Signes

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Les traits sont nombreux, qui sont attachés aux Français. À travers les époques ils ont conduit le pays parfois à des heures glorieuses, parfois à des échecs cuisants. Ces sont des caractéristiques de tous les âges, telles que la critique facile, un peu d’arrogance dit-on, mais aussi de nombreux savoir-faire et un certain perfectionnisme. On retrouve ces traits, plus ou moins accentués, au cours des siècles.

Toutefois depuis quelques décennies ont apparu des signes très perceptibles mais inconnus jusqu’alors, dont on peut trouver ci-après une liste, sans doute incomplète. Cette liste reflète à n’en pas douter une évolution récente de la société française.

Dans l’immédiat après-guerre, la fin des années quarante, la CGT toute puissante affichait partout, au nom du parti communiste, un slogan resté célèbre : « Retroussons nos manches ». Le travail faisait l’objet d’une considération unanime, il était une valeur d’estime et d’orgueil. On parlait de son fils « bon travailleur » dont chacun vantait les qualités d’ardeur au travail. Travailler pouvait être, était souvent, pénible. Mais en l’effort récompensé consistait la vie d’un homme digne. Le temps de l’aristocratie était bien loin pour laquelle travailler n’était que « déroger » à la noblesse : c’est le travail qui était devenu source de noblesse. Puis les années passèrent, les décennies se sont succédé et ont abouti… à l’état d’esprit inverse. Les slogans du PS à la fin des années 90 emplissaient d’aise nos compatriotes : les 35 heures, généralisées et obligatoires, « chantaient la mélodie du bonheur » (Martine Aubry), on allait « partager le travail », « travailler moins pour vivre mieux », « du travail en moins, du loisir en plus »…Il ne venait à l’idée de personne que le travail constitue l’unique source de richesse d’un pays, et pas seulement de richesse matérielle. Les socialistes portent une lourde responsabilité pour avoir ainsi flatté les Français dans une tendance humaine assez naturelle vers la paresse. Que dirait-on d’un éducateur encourageant un enfant à privilégier l’oisiveté ?

On peut rencontrer en France des hommes valides vivant de leurs seuls « revenus sociaux », allocations, prestations et remboursements divers. C’est probablement aussi le cas dans quelques autres pays, mais ce qui n’arrive qu’en France est d’entendre l’intéressé s’en glorifier. Quelquefois même d’entendre ses voisins l’admirer : « c’est un malin » !

Brighelli l’écrivait récemment : « Une civilisation qui a cessé de prôner l’effort et le mérite, et la difficulté vaincue, est-elle encore une civilisation ? …/… Soit nous réagissons – et la réaction sera nécessairement brutale, parce que nous sommes au fond et que seul un grand coup de talon nous ramènera à la surface, soit nous basculons dans les poubelles de l’histoire. »

Excessif ? Peut-être…

C’est à propos de l’École que Brighelli écrivait la phrase ci-dessus. En effet tout commence là. Comment espérer restituer dans les esprits la place du mérite quand un ministre de l’Éducation parle de « noter avec bienveillance », voire de supprimer les notes ? Comment reconnaître la vertu de l’effort quand on accueille avec une sympathique complicité la réaction de 40.000 candidats au bac de l’option « S » qui pétitionnent parce l’épreuve de mathématiques est « trop dure » ? Comment croire à la dimension de l’examen de base des élèves de lycée quand on « enrichit » officiellement les notes pour arriver à un taux de réussite plus flatteur ? Sur ce dernier point, à l’occultation du travail nécessaire à toute réussite on ajoute l’éloge du mensonge. Belle formation !

L’acceptation du mensonge, sans broncher, ne serait-ce pas l’un des signes de déclin les plus notoires ? D’inversion de courbe du chômage en « la reprise est là », ces affirmations dans la bouche d’un président contredites sans aucune ambiguïté dans les faits ne peuvent qu’accoutumer les Français à cette idée perverse que le mensonge est anodin. Mentez, citoyens, mentez, ce n’est pas grave…

Enfin pour couronner le tout, la plus grande partie de nos concitoyens a vécu, toute sa vie, dans un pays étranglé par un chômage de masse. N’ayant connu que cette situation, et ignorant qu’on ne la retrouve pas ailleurs, les Français ont maintenant gravé dans leur tête la conviction que ce mal est inéluctable. « On ne s’en sortira jamais », pensent-ils. Idée bien ancrée, d’autant qu’un président, un autre, leur a expliqué « qu’on a tout essayé », ce qui les conduit à se voir définitivement en déclin.

« On a tout essayé »…encore un mensonge ! Non, notre malheur n’est pas sans solution : a-t-on essayé de diviser par dix le volume du code du travail, et de libérer les licenciements ?

Déclin du travail, déclin de l’éducation. Déclin, peut-être amorcé, d’une administration judiciaire moins préoccupée de justice que de militantisme politique.

Tous les signes du déclin sont là. À ce jour ils ne sont encore que des signes, pouvant conduire à deux issues opposées.

Ou bien la pente est fatale, elle est inexorable et le pays ne s’en relèvera pas.

Ou bien l’exaspération induite au sein d’une large partie de la population deviendra de plus en plus forte, entraînera une réaction du type « touch and go », et la France redécollera.

30 Commentaires

  1. Hélas,  » l’exaspération induite au sein d’une large partie de la population  » ne nous mène — les sondages [auxquels il ne faut jamais se fier mais quand même] nous le prouvent — qu’à une ruée des mentalités, bientôt traduite par les votes, vers les solutions les plus ineptes des partis de l’extrême, à dextre ou à sinistre.
    Le cynisme des petits marquis de cette mandature n’a rien à envier à l’impudence des coquins de la précédente. Il est seulement plus visible car en trop flagrant décalage d’avec les principes de probité dont se parent les hérauts de la gauche morale.
    Les partis républicains errent en plein déni de réalité, pêchant le voix communautaires et se désagrègeant au grand profit des fronts, national ou révolutionnaires dont la stupidité ou la monstruosité des programmes ne sont plus à démontrer.
    Les Français sont encore trop formatés par la pensée magique du Conseil de la Résistance — nécessaire en son temps mais aujourd’hui largement obsolète puisque désadapté aux conditions du temps — pour accepter sans peur le pari libéral que vous préconisez.

  2. Guenièvre

    Bonjour à tous !
    Impat, vous auriez pu rajouter aux mauvais signaux envoyés par ce gouvernement la suppression des bourses au mérite. Les élèves de familles modestes qui avaient la mention » Très bien  » au bac bénéficiaient d’une allocation supplémentaire de 1800 euros par an en plus de la bourse ordinaire calculée sur les revenus des parents. On l’a supprimée pour « élargir le plafond  » de cette dernière et la revaloriser. C’est une question de justice dit NVB ( argument toujours évoqué par les socialistes pour justifier toute mesure dont on ne comprend pas l’utilité) et cela permet d’aider davantage d’étudiants. Résultat : 15 euros en plus par an !!
    http://www.liberation.fr/societe/2014/09/09/c-est-la-moitie-de-mon-budget-qui-s-envole_1096979

  3. QuadPater

    Bonjour !

    Quand leur budget est trop serré, les étudiants «rognent d’abord sur les dépenses culturelles»

    Pauvres crétins de Libé ! Moins de dépenses culturelles, à 20 ans, c’est quoi, bande de nœuds ?
    Ils piratent les films et les musiques, qui ne leur coûtent rien !
    Ils ne fréquentent ni les musées ni les expos, sauf ceux dont l’accès est gratuit pour les étudiants !
    Par conséquent quand ils ont moins de fric ils se torchent au vin plutôt qu’à la vodka et espacent les sorties en boîte, voilà pour les dépenses culturelles !

  4. … « la suppression des bourses au mérite »…
    Vous avez raison, Guenièvre. Ce signal est emblématique de la tare qui ronge ce gouvernement et les partis dont il est issu : le réflexe du nivellement par le bas. Une telle volonté anti-mérite est à mon sens, pour la France, un virus mortel.

  5. Quad,… « les étudiants «rognent d’abord sur les dépenses culturelles »…
    Bizarre qu’il ne vienne pas à l’idée de ce Libénul que les étudiants pourraient peut-être aussi rogner sur leur temps libre en consacrant quelques heures à des petits boulots, lesquels sont faciles à trouver dans les grandes villes.

  6. desavy

    Je ne pensais pas lire un tel panégyrique de la CGT sur ce site. Camarades…

  7. Souris donc

    Mais pourtant, c’est vrai que les syndicats valorisaient le travail, dans une vision marxiste d’exploitation par le patronat et dans la perspective d’une évolution vers la dictature du prolétariat et la collectivisation des moyens de production.
    Il existe dans de nombreuses villes des Bourses du Travail dans de somptueux bâtiments Art Déco, datant des années 20, des débuts du Communisme.
    Je ne connais pas bien l’histoire du syndicalisme français. Mais Bourse ? Cela signifie-t-il que les syndicats avaient l’intention de jouer le rôle dévolu maintenant à Pôle Emploi ? Avez-vous une idée, Desavy ?

  8. Guenièvre

    Sauf, Impat, que lorsque l’on est dans une classe prépa, comme le sont en général les très bons élèves on n’a pas le temps de faire des petits boulots, d’où la nécessité des bourses au mérite.

  9. Guenièvre,… « lorsque l’on est dans une classe prépa, comme le sont en général les très bons élèves on n’a pas le temps de faire des petits boulots »…
    Très juste. Mais en taupe ou en khâgne on a moins besoin de sous car les études sont gratuites. Juste un peu pour manger, mais heureusement on n’a pas non plus le temps de manger. 🙂

  10. Souris,… « Bourse ? Cela signifie-t-il que les syndicats avaient l’intention de jouer le rôle dévolu maintenant à Pôle Emploi »…
    Oui, et non seulement l’intention. Jusque dans les années 60 il était courant de voir les syndicats intervenir avec force et beaucoup de poids dans les embauches. J’ai eu l’occasion de consulter des lettres d’embauche de l’époque, cosignées du directeur d’usine et du secrétaire local de la CGT.
    Je crois que cette bizarrerie existe encore en quelques endroits : dockers de Marseille, NMPP ?
    Vous savez, la France va très mal mais elle vient de très loin…

  11. Florence

    Beaucoup ont besoin de se loger car ils ne sont pas forcément à proximité du lycée dans lequel ils sont été acceptés en classe prépa. Et ça coûte cher. Donc ces jeunes bacheliers méritants devront se censurer dans leurs demandes.

  12. desavy

    Les Bourses du Travail, comme dit un peu plus bas par Impat, étaient effectivement des sortes de bureaux de placement. Je crois que l’analogie avec Pôle emploi n’est pas inintéressante.

  13. Florence,… « ces jeunes bacheliers méritants devront se censurer »…
    Normal, non, dans l’optique actuelle ? Ils n’ont qu’à être des cancres comme tout le monde.
    D’ailleurs « comme tout le monde » doit devenir notre nouvelle devise.

  14. Souris donc

    Tous les signes du déclin sont là. À ce jour ils ne sont encore que des signes, pouvant conduire à deux issues opposées.

    J. Marseille et N. Baverez ont mis en évidence le déclin de la France. En utilisant des classements internationaux où la France se retrouvait à des places peu glorieuses. Le péjoratif « déclinisme » émergea. Quand on fait une recherche internet, on constate que nos progressistes réfutent le déclin, comme ils réfutaient le « sentiment d’insécurité ». Pourquoi. Parce que le déclin est parfois corrélé aux violences urbaines des cités, ce qu’on n’a pas le droit même d’évoquer.

  15. Souris,… « nos progressistes réfutent le déclin, comme ils réfutaient le « sentiment d’insécurité ». Pourquoi. »…
    Un peu aussi parce que depuis 28 mois tout va de mieux en mieux et que le bonheur nous envahit, non ?

  16. QuadPater

    C’est dingue ce qu’on peut se faire comme idées fauuses.
    Sentiment d’insécurité, mais aussi sentiment de déclin, sentiment de pressurage fiscal, sentiment de chômage, sentiment de remplacement de population…
    Face à ces illusions, doit on penser que les « progressistes » sont des gens concrets et plantés dans le réel ? Il faut le souhaiter.

  17. QuadPater

    Idées FAUSSES bien sûr.

  18. … « Sentiment d’insécurité, …/…sentiment de remplacement de population… »…
    Quad, vous êtes un grand sentimental.

  19. Souris donc

    Syndicats et embauches
    Je crois que cette bizarrerie existe encore en quelques endroits : dockers de Marseille, NMPP ?

    Ne pas oublier l’inénarrable SNCM, camarade Impat, où les syndicats se partagent en toute illégalité l’argent des ventes à bord ainsi que les stocks, et ont le toupet de se mettre périodiquement en grève. Pour le plus grand bonheur de Corsica Ferries.

    Plus tragique :
    Les syndicats collectent les milliards de la formation professionnelle, au travers d’un organisme paritaire qui s’appelle l’OPACIF (= en toute opacité ?).
    La Cour des Comptes tire périodiquement la sonnette d’alarme. En vain.

  20. Souris donc

    Allez, un petit sketch pour clore le fil par un chiffre rond

    « …Il y aura un code de déontologie des ministres…
    être proche du peuple [les sans-dents], être capable de le comprendre »

    hu hu hu !!!!

  21. Bonjour quadpater,
    il y a aussi l’abonnement à la presse, et l’achat de livres (que signale l’étudiante interrogée).
    Remarquez on pourrait se plaindre de la surreprésentation d’étudiants en classes préparatoires littéraires dans l’échantillon : ce sont les seuls qui ont du temps de reste pour répondre aux journalistes ?

  22. pjolibert

    Bravo Impat, pour avoir incidemment remis dans leur vrai sens et usage les mots de « traits » et de « caractéristiques » (au tout début) en lieu et place de l’actuel et profus « identité », et surtout l’insupportable métaphore de l’ADN.
    Sans vouloir diminuer le poids de l’idéologie travailleuse des syndicats de naguère, je pense quand même, au vu du constat dressé par Philippe d’Iribarne (dont je cause ici et là)
    http://mip-ms.cnam.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=1295877017936
    que la façon dont les Français se représentent leur « travail » / leur position dans la société est grandement préformée par le culte de ce qu’Iribarne appelle le « statut ». Cela me paraît très parlant avec les cas-limites des chômeurs, de leurs droits, les cas des régimes spéciaux (et le très parlant refus de leurs bénéficiaires d’être appelés « privilégiés » : ils sentent bien que c’est tellement vrai que pour rien au monde ils ne veulent en entendre parler), des agrégés, mais cela ne fait que ressortir le fait que c’est le cas de tout le monde.
    Mon frère travaille aux Etats-Unis dans une entreprise informatique, et il est entre autres en continu chargé du recrutement. Il me disait tantôt que les Français qui débarquaient continuaient par habitude à se présenter en vainqueur en se parant de l’Ecole dont ils sortaient, quand la 1ère question que posait mon frère tournait plutôt autour de ce qu’ils savaient faire. C’est caricatural, mais ça m’a plu.

  23. pjolibert

    Du reste c’est exactement ce que vous disiez plus haut : un syndicat qui embauche… c’est la simple continuité des corporations de jadis.

  24. Merci pjolibert. Je tiens beaucoup en effet à l’usage correct des mots, sans oublier toutefois qu’une erreur en ce domaine peut arriver à l’improviste !
    En matière de recrutement, il existe quand même quelques sociétés en France, j’en connais, qui se préoccupent davantage de ce que savent faire les candidats que de leurs diplômes. Et ce sont d’ailleurs celles-là qui se portent bien !

  25. QuadPater

    À pjolibert :
    Je souhaitais dédramatiser.
    Le ton pleurnichard est une arme de militant, pas un outil de journaliste.

    Quand les ressources financières diminuent, on rogne sur LES LOISIRS.
    Et tout le monde fait ainsi, pas les seuls étudiants de gauche.
    Et les loisirs et la culture ne sont une seule et même chose que dans la rhétorique perverse des journaleux de Libé.

  26. Ah pardon, c’est peut-être que j’avais déjà dédramatisé en ce qui concerne ces dépenses là.
    La situation des loyers et l’insalubrité m’affoleraient plus à leur place.

  27. pjolibert

    Je m’en doute. Ces comportements d’expatriés ressortent peut-être surtout dans des situations tendues ou exceptionnelles.
    Je ne voulais même pas parler d’usage correct de mots au sens strict. C’est plutôt un problème historique : c’est très rafraîchissant, ce mot de caractére/istique. Le contraire ne serait pas une erreur, mais un laisser-aller à l’air du temps.
    Au demeurant c’est la même chose : il y avait des manuels et des descriptions de caractéristiques nationales qui servaient à la formation des voyageurs de l’âge classique : marchands, diplomates ; exactement comme les guides de voyage les plus sophistiqués ou les formations en relations internationales d’aujourd’hui avertissent les néophytes sur les bourdes à éviter ou la façon d’interpréter le plus correctement possible les signes fugaces et pleins d’implicite des gens avec qui l’on traite. Ce doit être amusant les manuels sur la caractéristique française dans les écoles de commerce chinoise.

  28. pjolibert

    (pardon, et minuscule curiosité : qu’est ce que cette peinture de Dédale & Icare ?)

  29. pjolibert, « La chute d’Icare » par Gowi, j’y ai vu un symbole du déclin…
    .

  30. Merci. Oui, pourquoi pas ?

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