Insécurité urbaine

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Insécurité urbaine : l’histoire vraie des carreaux cassés à New-York.
Un effort général, concernant de nombreux organismes et institutions, a aidé à rétablir l’ordre.(City Journal, 2009)

Il y a 20 ans, New York était en proie à la criminalité: les meurtres, les cambriolages, les affaires de drogue, les vols de voitures, les vols en voiture (Vous vous rappelez les affichettes sur les vitres des voitures conseillant d’enlever sa radio?).  Contrairement à de nombreuses villes, la criminalité de New York ne se limitait pas à quelques quartiers du centre-ville qu’il fallait éviter. Bryant Park, au cœur de Midtown, à proximité de la Bibliothèque publique, était un marché de la drogue en plein air; Grand Central Terminal (NDT : Grand Central est la gare principale de New York), un gigantesque asile de nuit; le terminal des bus « un coupe-gorge pour les passagers esquivant les mendiants, les ivrognes, les voleurs et les toxicomanes démunis », comme l’écrivait le New York Times en 1992. En Juillet 1985, la « Citizens Crime Commission » de New York publiait une étude montrant une peur généralisée de vol et d’agression dans le centre de Brooklyn, sur Fordham Road dans le Bronx, et sur Jamaïca Center dans le Queens. Les passagers abandonnaient le métro en masse, craignant les agressions par des fous et des gangsters.

La chute de la criminalité durant les années 1990 fut donc une surprise, en fait « l’une des plus étonnantes dans l’histoire de la criminalité urbaine », selon le professeur de droit Franklin Zimring de l’Université de Californie. D’autres villes ont connu des baisses importantes, mais aucune ne fut aussi profonde qu’à New York. La plupart des explications fournies par les criminologues – l’économie, l’évolution des habitudes de consommation, les changements démographiques – n’ont-pas résisté à l’examen. Les lecteurs de City Journal connaissent bien la vraie raison : l’adoption par le New York Police Department d’une politique de qualité de vie et de mesures telles que « Compstat » (NDT, système statistique d’évaluation des plaintes selon leur lieu, leur cause etc.).

Cette explication, pourtant, ne dit pas tout. Apprendre le reste est plus qu’un exercice académique, car si nous pouvons tout comprendre de ce qui s’est passé à New York, non seulement pourrons-nous faire de même pour d’autres villes, mais nous pourrons veiller à ce que le succès de New York ne soit pas effacé dans l’environnement budgétaire actuel.

À l’époque où New York souffrait, une idée a commencé à émerger qui pourrait un jour guérir la ville. Nathan Glazer fut le premier à l’exprimer dans un article de 1979 intitulé « Sur les graffitis du métro new-yorkais » en faisant valoir que les « tagueurs », les auteurs de désordre, et les criminels « qui volent, violent, agressent et tuent. . . font partie du même monde de prédateurs incontrôlables ». Pour Glazer, l’incapacité d’un gouvernement à contrôler même un délit mineur comme un graffiti, envoie un message aux citoyens montrant qu’ il est incapable de traiter les crimes plus graves. Le désordre public créait donc une crise qui menaçait tous les segments de la vie urbaine. En 1982, James Q. Wilson et moi-même développions cette idée, reliant le simple trouble à l’ordre public à la grande criminalité dans une histoire intitulée « Broken Windows » (Vitres cassées).

Mais les intellectuels n’étaient pas les seuls à se pencher sur le désordre et les délits mineurs. Des politiques comme l’adjoint au maire Herb Sturz et des dirigeants du secteur privé comme Gerald Schoenfeld, président de longue date de la « Shubert, Organisation », étaient persuadés que les désordres publics – mendicité agressive, prostitution, vols à la tire, drogue – menaçaient l’économie de Times Square. Sous la direction de Sturz, et aux frais du « Fund for the City of New York » le NYPD (police de New York) a développé l’opération « Crossroads » (carrefours) à la fin des années 1970. Le projet visait spécialement les infractions mineures dans le quartier de Times Square, demandant à la police de se montrer davantage, avec arrestation au premier délit. Il tentait aussi de mesurer la performance de la police en tenant compte des conduites délictueuses constatées.

Malgré quelques succès initiaux, l’opération Crossroads fut finalement abandonnée, et la police de New York est revenue au « business as usual ». Plus tard, on a vu la police utiliser des tactiques similaires dans Bryant Park après que le délégué aux parcs Gordon Davis eût menacé de le fermer. Cette fois encore un succès rapide fut au rendez-vous, mais cette fois encore la tentative fut abandonnée..

Rapidement il devint clair que les programmes sporadiques de police ne suffisaient pas. Ce n’est que lorsque un large éventail d’organismes et d’institutions ont commencé à travailler sur la restauration de l’ordre public , qu’intervinrent les véritables progrès. En 1980, une seconde tentative a eu lieu sur Bryant Park : la « Bryant Park Restoration Corporation », dirigée par Dan Biederman, entreprit d’utiliser le design de l’environnement, l’entretien, la sécurité privée, et d’autres approches inspirées par le succès du Rockefeller Center. De même, en 1988, le Partenariat de Grand Central, également dirigé par Biederman, a commencé à réduire le désordre public dans les quartiers environnant Grand Central en utilisant la sécurité privée et l’embauche de sans-abri pour nettoyer les rues

…/…

Une autre priorité nouvelle a concerné les transports publics. En 1984, David Gunn, président de la « New York Transit Authority » (NYCTA), a lancé un programme de cinq ans visant à éradiquer les graffitis sur des rames de métro. Puis, en 1989, Robert Kiley, président du conseil d’administration de la « Metropolitan Transportation Authority », a demandé à la police des transports de se concentrer sur les infractions mineures ; un an plus tard, il plaçait à sa tête William Bratton, qui portait immédiatement son attention sur le problème, en particulier sur les passagers sans ticket. Et au début des années 90 , la NYCTA adoptait les mêmes méthodes policières pour Penn Station et Grand Central Terminal.

Les associations de quartier commencèrent également à exiger que l’ordre public soit rétabli, y compris celle de Tompkins Square Park qui avait été autrefois très tolérante face aux comportement délictueux. Le pouvoir judiciaire s’impliqua aussi, avec l’ouverture en 1993 de la « Midtown Community Court « , qui rapidement s’occupa des auteurs d’infractions mineures.

En somme, de nombreux organismes, défendant leurs propres intérêts et utilisant des programmes et des tactiques variés, ont entrepris de rétablir l’ordre dans leurs domaines. De plus, à l’inverse des efforts sporadiques comme l’opération Crossroads, ces tentatives furent mises en œuvre de manière agressive et continue. Biederman, par exemple, a travaillé 12 années sur Bryant Park. Quand Kiley se battait pour rétablir la sécurité dans le métro, il a dû surmonter la pression de puissants adversaires: la « New York Civil Liberties Union » (NDT :syndicat des libertés civiles) de New York, le bureau du maire (qui avait suggéré d’apporter des cuisines et des douches portables dans le métro pour les SDF), le commissaire de police , et la police des transports. En fait, c’est après que la police des transports s’est opposée à ses premier efforts que Kiley a embauché Bratton pour rétablir l’ordre.

C’est au début des années 1990 que ces succès très visibles, en particulier dans le métro, ont commencé à avoir des conséquences politiques. Mieux que tout autre politicien, Rudy Giuliani a compris la demande refoulée de l’ordre public et a gagné la mairie en 1993 sur des thèmes de qualité de vie. Une fois au pouvoir, il a nommé Bratton, qui avait orchestré le succès du métro et compris l’importance de la sécurité, « commissaire de police » de New York.

Sous Bratton, le NYPD a acquis d’énormes moyens contre la criminalité, en particulier le système « Compstat » avec ses possibilités de planification et de responsabilisation : les zones de criminalité sont répertoriées et les responsables locaux mieux renseignés. Giuliani et Bratton ont également communiqué aux policiers une vision claire de leur métier, avec explications sur la manière d’y contribuer. En bref, une méthode déjà préconisée par les responsables fut propagée aux policiers de terrain et inspira leur conduite alors que leurs capacités étaient jusque là largement ignorées et sous-employées.

Après que la police de New York eut rejoint le changement, celui-ci prit davantage d’ampleur. L’administration portuaire, d’abord sceptique quant à l’approche de Kiley dans le métro et les gares, mit en place des mesures similaires…./…

Giuliani et Bratton furent certes les héros de la récupération des espaces publics. Mais Glazer, Sturz, Gunn, Kiley, Biederman, et d’autres jouèrent aussi un rôle fondamental. Ils ouvrirent la voie à ce qui allait suivre. Le maire Michael Bloomberg et le commissaire de police Ray Kelly méritent également des louanges pour avoir adopté et renforcé ces innovations au lieu de les abroger pour d’autres mesures comme les nouveaux administrateurs le font trop souvent.

Alors que New York affronte une crise financière, ses dirigeants doivent se rappeler que la ville doit sa victoire sur la criminalité à un large éventail d’organismes publics et privés. Le maintien de l’engagement de la police envers ces méthodes éprouvées est, bien sûr, crucial. Mais l’est aussi la poursuite de l’effort par l’ensemble de la ville.

George L. Kelling est professeur à la  » School of Criminal Justice » à l’Université Rutgers de Newark et « senior fellow » à l’Institut Manhattan.

Traduction et adaptation pour Antidoxe : Impat

26 Commentaires

  1. QuadPater

    Pour Glazer, l’incapacité d’un gouvernement à contrôler même un délit mineur comme un graffiti, envoie un message aux citoyens montrant qu’ il est incapable de traiter les crimes plus graves.

    La fraude prive la SNCF et la RATP de 400 millions d’euros par an. Je n’ai pas les chiffres pour Tbc (transports de Bordeaux) mais j’ai pris le bus tous les jours pendant les 3 dernières années et je peux témoigner que « la norme » c’est de ne pas payer.
    Glazer a raison. Quand une entreprise, un état, ne sait pas – ou ne veut pas, ou craint de – sanctionner un resquilleur, que sera-t’elle, que sera-t’il capable de faire devant un viol ?

  2. Chacun comprendra que cette victoire de New York sur le crime est citée ici à titre d’exemple. Exemple de ce que pourrait faire avec le même succès un futur gouvernement responsable et soucieux des citoyens.
    La même politique permettrait en peu de temps de retrouver une Seine-St.-Dénis (le trop fameux 9-3) ou une Marseille vivables.

  3. Cet article du City Journal fut écrit en 2009, Michel Bloomberg étant maire de NY.
    Pas sur que l’actuel maire Bill de Blasio recueillerait les mêmes éloges …

  4. Lisa

    Et les contrôleurs viennent encore dans ces transports à Bordeaux ?

  5. Lisa

    Si les policiers ne sont pas empêchés d’agir par les petits camarades des contrevenants

  6. Bonjour Lisa, les « petits camarades des contrevenants » avec la politique dont parle l’article, se retrouvent en taule des leur première action individuelle ou collective contre la police. Et la « justice » ne les en sort pas de sitôt…
    Donc la question de votre « si » ne se pose pas. Tout se tient.

  7. Anonyme

    Chez nous les délinquants sont des »déséquilibrés « comme cet homme qui a assassiné hier une jeune fille faisant son jogging à Sevran dans la région parisienne..il avait un couteau de boucher dans la poche …c’est bien la preuve qu’il n’était pas normal ,le pauvre ..

  8. QuadPater

    Bonjour Lisa. Oui, ils passent… sans doute plus fréquemment sur certaines lignes, et en particulier après des arrêts correspondant à des établissements scolaires.
    D’ailleurs j’ignore si c’est très pertinent : les jeunes scolarisés ont des réductions importantes, donc sont moins enclins à tricher.
    Mais le problème est ailleurs. Quand la société n’a pas peur de sanctionner, que faire ? le racailleux n’a jamais de papiers ni d’argent sur lui, et il ne se souvient jamais de son adresse. Le contrôleur l’expulse du bus, il prend le suivant.
    Moi je verrais bien un autre système, qui impliquerait le chauffeur. Il demanderait aux personnes qu’il voit passer sans titre de transport de régulariser ou de descendre. Si ni l’un ni l’autre il bloque le bus et appelle les contrôleurs ou les flics.
    J’en ai parlé avec quelques chauffeurs. La plupart n’étaient pas d’accord.
    – notre boulot n’est pas de sanctionner les clients.
    – ce ne sont pas des clients, ils ne paient pas !
    – c’est vrai mais certains ont des problèmes d’argent…
    – si votre boîte perd sa rentabilité, votre boulot est menacé, c’est vous qui aurez des problèmes d’argent.
    – on a de bons syndicats, ils peuvent pas nous foutre dehors comme ça, même si la boîte a des soucis !
    – (soupir) …

  9. Oui, mais alors il faut changer de gouvernement, et surtout de garde des sceaux. L’actuelle veut sortir tous les délinquants de prison.
    Si le sommet de l’Etat manque au devoir de sa charge, on ne peut pas demander au pauvre chauffeur de bloquer le bus : il va se faire lyncher.
    Idem pour les enseignants qui ne sont pas soutenus par leur hiérarchie, la police qui doit libérer les délinquants après la garde à vue etc.
    [Soupir !]

  10. Souris donc

    Mais vous rêvez ! Les conducteurs ne veulent pas se faire agresser et préfèrent regarder ailleurs. Et quand ils se font cracher dessus, ils ont leur droit de retrait. C’est-à-dire grève immédiate et sans préavis, et tous les copains solidaires, en grève aussi. Donc je pense que la RATP ou homologue préfère encore fermer les yeux et augmenter le prix du billet que paie le pauvre pigeon honnête.

  11. QuadPater

    Souris, je rêve en effet.
    D’un plan « vitres cassées » qu’adopteraient quelques entreprises motivées (grande distribution par exemple). Entreprises privées bien sûr, les structures publiques étant incapables de décréter une tolérance zéro.
    Un toto est pris à voler, les flics sont prévenus. Systématiquement, sans se préoccuper de leur réaction, qu’ils raccrochent en riant ou se déplacent.
    Une sorte de grève du zèle permanente des vigiles.
    Ces entreprises communiqueraient régulièrement leurs statistiques (septembre 2015, 15 bouffons attrapés, 8 récidivistes, 0 suite policière, 0 suite judiciaire).
    La clé est la com’. Il la faut fréquente, brève, matraquante. Imaginez quelques boîtes connues dans le coin qui montrent 1 fois par mois qu’elles ne sont pas défendues par la police et/ou la justice.
    L’effet sur le moyen-long terme est bien supérieur à l’annonce unique dans le journal local que tel buraliste en est à son 5è braquage.
    Plus généralement je pense que le vrai changement, celui qui nait sous la pression populaire, ne peut se faire que malgré les administrations et non sous leur impulsion.

  12. QuadPater

    J’ai omis d’indiquer que la dernière remarque du message ci-dessus est destinée à Patrick, qui posait plus haut le changement de gouvernement comme condition préalable à une amélioration de la sécurité.
    Je n’y crois plus. Si la mère taubirat est, certes, une caricature extrême de la gauche laxiste, la culture de l’excuse est néanmoins profondément incrustée dans les cervelles des élites, de droite comme de gauche. Sur ce plan l’idéologie gauchienne tient le haut du pavé, ses croyances triomphent. L’angoisse de trop sanctionner est aujourd’hui commune à tous les législateurs. Plutôt une injustice qu’une punition exagérée. Qui que vous élisiez, Patrick, il aura cette terreur de trop châtier. Imaginez alors qu’on attende qu’il mette en œuvre une politique de tolérance zéro, c’est à dire une sanction systématique – pas forcément violente et brutale, mais simplement pour marquer le coup – pour tout délit.
    C’est inimaginable pour notre politicien, qui n’osera pas. Sarkozy n’a jamais mis en place « le Kärcher », Marine le Pen n’irait pas plus loin, aucun décideur politique n’agira spontanément.

    En revanche si, au lieu de laisser leurs salariés prendre des vacances sauvages à coup de risibles droits de retraits, les transports en commun cessaient définitivement de desservir un arrêt immédiatement à la suite de la moindre agression, ça commencerait à bouger.

  13. hathorique

    Bonsoir à tous et surtout à ceux qui pourraient souffrir de « phobie administrative » comme le député Thevenoud qui devrait se reconvertir dans la psychanalyse pour aider les millions de « phobiques allergiques à l’administration » en pratiquant la thérapie de groupe.

    Je me suis demandé s’il n’avait pas fumé des substances hallucinogènes .

    Voici un fait divers qui me parait parfaitement illustrer l’insécurité urbaine à Paris où même le préfet de police est frappé.

    http://www.lepoint.fr/societe/paris-le-prefet-de-police-agresse-09-09-2014-1861659_23.php

    Rassurez vous Quad dans les transports urbains à Grenoble c’est la même chose les contrôleurs ne contrôlent presque jamais les jeunes gens qui voyagent en bande bruyante et sans ticket , ils ne veulent pas déclencher une guérilla urbaine, comme le dit Souris « ils préfèrent regarder ailleurs ».

  14. Souris donc

    Je partage le point de vue de Quad, il n’y a rien à attendre des politiques quel que soit le bord. Le système est trop verrouillé par les syndicats, les magistrats, les associations, les médias. Les policiers sont poussés à la bavure et livrés à une indignation facile, entretenue par tous ceux qui prospèrent sur la subvention.
    Un clandestin raccompagné est incité par les associations à se débattre et rameuter les caméras. Quand ça tourne mal, ce sont les policiers qui sont mis en accusation.

    Je viens de finir le livre de Gavat, un des commissaires de police tombé avec Neyret après avoir été mis sur écoute, le policier mis sur écoute, on en est là ! Pour avoir dit qu’il avait fourni de la drogue à un indic, il perd son salaire, son poste, est emprisonné dans un univers kafkaïen, où on le tient dans l’ignorance, où la menace est sous-entendue, voilée, suggérée. C’est juste le monde à l’envers.

    Toute répression est neutralisée par la peur de la bavure.
    Ce que les délinquants, petits et grands, mettent à profit. Ils auraient tort de se gêner puisque tout est fait, non plus pour les excuser, mais pour les encourager. Et contraindre la mamie à sortir cramponnée à son sac à main, la peur au ventre, ou à installer chez elle de la videosurveillance privée, hors de prix, disproportionnée et à peu près inefficace.

    Un marché de la sécurité se développe. On va vers les milices d’autodéfense, les vigiles devant chaque commerce, les lotissements sécurisés et les réserves à indigènes.
    Dans les pays du tiers monde, ça existe depuis longtemps. Serions-nous devenus un pays du tiers monde ?

    Mais l’idée de Quad serait un excellent réveil des consciences :
    Les entreprises communiqueraient régulièrement leurs statistiques (septembre 2015, 15 bouffons attrapés, 8 récidivistes, 0 suite policière, 0 suite judiciaire).

  15. Souris donc

    Le lotissement sécurisé n’est pas un mode de vie à l’américaine, comme on veut nous le faire croire. C’est au contraire, un mode de vie de tiers monde. Où l’Etat est inexistant, donc les gens s’auto-organisent.
    Les CSP+ et les expatriés vivant dans des ghettos. Les vigiles sont armés. J’en avais un. Que dis-je, un, il en faut un de jour, un de nuit, un du week-end, et l’intérimaire. Florissant commerce de la sécurité. Indice de pays sous-développé.

  16. Une chose très intéressante dans l’article, que Quad a mis en relief, est que même à New York le redressement n’est pas ne au sein des autorités publiques. Ces dernières ont pris le relais après que plusieurs initiatives aient montre l’exemple et prépare le terrain.
    Il pourrait en être de même en France, mais évidemment pas tant que sévit un Hollande.

  17. Guenièvre

    Bonjour à tous !
    Souris, ayant passé trois semaines en Argentine, dans un des lotissements dont vous parlez , je pensais la même chose que vous. Par curiosité j’ai fait quelques recherches et j’ai trouvé cela :

    http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=HER_122_0107

    « La généalogie des gated communities contemporaines remonte à la suburb romantique et utopique des débuts du XIXe siècle, et Llewellyn Park, conçue par Haskell, a probablement été la première gated community à proprement parler jamais construite aux États-Unis, puisque ce lotissement dispose d’un contrôle de l’accès et d’une police privée depuis 1854. »
    « Il peut paraître paradoxal de constater que la conception originale des villes privées et master-planned communities, telle qu’elle était envisagée déjà par Howard en 1898 (Tomorrow : A Peaceful Path to Real Reform), était directement inspirée par les communautés socialistes planifiées, à l’instar du phalanstère de Fourier ou de l’utopie industrielle des salines d’Arc-et-Senans construites en 1804 par Ledoux. »

    Quant aux règlements de copropriété ils ont une origine européenne…
    « La première structure en propriété collective d’un immeuble par ses résidants semble remonter au XIIe siècle dans les villes allemandes (Stockwerkseigentum) »

    Il semble que ces structures au départ visaient la jouissance exclusive d’un bien par une communauté partageant certaines valeurs. L’aspect sécuritaire n’est venu que très récemment…

    « Par contraste avec la relative ancienneté des filiations dont sont issues les gated communities, la dimension sécuritaire n’apparaît que récemment comme élément structurant la morphologie résidentielle. Face à une violence réelle et perçue dans les grandes villes, les aménageurs et les autorités ont été de plus en plus confrontés au désir des résidants de limiter, de segmenter, de séparer les espaces, au nom de la sécurité. Les gated communities, au même titre que la sécurisation des centres commerciaux par des sociétés de gardiennage, sont également le reflet d’une défiance vis-à-vis des autorités publiques pour prendre en charge la sécurité des biens et des personnes. »

  18. Mais ces « Gated communities », de même que les copropriétés que nous connaissons bien en France, ne peuvent constituer que des incitations pour faire bouger les autorités publiques. Notre problème français est beaucoup plus vaste: sécuriser des villes entières comme le fit NYC avec un succès spectaculaire.

  19. Guenièvre

    Je suis tout à fait d’accord Impat, je rebondissais seulement sur le post de Souris qui m’a donné envie de chercher des renseignements sur les origines de ces quartiers protégés.

  20. Souris donc

    Notre problème français est beaucoup plus vaste: sécuriser des villes entières
    L’Etat Socialiste a un programme auto-nettoyant. Il traque la saleté récalcitrante et le dissident incrusté et investit des milliards dans des Politiques de la Ville qui visent à la pureté idéologique.
    L’Etat Socialiste sait ce qui est bon pour toi.

  21. Souris donc

    Il y a aussi le programme de rééducation du phobique qu’il convient de déloger et de débusquer de ses terriers nauséabonds comme Notre-Dame de Paris.
    La socialope appartient à la race supérieure. A ce titre, elle assène la Vérité et décerne des labels de citoyenneté à qui fait la Femen ou milite dans une association ou dans l’humanitaire.

  22. Souris donc

    Merci, Guenièvre !
    Très intéressant, la filiation avec le phalanstère.
    Je crois que beaucoup se sont essayés à décrire leur cité idéale.
    Exemple « L’Euphonia ou la ville musicale » de Hector Berlioz. Qu’il situe en 2344, et où il écrit en…verlan.
    Sa première lettre (ce sont des lettres), pour autant que je me souvienne, de Xilef à Rotceh (= de Félix à Hector). Evidemment, il y aurait à Euphonia tout ce qu’il faut de divas, luthiers, musiciens etc etc etc.
    Pourquoi pas. Je prends une option. La musique pas trop pop, pas trop métal, pas trop free jazz, pas trop atonale, pas trop ethnique, bref, pas trop « France Musique », je suis preneur. Entre parenthèse, l’audimat de Radio France est en berne complète.

    Hou hou ? Où êtes-vous tous ?

  23. QuadPater

    Le lotissement sécurisé […] est […] un mode de vie de tiers monde.

    Absolument !
    On dit « tiers » car c’est un monde divisé en 3 castes étanches : l’État, les riches, les pauvres. Les riches riches financent l’état et passent du bon temps, les moins riches craignent de bientôt ne plus être à même de graisser des pattes étatiques tant il y en a qui se tendent, les pauvres craignent les coups de bâton de l’état et cherchent un job dans les milices ou la valetaille des riches.

  24. Guenièvre

    Je ne connaissais pas du tout. Merci Souris !
    Mais attention !
    Voilà ce que je lis :
    « Euphonia est gouvernée militairement et soumise à un régime despotique. De là, l’ordre parfait qui règne dans les études, et les résultats merveilleux que l’art en a obtenus. »
    Je me fais l’avocat du diable :-)… La contre partie d’une sécurité absolue n’est-elle pas la dictature ?

  25. Guenièvre (11 septembre à 10h48),… « Je me fais l’avocat du diable :-)… La contre partie d’une sécurité absolue n’est-elle pas la dictature ? »…
    Super bonne question. On pourrait le craindre, pour une sécurité « absolue ». Mais une sécurité excellente peut exister en démocratie : l’exemple de New-York l’a montré. Le diable peut perdre même avec un très bon avocat. 🙂

  26. Souris donc

    Un opuscule très pénible à lire, Berlioz écrit comme il compose, des points d’exclamation partout, des digressions où règle ses comptes avec ses contemporains.

    A la fin, pris par la folie, ils équipent Euphonia d’un piano-orchestre monstrueux actionné par une seule personne, dans un pavillon en métal doté d’un dispositif permettant d’en moduler l’espace. L’opérateur appuie sur le bouton, le pavillon se rétrécit, et se referme sur les spectateurs qui meurent broyés.

    Donc, oui, Guenièvre, la contre partie d’une sécurité absolue est la dictature. Et l’utopie totalitaire finit par anéantir ses partisans.

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