, tannés, grillés. Définitivement…ou non?

83 Commentaires

  1. Bon, un été ça va, mais deux étés…puis trois !
    Ah s’il pouvait ne pas passer l’hiver 🙂

  2. hathorique

    Boujour à vous deux

    @ Rackam

    Merci de votre billet et de votre brève évocation de Bloc de la Mitterandole le copiste compilateur qui a réussi l’exploit de transformer ses agendas en archives miterrandrolâtres.
    Montebourg dont le programme politique se résume à arquebuser de regards langoureux et de rires enjôleurs les jeunes et belles journalistes ou comédiennes qu’il croise et décroise ; lui dont chaque prestation télévisée relève de La Commedia dell’Arte . C’est un personnage présomptueux, vaniteux , aimant le verbiage, quand il commence à parler il est presque impossible de l’interrompre, et d’ailleurs bien peu s’y risquent.

    Valls lui est dans un état de stoïcisme énervé qui lui fera avaler la ciguë sauce hollandaise jusqu’à la dernière goutte.

    Croyez vous qu’il ressortira vraiment un nouvelle gouvernance du changement de majorité au sénat , croyez vous vraiment que Hollande dissoudra ce bain d’acide qu’est la majorité présidentielle.
    Je crois hélas, que sa seule ambition présidentielle est de convoyer avec une blonde jusqu’au second tour de la présidentielle, à en juger pas sa manoeuvre d’agiter entre autres bagatelles, le vote des étrangers non communautaires aux élections, alors qu’il sait parfaitement qu’il lui faudra pour cela une réforme constitutionnelle qu’il n’obtiendra jamais faute de majorité suffisante, lui qui est si pourtant suffisant avec notre « meilleur alliée  » Allemagne à qui il réclame des réformes qu’il n’a même pas entreprises ici chez nous, le pacte de stabilité il en parle depuis le 31 Décembre soit près de 9 mois, le temps d’une gestation in vitrifiée.

  3. hathorique

    j’ai commis une mésalliance fautive

    notre « meilleure alliée » l’Allemagne

  4. Comme vous êtes dure, Hathorique, avec ce gentil Hollande ! Il fait ce qu’il peut, le pauvre:
    http://antidoxe.eu/2014/05/06/il-fait-ce-quil-peut-le-pauvre/

  5. … « le temps d’une gestation in vitrifiée. »…
    Ce qu’on aurait pu espérer de mieux en 2012 eut été qu’il vitrifie la France. Au moins elle serait restée dans son état imparfait sans empirer à ce point.
    Le feuilleton du maintien à 3 % (du PIB) de la prévision du déficit public devient réellement comique : on « promet » pendant la campagne d’y parvenir en 2013, raté, puis en 2014, raté, puis en 2015, abandonné, puis…quand ?
    Les records accumulés du chômage, hélas, sont moins comiques.

  6. Guenièvre

    Bonjour à tous et merci rackam ! Au moins cet été n’a pas tari votre verve .
    Il parait que depuis quelques temps F.Hollande a abandonné son optimisme béat… ce n’était peut-être qu’une question de lunettes!

  7. roturier

    Donc quoi? MLP en 2017? What else?

  8. QuadPater

    Hollande n’a plus guère d’importance, il tiendra tant que le PS le soutiendra.
    Cela peut être intéressant de savoir sur quoi ces abrutis vont caqueter à la Rochelle –> Programme.

  9. … »MLP en 2017″…
    Déboussolés comme sont devenus les Français, débilises, casses, ils en seraient bien capables.

  10. Guenièvre

    Bonjour Impat ! Vous avez perdu vos accents aigus ?

  11. Bonjour Guenièvre, oui, la où je suis ne règnent que les accents occitans. Quelquefois, lorsque Monsieur iPad en décide ainsi, apparaissent furtivement quelques aigus ou même graves, ce qui peut-être grave. Quand on pousse l’audace jusqu’a mettre en début de mot une minuscule suivie d’une majuscule, toute lubie devient possible. J’ai heureusement, face à moi, une mer sans accent. :-).

  12. Guenièvre

    Quelle chance vous avez ! Mon ciel, ici, s’est rempli depuis deux heures d’une infinité de points de suspension!

  13. Une infinité de points de suspension…

    Joli, ça m’a plu.

  14. Guenièvre

    Pourtant les rendez-vous de l’Histoire sont tout ce qu’il y a de plus politiquement correct!

    J’aime bien la réponse des organisateurs : sobre , claire et nette :

    http://www.liberation.fr/culture/2014/08/10/marcel-gauchet-parlera-a-blois_1078561

  15. La déclaration publiée par Edouard Louis (et Geoffroy de Lagasnerie) dans Libé, dont Tibor SKardanelli cite le lien (15 août, 21h43), est particulièrement emblématique.
    Extrait : Participer à une manifestation publique avec Gauchet serait « prendre part à l’une de ces innombrables opérations qui, dans le champ culturel, intellectuel ou médiatique, veulent toujours neutraliser les conflits ou les oppositions, installer une scène où l’on débat, ce qui revient à légitimer les opinions les plus violemment conservatrices et à construire un espace public et politique dans lequel circulent des thématiques, des problématiques et des visions engagées dans un combat contre tout ce qui cherche à affirmer un projet émancipateur et à défendre une inspiration critique. »

    Le péché majeur pour ces hommes de gauche, c’est donc « installer une scène où l’on débat ». On ne saurait être plus clair, même l’hypocrisie est devenue superflue.

  16. Guenièvre

    « Le péché majeur pour ces hommes de gauche…

    Impat, ce qu’il y a particulièrement savoureux dans cette histoire c’est que « Les rendez-vous de l’Histoire » ont la réputation, depuis leur début, d’être plutôt orientés à gauche ( la manifestation a été créée en 1998 à l’initiative de Jack Lang, alors député-maire de Blois ) et que Gauchet lui-même se dit toujours un « homme de gauche ». Il a fait partie dans sa jeunesse de l’Ecole émancipée, tendance anarcho-syndicale de la FEN ( syndicat enseignant). Il a fondé une revue avec Castoriadis. Son péché a été de comprendre et de dénoncer très vite l’aspect totalitaire de l’URSS et de s’éloigner ensuite du marxisme. Plus tard encore il fera une critique des oeuvres de Foucault et de Bourdieu :
    « j’ai commis le péché ultime en portant une main sacrilège sur des idoles. Ils ne veulent pas débattre. Ils excommunient, ils chassent les hérétiques. »

    C’est donc plutôt une bagarre entre la gauche convertie à l’économie de marché et ce que le sociologue J.P.Le Goff ( un autre ami de Gauchet catalogué lui-aussi de « réactionnaire » ) appelle « le gauchisme sociétal » dans laquelle une partie de la gauche est empêtrée.

  17. … « une partie de la gauche est empêtrée »…
    Et toute la France avec elle, me semble-t-il.

  18. Oui, c’est notre pays tout entier… et l’Europe aussi; les États-Unis sont devenus la patrie du gauchisme sociétal. Peut-être avons-nous quelque chose des lemmings.

  19. Skarda,… « et l’Europe aussi « …
    Hum, sauf la Grande Bretagne, l’Allemagne, plusieurs pays scandinaves. Et l’Italie et l’Espagne qui se redressent, et même la Grèce qui va moins mal…
    Cela en fait, des « sauf » !

  20. Mais si on considère que le « gauchisme sociétal » n’est qu’un produit parmi d’autres de l’économie de marché, on pourrait dire qu’il s’agit d’une bagarre entre deux gauches converties à l’économie de marché, dont le capital ne provient pas des mêmes secteurs mais qui sont en train de se disputer une affaire.
    Les conversions ne se sont pas faites au même rythme, c’est tout. Et même à l’intérieur du camp qui se donne l’illusion de la non-conversion, il ne faudrait pas trop regarder dans les détails de la… euh… généalogie, ou l’archéologie, des Pères.
    Le Bourdieu de 1979 écrit dans La Distinction, que j’ai enfin terminée, note 57 du chapitre « Culture et politique », p. 533 :
    « Tout permet de supposer que les petits-bourgeois répugnent d’autant plus à se compromettre avec le Parti communiste, malséant, peu sensible à leurs intérêts spécifiques et surtout peu accueillant à la phraséologie moralisante, édifiante et vaguement humaniste dans laquelle ils se reconnaissent volontiers (« valeurs », « épanouissement », « assumer », « promouvoir », « responsable », « partenaire », « concerné », etc.) que leur souci de la dignité personnelle et leurs prudences individualistes ont été plus fortement encouragées, dès l’enfance, par des conditions d’existence plus favorisées et par une prime éducation plus imprégnées de valeurs religieuses inclinant au personnalisme, ces effets du conditionnement ou de l’inculcation étant d’autant plus probables qu’ils sont d’origine sociale plus élevée (et ayant donc toutes chances d’être redoublés par les effets d’une trajectoire sociale déclinante). On peut aussi supposer qu’ils iraient vers le PSU et tout ce qui en lui est à la fois révolté et bienséant, contestataire et moral, s’il était moins ouvertement révolutionnaire ou si, assagi, il venait à se convertir en parti de gouvernement, ce qui est à peu près le cas aujourd’hui avec la tendance technocratico-moderniste du Parti socialiste. Mais ils se reconnaissent aussi bien dans un conservatisme réformateur « intelligent ». Bref, ils balancent et, en période de crise, ils peuvent basculer brusquement. »
    A la même époque, précisément, Foucault approchait beaucoup le PSU, qui fut en effet une matrice essentielle de la genèse du « sociétal ».
    Mais tout évolue, que ce soit graduellement ou en basculant par des crises : 20 ans après, Bourdieu soutenait les revendications des couples unisexes employés d’Air France qui réclamaient l’égalité dans les privilèges tarifaires (si je me rappelle bien des interviews mises en lien sur Causeur). Comment en est-il arrivé là ? je manque de fossiles intermédiaires pour reconstituer exactement la tendance.

  21. pjolibert,… « si on considère que le « gauchisme sociétal » n’est qu’un produit parmi d’autres de l’économie de marché »…
    Pour ma part je vois plutôt ce « gauchisme sociétal » comme un produit de la liberté démocratique que de l’économie de marché. Ainsi par exemple ce gauchisme sociétal me semble faire moins de ravage en Chine Populaire qu’en Occident. Or en Chine Populaire règne l’économie de marché à quasi 100 %, mais la liberté hors domaine économique y voisine plutôt le 0 %.

  22. Guenièvre

    @ Impat,
    « Pour ma part je vois plutôt ce « gauchisme sociétal » comme un produit de la liberté démocratique…

    Vous avez raison je crois. Jean-Pierre Le Goff a fait une grande analyse de ce qu’il appelle plus globalement le  » gauchisme culturel ».
    http://www.politique-autrement.org/actu/2013/LeDebat-LeGoff.pdf

  23. Guenièvre

    @ pjolibert,

    Lisez le lien que j’ai mis pour Impat. Peut-être y trouverez-vous le fossile que vous cherchez ! 🙂 !

  24. Guenièvre

    Quelques passages :

    « Dans la conception républicaine, la revendication d’égalité se déploie dans un cadre juridique et politique lié à une conception de la citoyenneté qui implique un dépassement des intérêts et des appartenances particulières pour se penser membre de la cité ; la lutte contre les inégalités économiques s’inscrit dans le cadre d’une « justice sociale » et vise à créer les conditions favorables à cette citoyenneté.
    Dans cette optique, il s’agit d’améliorer les conditions économiques et sociales, de développer l’éducation tout particulièrement en direction des couches les plus défavorisées afin d’accroître leur liberté;
    Cette conception de l’égalité articulée à la liberté et finalisée par elle ne se confond pas avec le « droit à la réussite pour tous » ou la revendication des « droits à » de la part des individus ou des groupes communautaires. »

    Avec le gauchisme culturel « il y a eu un déplacement de la question sociale vers d’autres préoccupations: le corps et la sexualité ; la nature et l’environnement; l’éducation des enfants; la culture et l’histoire. En déplaçant la question sociale vers ces thèmes, le gauchisme culturel s’inscrit dans les évolutions des sociétés démocratiques, mais il le fait d’une façon bien particulière: il se situe dans la problématique de la gauche qu’il adapte à la nouvelle situation historique en lui faisant subir une distorsion, en recyclant et en poussant à l’extrême ses ambiguïtés et ses orientations les plus problématiques. Il a fait valoir une critique radicale du passé et s’est voulu à l’avant-garde dans le domaine des mœurs et de la culture. En même temps, il s’est érigé en figure emblématique de l’antifascisme et de l’antiracisme qu’il a revisités à sa manière. Plus fondamentalement, ce sont toute une conception de la condition humaine et un sens commun qui lui était attaché qui se sont trouvés mis à mal. Ces conceptions et ces postures du gauchisme culturel sont devenues hégémoniques au sein de la gauche, même si certains tentent de maintenir les anciens clivages comme au «bon vieux temps» de la lutte des classes et du mouvement ouvrier, en les faisant coexister tant bien que mal avec un modernisme dans le domaine des mœurs et de la culture. Ce gauchisme culturel est présent dans l’appareil du parti socialiste, dans l’État, et il dispose d’importants relais médiatiques. Le PS et la gauche au pouvoir ont pu ainsi apparaître aux yeux de l’opinion comme étant les représentants d’une révolution culturelle qui s’est répandue dans l’ensemble de la société et a fini par influencer une partie de la droite.  »

    « Avec ce paradoxe présent au cœur même de cet «antiracisme de nouvelle génération»: en
    promouvant de fait les identités ethniques dont le slogan «Black, blanc, beur» deviendra l’expression, il a introduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il affirme combattre. Ce faisant, il a rompu à la fois avec la lutte des classes marxiste et le modèle républicain. Cette rupture intervient au moment même où se décompose le messianisme révolutionnaire et le nouvel antiracisme lui a servi d’idéologie de substitution: «Ainsi, avec SOS Racisme, passe-t-on d’une vision classiste de la société à une vision panraciale, des ouvriers aux immigrés, comme nouveaux héros sociaux, de la conscience
    de classe […] à la conscience ethnique, du séparatisme ouvrier au culturalisme ethnique, de l’utopie communiste à l’utopie communautaire. »

    « La notion de «gauchisme culturel» désigne non pas un mouvement organisé ou un courant
    bien structuré, mais un ensemble d’idées, de représentations, de valeurs plus ou moins
    conscientes déterminant un type de comportement et de posture dans la vie publique, politique et dans les médias.  »

    « Le gauchisme culturel n’entend pas changer la société par la violence et la contrainte, mais «changer les mentalités» par les moyens de l’éducation, de la communication moderne et par la loi. Il n’en véhicule pas moins l’idée de rupture avec le Vieux Monde en étant persuadé qu’il est porteur de valeurs et de comportements correspondant à la fois au nouvel état de la société et à une certaine idée du Bien. Ce point aveugle de certitude lui confère son assurance et sa détermination par-delà ses déclarations d’ouverture, de dialogue et de concertation. Les idées et les arguments opposés à ses propres conceptions peuvent être vite réduits à des préjugés issus du Vieux Monde et/ou à des idées malsaines. Le débat démocratique s’en trouve par là même perverti. »

  25. Guenièvre

     » le gauchisme culturel s’inscrit dans les évolutions des sociétés démocratiques, mais il le fait d’une façon bien particulière: il se situe dans la problématique de la gauche qu’il adapte à la nouvelle situation historique en lui faisant subir une distorsion, en recyclant et en poussant à l’extrême ses ambiguïtés et ses orientations les plus problématiques. Il a fait valoir une critique radicale du passé et s’est voulu à l’avant-garde dans le domaine des mœurs et de la culture. »

  26. Guenièvre

    Très intéressant l’analyse de Bourdieu sur les  » petits-bourgeois ». Aujourd’hui , une grande partie d’entre-eux est tout à fait rangée du côté du gauchisme culturel dont parle Le Goff. Alors que les ouvriers se sont éloignés du PS…

  27. Guenièvre, la dernière phrase de votre citation :
    … » Ce point aveugle de certitude lui confère son assurance et sa détermination par-delà ses déclarations d’ouverture, de dialogue et de concertation. Les idées et les arguments opposés à ses propres conceptions peuvent être vite réduits à des préjugés issus du Vieux Monde et/ou à des idées malsaines. Le débat démocratique s’en trouve par là même perverti. » …
    …rejoint admirablement notre discussion d’hier sur « le péché majeur » des hommes de gauche. Ce péché majeur que constitue la perversion du débat, ou plutôt l’aversion envers tout débat, me semble précisément caractériser la « gauche culturelle » davantage que la gauche en général.

  28. Guenièvre

    Le problème Impat est que, d’après l’analyse de Le Goff, et j’ai pu le constater autour de moi aussi, la « gauche en générale » est maintenant toute entière imprégnée de gauchisme culturel, ce qui est normal car c’est tout ce qu’il leur reste comme corpus idéologique.Les quelques personnes qui ne sont pas dans ce moule sont aussitôt discréditées de la même façon que l’on discrédite toute opposition, on l’a vu en ce qui concerne le MPT. Le maire de ma ville à l’époque était PS et contre le MPT : il l’a déclaré une fois, une seule dans une interview tout au début puis il n’a jamais plus abordé ce thème : quand on lui posait la question, il esquivait…pas envie d’être rejeté du côté des intégristes, réac, fachos…

  29. C’est vrai, mais je me demande si là bas aussi il n’y aura pas quelques surprises, elles auront forcément une forme spéciale, mais tout de même.

  30. pjolibert

    Merci pour le lien Guenièvre. J’avais lu ce texte sur papier, car j’étais abonné au Débat jusqu’il y a un an. J’y ai renoncé (je jure que c’est pour des raisons de restructuration économique, et non pas par idéologie).
    (au fait est-ce que vous ou quelqu’un ici aurait le numéro de mai-août de cette année, qui apparemment a ravivé les feux de ce vieux conflit de basse intensité dans la classe intelloe ?)
    Ce raisonnement est fréquent, on le trouve sans doute chez beaucoup de monde, adapté au point de vue de chacun (j’imagine ou me rappelle vaguement ce que ça donne chez un Michéa).
    Je me rends compte en lisant les paragraphes que vous reproduisez que le Bourdieu de 79 gardait donc au fond une attitude correspondant à l’esprit général collectif antérieur : soumission d’expressions individuelles à un intérêt général (qui est celui d’une classe sociale, dans son cas à lui).
    Est-ce que le fameux soutien aux grèves de 1995 n’a pas été d’autant plus motivé par la nécessité de se cacher la vérité de l’évolution vers le tout-« sociétal » ?
    Le mouvement semble reproduit en petit dans le mouvement d’humeur de cet été : on voit se succéder deux proclamations :
    http://edouardlouis.com/2014/07/29/celebrer-les-rebelles-ou-promouvoir-la-reaction-pourquoi-nous-appelons-a-boycotter-les-rendez-vous-de-lhistoire/
    avec la mention des « mouvements sociaux », le 1er texte fait encore l’effort de s’appuyer sur ce que serait une unité de la gauche et de l’intérêt collectif qu’elle est censée représenter.
    Dès le 2d texte, on saisit mieux la motivation réelle et unique :
    http://edouardlouis.com/2014/08/06/appel-collectif-pourquoi-il-faut-boycotter-les-rendez-vous-de-lhistoire/
    il s’agit de se venger de la Manif pour tous.

  31. Guenièvre,… « c’est tout ce qu’il leur reste comme corpus idéologique »…
    Oui en effet. À la seule exception des quelques staliniens qui restent. Ça existe encore…

  32. pjolibert,… « quelques surprises en Chine »…
    Oui, probablement, et ce sera très intéressant à examiner car il existe deux populations de même origine, même ethnie, même culture, même Histoire, dont l’une vit depuis 65 ans en régime totalitaire et l’autre, depuis le même temps, en société très libérale, à Taïwan.
    Que seront les différences en cette matière ?

  33. hathorique

    Merci à tous de vos posts si riches d’enseignements sur les ravages du « gauchisme sociétal » qui je l’espère ne fera pas autant de ravages que Savonarole redoutable purificateur avec ses « buchers de vanité. » qui virent bruler tant de merveilles, mais par chance à Florence le fanatisme des réformateurs et surtout la terreur qu’ils exerçaient, avaient rejeté vers le parti opposé par beaucoup d’esprits qui acceptaient la réforme politique, non la réforme ascétique, encore que je ne sois pas persuadée que le gauchisme soit une ascèse, j’y verrais davantage un « hédonisme honteux  »

    Pardon de rajouter du lien aux liens : sur celui de Guenièvre peut être le fossile manquant 🙂 Le Goff explique très bien les ravages du gauchisme cuculturel, dont même Madame Duflot semble être atteinte, elle qui twette (si mal) en latin.

    « Ce mouvement (Gay Pride) s’est inscrit dans une filiation imaginaire avec le mouvement ouvrier passé tout en devenant de plus en plus composite, faisant coexister dans la confusion, des revendications sociales écologistes, culturelles et communautaires.
    Devenu de plus en plus un «mouvement sociétal» par adjonction ou substitution des revendications culturelles aux vieux mots d’ordre de la lutte des classes, son «sujet historique» s’en est trouvé changé.
    À la classe ouvrière qui «n’ayant rien à perdre que ses chaînes» se voyait confier la mission de libérer l’humanité tout entière, aux luttes des peuples contre le colonialisme et l’impérialisme se sont progressivement substituées des minorités faisant valoir leurs droits particuliers

    @ Impat vous avez hélas mille fois raison :

    « Le péché majeur pour ces hommes de gauche, c’est donc « installer une scène où l’on débat ». On ne saurait être plus clair, même l’hypocrisie est devenue superflue. »

    Ce qui me rend perplexe c’est de constater que lorsque ce gauchisme est devenu sociétal, s’en sont détournées les classes populaires auxquelles il s’adressait .
    Libé est devenu un torche-machin, qui exalte les vertus du « gauchisme sociétal » comme naguère il le faisait pour le « jouir sans entrave » ce ne sont plus des communiquants mais des excommuniquants ; d’ailleurs sont ils vraiment lus, entendus ou même écoutés, par ceux là même à qui ils pensent d’adresser ?

    @ Pjolibert
    Comme je vous croise, m’autorisez vous un H.S : je lis l’excellent livre de Daniel Arasse » qui je crois vous intéresserait : « l’Homme en perspective les primitifs d’Italie » qui décrit le moment où « l’individu humain » se perçoit comme acteur et créateur de l’Histoire et prend possession du Monde par son action, son intelligence et sa culture, ce qui bien sur nous éloigne des hypertrophiques petits marquis poudrés baignant dans leur bouillon d’inculture en révant des maquis gauchos-sociétaux

  34. … « Ce qui me rend perplexe c’est de constater que lorsque ce gauchisme est devenu sociétal, s’en sont détournées les classes populaires auxquelles il s’adressait . »…

    Bonsoir Hathorique, pour vous aider peut-être à vous déperplexiser :
    je crois bien que vous inversez la chronologie, et que c’est en voyant les classes populaires se détourner d’eux que nombre de gauchistes ont trouvé la parade consistant à « devenir sociétaux » afin de retrouver des électeurs. C’est en tout cas, me semble-t-il, le raisonnement qu’a tenu et publié Terra Nova.

  35. … « en voyant les classes populaires se détourner d’eux »…
    Reste la question : pourquoi les classes populaires se sont-elles détournées d’eux ? À cela le billet de Rackam donne de bonnes réponses.

  36. Guenièvre

    @ Bonsoir à tous !
    @ Non, Pierre désolée, je n’ai pas ce numéro…
    « Est-ce que le fameux soutien aux grèves de 1995 n’a pas été d’autant plus motivé par la nécessité de se cacher la vérité de l’évolution vers le tout-« sociétal » ?
    Le Goff a écrit aussi sur les grèves de 95 mais je n’arrive pas à trouver un lien…
    En ce qui me concerne – j’ai participé à une ou deux, je vais me faire expulser d’ici ? 🙂 – je me souviens que ce mouvement a échappé aux grands partis et même à la bureaucratie syndicale . Il a été mené surtout par « la base » pour utiliser le jargon habituel : nombreux comités de grèves en particulier…Il y avait déjà une forte méfiance par rapport à la gauche traditionnelle. A l’époque Arlette Laguiller faisait encore 4% aux présidentielles !
    Il est fort probable que le soutien apporté par la plupart des caciques du PS à ces grèves n’a été que stratégique et que beaucoup avaient déjà compris que cette réforme était indispensable. C’est ce double jeu que j’ai fini par ne plus supporter…
    Je ne sais pas si j’ai répondu à votre question …

  37. … « j’ai participé à une ou deux « …
    Mais pourquoi pas à toutes, Guenièvre ? Vous prépariez déjà votre contribution à Antidoxe ? 🙂

  38. desavy

    Bonsoir les amis.
    C’est difficile de connaître l’ordre chronologique évoqué par Guenièvre et par Impat. C’est un peu comme l’œuf et la poule. Puis les deux phénomènes se sont inter-renforcés.
    On peut penser que les classes populaires ont vu leur nombre diminuer, qu’elles ont été remplacées par encore plus populaires.
    On peut remarquer aussi que la gauche morale (ou gauchisme culturel) s’est fortement développée lors des « tournants vers la rigueur » effectués par la gauche de gouvernement.
    Comme sur beaucoup de sujets, pour comprendre ces questions, il faut raisonner en terme de domination. La gauche morale soutient les populations qu’elle estime dominées. Peut-être pense-t-elle que les classes populaires traditionnelles ne sont plus vraiment dominées…

    Comme je suis un vieux sentimental et comme j’ai adoré En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis, j’ai été déçu de son intervention à propos des Rencontres de Blois. Plus sérieusement, son roman contient pas mal d’arguments qui pourraient être opposés à cette gauche morale.

    Je conseille enfin la lecture de Laurent Bouvet. Mais bon, être cité ici ne va pas arranger son image auprès de la gauche morale…

  39. Guenièvre

    Hélas non, Impat ! Disons que je n’étais pas en état de participer aux premières manifestations qui eurent lieu fin novembre.

  40. Aucune idée. Mais j’ai des préjugés, quant à une différence perpétuellement résurgente entre le Nord et le Sud, Taïwan est pour moi la 1ère concrétisation, limitée par la force des choses, d’un esprit de la Chine du sud, celle des nations commerçantes non-Han, de ce littoral qui est comme un fait exprès orienté vers l’extérieur et qui a irrigué la plus grande partie de la plus ou moins bien nommée « diaspora ».
    C’est elle qui fournit le cinéma mondialisé en cinéastes, actrices, qui ont d’ailleurs pour partie contribué à la morale humanitaire sociétale internationale.

  41. pjolibert

    Bonjour Hathorique,
    Merci de la suggestion !
    j’espère quand même qu’il y avait des réacs au XVème siècle qui n’en tenaient que pour l’art byzantin inamovible et le retrait non possesseur de la nature (aïe ça va déclencher une polémique sur l’écologie avec Skardanelli)

  42. pjolibert

    Ah non mais moi aussi j’ai manifesté ! et je ne vais pas non plus le regretter, mais c’est en toute bonne foi que je vais dire, ça va d’ailleurs conforter tout le monde dans son avis, que nous devions être pas mal nombreux à manifester pour le seul plaisir de faire quelque chose. Le thème qui était censé mobiliser les étudiants c’était la sécurité sociale étudiante.
    L’idée qui me tracasse le plus en ce qui concerne ça, à vrai dire, c’est le fait des régimes spéciaux de retraite (qui devaient bien être également l’objet du euh débat). C’est mon obsession : ces régimes correspondant à des grands groupes publics coiffent forcément des types de métiers très différents, le long d’une échelle de salaires variée. La technique de Bourdieu consiste en temps normal à restratifier socialement tout phénomène se donnant comme neutre et sans connotation sociale et à distinguer des différences cachées sous une unité de nom.
    (exemple : sur le « travail des femmes » : sur l’examen d’un sondage à propos du travail féminin : « si dans un cas les femmes qui travaillent se disent favorables au travail féminin, tandis que dans l’autre elles peuvent travailler tout en se disant défavorables, c’est que le travail auquel se réfèrent tacitement les femmes de la classe ouvrière est le seul qu’il leur soit loisible d’escompter, c’est-à-dire un travail manuel pénible et mal rémunéré, qui n’a rien de commun avec ce que le mot travail évoque pour les femmes de la bourgeoisie », p. 199 de La Distinction)
    Comment, quand on est habitué à raisonner ainsi, peut-on défendre tels quels des régimes sociaux communs à des ronds-de-cuir et à des cheminots ? ou alors je ne sais rien en détail des régimes en question.
    Comme je l’ai souvent dit ailleurs, les cheminots de 1995, justement, criaient beaucoup « Jup-pé, enculé ! », ce qui donnait par avance encore beaucoup de fil à retordre aux experts en sociétal.

  43. pjolibert

    Si, si vous répondez, j’avoue que comme souvent je me demande s’il est possible de trancher entre le double jeu cynique et la niaiserie.

  44. Guenièvre, puisque vous évoquez votre décembre 1995, permettez-moi de raconter un petit bout du mien tel qu’il figure dans un de mes livres :
    « J’habitais alors en banlieue parisienne, je travaillais à Paris intra-muros. Pas de trains, pas de RER, pas de métro. Restait la voiture, mais pour arriver à l’heure à mon bureau je devais quitter ma petite ville à quatre heures trente. Un retard d’un quart d’heure, et c’était le blocage sur la route, coincé entre les files de voitures immobiles. Chaque matin j’entrais donc dans Paris vers cinq heures et quart, et à six heures j’ouvrais la porte du seul café ouvert dans mon quartier. Au bar je rencontrais toujours les mêmes clients, au milieu de la fumée des cigarettes et derrière la buée couvrant les vitres. Car il faisait bien froid dehors dans la nuit hivernale. Après une semaine de cette aventure nous nous retrouvions entre amis d’infortune, les mêmes conversations reprenant d’un jour sur l’autre. On se promettait de rester en contact après le retour à une vie normale, ce qu’on fait toujours, et qu’ hélas on ne tient presque jamais. À la prochaine grande grève, qui ne manquera pas d’arriver puisque nous sommes en France, je retournerai peut-être un matin à ce bistro. Un vrai plaisir ce serait, de retrouver les amis d’un mois, un peu vieillis. On reprendrait les discussions comme si la vie, entre temps, nous avait attendu. »

  45. pjolibert

    Le nombre des classes populaires a diminué car… beaucoup de membres ont changé de classe !
    Pour moi désindustrialisation veut dire sur son versant social : glissement vers le Lumpenprolétariat d’un côté, vers les diverses classes moyennes de l’autre. Je n’aime pas du tout la notion de remplacement, qui est mécanique et implique la chose resterait telle quelle si elle n’était pas remplacée.
    Le film Ressources humaines, de L. Cantet, je crois, si insupportable soit-il à mon goût certes étriqué, montre bien un décalage entre un père ouvrier (en l’occurrence qui va se faire traiter de jaune) et un fils qui a intégré la classe moyenne diplômée cravatée (mais comme il a du mal à vivre son ascension il se la joue « je reste des vôtres » à l’occasion de la grève contre la restructuration de l’entreprise / les étudiants grévistes de 1995 étaient-ils aussi pour partie des enfants d’ouvriers qui se la jouaient pour oublier leur transfugue de classe ?).
    Pour Bellegueule (ascension directe du quasi Lumpen à la classe moyenne intelloe branchée) je comprends votre déception, mais ça fait partie de ce qu’il doit expérimenter.
    Anecdote : je me demandais comment se passerait sa participation à un salon de livres de l’île de Ré. Je ne sais rien sur ce que ses aînés de gauche lui ont dit, mais je sais par la bande qu’il a refusé de serrer la main au jeune sarkozien Charles Consigny (reproduction (pas facile non plus au niveau psychologique) de la bourgeoisie par adaptation à la nouvelle économie des medias) : geste aussi vilain que ridicule.
    Merci du conseil : j’irai voir de plus près L. Bouvet.

  46. Guenièvre

    « Comme je l’ai souvent dit ailleurs, les cheminots de 1995, justement, criaient beaucoup « Jup-pé, enculé ! », ce qui donnait par avance encore beaucoup de fil à retordre aux experts en sociétal. »

    🙂 🙂 !

  47. Guenièvre

    Ah! Impat, bien que libéral et profondément persuadé que nous devons réformer pour nous adapter à la mondialisation vous avez, malgré tous les désagréments que vous ont causés cette grève, et à votre corps défendant donc, goûté vous aussi au plaisir de l’événement qui vient rompre la monotonie et inopinément bousculer les habitudes… 🙂 !

  48. Guenièvre

    Si j’essaie de me rappeler l’état d’esprit de l’époque, il me semble bien que nous savions déjà, au fond de nous-mêmes, qu’une réforme était nécessaire. Me semble que la CFDT avait trouvé que le plan Juppé était bon ?
    Ce qui provoquait la colère est que tout cela était présenté comme « inéluctable » ( je pense que c’est exactement la même chose en ce qui concerne l’Europe ) . Cela rejoint un peu le thème de la lecture d’Hathorique en l’inversant en quelle que sorte : nous n’étions plus acteurs de l’Histoire et nos actions ne suffisaient pas à nous rendre maîtres de notre destin : c’était inéluctable. Il y avait comme un hiatus entre notre état démocratique et cette façon que l’on avait de nous présenter les choses.

  49. … « goûté vous aussi au plaisir de l’événement qui vient rompre la monotonie et inopinément bousculer les habitudes »…
    Oui, Guenièvre, et cela d’autant plus que le petit café de ce bistro était excellent. Toutefois, rentrer chez soi après 23h et en sortir le matin avant 4h30, au bout de trois semaines on s’en lasse. Même les attentes habituelles en gare du nord (celle du 9-3) me manquaient et retrouvaient leur charme perdu.
    Et puis, sans négliger le « plaisir de l’événement » (dont je pense qu’il jouait aussi pour beaucoup dans la motivation des grévistes), il ne faut pas oublier ce qui était le motif officiel des « mouvements sociaux » à la SNCF : conserver les avantages acquis du régime spécial de retraite. Vu d’aujourd’hui, la solidarité n’était pas vraiment à l’ordre du jour.
    En tout cas ces événements m’avaient confirmé dans l’envie de m’intéresser aux manifs, ce qui a donné naissance à la rédaction d’un livre. Je leur en suis donc reconnaissant. 🙂

  50. … « Ce qui provoquait la colère est que tout cela était présenté comme « inéluctable » « …
    Sur ce point je vous rejoins totalement. Présenter une solution, même si c’est la meilleure, comme inéluctable, est frustrant et de ce fait stupide. Rien n’est inéluctable.
    Pour reprendre votre exemple de l’Europe, l’Union est hautement souhaitable mais n’a rien d’inéluctable. D’ailleurs nombre d’opposants ne le seraient plus si la menace de sa disparition était un petit peu crédible.

  51. … « nous devons réformer pour nous adapter à la mondialisation »…
    Cette phrase me heurte un peu, Guenièvre. Nous devons (nous devrions) nous réformer pour bien des raisons dont la mondialisation n’est qu’une petite part.
    Ainsi notre tare majeure qu’est le chômage de masse est insupportable, n’est pas dû seulement, loin s’en faut, à la mondialisation, et devrait à mon sens faire l’objet d’une réforme révolutionnaire, mondialisation ou pas.
    Quant à l’École… !!!

  52. Souris donc

    Comme ces risibles « Chocs » dont Solférino se gargarise, qui produisent plus de papier que d’emploi…

    On ne s’en lasse pas.
    Faut reconnaître à la socialope, en bonne idéologue, un certain génie du choc des mots destinés à abuser le gogo. Et à masquer l’incompétence et l’amateurisme, à différer les décisions quant aux dépenses électoralistes, à la belle vie avec l’argent piqué dans la poche des autres, que la socialope appelle redistribution, justice sociale, équité.
    Le slogan appartient décidément aussi bien à la sphère du marketing consumériste que du marxisme totalitaire.

    Rappel

    – « Grande Conférence Sociale »,
    – « Pacte de Responsabilité »,
    – « Choc de Simplification »,
    – « Grande Remise à Plat Fiscale »,
    – « Boîte à Outils anti-chômage »,
    – « Trajectoire de Compétitivité »,
    – « Emplois d’Avenir »,
    – « Retournement Économique »,
    – « Inversion de la Courbe du Chômage »,
    – « Conseil Stratégique de l’Attractivité »,
    – « Grande Réforme Territoriale »,
    – « Projet de Loi d’Avenir pour l’Agriculture »,
    – « Stratégie Nationale de Santé »,
    – Ministère du « Redressement Productif »,
    – « Ré-enchanter la Politique »,
    – « Le Changement c’est Maintenant »…

  53. roturier

    Eh! Oh!
    Ce pays n’ira nul part si on ne s’attaque pas à l’omni présence de l’engeance fonctionnaire en politique.
    La facilité d’accès des fonctionnaires à la gouvernance et aux assemblées législatives et décisionnaires au détriment des forces vives est le coeur du problème.
    Le reste en découle. Cessez de chercher autre chose.

  54. lisa

    Il se passe peut-être qqchose chez les socialistes, on a même la lepénisation d’Harlem !

  55. Lisa, ne pas prendre un Désir pour une réalité ! 🙂

  56. desavy

    Roturier, les forces vives… Peut-être que les gens qui appartiennent à la fonction publique sont plus intéressés que les autres au fonctionnement de l’État ?

    Je sais, je viens d’écrire un quasi crime.

  57. desavy

    J’aime bien Nadine Morano, mais pas Harlem Desir 🙂

  58. roturier

    Crime? Non, mélange de genres témoignant dun certain désordre.
    LEtat nous indiffere, c’est le Pays qui nous intéresse. LEtat devrait être au service du pays.
    Or, la France est un Etat qui dispose d’un pays.
    Au grand benef des aristos qui le gouvernent, fonctionnaires, semi fonctionnaires et assimilés, de l’énarque au dernier des postiers.
    Et au détriment de tous les autres. Oui, des forces vives.
    LEtat ne sait rien faire d’autre que de rester arc bouté sur une situation statique. Il obéit magnifiquement à la Loi de Parkinson. C’est une machine à ne rien changer.
    Jabrege.

  59. … « LEtat devrait être au service du pays.
    Or, la France est un Etat qui dispose d’un pays. »…
    Bien trouvé, Roturier.Voilà le plus figuratif des tableaux, une vraie photographie.

  60. Bonjour Desavy, laisseriez-vous entendre (19 août 2014 à 23:47) que les gens qui n’appartiennent pas à la fonction publique sont plus intéressés que les autres au fonctionnement des entreprises ? 🙂

  61. Lisa

    Ce serait cohérent…..

  62. desavy

    Bonjour Impat, je ne laisse rien entendre d’autre que ce que j’écris mais ce que vous proposez pourrait en être le corolaire. C’est effectivement tout à fait cohérent.

    Je ne suis pas certain que beaucoup de personnes soient intéressées par le fonctionnement des entreprises. Pour moi, les stratégies d’entreprises constituent de véritables romans d’aventures.

  63. desavy

    « Or, la France est un Etat qui dispose d’un pays. »

    Jolie formule roturier. Mais le problème de ces jolies formules, c’est qu’elles dispensent d’argumenter. Mais je ne vais pas vous ennuyer avec ces contingences bassement matérielles.

    Il faudrait quand même que je demande à mon postier s’il a l’impression d’être un aristo qui gouverne.

  64. QuadPater

    Peu de fonctionnaires connaissent les principes de base de l’entreprise. Même les cadres souffrent d’une vue cegetiennement déformée.

  65. Desavy,… « Je ne suis pas certain que beaucoup de personnes soient intéressées par le fonctionnement des entreprises. Pour moi, les stratégies d’entreprises constituent de véritables romans d’aventures. »…
    Que voilà un assez bon résumé de l’une des principales infirmités de notre pays…
    Je mets un « smiley », et ça tombe bien : il rit jaune. 🙂

  66. Anonyme

    La colonne vertebrale du pays est leconomie.
    Celle de leconomie est lentreprise.
    Et le moteur de lentreprise est le lucre. Lappat du gain, si on prefere.
    Qui na pas compris va droit à liceberg.
    Et si il dirige un pays, le pays avec.
    Leau sera froide.

  67. desavy

    Impat, que les stratégies d’entreprises constituent de véritables romans d’aventures est une infirmité ?

  68. Desavy,… « que les stratégies d’entreprises constituent de véritables romans d’aventures est une infirmité ? »…
    Oui, en ce sens que cela laisse penser, comme dans un roman, que les événements se succèdent au gré de l’auteur sans choix longuement pesé et sans conséquences sérieuses.
    Mais c’est surtout l’autre versant de votre commentaire qui m’a attristé : « pas certain que beaucoup de personnes soient intéressées par le fonctionnement des entreprises » parce qu’il correspond à la réalité d’une infirmité française.

  69. desavy

    Bonjour Impat, c’est votre conception de la littérature 🙂

    Vous croyez vraiment que cette infirmité n’est que française ?

    J’ai l’impression que beaucoup de propos sur les entreprises laissent entendre qu’un pays devrait être « géré » comme une entreprise (d’où d’ailleurs l’apparition du charmant terme « gouvernance ») mais beaucoup d’entreprises commettent aussi des erreurs et disparaissent (elles n’ont pas à poursuivre si elles ne méritent pas leur place sur le marché). Et je ne parle pas de celles qui réussissent uniquement grâce aux commandes de l’État.

  70. roturier

    Roman d’aventure, Desavy?
    Mais la vie l’est….
    Le refuser est un voeux d’immobilisme donc de mort.
    Le refuser est la quintessence d’une vision fonctionnaire du monde.

  71. roturier

    Il va sans dire que l’anonyme hier soir fut votre humble serviteur. Un peu loin donc du portable.

  72. desavy,… « Vous croyez vraiment que cette infirmité n’est que française ? « …
    Elle est de très loin plus présente en France qu’ailleurs. Il est même frappant de le constater si vite en discussion avec des non-Français de pays développés, de tout milieu.
    …  » beaucoup d’entreprises commettent aussi des erreurs et disparaissent »…
    Judicieuse remarque, qui renferme une grande part de la différence : une entreprise mal gérée disparaît, un état mal géré ne disparaît pas, il se contente de faire pâtir ses citoyens.

  73. desavy

    Impat « un état mal géré ne disparaît pas, il se contente de faire pâtir ses citoyens ».

    Nous avons pourtant quelques exemples d’États qui ont disparu, ne laissant derrière eux que du sang et des larmes.

  74. desavy

    « Roman d’aventure, Desavy?
    Mais la vie l’est…. »

    Nous sommes d’accord.

    « Le refuser est la quintessence d’une vision fonctionnaire du monde. »

    Les militaires, les policiers, les infirmières, les pompiers… apprécieront.

  75. Certaines formes d’États ont disparu, pas les États.

  76. … « Certaines formes d’États ont disparu, pas les États. »…
    Et ces disparitions furent des phénomènes exceptionnels. Alors que les disparitions d’entreprises sont nombreuses, et hélas se multiplient en France actuellement.

  77. desavy

    Impat, « certaines formes d’États ont disparu, pas les États ».

    Plus de trace de l’État dans un certain nombre de pays africains. L’État existe-t-il toujours en Libye, en Irak ?
    Je ne parle pas de formes d’États mais bien d’États.

  78. Bien sûr que oui. Conspué, attaqué, presque impuissant, il existe. Il traverse une période violente d’effacement, puis il retrouvera un jour sa place. Rien à voir avec la disparition d’une entreprise.

  79. roturier

    LEtat qui oublie de quoi et de qui est fait et sa colonne vertébrale est voué à la disparition.

  80. Souris donc

    L’Etat Islamique, j’aime bien la façon dont ils jouent pour impressionner sur le respect que nous avons des Etats.

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